Dernier théorème de Fermat

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En mathématiques, et plus précisément en théorie des nombres, le dernier théorème de Fermat, ou grand théorème de Fermat, ou depuis sa démonstration théorème de Fermat-Wiles, s'énonce comme suit :

Théorème[1] — Il n'existe pas de nombres entiers non nuls x, y et z tels que :

xn + yn = zn,

dès que n est un entier strictement supérieur à 2.

Énoncé par Pierre de Fermat d'une manière similaire, il a cependant attendu plus de trois siècles une preuve publiée et validée, établie par le mathématicien britannique Andrew Wiles en 1994. C'est surtout par les idées qu'il a fallu mettre en œuvre pour le démontrer, par les outils qui ont été mis en place pour ce faire, qu'il a pris une valeur considérable.

Une page de l'édition de 1621 d’Arithmetica[2]. C'est sur un exemplaire similaire – non retrouvé – que Fermat a écrit sa note.
Page 61 de la réédition de 1670 d’Arithmetica, réédition supervisée par le fils de Fermat

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans le cas où n = 1, l'équation xn + yn = zn correspond à l'addition usuelle.

Dans le cas où n = 2, cette équation a encore une infinité de solutions non nulles, les triplets pythagoriciens, dont le plus petit est (3, 4, 5)  : 32 + 42 = 52.

Le théorème de Fermat-Wiles établit que pour n > 2, cette équation n'a pas de solution en entiers non nuls (les autres solutions, de la forme xn + 0n = xn, sont souvent appelées solutions triviales).

Historique[modifier | modifier le code]

Énoncé de Fermat[modifier | modifier le code]

Le théorème doit son nom à Pierre de Fermat, qui l'énonça en marge d'une traduction[2] (du grec au latin) des Arithmétiques de Diophante, en regard d'un problème ayant trait aux triplets pythagoriciens (traduction en français la plus courante) :

« Au contraire, il est impossible de partager soit un cube en deux cubes, soit un bicarré en deux bicarrés, soit en général une puissance quelconque supérieure au carré en deux puissances de même degré : j'en ai découvert une démonstration véritablement merveilleuse que cette marge est trop étroite pour contenir[3]. »

Ce commentaire, comme d’autres (par exemple l’annotation du problème 29 du Livre IV) est surprenant. Il semble que Fermat n’ait jamais eu l’intention de les publier, mais que ces témoignages « soient écrits dans un style qui suppose la présence d’un lecteur[4]. »

On n’a bien sûr jamais retrouvé cette démonstration. La note elle-même ne nous est parvenue que par une transcription réalisée par son fils Samuel, qui a publié une réédition d’Arithmetica augmentée des annotations de son père 5 ans après la mort de celui-ci :

« […] l'intérêt qu'elle [l'édition de Samuel Fermat] offre provient donc essentiellement des annotations que Pierre Fermat avait inscrites sur les marges d'un exemplaire aujourd'hui perdu du Diophante de Bachet, annotations que son fils a reproduites à leur place, en caractères italiques et chacune sous le titre : OBSERVATIO D. P. F., la seconde seule sous celui : OBSERVATIO DOMINI PETRI DE FERMAT[5]. »

Fac-similé de cette transcription. « […] cuius rei demonstrationem mirabilem sane detexi. Hanc marginis exiguitas non caperet. »

On n'a pas d'autre description de l'exemplaire portant les annotations de Fermat, qui a été perdu très tôt, peut-être détruit par son fils pour cette édition[6].

Premières approches[modifier | modifier le code]

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Les cas des exposants n = 3, 4 puis 5 et 7 ont été abordés par Euler, Sophie Germain, Legendre et Lamé.

