Deo Van Long

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Deo Van Long
Deo Van Long, Seigneur du Pays Taï
Deo Van Long, Seigneur du Pays Taï
Titre
Seigneur du Pays Taï
Couronnement 1908
Premier ministre Deo Van An
Prédécesseur Deo Van Tri
Biographie
Titre complet S.A. le Seigneur Deo Van Long, Président du Pays Taï
Dynastie Deo, La
Nom de naissance Deo Van Long
Date de naissance 1887
Lieu de naissance Muong Lai
Père Deo Van Tri
Mère HOANG Thi Choi,
Conjoint Lo Thi Thinh, Lo Thi Thom
Enfant(s) Deo Nang Toï, Deo Van Tai,Deo Van Phat,Deo Nang Tsoi,Deo Nang Tsai,Deo Van Dan"Un",Deo Nang In, Deo Nang Eng
Héritier S.A. La Princesse Deo Nang Toï (1914- 2008)
Résidence Yamen De Laï Chau (Indochine) - Toulouse (France)

Deo Van Long

Deo Van Long, né le 15 mars 1887 dans l'actuel Viêt-Nam et décédé le 20 novembre 1975 à Toulouse, était le seigneur féodal et président de la Fédération Thaï jusqu'en 1954.

Le pays Taï[modifier | modifier le code]

Le territoire du Pays Taï en 1950, territoire qui a peu évolué depuis le XVIIe siècle.
Article détaillé : Pays Taï.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Le pays Taï[1] ou ‘’’Sip Song Chau Tai’’’ (littéralement Pays des douze provinces) est situé dans le nord de l'actuelle République socialiste du Viêt Nam, il fut une région autonome du type principauté dès le 17e siècle sous la dynastie Lê puis au terme de la Guerre franco-chinoise[2] ce pays grand comme le Danemark devient un protectorat de la France le 9 juin 1885, (la Chine reconnaissant le Traité de Hué (1883)).
Les relations de la France avec le peuple Taï dès la fin du XIXe siècle furent très difficiles malgré la signature en 1862 d’un premier traité (traité de Saigon) signé avec l'empereur d'Annam puis d’un second traité de Saïgon signé en 1874, le nord et en particulier le Nord Tonkin refusait de se soumettre envoyant les terribles Pavillons Noirs pour confronter les envahisseurs français.

Auguste Pavie, habile négociateur, réussit cependant à convaincre le chef héréditaire du pays Taï Đèo Văn Tri[3] de contrôler les Pavillons noir[4].
En échange la famille Deo conserva ses privilèges et ses droits sur les régions de Ðiện Biên Phủ, Laïchau, Phu Yen et Tuan Giao.
Le pays Taï est constitué des Douze provinces (‘Sip Song Chau Tai’) qui furent tant bien que mal unifiées par Đèo Văn Tri (provinces originales qui deviendront les 19 provinces sous le règne de son fils Deo Van Long):

  1. Muong Te,
  2. Muong So,
  3. Muong Sat,
  4. Muong Ma,
  5. Muong Lay,
  6. Muong Chien,
  7. Muong Chan,
  8. Muong Than,
  9. Muong Quai,
  10. Muong Thanh,
  11. Muong Muoi,
  12. Muong

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille La et Deo[modifier | modifier le code]

Ming Chongzhen seizième et dernier empereur de la dynastie Ming (1627 - 1644)

S.A. le seigneur Đèo Văn Long est l’héritier de la famille princière « La 剌 » dirigeants de la province chinoise du Kouang Toung 广东 (orthographié Kwantung, puis Guangdong) et du Kouang Xi, du 7e siècle au 17e siècle.

Puisant ses origines dans la Chine impériale les fonctionnaires (préfets) de la famille «La» ont servi successivement les différents empereurs des

Au 17e siècle Lo Camh Khong (ou Deo Cam Kong grand-père de Deo Van Tri.) grand fonctionnaire de la cour impériale est alors pressenti pour succéder à l’Empereur Zhu Youjian (Ming Chongzhen). Mais Lo Camh Khong subodore la fin de la dynastie Ming et demande à l’empereur le droit d’aller conquérir les Sip Song Chau Tai au nord du Vietnam alors vassal de la Chine( dynastie Lê).

