Dame Saigō

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Tozuka Masako
戸塚昌子
Saigo-no-Tsubone2.JPG

Biographie
Naissance 1552
Château de Nishikawa, Mikawa
Décès 1er juillet 1589 (à 37 ans)
Château de Sunpu, Suruga
Conjoint Tokugawa Ieyasu

Dame Saigō (西郷の局?) ou Saigō-no-Tsubone (西郷局?) (1552– 1er juillet 1589), aussi appelée Oai, est la première épouse et confidente de Tokugawa Ieyasu, le samouraï qui unifie le Japon à la fin du XVIe siècle puis le dirige en tant que shogun. Elle est également la mère de Tokugawa Hidetada, le deuxième des shoguns Tokugawa

Au cours de leur relation, dame Saigō influence la philosophie de Ieyasu, le choix de ses alliés et sa politique tandis qu'il accède au pouvoir à la fin de l'époque Sengoku et exerce donc une action indirecte sur l'organisation et la composition du shogunat Tokugawa. Bien que moins connue que d'autres personnalités de cette époque, elle est généralement considérée comme le « pouvoir derrière le trône », et sa vie a été comparée à une « histoire de Cendrillon du Japon féodal[1]. Ses contributions ont été estimées si importante qu'elle a été intronisée à titre posthume au premier rang principal de la Cour impériale, plus haute distinction qui puisse être conférée par l'empereur du Japon.

Une fois installée dans une position sûre et respectée de première épouse et mère de l'héritier de Ieyasu, dame Saigō utilise son influence et sa richesse à des fins caritatives. Fervente bouddhiste, elle fait don de l'argent à des temples dans la province de Suruga où elle réside en tant qu'épouse de Ieyasu, d'abord au château de Hamamatsu et plus tard au château de Sunpu. Comme elle est très myope, elle met également en place un organisme de bienfaisance qui aide les femmes ayant une déficience visuelle sans aucun moyen de subsistance. Dame Saigō meurt à un âge relativement jeune, dans des circonstances un peu mystérieuses. Bien qu'un assassinat a été soupçonné, aucun coupable n'a été identifié.

Dame Saigō a quatre enfants : un fils et une fille (Saigō Katsutada et Tokuhime) alors qu'elle est mariée et plus tard deux fils en tant qu'épouse du shogun Tokugawa Ieyasu : Tokugawa Hidetada et Matsudaira Tadayoshi. Parmi les descendants de dame Saigō se trouve l'impératrice Meishō (1624-1696), l'un des très rares femmes à accéder au trône du chrysanthème en tant qu'impératrice régnante.

Nom[modifier | modifier le code]

Le terme « Saigō-no-Tsubone », utilisé dans la plupart des textes historiques, est un titre officiel plutôt qu'un nom. En tant qu'adulte elle est adoptée par le clan Saigō, aussi lui est-il permis d'employer ce nom. Plus tard, quand elle est nommée première épouse de Tokugawa Ieyasu, le titre tsubone est ajouté au nom. Le titre est l'un des suffixes titulaires conférés aux femmes de haut rang (d'autres incluent -kata et -dono). L'attribution d'un titre dépend de la classe sociale et la relation avec son seigneur samouraï, selon qu'elle est une épouse légitime ou une concubine et si elle en a ou non eu des enfants[2],[3]. Le mot tsubone indique les quartiers d'habitation réservées aux dames de la cour[4] et il est devient le titre pour celles à qui ont été accordés des quartiers privés, telles que les concubines de haut rang avec des enfants[2]. Ce titre, tsubone, employé pour les concubines de l'époque de Heian jusqu'à l'ère Meiji (du 8e au début du XXe siècle)[4],[5], est généralement rendu par le titre médiéval de « Dame »[5],[6].

