Derg

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Le Derg (amharique : ደርግ), qui signifie « comité des égaux »[1], était une junte militaire qui gouverna l'Éthiopie après la chute du negus Hailé Sélassié Ier en 1974 jusqu’en 1987, mais en fait jusqu'en 1991 avec la République populaire démocratique d'Éthiopie.

De 1975 à 1977, le Derg exécuta et emprisonna des dizaines de milliers de ses opposants, sans procès[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Derg est fondé le 27 juin 1974 par des officiers de l’armée éthiopienne qui s’étaient mutinés au début de l’année. Les membres fondateurs étaient au nombre de 120, nombre qui diminua lorsque des membres furent éliminés ou tués. Aucun nouveau membre n’a jamais été intégré[réf. nécessaire]. La liste précise des membres du Derg reste inconnue[2]. Mengistu Haile Mariam et Atnafu Abate furent élus respectivement président et vice-président du Derg dès sa première réunion.

Le Derg gagna de plus en plus de pouvoir dans les mois qui suivirent sa fondation. Au mois de juillet, il obtient des concessions de la part de l’empereur Haïlé Sélassié, dont celui d’arrêter non seulement des officiers militaires, mais également des membres du gouvernement à tout niveau. Bientôt, les anciens premiers ministres Tsehafi Taezaz Aklilu Habte-Wold et Endalkachew Makonnen, ainsi que la plupart des membres de leurs cabinets et des gouverneurs régionaux, de nombreux officiers et des membres de la cour impériale furent emprisonnés. Au mois d’août, après qu’un projet de constitution jetant les bases d’une monarchie constitutionnelle fût présenté à l’empereur, le Derg commença à démanteler le gouvernement impérial pour empêcher toute évolution de ce type. Il renversa et emprisonna Haïlé Sélassié le 12 septembre. Le 15, le comité sous le nom de Conseil militaire administratif provisoire prit le contrôle du gouvernement.

Au pouvoir[modifier | modifier le code]

Le Lieutenant général Aman Andom fut choisi pour être président du Derg et chef de l’État jusqu’au retour du Prince Amha Selassie, alors en traitement médical en Europe. Andom se querella avec les éléments les plus radicaux du Derg à propos d’une nouvelle offensive militaire en Érythrée et de l’exécution des anciens membres du gouvernement de l’empereur. Aman fut destitué et exécuté avec certains de ses partisans et 60 officiels du gouvernement impérial le 23 novembre 1974. Tafari Benti devint le nouveau président et chef de l’État. La monarchie fut formellement abolie en mai 1975 et le marxisme-léninisme fut proclamé idéologie officielle de l’État. Haïlé Sélassié mourut le 22 août 1975, dans des circonstances qui n’ont toujours pas été élucidées.

Benti fut éliminé à son tour en novembre 1977 avec plusieurs de ses partisans, suivi par Abate. Mengistu Haile devint alors le chef incontesté du Derg. En 1987, le comité fut officiellement dissous, une nouvelle constitution entra en vigueur et le pays prit le nom de République démocratique populaire d'Éthiopie. De nombreux membres du Derg conservèrent des postes clés au gouvernement, en tant que membres du Comité central et du Politburo du Parti des travailleurs d'Éthiopie (PTE). Mengistu en devint le secrétaire général tout en exerçant les charges de président de la République démocratique populaire d’Éthiopie et de commandant en chef des forces armées.

La période au cours de laquelle le Derg fut au pouvoir fut marquée par la guerre civile, avec l’élimination de dizaines de milliers d’opposants entre 1975 et 1977[réf. nécessaire], par la guérilla avec les indépendantistes érythréens, par les conflits avec les révoltés du Tigré et d’autres groupes, de droite comme l’Union démocratique d'Éthiopie ou de gauche comme le Parti révolutionnaire du peuple éthiopien. Le Derg combattit également l'armée de Somalie qui, sous la direction de Siad Barre, envahit l'Est du pays en 1977. L’Union soviétique choisit alors de soutenir l'Éthiopie, et des troupes cubaines firent pencher la balance. Grâce à ce soutien, l'armée éthiopienne devint l'une des plus puissantes de la région.

La plupart des industries et tous les biens immobiliers, ruraux et urbains, furent nationalisés en 1975. Des fermes d'État et des exploitations collectives furent instaurées sur le modèle soviétique. La diminution de la production alimentaire[réf. nécessaire] et une désorganisation des moyens de communication provoqua une famine au milieu des années 80, qui fit sans doute un million de morts. De nombreux Ethiopiens fuirent la misère et la répression politique vers les pays voisins et en Occident.

Le Derg fut renversé par une coalition de forces indépendantistes tigréennes et érythréennes, rassemblées dans le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, en mai 1991.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lefort, 1981, p. 97.
  2. Lefort, 1981, p. 12.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) René Lefort, Éthiopie, la révolution hérétique, Paris, Maspero, Cahiers libres 362, 1981, 420 p.
  • (en) Paul B. Henze, « Evolution, War, and “Socialism”: The First Decade of the Derg » et « The End of the Derg: The Victory of the Northern Guerrilla Movement » in Layers of Time: A History of Ethiopia, New York, Palgrave, 2000 (ISBN 0-312-22719-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]