Denis Duclos

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Denis Duclos, né en 1947 à Neuilly-sur-Seine, est sociologue au CNRS à Toulouse, dans le Laboratoire Interdisciplinaire Solidarité, Sociétés, Territoires (LISST)[1]. Il travaille sur les peurs sociétales[2] et est l'auteur de plusieurs ouvrages sur ce sujet. Ne sacrifiant pas au culte des étroites disciplines académiques, ce chercheur se décrit lui même comme anthropologue et/ou philosophe politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il commence sa carrière comme chercheur sur contrat au Centre de sociologie urbaine à partir de 1971. Il entre au CNRS en 1978, passe sa thèse d'État en 1987 à Sciences-Po Paris. Il devient directeur de recherche en 1995.

Docteur d'État, il est directeur de recherche au CNRS affilié au LISST à l'Université Toulouse II-Le Mirail dans l'équipe du Centre d'Anthropologie Sociale. Il intervient dans les cours de l'École des hautes études en sciences sociales[3] qui est l'un des établissements de rattachement du LISST. Il est habilité à diriger des thèses à Paris VII[4] et Paris I[5]. Il est également chercheur associé au groupe de recherche "Éthique, Technologies, Organisations, Société" (ETOS) de l'Institut Télécom[6].

Denis Duclos est intervenu régulièrement dans Le Monde diplomatique depuis 1993. Il publie notamment l'article « Le spectre de l'Occident paralyse la pensée »[7].

Activité d'auteur[modifier | modifier le code]

Denis Duclos est également écrivain. Il écrit des récits mythiques et d'Heroic fantasy. Le "cycle de Longwor" est inspiré du cycle homérique. Il décrit des aventures épiques dans un archipel caraïbe imaginaire, où la liberté des personnages se confronte à la "machine" des fonctions identitaires de chaque île.

Champ de recherche[modifier | modifier le code]

Depuis 1980, son champ de recherche principal a été le phénomène des "grandes peurs" sociétales, visant aussi bien des personnages appelant sur eux l'opprobre publique (comme le "tueur en série") que des actions collectives envisagées comme génératrices de catastrophes (comme "le risque nucléaire" ou le "changement climatique"). Il interprète ces peurs comme des attitudes symptomatiques, c'est-à-dire se formant à la place de positions politiques explicites, lorsque celles-ci sont difficiles à élaborer sur certains sujets décisifs. Elles signalent des problèmes informulés, parfois éloignés de leur objet apparent. Par exemple, le tueur en série, comme mythe, puis la figure du terroriste, ont représenté aux États-Unis les menaces que l'individu "non-social" comporte pour la société; mais ils sont aussi les symboles des dangers qu'une société qui fait tout "en série" peut comporter pour les libertés individuelles et pour les cultures différentes. Autre exemple : la peur de la "vache folle" (maladie transmise à des bovins par le biais de farines alimentaires issues... de bovins et d'ovins[8] semble soulever une question plus fondamentale : les hommes ont-ils le droit de transformer les herbivores en carnivores autophages, et plus largement, de "techniciser la vie" ?. La peur du changement climatique exprime le problème plus général de la difficulté de passer d'un monde composé d'entités humaines organisées chacune pour soi, à un monde sur lequel l'humanité agit "comme un seul homme". La peur montante des pandémies de grippe renvoie à l'inquiétude concernant la démographie humaine [1], etc.

Le cas le plus flagrant et le plus constant de déplacement symptomatique est la haine-peur du "comploteur" (souvent finalement associé au "Juif")qui semble découler d'un rejet sur l'autre de la culpabilité associée, en société chrétienne (et post-chrétienne), à l'acte d'égaliser Dieu et l'Homme au cœur du dogme (et donc de "tuer" Dieu ou le Père dans l'imaginaire). En effet, cet acte symbolique constitutif de la société occidentale n'est pas facile à assumer inconsciemment : ceux qui s'en sentent coupables peuvent préférer l'imputer à ceux qui ne l'ont pas fait. Pour Denis Duclos, la peur actuelle du complot visant à créer un "nouvel ordre mondial" et à réduire la population n'échappe pas à ce modèle : elle parle en fait du désir de tous, d'autant plus fort que la crise économique soumet chacun à son stress universel [2].

