Dagda

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Dagda
Dieu de la mythologie celtique irlandaise
Caractéristiques
Fonction principale Dieu druide
Fonction secondaire Dieu du Sacré, de la Science, des Contrats, du Temps et des Éléments
Résidence Brug na Boinne
Associé(s) Ogme

Le Dagda (« dieu bon » — Daga Devos) est, dans la mythologie celtique irlandaise, le dieu le plus important des Tuatha Dé Danann juste après Lug. Il apparaît notamment dans le récit Cath Maighe Tuireadh (« Bataille de Mag Tured »).

Les Tuatha Dé Danann[modifier | modifier le code]

Dans l'histoire mythique, telle qu'elle nous est rapportée par le Lebor Gabála Érenn (Livres des conquêtes de l'Irlande), les dieux ont débarqué et pris possession de l'île, après avoir battu les Fir Bolg lors de la Cath Maighe Tuireadh (Seconde bataille de Mag Tured). Selon les sources littéraires médiévales, la société divine est structurée de la même manière que la société humaine, et l'organisation des Tuatha Dé Danann (les Gens de la tribu de Dana) est hiérarchisée en trois classes fonctionnelles[1] :

  • la fonction sacerdotale dont le rôle recouvre le Sacré est assurée par le Dagda ;
  • la fonction guerrière qui se charge notamment de la souveraineté, représentée par Ogme le dieu-guerrier et Nuada le dieu-roi ;
  • la fonction artisanale qui doit produire pour l'ensemble de la communauté, figurée par Goibniu, Credne et Luchta.

Ce schéma reprend l'idéologie tripartite des Indo-Européens telle qu'elle a été étudiée par Georges Dumézil. Lug, surnommé Samildanach (le polytechnicien), n'appartient à aucune de ces classes car, en tant que dieu suprême, il peut assumer toutes les fonctions de chacune d'elle.

Hiérarchie des Tuatha Dé Danann[2][modifier | modifier le code]

  • hors classe :
    • Lug Samildanach (dieu primordial)
  • fonction sacerdotale :
    • Dagda (dieu-druide)
  • fonction guerrière :
    • Ogme (dieu de la Magie guerrière)
    • Nuada (royauté)
  • fonction artisanale :
  • participent aux trois fonctions :
  • déesse féminine connue sous les formes :
    • Brigit (déesse des Poètes, des Forgerons et des Médecins)
    • Étain ou Eithne (reine d’Irlande, mère de tous les dieux)
    • Boand (autre nom de Brigit, déesse éponyme de la Boyne)
    • Morrigan (déesse guerrière, ou bien de la souveraineté)

Étymologie et surnoms[modifier | modifier le code]

Le nom du Dagda se compose de *dago-devo-s qui a le sens de « dieu bon » ou « très divin »[3]. Il est aussi connu dans les sources primaires (littérature mythologique irlandaise) sous les noms d’Eochaid (« qui combat par l'if »), Ollathair (« le père puissant ») et Ruadh Rofessa (« Rouge de la science idéale »).

Le dieu-druide[modifier | modifier le code]

Le Dagda est le dieu-druide par excellence[4] (et par conséquent le dieu des druides), il a en charge le sacré, la science, les contrats[5]. Il règne sur le temps, l'éternité et sur les éléments, ainsi que sur le Sidh (l'Autre Monde celtique) mais lui-même habite le Brug na Boinne, ou « hôtel de la Boyne » que Oengus, son fils, va lui ravir. Sous prétexte d'en avoir la jouissance pendant une nuit et un jour, le Dagda prête sa résidence, mais la durée symbolise l'éternité et Oengus la garde définitivement. Cette résidence, qui n'est autre qu'un Sidh, est assimilée au site mégalithique de Newgrange, au nord de Dublin.

Il forme un binôme avec son frère Ogme (l'Ogmios des Gaulois), le dieu de la Magie guerrière, dont il est le complément. De par sa fonction, c’est un druide parfait, il est omniscient et omnipotent, c’est aussi un guerrier puissant. Il a un côté paternel et nourricier. On le décrit parfois comme un géant hideux et un ogre paillard. Ses accouplements avec les déesses sont nombreux. On lui connaît plusieurs talismans, dont le chaudron d'abondance (symbole de prospérité), la massue qui tue et ressuscite (symbole de sa puissance) et la roue (symbole cosmique).

En Gaule sa fonction est répartie entre trois dieux distincts : Esus, Sucellos et Taranis[6].

