Dans l'ombre du loup

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Dans l'Ombre du Loup

Titre original Kiryūin hanako no shōgai
鬼龍院花子の生涯
Réalisation Hideo Gosha
Scénario Tomiko Miyao (roman)
Hideo Gosha
Kōji Takada
Acteurs principaux
Sociétés de production Toei
Haiyuza Eiga Hoso Company
Pays d’origine Drapeau du Japon Japon
Genre Drame
Sortie 1982
Durée 146 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Dans l'Ombre du Loup (鬼龍院花子の生涯, Kiryūin hanako no shōgai?) est un film japonais de 1982 réalisé par Hideo Gosha. Il fut proposé à la 55ème cérémonie des Oscars pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, mais il ne fut pas nommé[1].

Synopsis[modifier | modifier le code]

À Kyoto durant l'été 1940 : Hanako Kiryuin est retrouvée morte dans le quartier chaud. C'est l'occasion pour sa sœur adoptive Matsue de se souvenir de sa jeunesse dangereuse passée dans l'ombre de leur père, Onimasa Kiruyin, fondateur d'un clan redouté issu de l'île de Shikoku (province de Tosa), et de son amour contrarié pour un syndicaliste. À travers elle, c'est aussi vingt années d'histoire du Japon (1918-1940) qui défilent en arrière-plan[2].

Matsue est la fille adoptive de la maison Kiryuin, un clan yakuza qui règne sur la ville de Kochi. Elle grandit dans cette société de l'ombre, entre guerres des gangs et rivalités amoureuses dans le harem du chef. Avec les années et malgré les brimades, elle finit par aimer Onimasa, leur chef charismatique comme un vrai père et à l'admirer. Mais le comportement d'Onimasa commence à déplaire au grand parrain de Shikoku duquel il dépend[3].

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, Hideo Gosha fut un des rares réalisateurs japonais à se voir confier des superproductions. L’économie du cinéma avait changé de nature, obligeant même un artiste de la trempe d’Akira Kurosawa à trouver des financements à l’étranger.

Pour les studios de la Toei, l'enjeu est important : adapter à l'écran trois romans de Miyako Tomio, largement autobiographiques, sur le monde de la pègre et de la prostitution à Kochi, (île de Shikoku), dans les années 1920 et 1930, trois livres qui ont été un succès phénoménal de librairie. La complicité qui lie depuis longtemps Hideo Gosha à la romancière va contribuer au succès de cette trilogie, trois drames poignants  : Dans l'ombre du loup, Yohkiro le Royaume des geishas et La proie de l'homme. Une réussite collective grâce aussi au jeu truculent de Tatsuya Nakadai dans le premier film, et à celui ténébreux mais d'un étonnant réalisme de Ken Ogata dans les deux autres.

Dans l’ombre du loup, réalisé en 1982, est le premier épisode d’une trilogie poignante à l’érotisme torride sur des destins de femmes en quête désespérée d’amour au cœur même de la cruauté masculine : le monde de la pègre et de la prostitution dans les années 1920 et 1930. Il est adapté d’un roman de Tomiko Miyao, un grand nom de la littérature féminine au Japon.

Critiques[modifier | modifier le code]

Première[modifier | modifier le code]

Avec Dans l'ombre du loup, Hideo Gosha s'éloigne des chambara virils qui ont fait sa réputation pour s'aventurer avec une étonnante sensibilité à l'intérieur d'un univers très féminin aussi complexe que fascinant. Onimasa, incarné avec fougue par Tatsuya Nakadai, est le pilier de cette œuvre cruelle et très humaine, premier volet de la trilogie incontournable initiée par le réalisateur à partir des romans de l'auteure Tomiko Miyao.

Réalisé en 1982, Dans l'ombre du loup est le premier des trois longs métrages de Hideo Gosha a adapté des romans de l'auteure Tomiko Miyao et sera suivi de Yohkiro en 1983 et La Proie de l'homme en 1985. Le film met en scène Tatsuya Nakadai dans le rôle tout en démesure du parrain yakuza Onimasa, un homme exubérant, parfois cruel, toujours fascinant, véritable figure centrale du film vers laquelle convergent tous les autres protagonistes, qu'ils le veuillent ou non. Mais bien que l'intrigue se situe dans le milieu de la pègre, c'est la force et la nuance des relations humaines dépeintes par le réalisateur qui représente le principal attrait de l'œuvre, celles qu'Onimasa entretient avec les nombreuses femmes qui l'entourent en général et avec sa fille adoptive en particulier.

Dans l'ombre du loup débute en effet sur la rencontre singulière de cet homme implacable avec une petite fille du nom de Matsue (Nobuko Sendo), qu'il décide d'enlever à sa famille de pair avec son petit frère (que les parents, englués dans la misère, lui avaient promis), pour en faire sa servante attitrée. Les années passent et Matsue révèle à l'adolescence un don pour les études en même temps qu'un caractère obstiné et insaisissable. Mais l'époque veut que l'éducation soit considérée comme nuisible pour les femmes - l'intrigue se déroule entre les années 1920 et 1940 - et Onimasa n'aura de cesse de l'entraver dans sa voie, puis dans sa vie privée, en père autoritaire et possessif qu'il est. La relation trouble de Onimasa et Matsue (Masako Natsume, à l'âge adulte) s'enrichit de l'influence de personnages secondaires savamment dessinés, par petites touches, tels qu'Uta (Shima Iwashita), la femme intraitable de Onimasa, ou encore la mystérieuse Tsuru (Akiko Kana) dont il s'empare en guise de trophée après avoir menacé son rival Suenaga (Ryohei Uchida) et qui lui donnera une fille du nom de Hanako (Kaori Tagasugi).

