Démographie linguistique du Québec

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Cet article présente la démographie linguistique du Québec, connue également au Canada par le néologisme démolinguistique. Spécialisation de la démographie, elle fait l’étude de la répartition des langues dans une région donnée. Outre les descripteurs qu’elle tire généralement des recensements, elle s’intéresse aux facteurs intervenant dans l’évolution des groupes linguistiques : mortalité, fécondité, immigrations, émigrations, de même que l’abandon d’une langue au profit d’une autre (substitutions linguistiques).

Aperçu[modifier | modifier le code]

  • Population : 7 815 955 (2011)
  • Langue officielle : français
  • Groupe majoritaire : francophone (78.1 %)
  • Groupes minoritaires : allophone (12.3 %), anglophone (7.7 %), bilingue (2 %), autochtone (0.6 %),
  • Statut politique : province du Canada depuis 1867

Note : Sauf exceptions, les statistiques sur les langues réfèrent sur cette page à la langue maternelle (voir ci-après).

Descripteurs[modifier | modifier le code]

Langue maternelle : la langue maternelle est la langue que «toute personne recensée au Canada a apprise en premier lieu à la maison dans son enfance et qu’elle comprend encore» au moment du recensement[1]. Généralement, il s'agit de la langue que parlait la mère ; il pouvait arriver que ce soit celle du père ou de tout autre parent adoptif.

Langue parlée le plus souvent à la maison : la langue parlée le plus souvent à la maison «rend compte de la situation qui prévaut au moment même d’un recensement»[2]. Généralement, elle est identique à la langue maternelle ; elle peut avoir supplanté la langue maternelle dans un processus de «substitution linguistique».

Langue parlée régulièrement à la maison : la langue parlée régulièrement à la maison est «apparue au recensement de 2001». Elle «porte sur toutes autres langues parlées à la maison» sur une base moins fréquente que la précédente[2].

Connaissance des langues officielles : les données sur la connaissance des langues officielles du Canada proviennent d’une question posée aux recensements canadiens demandant : « Cette personne connaît-elle assez bien le français ou l’anglais pour soutenir une conversation ?» Il s’agit d’une «autoévaluation globale»[2].

Première langue officielle parlée : la première langue officielle parlée est un indicateur développé par Statistique Canada permettant d'obtenir un portrait de l'utilisation des deux langues officielles du Canada (l'anglais et le français).

Portrait détaillé[modifier | modifier le code]

Les francophones[modifier | modifier le code]

Parmi les 10 provinces de la fédération canadienne et les 50 états des États-Unis d'Amérique, le Québec est le seul état majoritairement francophone. Les francophones du Québec représentent 19,5 % de la population canadienne et 81,2 % de la population québécoise. 90 % de toute la population francophone du Canada habite le Québec.

Villes à forte concentration francophone (recensement de 2001) :

Les anglophones[modifier | modifier le code]

Les 6,7 % de la population québécoise (2006) dont la langue maternelle est l'anglais habitent principalement la grande région métropolitaine de Montréal, là où ils ont accès à un réseau d'institutions sociales, économiques, et culturelles bien établi.

Villes montréalaises à forte concentration anglophone (recensement de 2001) :

Les bilingues[modifier | modifier le code]

En 2001 au Québec, 40,8 % de la population a déclaré être bilingue, par rapport à 37,8 % en 1996 et à 35,4 % en 1991.

À titre comparatif, pour le reste du Canada, le taux en 2001 est de 10,3 % et a peu varié par rapport à 1996.

Les allophones[modifier | modifier le code]

Les 12 % restant, les allophones, forment un groupe hétérogène comprenant quelque 30 nationalités. À l'exception des Amérindiens et des Inuits, la plupart sont issus d'une immigration relativement récente par rapport aux groupes francophones et anglophones.

D'après le recensement de 2011, les trois langues maternelles non officielles les plus courantes sont : l'arabe (2,1 %), l'espagnol (1,8 %) et l'italien (1,6 %).