Lo Camh Khong réussira la conquête de ces régions montagneuses et hors contrôle de l’Empire du Viêt Nam depuis toujours. Pour le récompenser l’empereur de la dynastie Lê lui confiera la gestion de cette région et entérinera la création d’une principauté du pays Taï dirigée par Lo Camh Khong,

La famille «Deo» dirigera ensuite durant les trois siècles suivants les seigneuries tenues par les Taïs blancs, d’abord jusqu’en 1890 date à laquelle Deo Van Tri[3] signera la paix avec la France sous l’impulsion d’Auguste Pavie[5] et obtiendra de continuer à régner sur la région, ensuite jusqu’en 1954 sous le règne de Deo Van Long, troisième fils de Deo Van Tri.La France reconnait la suzeraineté des Đèo dans la région de Laichau.

Selon certains auteurs, dont Lucien Bodard, l’identité de Đèo Văn Tri procède de l’usurpation. Ce fils de pirate serait devenu le roi de Laichau par un crime atroce. Il aurait disposé du souverain légitime, du nom de Đèo dont il aurait fait serrer« le cou avec des cordes jusqu’à ce que le crâne éclatât ». Enfin, il se serait emparé de son nom et de sa vie en épousant sa fille.

Deo Van Long[modifier | modifier le code]

S.A. Deo Van Tri en costume de prince feudataire chinois (Regina : 1849 - 1908)
Séance du Conseil de la Fédération Taï. Indochine Tonkin, circa 1950. De dos le Président de la Fédération Taï S.A. le Seigneur Deo Van Long, à gauche (avec la moustache) S.A. le Seigneur Deo Van An.

Dirigeant de la Fédération Taï autonome du Nord-Ouest du Tonkin de 1908 à 1954.
Petit-fils de Deo Van Sinh - ou « Cam Sinh » - et troisième fils de Deo Van Tri, il est le descendant d'une noble lignée héréditaire féodale puisant ses racines dans la province du Yunnan.

Son Yamen d'où il dirige le Pays Taï entouré de sa famille, de sa cour et d'environ 1500 serviteurs est situé à Lai Châu au bord de la rivière Noire.

Les Chevaux[modifier | modifier le code]

Grand amateur de chevaux et collectionneur d’objets s’y rapportant, Deo Van Long possédait un haras renommé doté d’une centaine de palefreniers.

Deo Van Long s’était donné pour objectif l’amélioration de la race de montagne des chevaux Hmong. Petits et particulièrement adaptés à la montage ces chevaux robustes probablement des descendants des poneys mongols, Sichuan ou Timorean étaient les alliés incontournable de l’homme pour les déplacements et les travaux des champs.

C’est à cette occasion qu’il rencontrera Louis Bordier - Ingénieur agronome venu l’aider à la sélection des races de chevaux. Louis Bordier deviendra son gendre en épousant S.A. la princesse Deo Nang Toï et commandera durant la guerre d’Indochine un bataillon Taï (GMPT 1)

Politique française[modifier | modifier le code]

Si la politique française au Tonkin, de 1910 à 1940 encourage la centralisation et l’annamitisation des pouvoirs au détriment de l’idée de l’unité Thaï, Deo Van Long peut, à partir de mars 1945, reprendre l’idéal de son père et rétablir la fédération Thaï autour de la province de Lai Chau.

En 1950 c’est la création de la Fédération Taï dont le premier président sera S.A. le seigneur Deo Van Long, reconnue par l’empereur Bao Dai[6] et officialisant son rattachement à la couronne d'Annam, (Ordonnance du 15 avril 1950, Bao Daï[6] rattacha directement à sa personne les pays montagnards, dont la fédération Taï, puis leur donna, le 4 avril 1952, un statut particulier ) ceci durera jusqu'en 1954 fin de la colonisation française en Indochine.

La Guerre d’Indochine[modifier | modifier le code]

Deo Van Long joua un rôle important dans la politique française du nord-Viêt Nam, incontournable il réglera toute les questions ayant trait aux affaires qui concernaient la Fédération Taï. Il fournit des troupes dites de « supplétifs » durant la guerre d’Indochine qui paieront un lourd tribut aux côtés des forces françaises notamment à Ðiện Biên Phủ.

Les dirigeants Tai capturés par le Vietminh furent atrocement mutilés, dont le fils de Deo Van Long, coupé en morceaux sur la place publique.

