Méthode APTE

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La Méthode APTE a été créée par Gilbert Barbey en 1964. Elle est aujourd'hui une marque déposée par la société APTE[1]. Elle désigne une méthode d’analyse fonctionnelle et d’analyse de la valeur pour la conduite de projets d’innovation et d’optimisation.

Dans quel but[modifier | modifier le code]

Cette méthode est tirée des principes de la value Analysis de Larry Miles. Le but de cette méthode est double : il s’agit à la fois d’accroître la qualité (c’est-à-dire d'aboutir à une meilleure adéquation avec les besoins de l’utilisateur) et de diminuer le coût de ce que l’on étudie. Cette méthode s’applique aussi bien aux produits, aux procédés de fabrication, aux équipements qu’aux organisations.

La Méthode APTE a été formalisée par Bertrand de la Bretesche dans le livre La méthode APTE : Analyse de la valeur, analyse fonctionnelle[2]. Elle apparaît dans les programmes pédagogiques dès le collège et est enseignée dans les écoles d'ingénieur et dans écoles de commerce et filières universitaires[3]. Elle est citée dans de nombreux ouvrages[4],[5]

Historique[modifier | modifier le code]

Au sortir de la guerre, face à la hausse du prix de revient des produits industriels et à la part prépondérante que prenaient les achats dans ces derniers, la compagnie General Electric Co missionna Larry Miles, alors aux achats, pour définir une méthode d’optimisation. Larry Miles eut alors le génie de rapprocher les coûts d’un produit de la liste des services que l’utilisateur en attend. Il en tira deux principales constatations : premièrement la valeur d’utilisation du produit se décompose en fonctions d’usage et fonctions d’estime, deuxièmement 70 à 80 % du coût d’un produit est lié à la façon de rendre le service (solution de conception) et non au service lui-même. À partir de là Larry Miles développa une nouvelle méthode d’optimisation la Value Analysis littéralement traduit : l’Analyse de la Valeur. Plus tard, Miles conseilla d’appliquer sa méthode dès la conception, c’est le Value Engineering. Aujourd’hui ces méthodes sont connues sous le nom de VA-VE (Value Analysis - Value Engineering).

Au début des années soixante, Gilbert Barbey, alors consultant en France au sein du cabinet KBWhite, après avoir goûté à l’Analyse de la Valeur, décida de créer la Méthode APTE ; formalisée, transmissible, elle est adaptée aux modes de raisonnement français. Depuis la création en 1964 du cabinet APTE, la Méthode est un ensemble formalisé et cohérent de concepts logiques de raisonnement et d'outils méthodologiques. Elle est devenue en France une méthode pour l’optimisation des produits mais aussi des procédés, des équipements et des organisations.

Les principes de base de la méthode[modifier | modifier le code]

La Méthode APTE c’est tout d’abord raisonner par rapport aux finalités exprimées indépendamment des solutions, ce qui implique :

  • de définir des problèmes en termes d’objectifs à atteindre.
  • l’obtention d’un cadre de réflexion consensuel entre les différents responsables sur les services à rendre.
  • l’objectivité qui évite la comparaison entre solutions, en proposant au contraire le jugement d’une solution par rapport à l’objectif.
  • et enfin la créativité en rouvrant complètement le champ des choix possibles.

Que ce soit en spécification, conception ou diagnostic, la Méthode APTE établit la distinction entre ce qui est « utile » ou « inutile » en distinguant :

  • ce qui participe directement aux finalités (fonctions) : le « juste nécessaire » ;
  • de ce qui ne dépend que des solutions : la « fonction de conception ».

Il s’agit ensuite de comprendre et d’analyser

  • les écarts et les causes de ces écarts de qualité entre les services exprimés et l’objet de l’étude à optimiser (diagnostic valeur)
  • les écarts et les causes de ces écarts entre le juste nécessaire à dépenser pour satisfaire les fonctions et les coûts de l’actuelle solution (diagnostic coût)

Il suffit ensuite d’organiser la recherche de la ou des solutions(s) optimum.

Expression et contrôle de validité du but de l’étude[modifier | modifier le code]

Chaque étude représente une prise de risques, un investissement de temps, de compétences, de ressources humaines et a donc un coût. C’est pourquoi la toute première étape de la méthode consiste à ré exprimer le but de l’étude et à en vérifier la stabilité.

  • de définir l’étude (but et limites) et ainsi de valider l’intérêt de l’étude ;
  • de contrôler la validité par rapport aux objectifs de l’entreprise ce qui permet d’obtenir l’unanimité sur les objectifs ;
  • d’établir la structure d’action pour se donner les moyens de mener à bien l’étude.
  1. Mise en évidence du but de l’étude ;
    le premier outil de la Méthode APTE est le diagramme des prestations aussi appelé « bête à corne » ;
    Bete a cornes apte.jpg
  2. Contrôle de validité du but de l’étude :
    • Pourquoi ce but ?
    • Quelle est la raison d’être de l’étude ?
    • Pourquoi du pourquoi ?
  3. L’étude participe à un projet qui participe aux objectifs stratégiques de l’entreprise il faut également le valider :
    qu’est ce qui peut le faire disparaître ou le faire évoluer ?
    • remise en cause des choix amont ;
    • changement d’orientation stratégique.

