Daphnis et Chloé (Longus)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Daphnis et Chloé.
Daphnis et Chloé de Jean-Pierre Cortot, 1824, musée du Louvre

Daphnis et Chloé est un roman grec attribué à un certain Longus et daté du IIe ou IIIe siècle de l'ère chrétienne.

L’auteur[modifier | modifier le code]

Daphnis et Chloé est présenté sur les manuscrits comme un ensemble de « pastorales de Longus ». Tout ce que nous savons de Longus figure dans son œuvre : celui-ci se présente comme un chasseur découvrant par hasard, à Lesbos, un tableau dans un sanctuaire représentant l'allégorie de l'Amour. Il se le fait expliquer par un guide local, et décide aussitôt de composer un récit sur le même sujet[1].

La chasse est alors un loisir de riche citadin. Par ailleurs, la curiosité dont il fait preuve dans le sanctuaire semble montrer qu’il s’agit d’un homme cultivé. On a pu s’interroger sur son origine, ses notations sur l’île de Lesbos paraissant le fait d’un étranger.

Le sujet[modifier | modifier le code]

Le roman, fortement inspiré par la poésie bucolique, et également par les Idylles de Théocrite, se déroule sur quatre « livres » équivalents à quatre chapitres. Le sujet de Daphnis et Chloé se distingue des autres romans grecs par son décor bucolique et l’ironie constante qui préside au déroulement de l’action. Celle-ci a lieu dans la campagne, près de la cité de Mytilène sur l'île de Lesbos. Daphnis est un jeune chevrier, enfant trouvé. Chloé, quant à elle, une bergère, également enfant trouvée. Ils s’éprennent l’un de l’autre mais de multiples rebondissements les empêchent d’assouvir leur amour. C'est avant tout leur éducation sentimentale qui est décrite tout au long de ces péripéties.

Livre I : Daphnis, allaité par une chèvre, est trouvé et adopté par un chevrier nommé Lamon. Deux ans plus tard, Chloé, allaitée par une brebis, est trouvée et adoptée par Dryas, un berger voisin de Lamon. Les deux bébés sont trouvés avec des objets de reconnaissance (tuniques, bijoux...) indiquant leur condition supérieure. Daphnis a quinze ans et Chloé treize lorsque le dieu Amour, apparaissant à Lamon et Dryas en rêve, scelle des sentiments entre les deux enfants trouvés. Alors que Daphnis et Chloé gardent les troupeaux de leurs parents adoptifs, Daphnis tombe un jour dans un trou en poursuivant un bouc. Couvert de boue, il se lave dans une source et Chloé, naïve, admire la beauté de son corps nu. Les tourments de l'amour commencent à la toucher sans qu'elle les comprenne : sentiment d'un feu intérieur, perte d'appétit et difficultés à trouver le sommeil. Peu après, Dorcon, un jeune bouvier amoureux de Chloé et plus téméraire que Daphnis, essaie de séduire la jeune fille. Alors que Daphnis et Dorcon se disputent au sujet de leur beauté respective, Chloé est prise pour arbitre avec, pour le vainqueur, le droit à recevoir un baiser d'elle. Après une argumentation méthodique de chacun des deux hommes, Chloé choisit Daphnis et l'embrasse, ce qui éveille des sentiments chez le jeune homme. À son tour, il commence à être atteint par les tourments de l'amour. L'un comme l'autre s'aiment sans arriver à se l'avouer, mais osent s'embrasser amicalement de temps en temps. À la fin de la saison, des pirates arrivent et pillent la région en tuant Dorcon. Daphnis est emporté, mais le bateau pirate coule et le jeune homme rejoint la côte en s'accrochant à une vache tandis que les pillards se noient.

Livre II : À l'automne, Daphnis et Chloé participent au pressage du raisin puis reprennent leurs activités pastorales. Un vieil homme nommé Philéas vient à leur rencontre pour leur annoncer qu'il a rêvé du dieu Amour qui est à l'origine de leurs tourments. Philéas leur révèle que le seul remède face à ces tourments est d'être souvent ensemble, de s'embrasser et « de dormir nus l'un à côté de l'autre ». Dès lors, Daphnis et Chloé n'hésitent plus à s'embrasser mais ne savent pas comment interpréter le dernier conseil de Philéas. Le jeune couple passe ainsi une journée entière allongé par terre, nu, sans que rien ne se passe. Peu après, un bateau originaire de Méthymne accoste près des pâturages de Daphnis. Les hommes à son bord viennent chasser le lièvre dans la région. À cause d'une chèvre de Daphnis, le bateau part à la dérive avec toutes les richesses qu'il contient. Les Méthymniens, constatant leur perte, s'en prennent à Daphnis, mais celui-ci est vigoureusement défendu par le village, et les Méthymniens sont chassés du territoire. Par vengeance quelques temps plus tard, Méthymne envoie une flotte pour piller Mytilène. Les chèvres et les brebis, ainsi que Chloé, sont emportées par les pillards. Daphnis se retrouve seul et désespéré, et demande aux Nymphes pastorales de lui venir en aide. Ces dernières entendent son appel et le dieu Pan intervient en bloquant les amarres des navires pillards et en intimant au stratège de l'expédition, par le biais d'un rêve, de relâcher Chloé, ainsi que les brebis et les chèvres. Libérée, Chloé revient auprès de Daphnis avec le troupeau. Les deux amoureux se jurent fidélité jusqu'à la mort.