  • En 1753, Euler transforme l'équation en z3 = x3 + y3 = 2a(a2 + 3b2). L'étude des propriétés des nombres de la forme a2 + 3b2 sera omise de sa preuve. La même omission sera reprise par Legendre.
  • En 1816, l'Académie des sciences de Paris offre une médaille d'or et un prix de 3 000 francs à celui qui résoudrait la question.
  • En 1825, un calcul élégant de Sophie Germain permet à Dirichlet de proposer une preuve incomplète pour le cas n = 5. Elle est publiée et complétée dans le Journal de Crelle en 1828. La même année, toujours grâce à la solution de Sophie Germain, Legendre résout lui aussi le cas n = 5. Il en déduit une généralisation portant sur une famille entière de nombres n premiers.
  • En 1832, Dirichlet prouve le cas n = 14.
  • En 1839, Lamé prouve le cas n = 7.
  • En 1847, Lamé et Cauchy proposent chacun de leur côté une démonstration du grand théorème, qu’ils présentent d’ailleurs comme incomplète, mais tous deux s’étaient engagés dans une voie sans issue.
  • En 1850, le prix de l'Académie est renouvelé.
  • En 1857, Ernst Kummer franchit un pas décisif en démontrant le dernier théorème de Fermat pour tout exposant inférieur à 100. À cette fin, il introduit l'étude systématique des corps cyclotomiques, qui le conduit à introduire les nombres idéaux. Il en déduit que ce dernier théorème tombe dans le cas de nombres premiers réguliers. Ces études renouvellent également l'intérêt pour les nombres de Bernoulli.

Ainsi, apparaît le réel intérêt de ce théorème négatif : c'est un moteur puissant qui va obliger pour le résoudre à étudier les structures algébriques d'objets dont on aurait eu peine à imaginer l'existence au temps de Fermat. L'idée s'affirme alors que ce dernier théorème, loin d'être une fin en soi, n'est qu'un début pour l'étude de questions bien plus profondes et qui sont au cœur de l'invention mathématique contemporaine.

  • En 1856, Johann August Grunert (de) étudie la taille des solutions éventuelles.
  • En 1894, Ernst Wendt donne un critère pour appliquer les théorèmes de Sophie Germain et leur généralisation. Ces études se prolongeront en 1935 avec Emma Lehmer (en), et 1959, avec Leonard Carlitz.
  • En 1908, l'université de Göttingen et la fondation Wolfskehl offrent un prix de 100 000 marks à qui trouverait la démonstration avant cent ans.
  • En 1931, Massoutié[7] et Pomey[8] donnent des conditions de divisibilité sur d'éventuelles solutions. Paulo Ribenboim[9] considère ces résultats comme marginaux et en dit autant de certains résultats, très différents, de Swistak (1969[10]), de M. Mihaljinec (1952) et de Rameswar Rao (1969).
  • En 1952, Harry Vandiver utilisa un ordinateur SWAC (en) pour le démontrer pour tous les exposants inférieurs à 2000[11].
  • Les progrès fulgurants des trente années précédant la démonstration de Wiles sont liés à des travaux de Jean-Pierre Serre, d'Yves Hellegouarch (de) et de Robert Langlands[12] sur la représentation des courbes elliptiques par les fonctions modulaires.

On peut également interpréter ce théorème graphiquement[13] en considérant la courbe d'équation  : xn + yn = 1. Si n > 2, le théorème affirme que cette courbe ne passe par aucun point à coordonnées rationnelles non nulles. Bien que cette approche ait échoué à démontrer la conjecture, le théorème de Faltings prouve du moins que cette courbe n'admet qu'un nombre fini de points rationnels.

Fermat l'avait-il démontré ?[modifier | modifier le code]

L'énoncé du grand théorème de Fermat n'a été connu que cinq ans après sa mort, grâce à la publication par son fils des notes en marge de son exemplaire d’Arithmetica de Diophante, et on n'en trouve pas d'autre mention dans ses travaux. Par ailleurs, les démonstrations partielles données au cours des siècles qui ont suivi ont nécessité des outils mathématiques qui n'existaient pas au temps de Fermat. De nombreux mathématiciens[14] estiment donc aujourd'hui que Fermat a seulement cru avoir démontré le résultat général, qu'il avait dû se tromper. Avant même les travaux de Wiles, peu de professionnels tentaient encore de s'attaquer directement à ce théorème. Malgré cela, de nombreux amateurs optimistes étaient et sont encore persuadés d'avoir découvert une preuve très simple (pas nécessairement celle de Fermat) ; leurs erreurs sont le plus souvent d'un niveau très élémentaire[14].