Pour mémoire suite à la bataille de Ðiện Biên Phủ:
9 442 hommes (Français, Vietnamiens et Taïs ) furent emmenés en captivité par le Vietminh, seuls 3 290 seront rendus à la fin de la guerre.
Soit 7 708 morts ou disparus.

Compagnies Taï
  • 2 compagnies de Thaïs Blancs, capitaine Michel Duluat
  • Reliquats des compagnies de supplétifs militaires (CSM) du 1er groupement mobile de partisans thaïs (GMPT 1), capitaine Bordier, provenant de Lai Châu
    • Groupement Wième, lieutenant Réginald Wième
      • 431e compagnie de supplétifs militaires (CSM 431)
      • 432e compagnie de supplétifs militaires (CSM 432)
      • 434e compagnie de supplétifs militaires (CSM 434)
Troupes coloniales comprenant des supplétifs Taï
  • 1er bataillon thaï (BT 1), chef de bataillon Girardin
  • 2e bataillon thaï (BT 2), chef de bataillon Maurice Chenel
  • 3e bataillon thaï (BT 3), chef de bataillon Léopold Thimonnier

La Chute[modifier | modifier le code]

Clairement pro-français et ayant lui-même fait ses études en France, Deo Van Long est contraint par l’arrivée des communistes aux portes de son Yamen de Lai Chau de se réfugier avec sa cour à Hanoï. Ce sera ensuite l’évacuation vers la France avec sa famille et une partie de son personnel.

Condamnée à mort par contumace par le régime communiste, la famille Deo ne reviendra alors plus jamais en Indochine, ceci mettant fin à 13 siècles de règne et d’influence sur le sud de la Chine.

Il meurt en 1975 à Toulouse.

Le Pays Taï existe toujours aujourd’hui mais est « morcelé » entre plusieurs provinces de la République socialiste du Viêt Nam. Un certain nombre de Taïs ont émigré à travers le monde dès 1954, les communautés thais noirs les plus importantes étant en France et aux États-Unis (Iowa)[7]

Décorations[modifier | modifier le code]

Merite civil Tai .png Merite militaire tai ribbon.svg Legion Honneur Officier ribbon.svg Ordre du Dragon d'Annam (par le Gouvernement Francais) Officier ribbon.svg
  • Grand Croix du Mérite civil Taï
  • Chevalier du Mérite militaire Taï
  • Officier de la Légion d'Honneur (Présenté dans l'ordre de préséance du pays Taï)
  • Ordre du Dragon d'Annam
  • Ordre de la couronne Thaï ( de Thaïlande)
  • Médaille militaire d'Annam
  • Ordre du Million d’Éléphants et du Parasol Blanc

Ascendance récente[modifier | modifier le code]

  • … depuis le VIIe siècle : Famille « La 剌 » princes feudataires de l’Empire de Chine
    • Lo Camh Khong Prince Feudataire de l’empire de Chine du Guangdong et du Kouang Xi puis Seigneur du Pays Taï (XVIIe siècle - Chine)
      • DEO Kim Cat Seigneur du Pays Taï (XVIIIe siècle - Viêt Nam)
        • DEO Van Dinh
        • DEO Van Binh
        • DEO Van An Seigneur du Pays Taï (XVIIIe siècle - Viêt Nam)
          • DEO Van Sanh Seigneur du Pays Taï (XIXe siècle - Empire d’Annam)
            • DEO Van Phan (- 1903)
            • DEO Nang Dum
            • DEO Van Tri Seigneur du Pays Taï (1848 - 1908- Empire d’Annam)
              • DEO Van Man
              • DEO Nang Thiep
              • DEO Nang Mon
              • DEO Van Long Seigneur du Pays Taï, Président de la Fédération Taï (1887 – 1975 - Empire d’Annam)
            • DEO Nang Dong
            • DEO Van Chan (- 1922)
            • DEO Van Thao (1853 - 1929)
            • DEO Nang Chieu
            • DEO Van Bao (- 1907)
            • DEO Van Huy (- 1909)
            • DEO Van Duong (- 1906)
            • DEO, Nang Soi

Descendance[modifier | modifier le code]

Marié à Madame Lo Thi Thinh, il aura 8 enfants :

  • DEO Van Long Seigneur du Pays Taï, Président de la Fédération Taï (1887 – 1975 - Empire d’Annam)
    • DEO Nang Toi(1914 – 2008)
    • DEO Van Tai (1916 - 1954)
    • DEO Van Phat (1918 - 1952)
    • DEO Nang Tsoi
    • DEO Nang Tsai (1921 - 1995)
    • DEO Van Dan"Un" (1922 - 1954)
    • DEO Nang In
    • DEO Nang Eng (1924 - 2006)

Il prendra ensuite une seconde épouse, Madame Lo Thi Thom, avec laquelle il aura trois enfants.