Expression fonctionnelle[modifier | modifier le code]

Le premier volet de la méthode (l’analyse fonctionnelle) consiste à exprimer, à quantifier et qualifier précisément les services à rendre à l’utilisateur par l’objet étudié, c’est-à-dire à exprimer ses fonctions.

Ce volet aboutit à l’élaboration d’un cahier des charges fonctionnel qui sert de référence stable pour définir les marges de progression qualitatives, les véritables apports de valeur (diagnostic valeur) et sert de base à l’identification des voies de progrès économiques (diagnostic coût).

Cahier des charges fonctionnel

Il s’agit d’exprimer les services que doit rendre l’objet étudié à ses utilisateurs pour cela il faut :

  • Lister les contextes d’utilisation de l’objet et autres phases ou situations de vie.
  • Pour chacun de ces contextes lister les fonctions de l’objet et en effectuer le contrôle de validité
  • Pour chacune des fonctions, déterminer les critères de valeur et en effectuer le contrôle de validité.

Les principes de base de l’expression fonctionnelle sont les suivants :

  • L’objet étudié n’a de fonctions qu’en utilisation
  • Les fonctions d’un objet sont indépendantes des solutions qui les réalisent
  • Les fonctions d’un objet sont indépendantes entre elles
Comment exprimer les fonctions (outil méthodologique graphe des inter-acteurs ou pieuvre APTE) ?

Pour chaque contexte d’utilisation identifié, il s’agit d’exprimer les fonctions de l’objet étudié, c’est-à-dire mettre en évidence les services à rendre par l’objet en utilisation. À cette fin la Méthode propose un outil méthodologique : « la Pieuvre ».

Lors de chaque utilisation l’objet est en contact avec un certain nombre d’éléments de son environnement qui constituent son milieu extérieur. L’objet étudié est placé au centre de la pieuvre entouré des éléments du milieu extérieur (EME). Il faut ensuite décrire les relations créées par l’objet avec ou entre ses éléments du milieu extérieur.

Il existe deux sortes de fonctions :

  • les fonctions principales (F.P.) qui sont les buts des relations créées par l’objet entre au moins deux éléments de son milieu extérieur ;
  • les fonctions contraintes (F.C.) qui sont des exigences d’un élément contraignant du milieu extérieur.

Les règles de base de l’expression fonctionnelle à respecter sont les suivantes :

  • utiliser un verbe d’action, de sens positif et à l’infinitif ;
  • ne pas préjuger d’une solution ni même d’un principe technique ;
  • y faire figurer les noms des éléments du milieu extérieur concernés mais pas le nom de l’objet.

Exemple de la douille d'un lustre [6][modifier | modifier le code]

Diagramme pieuvre associé à l'étude d'une douille d'un lustre

Contexte d’utilisation :

Quand elle est montée sur le lustre, avec ampoule et abat-jour et que l’ampoule éclaire.
  • FP 1 : Alimenter l’ampoule en courant électrique
  • FP 2 : Maintenir l’ampoule sur le lustre
  • FP 3 : Maintenir l’abat-jour sur le lustre
  • FC 4 : Résister à l’air ambiant
  • FC 5 : Présenter un aspect agréable à l'œil
  1. Comment réaliser le contrôle de validité des fonctions ?
    Pour chaque fonction, répondre aux questions suivantes :
    • Pour quoi cette fonction existe-t-elle ?
      • Pour … (elle satisfait un besoin fonctionnel).
        Exemple : mener une activité en l’absence de lumière naturelle.
    • À cause de quoi ou pourquoi cette fonction existe-t-elle ?
      • Parce que … (elle est née d’un choix technique amont).
        Exemple : parce que l’ampoule existe et qu’elle fonctionne à l’électricité et qu’il n’y a pas de liaison directe fils/ampoule.
    • Qu’est-ce qui pourrait la faire évoluer ou disparaître ?
      • Évolution des besoins,
      • Évolution des principes.
  2. Comment exprimer et contrôler la validité des critères de valeur ?
    Il faut ensuite quantifier et qualifier les niveaux de performance requis par l’utilisateur dans la réalisation de la fonction et en contrôler la validité. Pour cela il faut identifier pour chaque fonction :
    • les propriétés du verbe ;
    • les caractéristiques qualitatives et quantitatives des éléments du milieu extérieur.

Puis en faire le contrôle de validité car c’est dans la juste appréciation de ces critères que réside une des toutes premières sources d’optimisation.

Le cahier des charges fonctionnel comporte donc l’ensemble des contextes d’utilisation, des fonctions et des critères de valeur qui leur sont associés.