Pour montrer que Fermat pouvait se tromper, « mais surtout qu'il aurait pu affirmer la validité de son Grand Théorème sans être véritablement sûr de sa démonstration »[15], on a souvent invoqué le fait qu'il se serait mépris sur la valeur d'une de ses démonstrations : après avoir dit à plus d'une reprise qu'il n'avait pas encore trouvé de démonstration de sa conjecture sur les nombres dits depuis « nombres de Fermat », il s'exprima, dans une lettre de 1659 à Carcavi[16], en des termes qui, selon certains auteurs, impliquent qu'il estimait avoir démontré[17] cette conjecture, pourtant erronée.

Même si Fermat n’en parle pas, il est facile de voir que pour démontrer le théorème pour tous les cas, il suffit de le démontrer pour n premier et pour n = 4. Dans toute l'œuvre mathématique qu'il a laissée, on ne trouve la preuve que du cas n = 4[18], énoncé sous la forme « Il n’y a aucun triangle rectangle dont l’aire soit carrée ». Le cas plus délicat n = 3 n'a été démontré qu'un siècle plus tard par Euler, encore sa preuve publiée en 1770 est-elle incomplète, l'un des arguments étant erroné[18]. Cependant, Fermat y fait référence dans cinq de ses lettres, de juin 1638 à août 1659 : deux à Mersenne, deux à Digby et une à Huygens par l'intermédiare de Carcavi : « Il n’y a aucun cube divisible en deux cubes ». Il « savait comment le prouver » et défiait ses contemporains d'y parvenir[18]. Certains mathématiciens, dans des études historiques récentes, estiment que « la méthode de descente infinie permit à Fermat de prouver le théorème pour n = 4 et peut-être au moins dans ses grandes lignes pour n = 3 »[13] ; pour d'autres, « tout semble indiquer » qu'il savait « au moins » démontrer les deux[19].

Les annotations marginales de Fermat sont des notes de lectures destinées à son usage personnel qui ne sont pas datées[3]. Pour la chronologie de ses découvertes les historiens s'appuient sur sa correspondance[3]. Or, si Fermat mentionne bien dans celle-ci les cas particuliers du théorème pour n = 3 et n = 4, il n'aborde jamais explicitement le cas général, ce qui est la seule exception parmi ses énoncés de théorie des nombres. La mention de ces deux cas particuliers laisse cependant penser que la note en marge date du début de son intérêt pour le domaine[20], et que Fermat s'était lui-même rapidement rendu compte qu'il n'avait pas de démonstration de son Grand Théorème dans le cas général[20], ni même simplement dans le cas n = 5[3]. Dans cette hypothèse, et la conjecture étant restée privée[20], Fermat n'aurait pas vraiment eu de raison importante pour se dédire. En tout cas son fils Clément-Samuel prit soin de la faire figurer parmi les 47 conjectures qui furent prouvées ultérieurement.

C'est finalement l'analyse de la correspondance de Fermat et, grâce à celle-ci, des méthodes de démonstration dont celui-ci disposait, qui conduisent l'historien des mathématiques Jean Itard à estimer que « jamais Fermat n’a été en possession d’une preuve de son Grand Théorème pour un exposant supérieur ou égal à cinq »[3].

On ignore à ce jour s'il est possible de prouver le théorème de Fermat par des raisonnements n'utilisant que les propriétés arithmétiques et algébriques des entiers déjà connues de son temps, mais l'on sait que certaines pistes, telles que la méthode de descente infinie, échouent sous la forme qui réussit pour les petites valeurs de n. La plupart des spécialistes estiment pour cette raison qu'une approche « élémentaire » est vouée à l'échec[21].

