Darknet

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Un darknet (parfois appelé réseau friend-to-friend (F2F) : ami à ami) est un réseau privé virtuel dont les utilisateurs sont considérés comme des personnes de confiance. La plupart du temps, ces réseaux sont de petite taille, souvent avec moins de dix utilisateurs chacun. Un darknet peut être créé par n'importe quel type de personne et pour n'importe quel objectif, mais la technique est le plus souvent utilisée spécifiquement pour créer des réseaux de partage de fichiers en pair à pair[réf. nécessaire].

Les darknets sont distincts des autres réseaux pair à pair distribués car le partage y est anonyme (c'est-à-dire que les adresses IP ne sont pas partagées publiquement) et donc les utilisateurs peuvent communiquer avec peu de crainte d'interférence gouvernementale ou d'entreprise[1].

Pour ces raisons, les darknets sont souvent associés avec la communication de type dissidence politique et les activités illégales (ex: cybercrime). Plus généralement, le « Darknet » peut être utilisé pour décrire tout type de sites non-commerciaux sur Internet[2], ou pour référer à toutes les technologies et communications web « underground », plus communément associés avec les activités illégales ou dissidentes[1].

Le terme darknet ne doit pas être confondu avec « Deepnet » lequel signifie web profond. « Darknet » ne doit pas non plus être confondu avec le néologisme « darkweb »[3],[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Inventé à l'origine durant les années 1970 pour désigner les réseaux qui étaient isolés d'ARPANET (lequel a évolué en Internet) pour des raisons de sécurité[5], les darknets étaient capables de recevoir des données de la part d'ARPANET mais avaient des adresses qui n'apparaissaient pas dans les listes de réseaux et ne répondaient pas aux ping et autres requêtes.

Le terme a gagné l'acceptation publique à la suite de la publication de l'article écrit en 2002 par Peter Biddle, Paul England, Marcus Peinado et Bryan Willman, quatre employés de Microsoft : The Darknet and the Future of Content Distribution[6]. L'article indique que la présence de darknets était l'obstacle principal au développement des technologies DRM (Gestion des droits numériques).

Le terme a depuis été réutilisé dans les médias, par exemple The Economist, Wired magazine et Rolling Stone ; c'est aussi le titre d'un ouvrage de J. D. Lasica (en) (paru en 2005).

Années 2010[modifier | modifier le code]

À partir des années 2010, le terme Darknet commence à sortir des milieux informatiques pour être davantage connu du grand public, car le sujet est abordé dans des médias de culture de masse.

2011 : Anonymous « opération Darknet »[modifier | modifier le code]

En 2011, une quarantaine de sites web (hébergeant des contenus pédophiles) cachés dans Tor (réseau) sont démantelés par Anonymous[7],[8]. Détails : Chronologie des événements impliquant Anonymous#Diverses opérations 2.

2013 : médiatisation de masse et détournement de la signification de Darknet[modifier | modifier le code]

  • Août 2013, le démantèlement d'un forum pédopornographique par des hackers du FBI ayant infiltré le réseau TOR médiatise les darknets dans le monde entier, au risque d'occulter auprès du grand public que les darknets sont principalement utilisés par des dissidents politiques[9],[10].
  • En septembre 2013 en France, le magazine de télévision Télérama publie un dossier de vulgarisation, intitulée « Darknet : immersion en réseaux troubles »[11]. En novembre 2013, c'est l'émission de télévision Envoyé spécial qui consacre un sujet aux darknets[12],[13], parlant à tort de « Le darknet » (TOR) alors qu'il en existe plusieurs. France Culture y consacre 49 minutes dans l'émission Place de la toile[14].

2013 : opposition au sensationnalisme médiatique[modifier | modifier le code]

Des militants tels que Jérémie Zimmermann, porte-parole de l'association La Quadrature du Net s'opposent à l'usage qui est fait du terme Darknet dans les médias.
Selon lui, la soudaine médiatisation du terme Darknet (inspirant la peur d'une partie des communications privées anonymes se réalisant à travers Internet) serait favorisée par des entreprises telles que Facebook, Google (Google+), qui font commerce des données personnelles de leurs utilisateurs (ex. : par ciblage comportemental) et ont par conséquent intérêt à s'opposer à la dissimulation des données échangées entre utilisateurs. D'autre part, cette médiatisation sensationnaliste légitimerait la surveillance globale de masse des internautes.
En novembre 2013, Jérémie Zimmermann, dans l'émission Place de la toile (diffusée sur la radio France Culture), expose son opinion[15].

Applications[modifier | modifier le code]

Quand elle est utilisée pour décrire un réseau de partage de fichiers en pair à pair, l'expression « Réseau darknet » est synonyme de « Réseau d'ami à ami » : les deux décrivent des réseaux où les ordinateurs des utilisateurs partagent des fichiers uniquement avec les amis de confiance, cependant pour éviter les confusions c'est l'expression « P2P privé » qui devrait être employée.

