Delphinarium

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Spectacle de grands dauphins à l'aquarium d'Enoshima (Japon)

Un delphinarium est un aquarium artificiel pour delphinidés, ainsi que parfois pour d'autres cétacés. Le plus souvent, les spécimens vivent dans un ensemble de bassins permettant leur élevage, leur dressage et leur entraînement, des performances publiques voire parfois des activités de recherche. Occasionnellement, ils peuvent être gardés dans l'eau de mer dans un enclos littoral fermé par des filets.

Quelques delphinariums sont des structures à part entière, d'autres prennent place à l'intérieur de parcs zoologiques ou encore de parcs d'attraction. Ces derniers ne sont pas toujours considérés comme des delphinariums stricto sensu, mais davantage comme des sous-unités de ces parcs.

Les pays ayant le plus de delphinariums sur leur territoire sont les États-Unis, le Japon, le Mexique et l'Espagne[1].

L'orthographe dolphinarium est anglaise, quant à celle de dolfinarium, elle est néerlandaise.

Histoire[modifier | modifier le code]

Animaux[modifier | modifier le code]

Espèces[modifier | modifier le code]

Diverses espèces de delphinidés sont gardés en captivité ainsi que quelques autres espèces de petites baleines comme les marsouins communs, marsouins aptères et les bélugas, bien que dans ce cas le mot delphinarium ne soit pas parfaitement approprié dans la mesure où ces espèces n'appartiennent pas à la famille des delphinidés.

Le grand dauphin (Tursiops truncatus) est l'espèce la plus communément rencontrée dans les delphinariums car ces dauphins sont assez facilement entraînables et ont une apparence amicale. Des centaines, si ce ne sont des milliers, de grands dauphins vivent en captivité dans le monde, bien que leur nombre exact soit difficile à déterminer.

Les orques (Orcinus orca) sont assez souvent présentes dans ces structures et sont connues pour leurs performances lors des spectacles, mais le nombre d'orques captives est faible par rapport au nombre de grands dauphins captifs, avec seulement 44 individus en 2012[2]. La majorité d'entre eux se trouvent dans les différents parcs SeaWorld aux États-Unis.

Parmi les autres espèces rencontrées dans les delphinariums on trouve les dauphins tachetés de l'Atlantique, les dauphins de Gill, les fausses orques, les dauphins communs, de même que les dauphins de Commerson et les dauphins à bec étroit, mais en bien moins grand nombre que les grands dauphins. Il y a également quelques spécimens de dauphins rose de l’Amazone, de dauphins de Risso, de dauphins à long bec et de tucuxi, mais en nombre inférieur à dix.

De très rares delphinariums possèdent des hybrides de delphinidés. Deux spécimens connus sous le noms de balphins sont visibles au parc Sea Life d'Hawaï, ils sont issus d'un croisement entre un grand dauphin et une fausse orque. Deux autres spécimens hybrides de grand dauphin et de dauphin commun sont présentés en captivité, l'un au SeaWorld de San Diego, l'autre au SeaWorld d'Orlando.


Origine[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Salle de spectacle du delphinarium de Varna en Bulgarie

Les conditions de vie des pensionnaires de delphinarium sont critiquées sur divers points.

Atteinte au bien-être des spécimens captifs[modifier | modifier le code]

Santé et espérance de vie[modifier | modifier le code]

Syndrome de l'aileron flaccide chez l'orque Tilikum au SeaWorld d'Orlando.

L'espérance de vie des cétacés captifs est plus brève que dans la nature[réf. souhaitée], du fait du stress et d'infections diverses. Les bassins bétonnés, emplis d'eau chlorée et sans végétation ne sont pas adaptés à la biologie de ces animaux, qui sont nourris avec des poissons morts (ce qu'ils ne font pas dans la nature) et traités aux antibiotiques. Il y a peu de naissances en captivité (en tout cas pas assez pour compenser la mortalité)[réf. souhaitée], et lorsqu'il y en a, les décès prématurés et les cas de débilité sont fréquents.

Syndrome de l'aileron flaccide[modifier | modifier le code]

Aussi appelé FFS (de l'anglais : Flaccid Fin Syndrome), ce syndrome, caractérisé par l'aspect mou et retombant de la nageoire dorsale, est plus courant chez les orques captives que chez les orques sauvages.

De nombreux facteurs semblent en être à l'origine, dont un certain nombre inhérent à la captivité.

Impossibilité d'exprimer un ensemble de comportements naturels[modifier | modifier le code]

Éthique des spectacles d'animaux sauvages[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, les spectacles de dauphins, apparentés au cirque, sont contestés par les défenseurs des animaux, qui y voient une mise en scène dégradante pour les cétacés et sans intérêt instructif pour les visiteurs. Ces représentations renvoient aux spectateurs le message implicite que l'Homme peut exploiter des animaux non-domestiqués pour son simple divertissement, et ce sans se préoccuper de la volonté et de la souffrance des animaux en question.