Diagnostic valeurs[modifier | modifier le code]

Une fois le cahier des charges fonctionnel réalisé, le diagnostic valeur consiste à mettre en évidence les nécessités de progrès de la solution existante ou de celle que l'on est en train de concevoir en termes de qualité, et par qualité il faut entendre adéquation de la solution au services à rendre (les fonctions du cahier des charges).

Quand on compare la solution actuelle à optimiser au cahier des charges fonctionnel on peut s’apercevoir que :

  • Des contextes d’utilisation ont été oubliés
  • Des fonctions existent dans les produits actuels mais ne rendent aucun service attendu par l’utilisateur final (possibilité de les supprimer).
  • Des fonctions ont été oubliées (marge de progrès, qualitative et donc possibilité d’augmenter son prix de vente ou de prendre un avantage concurrentiel sur les autres sociétés du secteur)
  • Des critères de valeur ne sont pas satisfaits au niveau requis (marge de progrès qualitative)

Diagnostic coûts ou moyens[modifier | modifier le code]

Le diagnostic coût est la mesure des écarts et des causes de ces écarts entre la solution de référence choisie pour l’étude et le juste nécessaire évalué par fonction. Pour établir un diagnostic coût, cela implique les choses suivantes :

  • De connaître avec précision le service à rendre, les fonctions à satisfaire (identifiées lors de l’élaboration du cahier des charges fonctionnel).
  • D’évaluer un Juste Nécessaire par fonction et d’en déduire la Fonction de conception et pour ça de connaître les principes susceptibles de répondre aux services à rendre.
  • De connaître les coûts de la solution de référence (nomenclature de coûts des pièces, coûts du process, etc.).
Mettre en évidence les fonctions élémentaires de contact et de flux, avec les boîtes fonctionnelles

Les boîtes fonctionnelles, ou en anglais function block diagram (FBD), représentent les composants, les contacts entre les composants, les flux qui passent par ces contacts. Ce diagramme permet de mettre en évidence les chaînes fonctionnelles, (suite de pièces participant à la même fonction), et chaînes bouclées de conception (flux internes qui ne participent pas aux fonctions), qui sont sources d’optimisation potentielle et qui, une fois optimisées, servent à définir une solution plus proche du juste nécessaire.

Boîtes fonctionnelles du système

Sur le cas de la douille de lustre, nous avons fait figurer à titre d’exemple :

  • la chaîne fonctionnelle de la fonction principale 1 : Alimenter l’ampoule en courant électrique ;
  • une boucle de conception, celle du maintien la porcelaine en position CBC1.

Les boîtes fonctionnelles font apparaître à la fois les buts de la solution et la façon dont ils sont satisfaits par l’analyse de la participation des éléments de la solution à la réalisation des fonctions de la solution. Il sert ensuite de guide pour réaliser le Tableau d’analyse fonctionnelle.

L’analyse fonctionnelle des coûts, avec le tableau d’analyse fonctionnelle (TAF)

Le TAF est une représentation sous forme de tableau de la ventilation des coûts des composants dans les différentes fonctions auxquelles ils participent en distinguant les fonctions de base et la fonction de conception.

Ces outils permettent de mettre en évidence les voies de progrès qualitatives et économiques.

La recherche de solution : la « trouve »[modifier | modifier le code]

Une fois les causes d’écarts de qualité et de coûts identifiées, il s’agit de structurer une nouvelle solution. La recherche de la nouvelle solution est appelée la « trouve », car selon une citation de Charles de Gaulle, « des chercheurs qui cherchent on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent on en cherche ». Chercher n’est donc pas une fin en soi, le but est bien de trouver.

La « trouve » de la solution procède donc des deux diagnostics valeur et coûts.

Il faut choisir les principes de solution qui répondent complètement aux fonctions du cahier des charges, l’arbitrage entre les principes se faisant en retenant celui qui répond à la fonction au moindre coût et donc le plus proche possible du Juste nécessaire.

Il faut ensuite interfacer les éléments de solutions trouvés avec le minimum de fonctions de conception.

Pour structurer la « trouve », on utilise l’outil APTE « arbre de voies technologiques ».

L’ensemble de ces raisonnements conduit à la définition d’une solution optimisée en termes de qualité et de coûts.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. www.methode-apte.com
  2. Bertrand de la Bretesche, La méthode APTE : Analyse de la valeur, analyse fonctionnelle, Pétrelle,‎ 2000 (ISBN 978-2-84440-019-2)
  3. LA DÉMARCHE DE PROJET INDUSTRIEL - Technologie et Pédagogie de I. RAK, Ch. TEIXIDO, J. FAVIER et M. CAZENAUD / 1990, EDITIONS FOUCHER
  4. Et si on décidait d'être heureux même au travail ? M. PIERSON / 2011, A.F.N.O.R.
  5. Eco-conception Indicateurs, Méthodes, Réglementation Philippe Schiesser, janvier 2011, Éditions DUNOD
  6. Exemple inclut dans le livre Méthode APTE Analyse de la Valeur/ Analyse Fonctionnelle


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]