En arrière-plan de ces "pathologies sociales"[9](comme les nomme aussi Axel Honneth, ou l'anthropologue britannique Mary Douglas avec laquelle Denis Duclos a travaillé[10]|) , Denis Duclos construit une théorie des champs culturels et de leur évolution. Ces champs produisent, selon lui, les alternatives pouvant diminuer la force des "grandes peurs". Denis Duclos envisage[11] que le champ européen, largement centré par la question de la loi se répartit entre plusieurs propositions différentes : la position anglo-saxonne tend à faire équivaloir société et loi (face aux individus), tandis qu'une réponse "latine" demande à ancrer la loi dans des conditions locales civiques. Une autre position (germanique) s'appuie sur la correspondance nécessaire entre loi et esprit communautaire. Enfin, la position française souligne que loi et pouvoir sont toujours en tension.

En travaillant sur l'aspect culturel de la mondialisation, il soulève la question de la forme de pluralité qui devra nécessairement compléter dans la "société-monde" les "conversations" déjà organisées par les religions, les nations et les civilisations.

Intervention dans le débat d'idées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Sokal.

Denis Duclos intervient dans l'affaire Sokal en publiant une tribune le 3 janvier 1997 dans le journal Le Monde[12]. Il attaque avec vigueur le Professeur Sokal, un mathématicien new-yorkais dont il conteste l'intervention polémique, qu'il décrit comme cherchant à parodier, à dénigrer, à piéger, à salir. Il considère que prendre au sérieux le canular de ce dernier n'a aucun sens, que la revue Social Text s'est laissée piéger par des erreurs en physique et que cette guerre psychologique n'empêche pas les questions sociales (..)d’avoir leur autonomie radicale dans le champ des sciences.

Jean Bricmont lui répond à son tour dans Le Monde[13] en rappelant que Sokal n'a pas "piégé" Social Science avec des "erreurs de physiques" mais avec une caricature de physique utilisant abusivement le lexique des sciences. Jean Bricmont complète son propos en rappelant que l'article de Sokal est un tissu de non-sens volontaires qui devraient choquer toute personne raisonnable.

Denis Duclos rappelle dans la même tribune que le canular, orchestré dans la presse américaine visait nombre d'intellectuels français (dont Jacques Lacan, Maurice Blanchot, Jacques Derrida, ou Bruno Latour) et pouvait relever à ce titre d'un chauvinisme anti-européen.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

