Danielle Casanova

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Danielle Casanova

Naissance 9 janvier 1909
Ajaccio (Corse)
Décès 9 mai 1943
Auschwitz
Nationalité Drapeau : France Française

Danielle Casanova (née Vincentella Perini, Ajaccio (Corse), 9 janvier 1909 - Auschwitz, 9 mai 1943) est une militante communiste et une résistante, morte en déportation à Auschwitz. Elle a été responsable des Jeunesses communistes, et elle fonde l'Union des jeunes filles de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Fille d'instituteurs, d'une famille de cinq enfants[1], Vincentella Perini poursuit ses études secondaires à Ajaccio puis au collège et au Luc (Var) où elle suit la femme de l'un de ses professeurs. Après un bref passage en classe préparatoire, elle s'inscrit à l'école dentaire de Paris, préférant une profession libérale et médicale à la fonction publique. Arrivée à Paris à la fin de l'année 1927, elle y découvre l'Union fédérale des étudiants, organisation étudiante de gauche à laquelle elle adhère avant d'en devenir l'une des responsables. En 1928, elle s'engage dans les Jeunesses communistes[2]. Vers 1930 elle rencontre un étudiant en droit, Laurent Casanova, qui milite au sein de cette organisation. Elle le fait adhérer au Parti communiste et celle qui se fait alors appeler Danielle Perini devient, par son mariage le 12 décembre 1933, Danielle Casanova[3].

Activité politique de l'entre-deux-guerres (1930-1939)[modifier | modifier le code]

Vincentella se fait alors appeler Danielle et devient très vite secrétaire du groupe de la faculté de médecine. Tout en poursuivant ses études, puis en exerçant son métier dans un petit cabinet dentaire du VIe arrondissement parisien[4], elle rejoint le Comité central du mouvement de la Jeunesse communiste au VIIe congrès en juin 1932, puis est membre de la direction des Jeunesses communistes en février 1934, où elle est la seule femme. Elle suivit, en juin 1934, une école du parti pendant un mois et participe, en 1935, au congrès de l' Internationale communiste des Jeunes à Moscou. Face à la très rapide augmentation des effectifs de la Jeunesse communiste, le VIIIe congrès[5] réuni à Marseille en 1936 la charge de fonder l'Union des jeunes filles de France. Cette organisation, proche de la Jeunesse communiste, a vocation à créer un large mouvement de jeunes filles, pacifiste et anti-fasciste. Élue secrétaire générale de l'UJFF lors de son premier congrès en décembre 1936, elle organise dans le cadre de ce mouvement des actions humanitaires vis-à-vis des républicains espagnols à l'issue de la guerre civile[2],[6]. Danielle Casanova jouit d'une grande autorité parmi les jeunes communistes en raison de ses qualités naturelles, de son âge, un peu plus élevé que celui de ces camarades et peut-être de ses bonnes relations avec Maurice Thorez, dont son mari Laurent Casanova est devenu le secrétaire[2].

Résistance[modifier | modifier le code]

Lors de l'interdiction du PCF en septembre 1939, et de toutes les organisations qui lui sont liées, Danielle Casanova passe dans la clandestinité et, comme d'autres membres de l'Union des jeunes filles de France, joue un rôle important pour renouer les liens entre les militants et dirigeants plongés dans la clandestinité[6] et aurait été responsable avec Victor Michaut de la propagande politique dans l'armée[2]. Son mari est prisonnier de guerre[1] À partir d'octobre 1940, elle participe à la mise en place des Comités féminins en région parisienne[2] et dans la zone occupée. Danielle Casanova maintient ses liens avec les dirigeants des Jeunesses Communistes et participe à leur implication dans la lutte armée à partir de juillet 1941. Elle influe sur la décision de nommer Albert Ouzoulias responsable des Bataillons de la jeunesse[6]. Elle est arrêtée par la police française le 15 février 1942 alors qu'elle ravitaillait Georges Politzer et sa femme[2] : il faisait froid et elle leur apportait du charbon, elle est accueillie chez eux par les inspecteurs des Brigades spéciales qui viennent d'arrêter le couple[1].

Déportation[modifier | modifier le code]