Bien que le prénom de dame Saigō n'apparaît pas dans les documents survivant de l'époque, de bonnes preuves indiquent que c'était Masako (昌子?), mais ce nom est très rarement utilisé. Son nom le plus courant est Oai (お愛 ou 于爱, ce qui signifie « amour ») et la plupart des sources s'accordent pour déterminer que c'est un surnom qu'elle a acquis encore enfant[7],[8],[9],[10],[11]. Ses amis intimes et sa famille l'appellent Oai tout au long de sa vie et c'est le nom le plus souvent utilisé dans les références culturelles populaires modernes. Après sa mort, il lui est accordé un nom posthume bouddhiste et une abréviation de ce nom, Hōdai-in (宝台院), est parfois utilisée par respect pieux[7],[8].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La famille Saigō est une des branches du distingué clan Kikuchi de Kyūshū qui a migré au nord vers la province de Mikawa au XVe siècle. En 1524, les forces de Matsudaira Kiyoyasu (1511–1536), le grand-père de Tokugawa Ieyasu, prennent d'assaut et s'emparent du quartier général du clan Saigō au château de Yamanaka lors de sa conquête de la région de Mikawa. Peu après la bataille, Saigō Nobusada, troisième chef des Saigō, se soumet au clan Matsudaira[12]. Après la mort prématurée de Kiyoyasu en 1536 et en raison de la direction inefficace et de la mort prématurée de Matsudaira Hirotada (1526-1549), le clan Matsudaira qui est sans chef se soumet finalement à Imagawa Yoshimoto (1519-1560) de la province de Suruga, à l'est de Mikawa. Lorsque les Matsudaira se donnent aux Imagawa, les clans de leurs obligés, qui comptent les Saigō, se soumettent également aux Imagawa[12]. À la suite de la bataille d'Okehazama (1560), Saigō Masakatsu tente de réaffirmer l'indépendance du clan tout en donnant quelques concessions de terres au Imagawa. En réponse, Imagawa Ujizane fait arrêter 13 hommes des Saigō et les fait empaler verticalement auprès du château de Yoshida[13]. Les exécutions ne dissuadent pas les Saigō, et en 1562 les Imagawa lancent des invasions punitives à l'est de Mikawa et attaquent les deux principaux châteaux des Saigō. Masakatsu est tué au cours de la bataille du château de Gohonmatsu ; son fils aîné Motomasa est tué lors de la bataille pour le château de Wachigaya[13]. La direction du clan passe au fils de Masakatsu, Saigō Kiyokazu (1533-1594), qui promet fidélité au clan Matsudaira, sous la direction de Tokugawa Ieyasu, dans leur lutte commune contre les Imagawa. En 1569, la puissance des Imagawa prend fin avec le siège du château de Kakegawa[14],[15].

Ni le nom de la mère de dame Saigō ni ses dates de naissance ou de décès ne sont consignés dans les documents existants, mais on sait qu'elle était la sœur aînée de Saigō Kiyokazu[16]. Le père de dame Saigō est Tozuka Tadaharu de la province de Tōtōmi, sous le contrôle direct du clan Imagawa. Le mariage entre Tadaharu et son épouse est très probablement arrangé par le clan Imagawa[8].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Dame Saigō naît en 1552 au château de Nishikawa, château secondaire du clan Saigō[17] et reçoit très probablement le nom de Masako peu après la naissance[9],[13]. Les mariages japonais ne sont généralement pas matrilocaux[18] mais Tadaharu a peut-être été assigné au château de Nishikawa comme mandataire des Imagawa. Masako passe son enfance avec ses deux frères et sœurs dans la bucolique province orientale du Mikawa et à un certain moment gagne le surnom de Oai. En 1554, son père Tadaharu meurt à la la bataille d'Enshu-Omori, entre les Imagawa et le clan Hōjō[19]. Deux ans plus tard, sa mère épouse Hattori Masanao ; l'union donne quatre enfants mais seuls deux atteignent l'âge adulte[20],[21].

Certaines sources affirment qu'après avoir atteint « l'âge adulte » Oai se marie[22] mais est veuve peu après[9],[10]. Le nom du mari n'est pas mentionné et il n'y a apparemment pas d'enfants. D'autres sources ne mentionnent pas le mariage ou suggèrent qu'il n'y a jamais eu un « premier » mariage antérieur[7],[20]. On sait avec certitude qu'en 1567, Oai époque son cousin Saigō Yoshikatsu et fils de Motomasa, qui a déjà deux enfants de son épouse défunte[20],[21],[23]. Oai donne deux enfants à Yoshikatsu : leur fils, Saigō Katsutada, naît en 1570 environ ; ils ont également une fille, peut-être nommée Tokuhime[24],[23],[25],[26].

En 1571, Saigō Yoshikatsu est tué à la bataille de Takehiro, en combattant les forces d'invasion du clan Takeda menées par Akiyama Nobutomo[27]. Peu après la mort de Yoshikatsu, Oai est formellement adoptée par son oncle, Saigō Kiyokazu, alors à la tête du clan Saigō, mais elle choisit de vivre avec sa mère dans la maison de son beau-père[10],[20].