Les revendications de liberté de Onimasa à l'égard de son patron, le grand parrain Suda (Tetsuro Tamba), ne sont pas sans rappeler celles de Izo Okada avec Takechi dans Hitokiri, à ceci près que Tatsuya Nakadai incarne cette fois le 'laquais" et non le maître. Mais à l'intérieur d'un microcosme aussi hiérarchisé et impitoyable que celui de la pègre, la quête d'identité ne peut demeurer qu'à l'état de vain espoir. Malgré son caractère tragique, le film laisse cependant s'échapper une note optimiste à travers la relation d'affection profonde qui unit Onimasa à sa fille Matsue en dépit de tous les débordements et crises de jalousie auxquels il se laisse constamment aller. S'il ne possède pas la puissance d'un film comme La Proie de l'homme, Dans l'ombre du loup n'en reste pas moins une œuvre passionnante et étrangement émouvante, démonstration édifiante du talent de Hideo Gosha à creuser les voies impénétrables de l'âme humaine[4].

Deuxième[modifier | modifier le code]

Inspiré d'un roman de Tomiko Miyao, DANS L'OMBRE DU LOUP fait partie d'une trilogie sur la rude destinée des femmes dans le milieu de la pègre japonaise entre 1920 et 1940. Dans les années 1980, le réalisateur de GOYOKIN rencontre des difficultés personnelles et professionnelles qui le poussent à mettre un terme à sa carrière. Mais grâce à la Toei, Gosha se lance avec succès dans le drame social, malgré le petit budget qui lui est accordé, et réalise ce film de yakuza vu du côté de la vie quotidienne d'une famille déchirée par le sort.

En 1918 sur l'île Shikoku, le père d'une modeste famille de marchand, trop nombreuse pour subvenir à ses besoins, décide de faire adopter un de ses fils par le chef des yakuza : Masagoro Kiryuin dit Onimasa (Tatsuya Nakada i), afin de bénéficier de sa protection. Celui-ci, charmé par une de ses filles, adopte le frère et la sœur mais le jeune garçon fugue dès la première nuit. Matsue reste alors seule dans sa nouvelle famille. Elle grandit dans le milieu difficile qu'est celui de la mafia, entre un père peu soucieux d'elle et une mère aigrie et froide. Elle trouve cependant de l'affection auprès du second de son père et de ses maîtresses...

Dans ce métrage est abordé le thème de la condition de la femme dans la société japonaise de l'entre deux guerres. Nous suivons ainsi l'histoire émouvante et tragique de Matsue, qui grandit dans le milieu masculin et cruel de la pègre où l'émancipation de la femme, déjà difficile à l'époque, n'est guère acceptable chez les yaku zas voulant maintenir les traditions féodales dans un Japon se modernisant. Citons en exemple la scène où Matsue demande l'autorisation à son père de s'inscrire au lycée. Bien entendu, il refuse en disant que les filles n'ont pas besoin d'étudier ; alors qu'elle a été reçue à l'examen d'entrée.

Gosha nous peint également de manière réaliste le déclin de la mafia face au gouvernement. D'ailleurs, Onimasa se fera arrêter par la police et finira sa vie en prison. Les luttes de clans ne sont que des rivalités intestines entre les familles de yakuzas pour se garantir les faveurs du grand patron. C'est ainsi qu'Onimasa, victime des manigances de son rival, est rejeté du milieu par le Chef Suda (Tetsurō Tamba).

La narration toujours soignée de Gosha reste l inéaire, malgré une séquence d'ouverture des plus tristes qui annonce le ton et l'ambiance du film ; cette même séquence étant également le point de chute de l'histoire. Les longs plans séquence servent à merveille la mise en scène posée et le sens du détail propre au réalisateur. Les cadrages en gros plans sur le visage des personnages apportent une dimension particulière. Surtout pour Onimasa dont les yeux très expressifs apparaissent comme ceux du démon, filmés de près.

Tatsuya Nakadai incarne de façon déconcertante ce yakuza poignant et terrifiant qui ne laisse rien paraître de ses sentiments profonds pour sa femme ou sa fille adoptive mais déborde volontiers d'amour pour son unique descendance : Hanako (Kaori Tagasugi). Il a tendance à surjouer son rôle, ce qui le rend encore plus terrifiant.

Le protagoniste central est Matsue (Masako Natsume), femme forte et décidée mais également sage, réfléchie et sensible qui saura tenir tête à son père. L'interprétation sincère de Masako donne réellement vie à son personnage, le rendant émouvant et attachant.

À travers cette atmosphère étouffante lourde de tristesse qui règne tout au long du métrage, on ressent le confinement et l'isolement des personnages ainsi que leurs destinées tragiques.

DANS L'OMBRE DU LOUP demeure un film acerbe et triste, dans lequel Gosha expose et critique de manière réaliste les revers de la société japonaise à travers l'histoire tragique d'une jeune femme témérère. Une œuvre soignée, intéressante, réalisée avec talent[5].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

25e Blue Ribbon Awards

Awards of the Japanese Academy

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]