Elle est d'abord conduite au dépôt où elle reste jusqu'au 23 mars 1942[1] puis emprisonnée à la prison de la Santé où elle est détenue au secret, dans une cellule qu'elle partage avec deux autres prisonnières[1]. Elle y reçoit comme punition une semaine de « cachot » pour avoir transmis des informations aux prisonniers masculins qui se trouvent dans l'aile de la prison en face de la sienne[1]. Ensuite, à partir du 24 août 1942[7], au fort de Romainville. Elle ne cesse jamais de militer, organisant publications et manifestations clandestines au dépôt, puis au fort. Le 24 janvier 1943, elle est déportée à Auschwitz [1]. Le train parti de Compiègne emmène dans ses « wagons plombés[8] » 230 femmes, dont la majorité sont des résistantes. Il arrive à Auschwitz le 27 janvier Danielle Casanova y sert dans l'infirmerie du camp en tant que chirurgien-dentiste[9], le précédent dentiste du camp venant de mourir du typhus et un appel ayant été lancé lors de l'arrivée des femmes au camp[1]. Le fait d'être dentiste du camps lui permet d'échapper à la tonte de ses cheveux, d'être correctement nourrie et habillée et de vivre dans le bâtiment chauffé où se trouve le cabinet dentaire[1]. Ce cabinet sert à soigner les détenues de droit commun qui font régner l'ordre en terrorisant les autres déportées[1]. Elle utilise sa place pour tenter d'obtenir aux déportées qui sont venues par le même train qu'elle des postes de travail moins durs et leur transmet de la nourriture quand elle le peut[1].

En avril 1943, un forte épidémie de typhus tue de nombreuses déportées[1]. Le médecin-chef du camp obtient que Danielle Casanova soit vaccinée, mais cette vaccination arrive sans doute trop tard : elle tombe malade le 1er mai 1943 et meurt le 9 mai suivant[1].

Renommée posthume[modifier | modifier le code]

Danielle Casanova a été décorée de l'ordre national de la Légion d'honneur à titre posthume[1].

Des pages d'Aragon[modifier | modifier le code]

Louis Aragon dès août-septembre 1943 consacre quelques vers du Musée grévin à deux des victimes du convoi du 24 janvier, Danielle Casanova et Maïe Politzer :
Hélas les terribles semailles
Ensanglantent ce long été
Cela dure trop écoutez
On dit que Danièle et Maïe
(...) Maïe et Danièle Y puis-je croire
Comment achever cette histoire
Qui coupe le cœur et le chant[10].

de la postérité d'un livre de Simone Téry[modifier | modifier le code]

En 1949 la journaliste-écrivaine Simone Téry publie aux Éditions Hier et aujourd'hui une biographie de Danielle Casanova : Du soleil plein le cœur - La vie merveilleuse de Danielle Casanova. Ce livre est repris en français en 1961 par le Ministère de l'éducation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR), à Moscou, pour servir à l'enseignement de la langue française en URSS. De nombreuses notes en russe et un index de vocabulaire franco-russe permettent aux jeunes soviétiques leur apprentissage de la lecture de : СИМОНА ТЕРИ, L'Histoire de Danielle Casanova (ПОВЕСТЬ О ДАНИЗЛЬ КАЭАНОВА)[11].

à la mémoire des noms de rues et de navires[modifier | modifier le code]

De nombreux collèges, lycées, écoles et rues ont été baptisés de son nom après la Libération, notamment dans de nombreuses communes dirigées à un moment ou un autre par les communistes mais également à Paris (rue Danielle-Casanova), à Marseille (Boulevard Danielle-Casanova).
En province[12] il existe des rues, boulevards ou avenues "Danielle Casanova" à Ajaccio, sa ville natale, Arles (Bouches-du-Rhône), Artigues-près-Bordeaux (Gironde), Bègles (Gironde), Belfort (Territoire-de-Belfort), Brest (Finistère), Châlons-en-Champagne (Marne), Descartes (Indre-et-Loire), Échirolles (Isère), Épinac (Saône-et-Loire), Fontaine (Isère), Givors (Rhône), Le Guilvinec (Finistère), Montélimar (Drôme), Mouvaux (Nord), Muret (Haute-Garonne), Ognes (Aisne), Portes-lès-Valence (Drôme), Reims (Marne), La Ricamarie (Loire), Saint-Dizier (Haute-Marne), Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), Sète (Hérault), Sotteville-lès-Rouen (Seine Maritime), Toulon (Var), Toulouse (Haute-Garonne), Vénissieux (Rhône),
une école (souvent école maternelle) ou un lycée Danielle-Casanova à Avesnes-les-Aubert (Nord), Boussois (Nord), Coursan (Aude), Donges (Loire-Atlantique), Fontaine (Isère), Givors (Rhône), Jarny (Meurthe-et-Moselle), Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais), Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), Rouvroy (Nord), Le Mans (Sarthe), Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard), Saint Vallier (Saône-et-Loire), Sainte-Tulle (Alpes-de-Haute-Provence), Toulon (Var).
En région parisienne[13] il existe des rues, avenues ou place "Danielle Casanova" à :
Aubervilliers , Blanc-Mesnil, Drancy, Montreuil, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand, Les Pavillons-sous-Bois, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis, Stains, en Seine-Saint-Denis,
Clichy, Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine
Champigny-sur-Marne, Fontenay-sous-Bois, Ivry-sur-Seine, Maisons-Alfort, Ormesson-sur-Marne, Le Perreux-sur-Marne, Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne,
Argenteuil, Bezons, Garges-lès-Gonesse, Goussainville, Saint-Gratien, dans le Val-d'Oise,
Brétigny-sur-Orge, Dourdan, Morsang-sur-Orge, Ris-Orangis, Saint-Michel-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois, Vigneux-sur-Seine, Villemoisson-sur-Orge, Viry-Châtillon, Yerres, dans l'Essonne,
Saint-Cyr-l'École, Trappes, dans les Yvelines,
Mitry-Mory, Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne,
des écoles ou groupes scolaires à Arcueil (Val-de-Marne), Argenteuil (Val-d'Oise), Arnouville (Val-d'Oise), Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Houilles (Yvelines), Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Montfermeil (Seine-Saint-Denis), Montreuil (Seine-Saint-Denis), Nanterre (Hauts-de-Seine), Plaisir (Yvelines), Romainville (Seine-Saint-Denis), Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Sartrouville (Yvelines), Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), Valenton (Val-de-Marne), un dispensaire à Villejuif (Val-de-Marne),
soit 94 communes[14], dont 52 en Île-de-France.