  • Apple iTunes : les premières versions de ce logiciel autorisaient les utilisateurs à s'assigner une adresse IP d'un réseau distant et partager ainsi leur musique avec les autres utilisateurs du réseau. Les versions plus récentes désactivent cette fonctionnalité, mais autorisent encore les utilisateurs à « Streamer » la musique dans leur propre réseau. Des logiciels comme ourTunes (en) permettent aux utilisateurs du même réseau iTunes de télécharger la musique d'un autre utilisateur sans perte de qualité.
  • Le logiciel Syndie permet d'utiliser et de mettre en service des forums et blogs anonymes et non censurables, diffusés sur de multiples réseaux d'anonymisation (I2P, Tor, Freenet…).

Exemples de logiciels de réseaux de darknets[modifier | modifier le code]

Les logiciels darknet probablement les plus répandus sont Freenet et GNUnet[réf. souhaitée]. La version actuelle de Freenet, à la différence des darknets habituels, est capable de supporter potentiellement des millions d'utilisateurs.

  • Freenet : fonctionne à l'origine en F2F (ami à ami), mais depuis la v0.7 (2008) Freenet dispose en plus d'un mode « OpenNet » (réseau ouvert aux inconnus)[16]
  • GNUnet si l'on utilise l'option « Topologie de réseau F2F ».
  • RetroShare fonctionne d'origine en mode ami à ami (à la manière de la définition d'origine du terme Darknet), toutefois il est capable de fonctionner en mode dit Darknet « définition populaire » (c'est-à-dire entre anonymes, à savoir les amis des amis) si l'on y désactive la DHT et le « Mode découverte ».
  • SafetyGate Invisible : solution professionnelle commerciale.

La présence de TOR (The Onion Router), I2P, BitTorrent, Perfect Dark comme exemples de darknets est controversable, en effet :

  • Si l'on se place sur la définition d'origine (réseau d'ami à ami) ils n'y ont pas leur place car pour fonctionner ils se connectent avec une très grande probabilité à des utilisateurs inconnus.
  • Si l'on se place sur la définition populaire, en langage courant, qui se développe depuis les années 2010, ils y ont leur place ; par exemple concernant les aspects réseau underground, non commercial, chiffrement, anonymisation, possibilité de se mettre en contact avec un inconnu afin d'acheter illégalement une marchandise. L'équipe de développement de I2P le considère comme un darknet (2010)[17].

Logiciels défunts[modifier | modifier le code]

Mise en garde[modifier | modifier le code]

L'utilisation d'un réseau de type darknet à des fins illégales (telles que par exemple le cybercrime, l'atteinte au droit d’auteuretc.) n'apporte pas la garantie totale de rester impunissable.

De multiples causes sont susceptibles d'interrompre la confidentialité des transmissions de données dans un darknet, comme par exemple :

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Le jeu vidéo Tom Clancy's Splinter Cell: Chaos Theory (2005) fait mention d'un concept de réseau darknet sans fil (ex: topologie mesh) qui utilise des fréquences non standard afin de rendre plus difficile l'interception de tout signal.

Dans l'épisode 13 de la saison 3 de la série Person of Interest, Owen Matthews a créé une plateforme sur un darknet, pour mettre en relation les dealers et les consommateurs de drogues illégales.

Dans l'épisode 2 de la saison 2 de la série House of Cards, un journaliste utilise darknet pour tenter de pirater le téléphone du vice-président des États-Unis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Wood, Jessica (2010). "The Darknet: A Digital Copyright Revolution". Richmond Journal of Law and Technology 16 (4).
  2. Lasica, J. D. (2005). Darknets: Hollywood's War Against the Digital Generation. Hoboken, NJ: J. Wiley & Sons. ISBN 0-471-68334-5.
  3. @Marianne2fr, TOR, le poids des mots, le choc des pixels : plongée dans le journalisme à la con Reflets.info (bluetouff) 11 mai 2013.
  4. Plongée dans l'Internet criminel Marianne (magazine) 10 Mai 2013. L'article critiqué par Reflets.
  5. http://darknet.se/about-darknet/
  6. [PDF]+(en) The Darknet and the Future of Content Distribution, sur le site msl1.mit.edu
  7. http://www.humanite.fr/medias/un-reseau-de-plus-de-1500-«-pedophiles-»-demantele-par-anonymous-482267
  8. http://www.pcinpact.com/news/66702-tor-anonymous-lolita-city-reaction-pedoporno.htm
  9. Les hackers du FBI infiltrent TOR pour piéger un réseau de pédopornographie 01net.com 6 août 2013.
  10. Le FBI frappe la pédopornographie en ligne mais fait des victimes collatérales France 24 5 août 2013.
  11. Darknet : immersion en réseaux troubles, Télérama no 3 322.
  12. http://www.france2.fr/emissions/envoye-special/diffusions/14-11-2013_146809.
  13. « « Darknet », cet autre Internet appelé à un bel avenir de mythologie terrifiante », Rue89, 15 novembre 2013.
  14. Mythologies du Darknet (49 minutes) émission Place de la toile, France Culture 30 novembre 2013.
  15. « Mythologies du Darknet », Place de la toile, 30 novembre 2013.
  16. Freenet fonctionnant d'origine en mode darknet (chiffrement et connexion à des amis uniquement, à partir de la version 0.7 (2008), Freenet devient capable de se connecter à des utilisateurs inconnus (mode dit « OpenNet », signifiant « Réseau ouvert »).
  17. http://trac.i2p2.de/wiki/guide

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]