Tokugawa Ieyasu[modifier | modifier le code]

Oai rencontre Tokugawa Ieyasu pour la première fois vers l'âge de 17 ou 18 ans alors qu'il rend visite à la famille Saigō et qu'Oai lui sert le thé[28]. Il semble qu'elle attire son attention à cette occasion mais comme elle est encore mariée, il n'y a pas de suite à l'époque. Plus tard, pendant les années 1570, on estime qu'une amitié et une véritable affection se développent entre eux deux[10]. Ce point de vue contredit une impression commune qui soutient qu'Ieyasu est un chef impitoyable qui traite toutes les femmes de sa vie et toute sa descendance comme des biens susceptibles d'être utilisés au besoin pour servir le clan ou ses propres ambitions[29]. Cependant, il est également connu qu'il apprécie le mérite personnel au-dessus des lignées. Pendant ce temps, Ieyasu fait construire une maison dans l'est de Mikawa, loin de la résidence de son épouse, dame Tsukiyama, à Okazaki[30],[31]. Le mariage entre Ieyasu et dame Tsukiyama a été arrangé par son oncle, Imagawa Yoshimoto, apparemment pour aider à renforcer les liens entre les deux clans, mais Ieyasu trouve difficile de vivre avec la jalousie de sa femme, son humeur orageuse et ses habitudes excentriques[32],[33].

À partir de l'époque de la bataille de Mikatagahara (1573) ou peut-être à sa suite, Ieyasu commence à se confier à Oai et cherche son conseil sur diverses questions. C'est peut-être au cours de cette période que les deux entament une relation amoureuse. Oai est créditée de conseiller Ieyasu tandis qu'approche la bataille de Nagashino (1575), tournant majeur dans la carrière à la fois de Ieyasu et de l'histoire du Japon[34]. les historiens pensent également qu'Ieyasu a continué à lui demander conseil au sujet d'autres batailles et d'autres alliances, même aussi tard que la bataille de Komaki et Nagakute (1584)[7].

Au printemps 1578, Oai déménage au château de Hamamatsu où elle prend la direction de la cuisine. Elle se rend très populaire auprès l'unité de guerriers de sa province natale, qui non seulement admirent sa beauté, mais la considèrent comme un exemple doux et vertueux des femmes de Mikawa[7]. Bien que ses manières et sa gentillesse sont exemplaires, elle peut, quand l'occasion se justifie, avoir son franc parler ou être sarcastique dans ses discours, résultat probable d'une éducation faite autour de guerriers rustiques dans un château éloigné[8]. Avec son passage à la cour de Ieyasu, Oai pénètre dans une arène où d'amères concubines potentielles complotent et sont en concurrence entre elles pour avoir une chance de porter un enfant de Ieyasu[11],[28]. Avoir un enfant d'un samouraï puissant, surtout un fils, est pour une jeune femme ambitieuse de l'époque une façon d'élever son statut social, de s'assurer une vie confortable et de garantir la prospérité de sa famille[2],[35]. Ces femmes comptent généralement sur leurs attributs physiques et leurs prouesses sexuelles pour attirer l'attention de leur maître, et certaines ont recours à l'utilisation d'aphrodisiaques[10]. Contrairement à ces courtisanes, Oai bénéficie déjà de l'attention de Ieyasu, ce qui certainement dérange les ambitions de certaines et très probablement fait d'elle une cible du ressentiment, de l'hostilité et des intrigues qui sont monnaie courante dans les harems japonais[10],[35],[36].

Tokugawa Hidetada, fils de Ieyasu et dame Saigō

Alors que le mariage de Ieyasu a été organisé pour des raisons politiques et que beaucoup de ses concubines ultérieures ont été choisies dans le même esprit, on pense qu'il a choisi sa relation avec dame Saigō[10]. Malgré l'image de Ieyasu comme chef de guerre calculateur et stoïque[29], ce mariage n'entraîne pas de nouvel avantage politique puisque les Saigō sont déjà de loyaux obligés[12] et ainsi les textes sur dame Saigō se réfèrent à elle comme « la plus aimée » des femmes de Ieyasu[7],[8],[10]. En outre, Ieyasu l'appréciée pour son intelligence et ses conseils judicieux et l'on croit qu'il aime sa compagnie et son calme ainsi que leur origine commune de la province de Mikawa[10]. Le 2 mai 1579, Oai donne naissance au troisième fils de Ieyasu, fils qui se fera connaître sous le nom Tokugawa Hidetada. La nouvelle constitue probablement un choc pour toutes celles qui ont des vues sur Ieyasu mais avec l'événement, la position de Oai devient plus sûre et elle est acceptée comme la première épouse de Ieyasu[8],[28]. Sur la base de cette relation, et par respect pour ses manières douces et sa dévotion à Ieyasu, elle devient connue sous le titre respectueux de Saigō-no-Tsubone, ou dame Saigō[8],[37].