Son nom fut également donné à deux navires de la SNCM. (voir Danielle Casanova, premier du nom - actuel Méditerranée et Danielle Casanova, deuxième du nom.)

et des timbres-poste[modifier | modifier le code]

Le 9 mars 1983, l'Administration des PTT françaises émet un Timbre-poste à son effigie dans le cadre d'un "Hommage à la femme" à l'occasion de la Journée internationale des femmes. La dessinatrice du timbre est Huguette Sainson. Le graveur en est Georges Bétemps. C'était la première fois qu'une (ou un) résistante communiste avait cet honneur en France. Pour sa part la République démocratique allemande (RDA) avait consacré un timbre-poste à son nom dès le 22 mars 1962 dans une émission de cinq timbres en l'honneur des "personnalités célèbres de la lutte internationale contre le fascisme"[15]

Danielle Casanova figure sur une pièce de 10 € en argent édité en 2012 par la Monnaie de Paris pour représenter sa région natale, la Corse.

Le centenaire de sa naissance[modifier | modifier le code]

Le réalisateur corse Magà Ettori a animé divers conférences, débats, rencontres (sur la culture corse) dont deux colloques au Sénat en 2007 : La Corse dans les médias et au cinéma, et en 2009 : Danielle Casanova, à l'occasion du centenaire de la naissance de la grande résistante. Dans ce cadre, il a rédigé - à la demande du Ministère de la Culture et de la Communication - la biographie de Danielle Casanova (publiée par les Archives nationales dans la brochure des célébrations nationales 2009). Magà Ettori est également l'auteur de Maquisarde, un hommage à Danielle Casanova. Ce chant a été interprété par Yves Duteil au Sénat et en direct sur les ondes de France Bleu le soir du centenaire. (Hommage au Sénat)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Delbo, p. 60-63
  2. a, b, c, d, e et f Jean Maitron et Claude Pennetier, notice biographique Danielle Casanova dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 2000
  3. Pierre Durand, Danielle Casanova l'indomptable, éditions Messidor, page 30.
  4. Pierre Durand, op. cit., page 45
  5. Elle est élue au secrétariat national de la Fédération des jeunesses communistes de France
  6. a, b et c Sandra Fayolle, notice biographique Danielle Casanova dans le dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006
  7. Pierre Durand, cf bibliographie, page142.
  8. Cf la Chanson de Jean Ferrat, Nuit et brouillard.
  9. Pierre Durand intitule un des chapitres de son étude du numéro tatoué par les nazis : "Matricule 31 655".
  10. L'extrait de ce poème beaucoup plus long est tiré du livre de Pierre Durand déjà cité
  11. Ce livre (dont la couverture comprend un dessin de l'héroïne poing droit levé et tenant du gauche un drapeau orné de l'étoile rouge des Jeunesses communistes) de 96 pages, édité à Moscou en 1961 est peut-être à mettre en concordance avec l'attribution du Prix Lénine de la Paix à Laurent Casanova en 1960.
  12. Selon un inventaire aléatoire et provisoire (pages blanches de l'annuaire du téléphone)
  13. Répertoire des rues de 300 communes autour de Paris, éditions l'indispensable, Paris, 1986.
  14. Voir les résultats de la même recherche mémorielle effectuée sur les noms de Pierre Semard, de Gabriel Péri et de Auguste Delaune.
  15. (En allemand : zum Aufbau Nationaler Gedenkstätten. Internationale Antifaschisten). La "dirigeante française de la jeunesse" Danielle Casanova (1909-1943) figure dans cette émission de la Poste de la RDA en compagnie du journaliste tchèque Julius Fučik (1903-1943), de l'étudiante hollandaise Johanna Jannetje Schaft (1920-1945), du communiste polonais Pawel Finder (1904-1944) et de l'étudiante soviétique Soïa Anatolievna Kosmo-Demianskaïa (1923-1941).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]