Les partisans de ce type de structure arguent que les spectacles de dauphins permettent de sensibiliser le public à l'intelligence de ces animaux. Cependant il existe pour cela des activités touristiques qui promeuvent l'observation de dauphins dans leur milieu naturel permettant de mieux éduquer et sensibiliser le public.

Législation[modifier | modifier le code]

La législation sur les delphinariums varie d'un pays à l'autre. La majorité des pays n'ont pas de législation particulière sur ce type de structure, mais de plus en plus de pays les interdisent ou restreignent leur établissement et leur fonctionnement.

Pays avec delphinarium[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Bassin des orques du Marineland d'Antibes (France).

Il existe trois delphinariums en France.

Deux d'entre eux sont possédés par la Compagnie des Alpes, une entreprise française elle-même filiale de la Caisse des dépôts, une institution financière publique :

Le troisième est possédé par le groupe espagnol Parques Reunidos :

Belgique[modifier | modifier le code]

Delphinarium du Boudewijn Seapark de Bruges (Belgique).

Il n'existe plus qu'un seul delphinarium en Belgique : celui du Boudewijn Seapark, à Bruges (Flandre Occidentale), possédé par le groupe espagnol Aspro-Ocio.

Canada[modifier | modifier le code]

Il existe deux delphinarium au Canada, mais aucun au Canada francophone. Il s'agit du Marineland du Canada, à Niagara Falls, en Ontario et de l'Aquarium de Vancouver, en Colombie-Brtiannique.

Le très controversé lagon des dauphins du centre commercial West Edmondton Mall, à Edmonton, en Alberta, ne présente plus de cétacés depuis mai 2004[3].

Le projet d'ouverture d'un delphinarium au Zoo de Granby au Québec a été abandonné en 2001, officiellement faute de financement public. Ce projet avait suscité une vive opposition de la part des défenseurs des animaux[4].

Australie[modifier | modifier le code]

Spectacle des dauphins du Sea World de Southport (Australie).

En Australie, la situation est complexe. En 1984, Marine World Victoria demanda un permis de construire pour un oceanarium permettant d'héberger au moins douze cétacés captifs. Le Sénat Australien nomma alors un Comité Spécial sur le Bien-être Animal (Select Committee on Animal Welfare) chargé de travailler sur le sujet[5]. En décembre 1985, le comité publia un rapport intitulé "Dauphins et Baleines en Captivité"[6] dans lequel il recommande qu'aucune nouvelle installation ne s'établisse en Australie, qu'aucun nouveau permis ne soit accordé pour la capture de cétacés sauvages, et que l'importation de cétacés de l'étranger soit interdite. Il recommande également que les sept delphinariums alors en activité soient autorisés à conserver leurs cétacés en précisant cependant que la détention de ces cétacés devrait finalement être vouée à disparaître.

L'aquarium Underwater World de Perth à Hillarys ne présente plus de dauphins depuis la mort de ses trois dauphins en décembre 1999, il a aujourd'hui changé son nom en AQWA (Aquarium of Western Australia)[7].

Actuellement il ne reste que deux des sept delphinariums qui existaient lors de la publication du rapport du Sénat : le parc Dolphin Marine Magic de Coffs Harbour (Nouvelle-Galles du Sud)[8] et le Sea World de Southport (Queensland)[9].

Pays sans delphinarium[modifier | modifier le code]

En Hongrie, il n'y a plus de delphinarium depuis octobre 1992, l'interdiction du commerce des dauphins de la Mer Noire (de la sous-espèce Tursiops truncatus ponticus) a mis fin à la captivité de ces animaux dans ce pays. Ces événements ont fait suite à la mort de deux des cinq spécimens importés pour le divertissement en juillet de la même année après avoir été utilisés par l'armée soviétique[10].

Au Royaume-Uni il n'existe plus aucun delphinarium depuis 1993, mais cela n'est pas dû à une interdiction. En 1991, suite à la mobilisation fructueuse de l'opinion publique en faveur de la réintroduction dans la nature des dauphins du marineland de Morecambe, le gouvernement britannique a publié un supplément aux normes concernant les pratiques des zoos modernes[11], basé sur un rapport de 1986 réalisé à la demande du département de l'environnement intitulé " Une analyse des delphinariums"[12].Ce supplément aux normes a renforcé les conditions nécessaires au maintien en captivité des cétacés au Royaume-Uni, notamment sur les dimensions des bassins. Ces normes devinrent si strictes et impliquaient des coûts de mise au normes des infrastructures existantes si élevés que tous les delphinariums du pays ont été contraints de fermer.

Le Chili interdit la capture, l'importation, la commercialisation et l'exhibition de cétacés en captivité sur son territoire en 2005[13]. Cette mesure, qui concerne aussi d'autres espèces animales (pingouins, otaries ...) a notamment pour but d'empêcher que le Chili ne soit une zone privilégiée de capture d'animaux marins en vue d'alimenter le trafic[14].

