Déplacements d'Orphelins aux États-Unis

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Le mouvement de déplacements d'orphelins (connu principalement sous le nom d'Orphan Train Movement) fait partie intégrante de l'histoire contemporaine des États-Unis. Ce mouvement avait pour but de reloger les milliers d'orphelins qui peuplaient les rues de New York et des grandes villes de l'Est dans les familles rurales du Nord-Ouest des États-Unis. Il a débuté en 1853 sous l'impulsion de la Children's Aid Society (en) et de son fondateur, Charles Loring Brace (en). Il s'est terminé en 1921, après avoir déplacé et relogé plus de 250 000 orphelins.

Train d'Orphelins au début du XXe siècle

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Orphan Train Movement a duré 76 ans et a à sa base des œuvres de bienfaisance américaines créées dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Good Boy, Peinture de Norman Rockwell rendant compte de l'Orphan Trains Movement

Les origines du Mouvement[modifier | modifier le code]

L'institution à la base de l'Orphan Train Movement est la Children's Aid Society (en), fondée par Charles Loring Brace (en) en 1853. Ce dernier en voyant les milliers d'orphelins et d'enfants sans abris qui peuplaient les rues de New-York à hauteur de 30 000 individus dans les années 1850 a décidé de réagir en créant une société de bienfaisance protestante. Il estimait à juste titre que le manque de soin, d'éducation, de nourriture et la vie dans la rue détruisaient les jeunes enfants qui subissaient ce mode de vie et pour leur venir en aide, il avait trouvé comme alternative à la prison ou à l'orphelinat le fait d'envoyer ces enfants dans les familles rurales du Nord-Ouest américain (Mildwest). Charles Loring Brace décide donc en 1853 de lancer une opération de grande envergure vers les États de l'Indiana, du Missouri, du Nebraska, du Dakota du Nord et du Sud, ainsi que de l'Ohio et du Minnesota. Il répartit les orphelins préalablement recueillis par son institution par groupes dont certains atteignaient 30 à 40 jeunes de 4 à 18 ans (voire plus jeunes) encadrés par deux ou trois adultes, et les plaçait dans ce qui sera nommé les trains d'orphelins (qui donneront leur nom au mouvement : Orphan Trains). Les conditions des premiers voyages étaient comparables à celles des wagons à bestiaux, mais elles se sont améliorées par la suite.

Charles Loring Brace & la Children's Aid Society[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles Loring Brace

Charles Loring Brace est né en 1826 et a été un grand philanthrope durant sa vie, il est aujourd'hui considéré comme l'un des centres du protestantisme américain. Il a perdu sa mère lorsqu'il avait 14 ans et a été élevé par son père qui était professeur d'histoire. Durant sa vie, il a été pasteur dans différents lieux de New-York dont l'île de Roosevelt, avant de réaliser qu'il préférait s'occuper des pauvres des rues. Ne voyant pas les orphelinats comme des alternatives valables, il fonde en 1853 la Children's Aid Society afin de venir en aide aux enfants des rues. Brace était fermement opposé à l'eugénisme et a fait des conférences sur le placement des enfants pour les sortir de la misère.

Il meurt en 1890, ayant aidé dans sa vie plus de 400 000 enfants et lancé l'Orphan Trains Movement qui aura déjà placé plus de 100 000 enfants à sa mort.

La Children's Aid Society est fondée par Charles Loring Brace en 1853. Elle perdure encore aujourd'hui venant en aide à plus de 70 000 enfants chaque année en offrant repas, logement et éducation. Cette société se démarque historiquement par son influence sur l'Orphan Trains Movement et a été notée 4/4 étoiles en 2012 par les organismes de bienfaisance américains.

Le déroulement des voyages et des procédures d'adoption[modifier | modifier le code]

Photographie d'orphelins avant de monter dans le trains, ils étaient vêtus de la façon la plus propre pour les adoptions

Les groupes d'orphelins voyageaient en train durant des centaines de miles et faisaient haltes dans un certain nombre de petites villes des États cités précédemment où les autorités locales avaient réuni les familles souhaitant adopter un ou plusieurs enfants. Le groupe d'enfants se rendait alors au théâtre ou dans une salle dans les meilleures conditions, bien que les procédures d'adoption se soient quelquefois effectuées sur la voie publique, où les enfants pouvaient faire un petit spectacle ou numéro afin de se mettre en valeur. Les orphelins ainsi acheminés étaient adoptés gratuitement par les familles, sous réserve qu'ils aident leurs adoptants dans les divers travaux domestiques ou de la ferme.

