Daniel Spoerri

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Daniel Spoerri

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Daniel Spoerri en 1995.

Nom de naissance Daniel Isaak Feinstein
Naissance 27 mars 1930
à Galați (Roumanie)
Activités Artiste plasticien et danseur
Mouvement artistique Nouveau réalisme
Récompenses Élu membre de l'Académie des arts de Berlin en 1984

Daniel Spoerri, pseudonyme de Daniel Isaak Feinstein, né le à Galați (Roumanie), est un artiste plasticien et danseur suisse d'origine roumaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après l'exécution de son père par les nazis, Daniel Spoerri se réfugie en 1942 en Suisse avec sa famille et rencontre Jean Tinguely à Bâle en 1949. Il commence d'abord une carrière de danseur à l'Opéra de Berne (1954-1957) avant de se consacrer au théâtre comme metteur en scène, acteur, mime et décorateur. Parallèlement, il compose de la poésie concrète.

Il s'installe à Paris en 1959, où il crée les éditions MAT et invente ses premiers « tableaux-pièges » en collant sur des planches des objets quotidiens ramassés dans sa chambre d'hôtel, qui acquièrent une présence insolite en passant d'un plan horizontal à un plan vertical. Ce travail le conduit à rejoindre le groupe des Nouveaux réalistes lors de sa fondation en 1960 : « Je ne mets, dit-il, qu'un peu de colle sous les objets, je ne me permets aucune créativité[1]. » Il fixe ainsi des étalages du marché aux puces ou des rebuts entassés dans un tiroir.

En 1962, Spoerri rédige sa Topographie anecdotée du hasard, description minutieuse d' objets présentes sur la table de sa chambre et évocation de ce qu'elles suggèrent. Il poursuit dans cette démarche de transfiguration du réel avec ses Détrompe-l'œil (1963), dans lesquels des objets du quotidien détournent et mettent en cause l'image à laquelle ils sont ajoutés : par exemple dans La Douche, il fixe une robinetterie de salle de bains sur un tableau représentant un torrent de montagne. Avec Robert Filliou, il propose en 1964 les Pièges à mots, montages visuels qui matérialisent des expressions toutes faites.

En 1963, Spoerri commence à collectionner des repas à la Galerie J., alors qu'il est en contact avec George Maciunas et Fluxus. Il ouvre ensuite un restaurant Spoerri à Düsseldorf en 1968, servant de la nourriture préparée par lui-même, puis une Eat-Art Gallery, où il invite clients et artistes à confectionner des œuvres comestibles comme les personnages en pain d'épices de Richard Lindner ou les sucres d'orge de César. Il devient célèbre en collant les restes et les plats du repas à la table, tels que le client les avait laissés, pour réaliser des tableaux-pièges. Il collectionne également les recettes de cuisine et imagine des rites gastronomiques extravagants (J'aime les keftédès, 1970).

À partir de 1967, dans l'île grecque de Symi, Spoerri joue de la charge magique des objets avec ses Conserves de magie à la noix, qu'il prolonge au début des années 1970 avec des Natures mortes constituées de cadavres d'animaux, affirmant l'ambiguïté du piégeage par rapport à la mort et à la conservation. Au cours de la décennie suivante, il devient assembleur, transformant en idoles parodiques formes à chapeaux, hachoirs à viande ou instruments orthopédiques ; certains de ces assemblages sont ensuite fondus en bronze. Son goût pour les masques et les objets cultuels s'exprime dans des « objets ethnosyncrétiques » qui rassemblent masques primitifs, rebuts des Puces et signes religieux, pour tourner en dérision toute croyance et toute convention artistique.

Il va encore plus loin dans le concept d'évacuation de toute créativité, faisant suprimer certaines de ses œuvres en brevet par des tiers (notamment par un enfant de onze ans), les tableaux portant au dos un texte de l'artiste, une signature et une date. À la question posée devant les tribunaux de savoir s'il fallait considérer ces tableaux comme d'authentiques œuvres de Spoerri, la jurisprudence a répondu négativement[2].

En 1972, le Centre national d'art contemporain à Paris lui consacre une rétrospective. Dans les années 1990, il donne un one man show au Centre Georges-Pompidou à Paris.

