Der Eigene

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Premier numéro de Der Eigene, publié par Adolf Brand en 1896.

Der Eigene[1] est la première revue homosexuelle, publiée en langue allemande à Berlin sous la direction d'Adolf Brand, de 1896 à 1932.

Histoire de la revue[modifier | modifier le code]

Couverture du numéro d'avril 1924.

En 1870, Karl Heinrich Ulrichs avait créé Prometheus, une revue qui n'eut qu'un seul exemplaire, mais déjà ouverte au thème de « l'amour entre hommes »[2]. Der Eigene est cependant considéré comme le premier périodique de l'histoire des homosexualités.

Adolf Brand, alors âgé de 22 ans, décide de lancer le 3 mars 1896 une revue mensuelle au prix de 1,50 mark. Elle eut plusieurs sous-titres dont « Ein Blatt für Alle und Keinen », puis « Ein Blatt für männliche Kultur, Kunst und Literatur » et parfois « Zeitschrift fûr Freundschaft und Freiheit ». Cette revue n'aborde pas dans ses dix premiers numéros des thèmes ouvertement homosexuels, ses sous-titres étant intentionnellement flous (i.e. : « gazette pour tous et personne » ; « art et littérature » ; « de culture masculine » ; « amitié et liberté »). Le titre principal, der Eigene (l'unique, au sens de l'autonomie individuelle), emprunte au philosophe Max Stirner et à son essai L'Unique et sa propriété (1844). La revue traite alors du « masculin en général », comme d'autres du féminin, genre qu'elle émaille de thèmes anarchisants et de débats d'idées, empruntant par exemple à Theodor Hertzka : le contexte européen s'y prête.

À partir de janvier 1898, la revue s'ouvre sur une fiction courte mettant en scène des personnages ouvertement homosexuels. Brand, craignant la censure et notamment le Paragraphe 175 du code civil allemand, réussit sous couvert de la fiction, à passer à travers. De la fin 1898 à 1902, la revue est illustrée de gravures, légèrement teintées d’érotisme, la thématique « gay » y devient prépondérante sans toutefois s'exposer aux lois antipornographiques. D'autres thèmes, alors en pleine effervescence en Allemagne, comme le naturisme et la culture physique, commencent d'être explorés. En janvier 1899, la numérotation repart au numéro 1, Brand entamant une nouvelle série dans une maquette art nouveau.

En 1903, l’État prussien attaque la revue suite à la publication d'un poème intitulé Die Freundschaft (L'amitié), le procès est remporté par Brand qui révèle que le poème est de... Friedrich Schiller[3].

Mis à part un numéro unique en 1906, vendu relié, la revue continuera de sortir de façon régulière, y compris de façon clandestine durant l'affaire Harden-Eulenburg (1907-1909), s'interrompant toutefois durant la guerre puis reprenant en 1919 et ce, jusqu'en 1932, introduisant des photographies de jeunes hommes à partir de 1920, et pas uniquement des portraits. Brand noue d’étroites relations avec le chercheur Magnus Hirschfeld, puis s'en éloigne, considérant que ces travaux scientifiques l'éloignent de ses propres considérations d'ordre esthétiques.

En 1933, la revue est suspendue et la maison d'Adolf Brand est mise à sac à plusieurs reprises par les nazis : l'ensemble de ses archives aurait été confisqué par Ernst Röhm.

Elle compta jusqu'à environ 1 500 abonnés.

Tous les numéros ont été réimprimés par les éditions Foerster (Berlin, Francfort) en 1981.

Auteurs publiés[modifier | modifier le code]

Outre des poèmes d'Adolf Brand, on compte parmi les collaborateurs : Benedict Friedlaender, Hanns Heinz Ewers, Erich Mühsam, Kurt Hiller, Ernst Burchard, John Henry Mackay, Theodor Lessing, Klaus Mann, Thomas Mann, Wilhelm von Gloeden, et Sascha Schneider.

Répercussions[modifier | modifier le code]

Die Eigene eut sans aucun doute une influence déterminante sur la naissance de la première revue homosexuelle française, Akademos (1909) puis sur Inversions (1924) qui devait s'intituler L'Amitié. Aux États-Unis, se monte la Society for Human Rights en 1924 sous la direction de Henry Gerber, qui s'inspire des travaux de Brand et Hirschfeld en lançant l'éphémère revue Friendship and Freedom. Le premier magazine gay américain s'intitule One, il sort en janvier 1953, et inscrit dans cette lignée.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

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  1. En français, « l'unique ».
  2. Hubert Kennedy, "Karl Heinrich Ulrichs: First Theorist of Homosexuality" in Science and Homosexualities, New York, Routledge, 1997, pp. 26–45.
  3. (de)Texte du poème, Lyrikwelt.

Voir aussi[modifier | modifier le code]