ouvrages (ou parties d'ouvrages) de Denis Duclos publiés en français 
  • De l'usine on peut voir la ville : les travailleurs et les effets de la production sur les milieux et les modes de vie. (Ouvrage collectif sous la direction de Denis Duclos) Echanges sciences sociales, Paris (1980, 397 p.)
  • Les sciences sociales dans le changement socio-politique, Economica, Paris, 1985, 158 p.
  • La santé et le travail, La découverte, 1986, 128 p.
  • La peur et le savoir : les sociétés face à la science, la technique et leurs dangers, la Découverte, 1990
  • Les industriels et les risques pour l'environnement, L'Harmattan, 1991, 250 p.
  • L'homme face au risque technique, l'Harmattan, 1991, 275 p.
  • « Risques technologiques et catastrophes industrielles, l’effet Tchernobyl », in L’État des sciences et des techniques, La Découverte, 1991.
  • Modernité et contrôle des menaces, (Chap. 13) in Sortie de Siècle (J.P.Durand, F.X Merrien eds.) Paris, Vigot, 1991, p. 353–382.
  • De la civilité, ou comment les sociétés apprivoisent la puissance, La Découverte, 1993
  • Le Complexe du loup-garou : la fascination de la violence dans la culture américaine, La Découverte, 1994 ; Pocket-Agora, 1998.
    • Traduit en anglais sous le titre The Werewolve’s Complex : fascination by violence, in the American Culture, Berg International, Oxford-New York, 1997.
    • Traduit en grec sous le titre To Symplegma tou lycanthropou. I Elxi tis americanis coultouras pros ti via, Éditions Koxlias, Athènes, 2006, 318 p.
  • Nature et Démocratie des passions, PUF, 1997
    • Traduit en italien sous le titre Per una nuova ecologica politica, Edizioni Dedalo, Bari, 2000, 336 pp.
  • « Démocratie des techniques et choix énergétiques », in L'énergie, des usages et des hommes, Éditions du Cercle d'art, Paris, 1999.
  • « Les quatre natures de l’homme », conclusion de l’ouvrage L’environnement, question sociale, dix ans de recherches pour le ministère de l’Environnement, éditions Odile Jacob, 2001.
  • L’empreinte des formations subjectives dans l’histoire, in L’anthropologie psychanalytique, Anthropos, 2002.
  • Heurs et malheurs du concept de risque in Dictionnaire des risques (dir. Y.Dupont), Armand Colin, 2003, p. 327–345.
  • Société-monde : le temps des ruptures, La Découverte, 2004.
  • Entre Esprit et Corps : la culture contre le suicide collectif, Paris, Anthropos, 2004, 260 p.
  • « la nostalgie gothique comme ingrédient de la société informatisée », préface au livre de Valérie de Courville Nicol, Le soupçon gothique, l’intériorisation de la peur en occident, Les presses de l’université de Montréal, 2005
  • « La fonction imaginaire de la structure symbolique : ou comment revisiter Lévi-Strauss », in La fonction symbolique, retour aux sources et actualités, dir. M. Zafiropoulos, Economica, Paris, 2005
  • Les sondages d'opinion, avec Hélene Y. Meynaud, La Découverte, 2007 (4e édition)
  • « Esprit et Corps : l’idéal collectif suicidaire et la résistance du vivant », in Gilbert Vincent (ed.), La technique et le façonnement du monde, mirages et désenchantement, L’harmattan, Paris, 2007.
  • Pourquoi tardons-nous tant à devenir écologistes ? (Société écologique et post-modernité), (ouvrage collectif sous la direction de Denis Duclos, avec la participation de Mary Douglas, Alain Caillé, Michel Freitag, Gilles Gagné, Olivier Clain, Bernard Kalaora, André Micoud, Florence Rudolf, Michelle Dobré), L'Harmattan, Paris, Avril 2007.
  • L'invention du langage, Anthropos, 2008.
  • Eloge de la pluralité, La revue du Mauss permanente,http://www.journaldumauss.net/spip.php?article865,Janvier 2012, 1400 p.
  • Science et inconscience, Editions Anthropos, octobre 2012, 250 p.(avec Markos Zafiropoulos)

Romans[modifier | modifier le code]

  • Le Cycle de l'ancien futur : Rivages fantasy, 1999-2000. (repris en poches J'ai Lu) :
  • 1. Longwor, l'archipel-monde
  • 2. L'épreuve des îles
  • 3. Pouvoirs et savoirs
  • 4. Translatador,
  • Fra Diavolo (thriller provençal), Éditions le Passage, 2004.
  • Semur et le désordre mondial, Éditions Nykta, 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. UMR 5193, Information collectée dans l'annuaire du CNRS, mis à jour le 04 août 2011
  2. Rattachement à la section 40 du CNRS, Politique, pouvoir, organisation
  3. Programme des enseignements EHESS 2010-2011
  4. Liste des thèses encadrées
  5. [http://edph.univ-paris1.fr/directeurs.html Liste des directeurs de thèses de l'école doctorale de philosophie de l'université Paris 1, Panthéon Sorbonne
  6. Page du groupe de recherche
  7. Le Monde diplomatique d'août 2007
  8. Le monde diplomatique
  9. Duclos Denis., « Civilité et malaise, contre Pathos et Société ? » introduction au colloque « Les pathologies sociales », (Denis Duclos et Olivier Clain, organisateurs) Québec, novembre 1998. (polycopié, 8 p.)
  10. voir : La société vulnérable :Evaluer et maîtriser les risques, J.L Fabiani,J.THeys (eds.), Editions de l'École Normale Supérieure,Paris,1987
  11. Publication de l'auteur
  12. Fac similé de l'article Sokal n’est pas Socrate
  13. Fac Similé de la réponse de Bricmont