Le Costa Rica a fait de même en juillet 2005 en publiant un décret[15] interdisant la captivité des dauphins et des baleines, ainsi que le fait de nager avec eux. Ce décret établit aussi des conditions requises pour les entreprises, institutions ou personnes qui souhaitent réaliser n'importe quelle activité d'observation de recherche ou de tourisme en relation avec les cétacés dans les eaux nationales[16].

La Suisse a voté une loi en mai 2012 qui interdit l'importation de dauphins dans son territoire. Le seul delphinarium qui existait alors dans ce pays, celui du parc Conny-Land a dû se séparer de ses 3 spécimens en octobre 2013[17].

L'Inde a déclaré les dauphins et les baleines "personnes non-humaines" le 7 janvier 2013[18], à travers une lettre du Animal Welfare Board of India[19], un organisme relevant du Ministère de l'environnement et des forêts, interdisant la capture, le transport et la détention de ces animaux. Il n'existait plus à cette date de delphinarium en Inde, mais les projets de création de nouveaux delphinarium étaient nombreux. Suite à cette décision ces projets ont dû être abandonnés[20].

Les delphinariums dans la culture[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Plusieurs films ont pour thème des animaux vivant dans un delphinarium, et en particulier des orques.

Sorti en 1993 le film franco-américain Sauvez Willy raconte l'histoire d'amitié entre un jeune garçon et d'une orque mâle captive du nom de Willy, qu'il entreprendra de faire regagner la liberté. Très grand succès en salle, ce film fera l'objet d'une suite avec Sauvez Willy 2, 3 et 4.

En 2013 sort Blackfish, un documentaire américain réalisé par Gabriela Cowperthwaite qui traite des dangers de garder captifs des spécimens de delphinidés, et en particulier d'orques. Le film a été présenté au festival du film de Sundance 2013 et a très bien été reçu par la critique.

Flipper le dauphin.

Séries[modifier | modifier le code]

La série américaine Flipper le dauphin, sortie entre 1964 et 1968 raconte les aventures d'une famille dont le père est responsable d'un parc aquatique de Floride, et de leur dauphin apprivoisé Flipper. Cette série fait suite à deux films à succès sortis en 1963 et 1964.

Livres[modifier | modifier le code]

Le roman d'anticipation Un animal doué de raison de l'auteur français Robert Merle, relate l'histoire de scientifiques apprenant à parler à des dauphins captifs, dans le cadre de recherches militaires. Ce livre sorti en 1967 a fait l'objet d'une adaptation en film sous le nom Le Jour du dauphin, sorti en 1973.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Liste des delphinariums par pays sur le site Dauphin Libre
  2. Orcas in Captivity - A look at killer whales in aquariums and parks
  3. Article Enfin ! Howard a quitté Edmonton Mall !, sur Dauphin Libre
  4. Article Delphinarium au Zoo de Granby: les écologistes ne lâchent pas prise sur TVA Nouvelles
  5. Historique de l'évolution de la situation en Australie
  6. Dolphins and whales in captivity, Report by the Snate Select Committee on Animal Welfare, 1985, ISBN 0 644 04503 5. Traduction en français du chapitre Recommandations, proposée par le site Dauphin Libre.
  7. Dolphins in Western Australia sur Madphin.com
  8. Présentation des dauphins sur le site du Dolphin Marine Magic de Coffs Harbour
  9. Présentation de l'attraction Dolphin Cove sur le site du Sea World - Gold Coast Australia
  10. Article Captivity in the EU - Hungary, sur le site de la Whale and Dolphin Conservation Society
  11. Article Captivity in the EU - United Kingdom, sur le site de la Whale and Dolphin Conservation Society
  12. Klinowska M, Brown S, A Review of dolphinaria, 1986 Le but de ce rapport était de déterminer si l'éducation, la recherche et les tentatives d'élevage en bassin pouvaient justifier le maintien en captivité de ces animaux.
  13. Décret Étendu n°135 du 18 janvier 2005, qui modifie le Décret n°225 de 1995 du Ministère de l'économie réglementant l'extraction des ressources hydrobiologiques.
  14. Communiqué de presse du CMMR Leviathan
  15. Décret du 28 juillet 2005
  16. Article Costa Rica, le premier pays à interdire la captivité des dauphins et des baleines sur elcolombiano.co.
  17. Article La Suisse interdit l'importation de dauphins sur le Figaro blog Fondue la Suisse ?
  18. L'Inde reconnaît les dauphins comme des "personnes non humaines" et interdit les delphinariums
  19. Dr. R.M. Kharb, Lettre Regarding establishement of dolphinariums in India, Animal Welfare Board of India, Ministère de l'environnement et des forêts.
  20. J. Upton, Article India moves to block dolphin shows, citing cruelty sur le New York Times blog India Ink

Voir aussi[modifier | modifier le code]