Démonstration par Andrew Wiles[modifier | modifier le code]

Après avoir été l'objet de fiévreuses recherches pendant près de 350 ans, n'aboutissant qu'à des résultats partiels, le théorème est finalement démontré par le mathématicien Andrew Wiles[22], au bout de huit ans de recherches intenses, dont sept dans le secret le plus total. La démonstration, publiée en 1995, recourt à des outils très puissants de la théorie des nombres : Wiles a prouvé un cas particulier de la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil, dont on savait depuis quelque temps déjà, via les travaux de Yves Hellegouarch (de) en 1971 (note au CRAS), puis de Gerhard Frey, Jean-Pierre Serre et Ken Ribet, qu'elle impliquait le théorème. La démonstration fait appel aux formes modulaires, aux représentations galoisiennes, à la cohomologie galoisienne, aux représentations automorphes (en), à une formule des traces (en)

La présentation de la démonstration par Andrew Wiles s'est faite en deux temps[23],[24] :

  • En juin 1993, en conclusion d'une conférence de trois jours, il annonce que le grand théorème de Fermat est un corollaire de ses principaux résultats exposés. Dans les mois qui suivent, la dernière mouture de sa preuve est soumise à une équipe de six spécialistes (trois suffisent d'habitude) nommés par Barry Mazur ; chacun doit évaluer une partie du travail de Wiles. Parmi eux figurent Nick Katz et Luc Illusie, que Katz a appelé en juillet pour l'aider ; la partie de la preuve dont il a la charge est en effet très compliquée : on doit réussir à appliquer le système d'Euler. Font aussi partie des jurés Gerd Faltings, Ken Ribet et Richard Taylor. On travaille dans la plus grande confidentialité, l’atmosphère est tendue, le poids du secret lourd à porter. Après que Katz a transmis à Wiles quelques points à préciser, que celui-ci clarifie rapidement, les choses commencent à se gâter : Nick Katz et Luc Illusie finissent par admettre qu'on ne peut pas établir dans la preuve, pour l’appliquer ensuite, le système d'Euler, alors que cet élément est considéré comme vital pour la faire fonctionner. Peter Sarnak (en), que Wiles avait mis dans la confidence de sa découverte avant la conférence de juin, lui conseille alors de se faire aider par Taylor. Les tentatives pour combler la faille se révèlent pourtant de plus en plus désespérées, et Wiles, maintenant sous le feu des projecteurs, vit une période très difficile, il est à bout de forces, il pense qu'il a échoué et se résigne. Ce n’est que neuf mois plus tard que se produira le dénouement.
  • À l’automne, Taylor suggère de reprendre la ligne d’attaque (Flach-Kolyvagin) utilisée trois ans auparavant. Wiles, bien que convaincu que ça ne marcherait pas, accepte, mais surtout pour convaincre Taylor qu'elle ne pourrait pas marcher. Wiles y travaille environ deux semaines et soudain (19 septembre 1994) :

« En un éclair, je vis que toutes les choses qui l’empêchaient de marcher c’était ce qui ferait marcher une autre méthode (théorie d’Iwasawa) que j’avais travaillée auparavant. »

Alors que prises séparément, Flach-Kolyvagin et Iwasawa étaient inadéquates, ensemble, elles se complètent. Le 25 octobre 1994, deux manuscrits sont diffusés : Les courbes modulaires elliptiques et le Dernier Théorème de Fermat (par Andrew Wiles), et Les propriétés annulaires théoriques de certaines fonctions de Hecke (par Richard Taylor et Andrew Wiles). Le premier, très long, annonce entre autres la preuve, en se fondant sur le second pour un point crucial. Le document final est publié en 1995[25].

Méthode de la démonstration[modifier | modifier le code]

Principe[modifier | modifier le code]

La démonstration d'Andrew Wiles s'appuie sur de nombreux travaux antérieurs et peut se résumer comme suit :

  1. on se ramène d'abord aux cas d'exposants n premiers impairs,
  2. à une solution (x, y, z) non triviale (i.e. xyz ≠ 0) avec les entiers relatifs x, y, z premiers entre eux, on associe une courbe elliptique particulière (Frey, reprenant des idées d'Hellegouarch),
  3. on démontre que la courbe de Frey-Hellegouarch ne peut pas être paramétrée par des fonctions modulaires (théorème de Ribet, démontrant une conjecture de Serre),
  4. on démontre que toute courbe elliptique — ou une classe suffisamment importante pour contenir celle de Frey-Hellegouarch — est paramétrée par des fonctions modulaires : c'est la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil, si importante en théorie des nombres.

La contradiction qui en résulte montre que l'équation de Fermat ne peut avoir de solutions.