Le , dans le parc du Montcel à Jouy-en-Josas, Spoerri réalise une performance artistique, intitulée L'Enterrement du tableau-piège[3] et également qualifié de « déjeuner sous l'herbe »[4] : un groupe d'une centaine d'amis (parmi lesquels des artistes et écrivains comme César[4], Arman[4], Pierre Soulages[4], Erró[3], Jean-Pierre Raynaud[3], Catherine Millet[4] et Alain Robbe-Grillet[3]) est convié à un banquet dont les tables, les couverts et les restes sont ensuite enfouis dans une tranchée de 40 mètres[3] (rappelant à Spoerri la Shoah par balles dont fut victime son père). Un archéologue, Eric Godet, a l'idée de déterrer l'œuvre dès 1987 mais, malgré l'accord de l'artiste, le projet est abandonné quand Godet décide devenir moine[3]. L'idée resurgit en 2010 sous l'impulsion de l'anthropologue Bernard Müller : des archéologues de l'INRAP dirigés par le professeur Jean-Paul Demoule mettent alors à jour un tronçon de 6 mètres équivalant à deux tables[3] et utilisent cette fouille pour étudier notamment la taphonomie contemporaine[4] mais aussi vérifier les témoignages d'époque et analyser les choix gastronomique des artistes de l'époque[3]. Le documentaire "Le Déjeuner sous l'herbe" réalisé par Laurent Védrine raconte le déroulement de ces premières fouilles archéologique de l'art contemporain.

Il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin en 1984[5].

Expositions récentes[modifier | modifier le code]

2003
  • KunstHaus Vienne
  • County Hall Gallery, Londres
  • Musée sentimental du Giardino, Kunsthaus Grenchen (Suisse)
2004
2005
  • Daniel Spoerri – Meister des Zufalls, Musée d’art et d’histoire, Fribourg.
  • Kleines Raritätenkabinett der Künstler des Giardino, Espace Niki de St. Phalle + J. Tinguely, Fribourg.
  • Prillwitzer Idole, Fondation Grard, Gijverinkhoven (Ostende)
  • Fondazione Mudima, Mailand

Exposition collective à son initiative[modifier | modifier le code]

Il Giardino di Daniel Spoerri rassemble ses œuvres propres et d'autres œuvres d'artistes amis suisses et italiens, et les expose dans son domaine depuis les années 1990.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Spoerri, film réalisé par Camille Guichard avec la participation d'Anne Tronche, 52 min, 1997, une production Terra Luna Films, France 5, Centre Georges Pompidou (Édition DVD RMN in coffret Le Nouveau Réalisme).
  • Le Déjeuner sous l'herbe, film réalisé par Laurent Védrine, 52 min, 2011, un production Tingo Films, INRAP, Société du Déterrement du Tableau Piège.

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cité par le Dictionnaire de l'Art moderne et contemporain, p. 638
  2. En dernier lieu : Cass. 1re civ., 15 novembre 2005 : Juris-Data no 2005-030716, [Légifrance]. Dans cet arrêt, la Cour de cassation a jugé que Daniel Spoerri n'était pas l'auteur « effectif » d'une œuvre intitulée Mon petit déjeuner (1972), tableau-piège exécuté, à l'occasion d'une exposition à Paris, par un enfant de onze ans, et accompagné d'un « brevet de garantie » délivré par Spoerri. L'œuvre ayant été adjugée pour 38 325 francs (5 842 euros) dans une vente aux enchères, l'acheteur, estimant avoir été trompé, a poursuivi le commissaire-priseur. La cour d'appel de Paris l'a débouté de sa demande en octobre 2003, mais la Cour de cassation a cassé l'arrêt et annulé la vente. Remise en vente, l'œuvre a été vendue 27 814 euros (Edouard Launet, « Spoerri, un «Petit Déjeuner» mal digéré », Libération, 30 décembre 2006). On peut s'interroger sur le caractère obsolète de cette prise de position tant l'entreprise de dynamitage de la notion d'œuvre d'art commencée notamment par Marcel Duchamp (on pense à ses ready-made et tout particulièrement au sort réservé à Fountain lors d'une exposition) semble avoir atteint un tournant irréversible.
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Michel Guerrin, « Vingt-sept ans après Le Déjeuner sous l'herbe, l'œuvre d'art de Spoerri sort de terre », Le Monde,‎ 5 juin 2010, p. 21
  4. a, b, c, d, e et f Bruno D. Cot, « "Le déjeuner sous l'herbe" de Daniel Spoerri revoit le jour », sur lexpress.fr,‎ 4 juin 2010 (consulté le 11 juin 2010)
  5. (de) Daniel Spoerri - Von 1984 bis 1993 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin (West), Sektion Bildende Kunst. Seit 2008 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Bildende Kunst sur le site de l'Akademie der Künste

Liens externes[modifier | modifier le code]