Précédemment, les enfants avaient très largement été incités à oublier leur passé (qui se contentait pour certains de parents dans la misère, dans l'alcool, de maltraitantes ou d'absence de parents...) et entamaient ainsi une nouvelle vie. Les organisateurs du mouvements essayaient de ne pas séparer les fratries mais une grande partie l'ont été, les adoptants ne désirant qu'un enfant. Certains adultes examinaient les enfants de façon détaillées (selon témoignages) : les muscles, les dents, ce qui a entrainé de grandes contestations du mouvement, les procédures d'adoption prenant la forme de marché aux bestiaux (où d'esclaves). Heureusement, une grande partie des familles ne désirait pas seulement une main d'œuvre facile, mais tout simplement adopter un enfant, ce qui permit a certains d'accéder a une vie meilleure. Néanmoins, certains enfants étaient considérés comme des « serviteurs sous contrat » (indentured servants), et d'autres sont tombés entre les mains de proxénètes (ou pire(réseaux de prostitution...). Ces quelques cas déplorables sont dus aux dérives du mouvement dont le but était de réduire le nombre d'enfant des rues en favorisant leurs adoptions.

Train d'Orphelins au XXe siècle dans le Michigan

Les enfants acheminés étaient donc adoptés, avec plus où moins de chance, mais la plupart ont ainsi commencé une nouvelle vie « loin du tracas des grandes villes » comme le rappelait Charles Loring Brace, dans l'Ouest Américain. Le mouvement a perduré durant 76 ans grâce en particulier au besoin de main d'œuvre des agriculteurs, ce qui entretenait une demande d'enfants assez constante pour les familles de pionieers.

Ces déplacements ont permis entre 1853 et 1900 de placer dans des foyers dont une grande partie étaient sains et de bon esprit plus de 120 000 orphelins, bien que certains enfants n'aient pu échapper à des proxénètes ou à des gens de mauvais mœurs qui n'hésitaient pas à les vendre au plus offrant, ce qui a entrainé des dérives et les grandes contestations du mouvement.

La diversification du Mouvement[modifier | modifier le code]

En 1869, la Children's Aid Society[1] est rejointe par une œuvre de bienfaisance crée par les Roman Catholic Sisters of Charity de Saint Vincent de Paul, le New York Foundling Hospital qui cherchait à venir en aide aux mères en misère en replaçant les enfants dans des familles catholiques. Les enfants étaient abandonnés par leur mère à la porte de l'hôpital dans des « paniers spéciaux prévus à cet effet » et sonnaient ensuite à une cloche. Cette institution est la cause de la diversification due l'Orphan Trains Movement car celui-ci était au préalable entièrement issu de la Children's Aid Society et replaçait les enfants dans des familles principalement protestantes. La seconde moitié du XIXe siècle a connu un surplus d'enfants aux États-Unis, donc une hausses des abandons, et les orphelinats catholiques de la ville étant chers et destinés aux enfants âgés, cette deuxième institution a créé à partir de 1869 les Baby Trains qui s'occupaient de placer les nourrissons abandonnés à la porte de l'hôpital dans des familles sélectionnées par des prêtres catholiques (ce qui permettait d'éviter de nombreuses mésaventures aux enfants) pour diverses raisons, principalement car elles n'arrivaient pas à avoir d'enfants. Les nourrissons étaient ainsi placés à hauteur d'un millier par an dans des familles du grand ouest relativement dignes de confiance car si l'hôpital découvrait un problème avec l'enfant, des agents étaient envoyés pour le placer dans une meilleure famille.

Le New York Foundling Hospital est ainsi la cause de la diversification de l'Orphan Trains Movement en deux parties, une catholique s'occupant des nourrissons, et une protestante s'occupant des enfants plus âgés sous le contrôle de la Children's Aid Society. Le New York Foundling Hospital a aujourd'hui disparu, mis à mal après la politique en faveur des familles d'accueil (après 1929).

Logo de la Children's Aid Society

Controverses[modifier | modifier le code]

L'Orphan Trains Movement a connu de nombreuses controverses durant les années 1853-1929, en particulier par les abolitionnistes américains qui voyaient en ces déplacements d'enfants une nouvelle forme d'esclavage, notamment lorsqu'ils servaient comme main d'œuvre aux travaux des champs. D'autres controverses sont venues lorsque les formalités d'adoption ont pris des airs de foire aux bestiaux, et lorsque les enfants étaient victimes de proxénètes qui pouvaient aller jusqu'à les vendre.