Cette même année, Oda Nobunaga est informé que dame Tsukiyama conspire contre lui avec le clan Takeda. Bien que la preuve en soit faible, Ieyasu rassure son allié en faisant exécuter sa femme sur la rive du lac Sanaru à Hamamatsu[28],[38]. Tokugawa Nobuyasu, premier fils de Ieyasu avec dame Tsukiyama, est détenu en isolement jusqu'à ce qu'Ieyasu lui ordonne de commettre seppuku. Avec leur mort, la position de dame Saigō à la cour est inattaquable. Avec la mort de Nobuyasu, Hidetada devient l'héritier apparent de Ieyasu[39],[40],[41].

Le quatrième fils de Ieyasu, le second avec dame Saigō, naît le 18 octobre 1580. Il deviendra connu sous le nom Matsudaira Tadayoshi, après son adoption par Matsudaira Ietada à la tête de la branche Fukōzu du clan Matsudaira[42]. Cette même année, dame Saigō fonde un temple à la mémoire de sa mère, ce qui indique que celle-ci est morte à ce moment[30]. En 1586, dame Saigō se trouve au côté de Ieyasu lorsque celui-ci entre triomphalement dans le château de Sunpu nouvellement reconstruit. C'est une célébration très symbolique de ses victoires sur ses ennemis et de l'assujettissement de la région, mais il s'agit aussi d'un geste visible et symbolique à l'intention de dame Saigō, une façon pour Ieyasu de reconnaître son aide et de démontrer publiquement l'estime dans laquelle il la tient[30].

Bienfaisance[modifier | modifier le code]

Tandis qu'elle réside au château de Sunpu, dame Saigō fait ses dévotions dans un temple bouddhiste appelé Ryusen-ji. Elle se consacre aux enseignements du Jōdo shū et est connue pour sa piété et ses actes de charité[30]. Comme elle est très myope, elle donne souvent de l'argent, des vêtements, de la nourriture et d'autres nécessités aux femmes aveugles et aux organisations qui les aident[43]. Elle fonde finalement une école coopérative avec des abris près du Ryusen-ji, qui aide les femmes aveugles indigentes en leur apprenant à jouer du shamisen (instrument à cordes traditionnel) comme profession et les aide à trouver un emploi. Ces femmes sont appelées goze et s'apparentent aux ménestrels itinérants de l'époque d'Edo[44],[45]. Les femmes reçoivent un titre d'adhésion à une organisation semblable à une guilde et des musiciens accompagnés d'apprenties sont envoyés vers diverses destinations. Ils jouent des pièces d'un répertoire autorisés et opèrent selon un strict code de règles de comportement et de transactions commerciales permises destinées à maintenir une réputation croissante[44],[45]. Sur son lit de mort, dame Saigō écrit une lettre plaidant pour le maintien de l'organisation[46].

Décès[modifier | modifier le code]

Tombe de dame Saigō

Peu de temps après avoir pris résidence au château de Sunpu, la santé de dame Saigō commence à se détériorer. Il est dit que « les difficultés physiques et émotionnelles » prenaient leur tribut sur sa santé, mais il n'y a rien à faire pour l'aider[7]. Dame Saigō meurt le 1er juillet 1589 à l'âge de 37 ans[30]. La cause de sa mort prématurée n'a jamais été déterminée et tandis qu'un assassinat a été soupçonné à l'époque, aucun coupable n'a été identifié. Il y a plus tard des rumeurs selon lesquelles elle a été empoisonné par une servante au service de la défunte femme de Ieyasu, la dame Tsuki[47].

Au moment de sa mort, dame Saigō est traitée comme l'épouse de Ieyasu, en actes sinon en paroles[48]. Les restes de dame Saigō sont enterrés au Ryusen-ji[7]. À sa mort, un certain nombre de femmes aveugles se seraient rassemblées devant les temples pour prier[49].

Postérité[modifier | modifier le code]

Tokugawa Ieyasu continue ses campagnes avec Toyotomi Hideyoshi pour allié. Après leur victoire au siège du château d'Odawara en 1590, Ieyasu accepte de céder l'ensemble de ses domaines à Hideyoshi en échange de la région de Kantō à l'Est[50]. Hideyoshi meurt 1598. En 1603, Ieyasu a récupéré le château de Sunpu, achevé son unification du Japon et été nommé shogun par l'empereur[51],[52]. L'année suivante, il fait déplacer le Ryusen-ji de Yunoki à Koyamachi[53] près du château de Sunpu et assiste aux rites de funérailles bouddhistes tenus en l'honneur de la défunte dame Saigō à l'anniversaire de sa mort. Pour marquer l'occasion, Ieyasu présente aux prêtres du temple le katana qu'il a hérité de son père et un portrait de lui-même tel qu'il paraissait à l'époque. Ces objets peuvent encore être contemplés au temple de Shizuoka[7].