Notions utilisées[modifier | modifier le code]

Courbes elliptiques[modifier | modifier le code]

Une courbe elliptique est une cubique non singulière dont l'équation (dans un repère convenable) a la forme :

y2 + axy + by = x3 + cx2 + dx + e.

(les coefficients a, b, c, d et e sont des éléments d'un corps sur lequel on dit que la courbe est définie). Pour qu'une telle courbe soit non singulière, elle doit n'avoir ni point de rebroussement, ni point double. Cette condition s'exprime par le fait qu'un certain polynôme sur les coefficients, analogue à un discriminant, ne s'annule pas.

L'équation d'une cubique de ce type définie sur le corps des nombres réels peut être mise sous une forme plus simple (dite équation de Weierstrass) :

y2 = x3 + ax + b.

Le discriminant de cette courbe est –16(4a3 + 27b2). S'il est non nul, la courbe est non singulière, et donc est une courbe elliptique.

Courbe de Frey-Hellegouarch[modifier | modifier le code]

En 1984, Gerhard Frey crut pouvoir démontrer que, si An + Bn = Cn est un contre-exemple au théorème de Fermat, la courbe elliptique introduite par Yves Hellegouarch, d'équation y2 = x(x + An)(x – Bn), fournissait un contre-exemple à la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil selon laquelle toute courbe elliptique est paramétrable par des fonctions modulaires. L'argument de Frey n'était pas entièrement correct, mais Jean-Pierre Serre a vu ce qu'il fallait rajouter pour qu'il marche, ce qui l'a conduit à formuler sa conjecture ε (en) de telle sorte que Shimura-Taniyama-Weil+ε impliquent Fermat.

Comme dans d'autres situations en mathématiques, le fait d'intégrer le problème de Fermat dans un cadre plus général et apparemment beaucoup plus difficile a permis de grandes avancées, parce que l'on dispose alors de tout un outillage développé pour ce cadre.

Démonstration de Kenneth Ribet[modifier | modifier le code]

En 1986, après pratiquement deux ans d'effort, l'Américain Ken Ribet réussit à démontrer la conjecture epsilon (en) de Jean-Pierre Serre, dont une des conséquences est que la courbe de Frey-Hellegouarch n'est pas paramétrable par des fonctions modulaires.

Il ne restait plus qu'à démontrer la conjecture de Shimura-Taniyama-Weil : « Toute courbe elliptique est paramétrable par des fonctions modulaires. »

Conjecture de Shimura-Taniyama-Weil[modifier | modifier le code]

La conjecture de Shimura-Taniyama-Weil précise que les courbes elliptiques sur ℚ peuvent toujours être associées (ou paramétrées) à des fonctions spéciales dites modulaires (généralisation des fonctions trigonométriques).

Pour démontrer cette conjecture, Andrew Wiles utilisa entre autres les notions mathématiques suivantes :

La démonstration complète pour les courbes elliptiques semi-stables a été publiée en 1995 dans Annals of Mathematics.

Les conséquences de la découverte[modifier | modifier le code]