Fin du mouvement[modifier | modifier le code]

Entre 1853 et 1900, l'Orphan Trains Movement a connu sa principale mutation, se divisant entre deux institutions, la Children's Aid Society, protestante et à l'origine du mouvement, et le New York Foundling Hospital, catholique qui l'a rejointe en 1869 par la création des Baby Trains. Le mouvement a déplacé au Nord-Ouest dans des familles plus de 250 000 enfants orphelins ou abandonnés, dont plus de 120 000 entre 1853 et 1900. Les débuts du mouvement ont été difficiles, les conditions de voyage étant précaires et les séances d'adoption assez peu organisées, mais elles se sont améliorées au fil du temps et ont permis de reloger de nombreux orphelins dans des familles d'agriculteurs qui recherchaient un peu de main d'œuvre, et des enfants à adopter.

L'Orphan trains movement a pris fin en 1929, par la naissance de la politique d'aide aux foyers et aux orphelinats a été décrétée aux États-Unis, ainsi que celle des familles d'accueil (foster care (en)).

L'Orphan Trains Movement occupe une grande place au niveau de la politique sociale des États-Unis et de ses institutions religieuses dont deux ont cherché à reloger les orphelins qui peuplaient (à l'Est) les rues de ses grandes villes, afin de leur permettre une vie meilleure que certains ont continué simple, mais que d'autres ont réussi, devenant journalistes, prêtres, professeurs, hommes d'affaires ou gouverneurs. Ce mouvement de déplacement d'orphelins fait donc partie intégrante de l'histoire des États-Unis, en particulier de l'histoire de l'Indiana qui a reçu le plus d'orphelins. Deux millions de personnes descendent aujourd'hui de ces orphelins relogés[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

L'Orphan Trains faisant partie de l'histoire des États-Unis, des moyens ont été pris afin que, tout d'abord, les enfants déplacés puissent retrouver facilement un trace de leurs origines, la Children's Aid Society indiquant que la plupart les dossiers ont été conservés en bon état, bien que l'on peut dénombrer quelques dossiers abimés, mais aussi que l'histoire de ce mouvement reste dans les mémoires, les orphelins déplacés étant pour la plupart morts ou très âgés.

On citera le mouvement d'Home Children (en), un programme similaire ayant eu lieu au Royaume-Uni.

Fondations et Institutions[modifier | modifier le code]

Plaque d'appartenance au monuments historiques du National Orphan Train Complex

Un complexe composé d'un musée et d'un centre de recherches a ouvert ses portes le 21 janvier 2004 à Concordia dans le Kansas (300 Washington St. ; Concordia, Kansas) sous le nom de National Orphan Train Complex. Ce complexe a pour vocation de conserver des traces de ce mouvement, dont des photos, des témoignages, ainsi que des travaux de recherche, mais aussi de mettre en contact les orphelins déplacés entre eux et entre leurs familles, leur permettant de retrouver leurs racines. Le complexe a été implanté dans un dépôt de chemin de fer historique restauré pour l'occasion, l'Union Pacific Railroad Depot, qui fait partie des monuments protégés des États-Unis.

Panneau annonçant l'entrée du musée

Une fondation a de même été lancée par la Children's Aid Society, The Victor Remer Historical Archives qui préserve les archives des grands mouvements migratoires aux États-Unis, dont l'Orphan Trains Movement. Ces documents historiques sont accessibles à partir du Guide to the Records of The Children's Aid Society (1853-1947) qui contient entre autres les programmes d'adoption des années 1853-1921, ainsi que des rapports annuels et d'autres documents.

Influence sur les médias[modifier | modifier le code]

En France, une bande dessinée retraçant l'histoire de l'Orphan Trains Movement est parue en 2012 sous la plume de Philippe Charlot et Xavier Fourquemin. Quatre tomes existent aujourd'hui.

Pages de couverture des quatre tomes paru du Train des Orphelins

Un roman est sorti aux États-Unis, Orphan Train: A Novel de Christina Baker Kline, qui traite de ce mouvement.

Good Boy de Norman Rockwell est un tableau qui met en scène ce mouvement[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sites Internets[modifier | modifier le code]