Livre III : Les Mytiléniens envoient leur armée aux portes de Méthyme en rébellion au pillage, mais Méthyme préfère rendre le butin du pillage sans déclencher de guerre : la paix est déclarée. L'hiver, une neige épaisse empêche Daphnis et Chloé de se voir régulièrement car Chloé reste auprès de ses parents adoptifs. Daphnis parvient à venir lui rendre visite plusieurs fois sous divers prétextes. Les parents adoptifs de Chloé apprécient Daphnis. Au printemps, Daphnis, âgé de seize ans, devient plus téméraire vis-à-vis de Chloé. L'idée lui vient d'essayer d'imiter avec Chloé ce que font les béliers et les chèvres qui s'accouplent, mais, gardant chacun leurs vêtements, rien ne se passe et Daphnis est triste car il se rend compte qu'« en matière d'amour, il en [sait] encore moins qu'un bélier ». Lycénion, la femme d'un voisin, tombe amoureuse de Daphnis en le voyant et souhaite satisfaire ses désirs avec le jeune homme. Sous un faux prétexte, elle l'emmène dans un bois et lui apprend « les gestes de l'amour ». Lycénion le met toutefois en garde sur le fait que cela sera différent avec Chloé qui est encore vierge et ne ressentira aucun plaisir la première fois. L'été arrive et de nombreux prétendants demandent la main de Chloé à ses parents adoptifs. Daphnis fait de même, et les Nymphes en font le prétendant le plus sérieux en lui permettant de trouver une bourse de 3000 drachmes ramenée par les vagues. Le mariage est prévu au printemps suivant.

Livre IV : Dionysophanès, le propriétaire des terres de Lamon, fait annoncer sa future visite. Dionysophanès devra donner son accord pour que soit prononcé le mariage entre Daphnis et Chloé. Un autre prétendant de Chloé nommé Lampis, jaloux, saccage le jardin de Lamon. Dionysophanès, ainsi que son fils Astylos qui vient accompagné d'un dénommé Gnathon, arrive pour inspecter les lieux ; Astylos accepte de croire que le jardin a été saccagé et que Lamon n'est pas en cause. Gnathon, quant à lui, homosexuel, s'intéresse à Daphnis et, malgré le refus vigoureux de ce dernier, veut en faire son amant à la ville. Astylos, peu regardant, accepte de prendre Daphnis comme esclave pour que Gnathon puisse en faire son amant. Néanmoins, Lamon refuse que son fils adoptif soit emmené à la ville pour une telle raison et avoue à Dionysophanès que Daphnis n'est pas son vrai fils et que Daphnis est d'une condition supérieure d'après les objets de reconnaissance qu'il avait trouvés auprès de l'enfant. En voyant les objets de reconnaissance conservés par Lamon, Dionysophanès comprend que Daphnis est son propre fils. Dionysophanès avait fait exposer Daphnis comme cadeaux aux dieux peu après sa naissance. Daphnis est immédiatement nommé maître du domaine de Lamon et offre ses outils de chevrier aux Dieux. Lampis en profite pour enlever Chloé, pensant que Daphnis ne l'aime plus. Mais Gnathon est prévenu et, pour se faire pardonner auprès de Daphnis, lui ramène Chloé. Dionysophanès accepte le mariage de son fils avec Chloé tout en cherchant à savoir qui est le véritable père de Chloé. Il réunit l'aristocratie de Lesbos à un banquet pour exposer les objets de reconnaissance de la jeune fille. Un vieil homme du nom de Mégaclès reconnait ainsi sa fille Chloé. Une fois mariés, Daphnis et Chloé continuent de s'occuper de leurs chèvres et brebis. Le roman se clôt sur l'évocation de la première véritable nuit d'amour entre Daphnis et Chloé au soir de leur mariage.

Postérité[modifier | modifier le code]

Traduit par Amyot, ce roman comportait une lacune censurée parce que jugée « licencieuse ». L'helléniste Paul-Louis Courier découvrit en novembre 1809 à Florence un exemplaire intégral du roman, qui lui permit d'en élaborer une traduction plus complète. Mais après avoir copié la page qui manquait, il fut accusé d'avoir renversé son encrier sur l'ancien manuscrit[2]. Les savants italiens en furent enragés, surtout ceux qui avaient donné « la plus exacte description » du manuscrit.

Cette œuvre a inspiré La Sireine d'Honoré d'Urfé, et plus tard on en retrouve la structure dans Paul et Virginie, de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre. Elle était également admirée par Goethe qui la vanta auprès de ses contemporains. Elle a aussi été adaptée sous forme de ballets par le compositeur français Maurice Ravel et le chorégraphe Michel Fokine en 1912 dans Daphnis et Chloé, en 1982 par le chorégraphe Jean-Claude Gallotta dans Daphnis é Chloé, puis par le chorégraphe Benjamin Millepied (2014) avec la complicité de l'artiste plasticien Daniel Buren. Le Tumulte des flots de Yukio Mishima semble enfin en être une réécriture. Colette cite l'œuvre dans Le Blé en herbe car l'intrigue est proche, deux adolescents y découvrant l'amour. Raymond Radiguet y fait également allusion dans Le Diable au corps.

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daphnis et Chloé, Prologue.
  2. « On sait comment ce précieux passage se trouva taché d'encre et comment le bibliothécaire florentin prétendit que cette tache avait été faite exprès, pour empêcher toute nouvelle lecture — accusation à peine croyable et dont Courier s'est défendu avec esprit », Pierre Grimal, Romans grecs et latins, Gallimard, 1958, p. 794

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Longus, Pastorales (Daphnis et Chloé), texte établi et traduit par J. R. Vieillefond, Collection des Universités de France, Paris, Belles Lettres, 1987.