Des nains sur des épaules de géants

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Manuscrit allemand, vers 1410.

Des nains sur des épaules de géants (latin : nani gigantum humeris insidentes) est une métaphore attribuée à Bernard de Chartres, maître du XIIe siècle, utilisée pour montrer l'importance pour tout homme ayant une ambition intellectuelle de s'appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé (les « géants »). Citée par Jean de Salisbury dans son Metalogicon, elle est également utilisée au fil des siècles par divers scientifiques, comme Isaac Newton ou Blaise Pascal.

Sens et attribution : le savoir est cumulatif[modifier | modifier le code]

La première occurrence de la formule se trouve dans le livre III du Metalogicon de Jean de Salisbury : il fait dire à son maître Bernard de Chartres : « Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. » (Dicebat Bernardus Carnotensis nos esse quasi nanos, gigantium humeris insidentes, ut possimus plura eis et remotiora videre, non utique proprii visus acumine, aut eminentia corporis, sed quia in altum subvenimur et extollimur magnitudine gigantea.)

Contrairement à la formule de Guy de Provins (« Les hommes d’autrefois étaient beaux et grands. Ce sont maintenant des enfants et des nains »), la phrase attribuée par Jean de Salisbury à Bernard de Chartres ne dénigre pas ses contemporains. Il s'agit pour lui, comme pour ses continuateurs qui l'ont toujours employée dans ce sens, de rendre hommage à ses prédécesseurs et de reconnaître la dimension cumulative du savoir. Les penseurs antiques ne sont pas indépassables, puisque l'on peut se jucher sur leurs épaules, mais c'est grâce à eux que le savoir contemporain progresse.

Références antérieures[modifier | modifier le code]

Juste après le célèbre Suave mari magno, se trouve déjà l'esprit de la métaphore :

« Mais la plus grande douceur est d'occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent ça et là en cherchant le chemin de la vie... »

— Lucrèce, De rerum natura, livre II, v.7 sqq.

Références ultérieures[modifier | modifier le code]

Blaise Pascal utilisa l'image dans la Préface au Traité du vide (1647) : « […] parce que, (les Anciens) s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'ils pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux. »

Isaac Newton a ensuite revivifié cette formule, en déclarant : « Si j'ai vu plus loin, c'est en montant sur les épaules de géants[1] ».

De façon plus anecdotique, sur les épaules des géants (« On the shoulders of giants ») fut le nom donné à la mission Apollo 17.

Le slogan « Sur les épaules d'un géant » est utilisé sur la page d'accueil de Google Scholar (Sur la version française du site, la citation est au singulier : « Sur les épaules d'un géant »).

L'expression est aussi utilisée dans l'introduction de l'émission radiophonique Sur les épaules de Darwin animée par Jean-Claude Ameisen sur France Inter : « Sur les épaules de Darwin… Sur les épaules des géants ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lettre à Robert Hooke, 5 février 1676.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edouard Jeauneau Nani gigantum humeris insidentes. Essai d'interprétation de Bernard de Chartres Vivarium, V, 1967, pp. 79-99.

Liens externes[modifier | modifier le code]