Description[modifier | modifier le code]

Malgré son grand pouvoir le Dagda est parfois représenté comme rustre, voire comique, avec une tunique très courte couvrant à peine ses fesses avec le penis dépassant. Parfois ce penis est hypertrophié et il traine par terre[7]. Même si cette façon comique de voir est soupçonnée d'être des rajouts chrétiens, on a effectivement trouvé des représentations antropomorphes à tuniques courtes et un pénis qui dépasse légèrement. Dans ce cas il est représenté avec le bras droit en position de frappe dont la main semble tenir quelque chose. Parfois il tient effectivement une hampe de massue ou de hache. Ils sont souvent indexés comme statuettes de guerriers pour cette raison (bras en attaque)[8]. Le Coir Anmann (c.à.d. la justesse des noms) décrit le Dagda de façon moins comique: "Il était un dieu payen beau, et les Tuatha Dé Danann l'honorèrent car il était un Dieu chtonien pour eux à cause de la grandeur de son pouvoir (magique)"[9]. Il est parfois représenté avec un ou plusieurs de ses talismans

En effet le Dagda possède plusieurs talismans (ou attributs) qui ont chacun une fonction spécifique[10].

La harpe magique 
Le Dagda est aussi le dieu tutélaire des musiciens et à ce titre il possède une harpe magique, qui est un autre de ses talismans. Cette harpe est appelée "Uaithne" /ˈuənʲə/, (qui signifie « harmonie »). d'après le harpiste du nom d'Uaithne auquel le dagda fait parfois appel. La harpe est aussi appelée "Dur da Blá"(c.à.d. le chêne à deux floraisons, en référence aux différentes sortes de bois utilisé pour construire la harpe), et parfois "Coir cethar chuin", "(c.à.d la musique aux quatre angles, en référence à la forme quadrangulaire de la caisse de résonnance)[7]. Cet instrument a la particularité de savoir toutes les mélodies de la musique et de pouvoir les jouer toute seule, sur instruction du dieu. Dans le récit intitulé Seconde Bataille de Mag Tured (Cath Maighe Tuireadh), la harpe est volée par les Fomoires, le Dagda se met à sa recherche, accompagné de Lug et Ogme. Ils la retrouvent accrochée au mur d'une résidence des ennemis, à l'appel du dieu, la harpe s'envole et tue neuf Fomoires. Alors elle joue l'air des lamentations et les femmes se mettent à pleurer, puis elle joue l'air du sourire et les garçons se mettent à rire ; enfin elle joue l'air du sommeil et l'armée ennemie s'endort.
Le chaudron 
Le chaudron est un élément important dans la mythologie celtique. Celui du Dagda provient de l’île de Murias du druide Semias, avant que les Tuatha Dé Danann ne s'installent en Irlande. Le nom de ce chaudron est Undry[7]. Il symbolise la souveraineté, l’abondance et la résurrection (voir chaudron de Gundestrup). On le retrouve dans la légende arthurienne sous la forme du « Graal »[11],[12].
La roue 
La roue symbolise la puissance cosmique. La roue du Dagda est à huit rayons, elle rend sourd celui qui l'entend, aveugle celui qui la voit et tue celui sur qui elle tombe.
La massue 
Le Dagda a le droit de vie et de mort : la massue tue par un bout et ressuscite de l'autre. Elle peut écraser d'un coup neuf hommes. Elle est si lourde qu'il faut huit hommes pour la porter et elle laisse un sillon dans le sol qui peut servir de frontière entre les deux mondes. Elle est montée sur roues.

Parenté[modifier | modifier le code]

Ses frères sont Elcmar, Nechtan et Midir. De sa relation avec Boann, il a un fils Oengus, il est aussi le père de Brigit et du roi Bobd[5]. Son épouse est Morrigan.

Compléments[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 422 ; Miranda Jane Green, Mythes celtiques, pages 28-29.
  2. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 422.
  3. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 379.
  4. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, page 335 à 340.
  5. a et b Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, page 569.
  6. Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, pages 64 et 91.
  7. a, b et c Cath Maige Tuireadh. Trans. Elizabeth A. Gray.
  8. plusieurs statuettes de ce type (tunique courte, pénis dépassant, bras levée) ont été retrouvés en Slovénie et Liechtenstein au Ve-VIe siècles av JC, au Montorenzo-Vecchio...
  9. Coir Anmann
  10. Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, La Civilisation celtique, page 202.
  11. L’Élaboration du mythe du Graal au Moyen Âge Compte rendu du Colloque de Cerisy - 1995
  12. Jean Frappier, Autour du Graal, Droz (lire en ligne), p. 133-153 : Le Grral et l'hostie

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.