Pour faire aboutir sa démonstration, Wiles a dû combiner un impressionnant arsenal de résultats obtenus avant lui, mais aussi inventer des techniques complètement nouvelles qui ont révolutionné la théorie des nombres. Ces techniques, améliorées ensuite par d'autres mathématiciens, ont permis des avancées spectaculaires dans le programme[26] mis au point par Robert Langlands[27]. Une des retombées de ces avancées a été la démonstration (à l'été 2009) de la conjecture de Satō-Tate[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hellegouarch, p. 5.
  2. a et b Traduction du grec en latin par Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, publiée en 1621.
  3. a, b, c, d et e Jean Itard, « Les méthodes utilisées par Fermat en théorie des nombres. », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, vol. 3,‎ 1950, p. 21-26 (lire en ligne), p. 26
  4. Albert Violant I Holz, L’énigme de Fermat : Trois siècles de défi mathématique, RBA (es)-Le Monde, coll. « Le Monde est mathématique » (no 9),‎ 2013, 151 p. (ISBN 978-2-8237-0106-7, présentation en ligne), p. 98.
  5. Paul Tannery et Charles Henry, Pierre de Fermat - Œuvres de Fermat (1891-1912) (lire en ligne), « Livre I - Avertissement ».
  6. Itard 1950, p. 21
  7. L. Massoutié, « Sur le dernier théorème de Fermat », CRAS, vol. 193,‎ 1931, p. 502-504 (lire en ligne).
  8. Léon Pomey, « Nouvelles remarques relatives au dernier théorème de Fermat », CRAS, vol. 193,‎ 1931, p. 563-564 (lire en ligne).
  9. P. Ribenboim, 13 Lectures on Fermat's Last Theorem, Springer, 1979, p. 69.
  10. (en) J. M. Swistak, « A note on Fermat's last theorem », Amer. Math. Monthly, vol. 76,‎ 1969, p. 173-174.
  11. (en) D. H. Lehmer, Emma Lehmer (en) et H. S. Vandiver, « An Application of High-Speed Computing to Fermat's Last Theorem », PNAS, vol. 40, no 1,‎ 1954, p. 25–33 (PMCID 527932, DOI 10.1073/pnas.40.1.25, lire en ligne)
  12. (en) The Work of Robert Langlands, sur le site de l'IAS
  13. a et b Karim Belabas et Catherine Goldstein, « Fermat et son Théorème (et quelques variations arithmético-cryptographiques) », Orsay Info, vol. 57,‎ novembre 1999, version préliminaire.
  14. a et b (en) Underwood Dudley, Mathematical Cranks, p. 118.
  15. Laurent Hua et Jean Rousseau, Fermat a-t-il démontré son grand théorème ?, éd. L'Harmattan, 2002, p. 71.
  16. Œuvres de Fermat, Paris, t. 2, Paris, 1894, en ligne, lettre CI, point 5, p. 433-434. Fermat énumère des questions qui se traitent par sa méthode de la descente infinie. Il place parmi ces questions sa conjecture (erronée) sur les nombres dits depuis nombres de Fermat et il ne dit plus, comme il l'avait fait dans des lettres antérieures, qu'il n'a pas encore trouvé de démonstration de cette conjecture.
  17. C'est l'interprétation que donne H. M. Edwards, Fermat's Last Theorem, Springer, 1977, p. 24, prenant position contre les vues contraires de E. T. Bell, The Last Problem, New York, 1961, p. 256.
  18. a, b et c (en) John J. O’Connor et Edmund F. Robertson, « Fermat's last theorem », dans MacTutor History of Mathematics archive, université de St Andrews (lire en ligne).
  19. Violant I Holz 2013, p. 99-101.
  20. a, b et c (en) Windried Scharlau (de) et Hans Opalka, From Fermat to Minkowski: Lectures on the Theory of Numbers and Its Historical Development, Springer, coll. « Undergraduate Texts in Mathematics »,‎ 1995, p. 13.
  21. Yves Hellegouarch, Invitation aux mathématiques de Fermat-Wiles [détail des éditions].
  22. Pour toute cette section, voir par exemple (en) AMS book review Modular forms and Fermat's Last Theorem by Cornell et al., 1999.
  23. Matthieu Romagny, « Le théorème de Fermat : huit ans de solitude », conférence donnée à Paris, 2008, p. 10 et suiv.
  24. Violant I Holz 2013, p. 137-143.
  25. (en) Andrew Wiles, « Modular elliptic curves and Fermat's last theorem », Ann. Math., vol. 141,‎ 1995, p. 443-551 (lire en ligne).
  26. Ce programme vise à décrire le groupe de Galois absolu de \mathbb Q via ses représentations, en termes d'analyse harmonique sur les groupes algébriques (c'est la théorie des représentations automorphes, vaste généralisation de la notion de forme modulaire).
  27. Simon Singh, Le dernier théorème de Fermat, édition de 1998, p. 314-325.
  28. Une brève description par Pierre Colmez de cette conjecture et de sa démonstration.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Conjecture d'Euler (généralisant celle de Fermat à des sommes de n – 1 puissances n-ièmes, mais réfutée en 1966)
  • Conjecture abc (laquelle entraîne par exemple le théorème de Fermat asymptotique)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Un documentaire télévisé de vulgarisation de Simon Singh