    • DEO Taam Cae
    • DEO Van Ring
    • DEO Van Roong

Iconographie[modifier | modifier le code]

Les deux derniers Seigneur des Sip Song Chau Taï

La Légion d'Honneur

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. le Pays Taï, Pays Thaï ou encore Sip Song Chau situé au nord Tonkin est constitué des 12 puis 16 et enfin 19 provinces, il passera d’un régime féodal trimillénaire à un gouvernement autonome dit « Fédération Taï » en 1950
  2. Thomazi, A., Histoire militaire de l’Indochine française (Hanoi, 1931) & Thomazi, A., La conquête de l'Indochine (Paris, 1934)
  3. a et b Cf Encyclopaedia Britannica
  4. McAleavy H., Black Flags in Vietnam: The Story of a Chinese Intervention (New York, 1968)
  5. Cf À la conquête des cœurs, le pays des millions d'éléphants et du parasol blanc, les "Pavillons noirs, " Déo-van-Tri - PUF 1947
  6. a et b Bao Dai empereur du Viêt Nam mis en place par la France – CF Ordonnance du 4 avril 1952 reconnaissant le Pays Taï
  7. Communauté américaine des Taï : http://www.taivillage.qwestoffice.net/2101.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Deo Van Long[modifier | modifier le code]

Il existe plus de 20 000 ouvrages citant Deo Van Long ; en voici quelques-uns :

  • Mémoires: fin d'un empire, Raoul Salan - Presses de la Cité, 1970
  • L’Adieu aux Thais, Édouard Chapuis - L’Harmattan -1996
  • L’Armée française dans la guerre d’Indochine (1946-1954) par Maurice Vaisse & Alain Bizard– Éditions Complexe -2000
  • La France d’outre-mer (1939-1960) par Jean Clauzel – Karthala Éditions L’Harmattan -2003
  • Turbulent times and enduring peoples: mountain minorities in the South-East Par Jean Michaud - Curzon Press - 2000
  • Regard sur l’Indochine Par Michel Baron - ARRI - 2004
  • Les ailes te portent Par Guillaume de Fontanges - NEL -1999
  • Political struggles in Laos, 1930-1954 Par Geoffray C. Gunn - Éditions Duang Kamol, 1988
  • Where China meets Southeast Asia: social & cultural change in the border regions Par Grant Evans, Christopher Hutton, Khun Eng Kuah - Palgrave Macmillan – 2000.
  • We Were God's Debris Par R. B. Ford - Lulu.com, 2007
  • Sur Deo Van Long: Street without joy Par Bernard B. Fall - Stackpole Books, 1994

Le pays Taï[modifier | modifier le code]

  • Fourniau, C., Annam–Tonkin 1885–1896: Lettrés et paysans vietnamiens face à la conquête coloniale (Paris, 1989)
  • Revue de L'ORSTOM Autrepart, Volume 3 Par ORSTOM (France): Édition de L'Aube 1097
  • Laos: autopsie d'une monarchie assassinée par le Prince Mangkra Souvannaphouma : L'Harmattan 2010
  • La France d'outre-mer (1930-1960) Par Jean Clauzel : KARTHALA Éditions 2003
  • Féodalité Taï chez les Lü des Sipsong Panna et les Taï Blancs, Noirs et Rouges du Nord-Ouest du Viêt Nam par LEMOINE J. revue Péninsule 1997, vol. 28, no 35 (234 p.) (1 p. 1/4), p. 171-217
  • Histoire du Viêt Nam des origines à 1858 par Lê Thành Khôi Sudestasie, Paris, 2000
  • L’Ombre des nuages. Histoire et civilisation du Viêt Nam au temps des Lê. Par Jean-Pierre Duteil Arguments, Paris, 1997

Liens externes[modifier | modifier le code]

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