En 1628, Tokugawa Hidetada, alors deuxième shogun en retraite, assiste à des cérémonies menées en l'honneur de sa défunte mère le jour anniversaire de sa mort[43]. Ces cérémonies ont pour but d'aider son esprit à atteindre le statut de Bouddha. Il veille également à ce qu'elle soit désignée patron tutélaire du temple en faisant modifier son nom posthume et que les trois premiers caractères de son nom soient ajoutés au nom du temple. Aujourd'hui, le temple Ryusen-ji est surtout connu par cette appellation, Hōdai-in (宝台院)[7]. À la même époque, l'empereur Go-Mizunoo confère le nom Minamoto Masako (源 晶子) à dame Saigō, l'adoptant de fait à titre posthume dans le clan Minamoto, famille étendue de la lignée impériale[54]. Le nouveau nom est ensuite intronisé au premier rang inférieur de la cour impériale[7],[43]. Son statut est plus tard rehaussé à celui de senior de premier rang, récompense la plus élevée et la plus importante, alors ou maintenant, décerné par l'Empereur à quelques sujets en dehors de la famille impériale qui ont significativement et positivement affecté l'histoire du Japon[55].

En 1938, le mausolée de dame Saigō au Hōdai-in, qui consiste en un stupa à quatre étages au-dessus de sa tombe et un sanctuaire destiné à la vénération de son esprit, est désigné bien culturel important. La désignation est annulée après que l'ensemble du complexe de temple est détruit dans le Grand Incendie de Shizuoka le 15 janvier 1940[54]. Le stupa demeure cependant et les marques des dommages subis quand il a basculé sont clairement visibles. La plupart des trésors du temple, dont un portrait de dame Saigō, l'épée et le portrait légués par Tokugawa Ieyasu en 1604, ont été sauvés par les prêtres qui ont jeté les objets par les fenêtres et les portes avant de fuir le temple en feu. Le temple est reconstruit en béton armé d'acier en 1970. Les objets historiques sauvés de l'incendie de 1940 sont exposés au nouveau Hōdai-in dans la ville de Shizuoka[7].

Descendants notables[modifier | modifier le code]

Dame Saigō est la mère ancestrale de la lignée de shoguns qui commence avec Tokugawa Hidetada, deuxième shogun de l'époque d'Edo et se termine avec le septième, Tokugawa Ietsugu (1709–1716)[56]. Par ailleurs, dame Saigō finit aussi par être en relation avec la lignée impériale. En 1620, Tokugawa Masako (1607–1678), fille d'Hidetada, épouse l'empereur Go-Mizunoo et pénètre dans le palais impérial[57],[58]. En tant qu'impératrice consort, Masako contribue à maintenir la cour impériale, soutient les arts et influence de façon significative les trois prochains monarques : la première est sa fille, et les deux suivants, les empereurs Go-Kōmyō et Go-Sai, sont fils de l'empereur Go-Mizunoo par différentes concubines[59],[60]. La fille de Masako, et donc arrière petite-fille de dame Saigō, est la princesse Okiko (1624–1696)[61] qui accède au trône du chrysanthème en 1629 en tant qu'impératrice Meishō[62],[63]. Elle règne quinze ans comme 109e monarque du Japon, septième des seulement huit impératrices régnantes dans l'histoire du Japon, jusqu'à son abdication en 1643[64],[65].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

a.[66] Pour les femmes du Japon féodal, « l'âge adulte » est atteint lors de la cérémonie individuelle genpuku qui se tient quelque part entre les âges de 13 et 15 ans. Après avoir atteint l'état de l'âge adulte, la jeune femme rase ses sourcils pour la première fois, colore ses dents en noir et est considérée comme éligible pour le mariage[67],[68]
b.[69] la fille d'Oai appelée Tokuhime ne doit être confondue ni avec Toku Hime, fille de Ieyasu et dame Nishigori, ni Tokuhime, fille d'Oda Nobunaga.
c.[70] Le second fils de Ieyasu naît en 1574 de la dame de compagnie de son épouse; il est négligéé par son père et plus tard donné en adoption à un allié du nom de Hashiba Hideyoshi[71]
d.[72] Tant Yunoki que Koyamachi font de nos jours partie de l'arrondissement d'Aoi-ku à Shizuoka.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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