Dépendance au sentier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La dépendance au sentier, dépendance au chemin emprunté[1], sentier de dépendance, path dependence en anglais et parfois en français[1], est une théorie expliquant comment un ensemble de décisions passées peut influer sur les décisions futures. Ce principe est repris dans différents domaines des sciences sociales, de l'économie à l'étude des technologies en passant par l'institutionnalisme historique en relations internationales. C'est ce qu'on appelle classiquement le poids de l'habitude.

L'idée est que des particularités historiques, justifiées à une époque mais qui ont cessé d'être optimales ou rationnelles, peuvent perdurer indéfiniment parce que les changer impliquerait un coût ou un effort trop élevé à un moment, alors que ce changement pourrait être payant à long terme.

On peut donner en exemple la disposition des touches des claviers informatiques : certains avancent que les dispositions les plus utilisées, comme qwerty ou azerty, ne sont pas optimales en termes de confort et de rapidité[2] ; d'autres dispositions comme la disposition Dvorak, censée être plus pratique, ont été inventées plus récemment, mais elles n'arrivent pas à s'imposer, puisqu'il y a un effort à fournir (les claviers dans cette configuration sont plus difficiles à trouver, et il faut s'habituer à une nouvelle configuration).

De façon anecdotique, une légende urbaine dit que le diamètre des réservoirs additionnels de la navette spatiale américaine est en dépendance directe du diamètre des tunnels ferroviaires, donc de l'espacement des rails de train, inspirés de la largeur des chariots, elle-même équivalente à la place prise par deux chevaux de front[3].

Une analogie peut être faite avec les réactions chimiques : même si une réaction mène à un état plus stable (plus bas en énergie, donc favorisé par la thermodynamique), elle peut ne pas se produire à cause de la barrière d'énergie (l'énergie d'activation) à franchir.

En sciences sociales, c'est le politiste Paul Pierson (dans son ouvrage Dismantling the wellfare state paru en 1994) qui incarne l'importation de ce concept depuis l'économie et sa formalisation. Il définit ainsi la dépendance au sentier : « une fois établie, les modèles de mobilisation politique, les règles du jeu institutionnel et même les façons de voir le monde politique vont souvent auto-générer des dynamiques auto-renforçantes ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dictionnaire des politiques publiques, « Path dependence (Dépendance au chemin emprunté) » Palier (Bruno), directeur de recherche CNRS, Centre d’études européennes (Sciences Po)
  2. Présentation de la disposition bépo
  3. Comment les Romains standardisèrent les fusées

Voir aussi[modifier | modifier le code]