Immigration[modifier | modifier le code]

Natalité[modifier | modifier le code]

Les naissances de mères ayant pour langue maternelle le français représentent environ 75 % du total des naissances en 2009. Les enfants nés de mères ayant pour langue maternelle l'anglais représentent quant à eux environ 9 % des naissances en 2006. Mais il y a beaucoup de couples mixtes (français/anglais, français/autre, anglais/autre, français) et de mères ayant une langue maternelle autre que le français et l'anglais ( environ 14 % en 2009). Donc ce pourcentage des naissances ne représente pas exactement la transmission de la langue des parents à l'enfants. Néanmoins, si les naissances de mères francophones représentent 75 % du total en 2009 alors que leur poids démographique est d'environ 79,5 %, cela signifie que la langue française au Québec continuera sa lente érosion [2].

Les villes[modifier | modifier le code]

Population canadienne selon la langue maternelle, par régions métropolitaines de recensement (2001 et 2006)
Ville / Langue FR2001 FR2006 EN2001 EN2006 AL2001 AL2006
Montréal 68,3 % 65,7 % 12,7 % 12,5 % 19,0 % 21,8 %
Québec 96,5 % 95,5 % 1,7 % 1,6 % 1,8 % 2,9 %
Gatineau 80,7 % 79,2 % 13,7 % 13,3 % 5,6 % 7,5 %
Sherbrooke 91,2 % 90,3 % 5,9 % 5,1 % 2,9 % 4,6 %
Saguenay 98,6 % 98,0 % 0,9 % 0,8 % 0,5 % 1,2 %
Trois-Rivières 97,8 % 97,1 % 1,2 % 1,1 % 1,0 % 1,8 %

Source : http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2006/as-sa/97-555/table/A7-fra.cfm

Montréal[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démographie de Montréal.

Il y a trois territoires qui utilisent le nom « Montréal » dans leur dénomination, dans la région métropolitaine de Montréal : l'île de Montréal, la ville de Montréal et la Communauté métropolitaine de Montréal. Cependant, le nom « Montréal », employé seul, ne désigne que la ville.

En 1999, toutes les municipalités de l'île de Montréal ont été agglomérées pour ne former qu'une seule grande ville. Cependant, en 2002, un référendum est venu amputer la nouvelle ville de quelques anciennes municipalités qui ont retrouvé une certaine autonomie en 2006. Il faut donc toujours faire la distinction entre la région métropolitaine de Montréal (qui inclut l'île de Montréal, de Laval, Longueuil et un certain nombre de municipalités des couronnes nord et Sud), l'île de Montréal et la ville de Montréal.

Celle-ci est une ville officiellement française. Quelques-uns des arrondissements sont cependant désignés bilingues (français-anglais).

Si les allophones du Québec ne constituent qu'environ 12 % de la population québécoise, ils sont cependant concentrés à 88 % dans la région de Montréal. Il en va de même pour les anglophones, mais dans une moindre mesure, ceux-ci étant également bien établis dans la région de l'Outaouais.

Les francophones représentent 68 % de la population totale de la région de Montréal, les anglophones 12,5 % et les allophones 18,5 %. Sur l'île de Montréal, la majorité francophone chute à 52,8 % et suit une tendance au déclin depuis les années 1970, alors que les anglophones représentent 18,2 % de la population et les allophones 29,0 %.

« […] des démographes et mathématiciens experts en démolinguistique reconnus et respectés, tels Charles Castonguay, Marc Termote et Michel Paillé nous signalent de façon très scientifique que le français perd du terrain à Montréal […][3] »

Évolution[modifier | modifier le code]

Évolution de la langue maternelle au Québec
Langue 1844[4] 1901[5] 1921 [5] 1931 [5] 1941[5] 1951 1961 1971 1976 1981 1986 1991 1996 2001 2006 2011
Français 75 % 80 % 80,1 % 79,8 % 80,3 % 82,5 % 81,2 % 80,7 % 80,0 % 82,4 % 82,9 % 82,1 % 81,5 % 81,2 % 79,6 %[6] 78.1 %
Anglais 24,5 % 19 % 17,5 % 16 % 15 % 13,8 % 13,3 % 13,1 % 12,8 % 11,0 % 10,3 % 9,6 % 8,8 % 8,3 % 8,2 %[7] 7.7 %
Allophones 0,5 % 1 % 2,4 % 2 % 5,6 % 5 % 3,7 % 5,6 % 6,2 % 7,2 % 6,6 % 6,8 % 8,3 % 10,7 % 11,4 % 12.3 %
Bilingues - - - - - - - - - - - - - - 0,8 % 2 %

Ce tableau représente l'évolution des langues maternelles, mais il faut aussi prendre en compte l'évolution des langues comprises par l'ensemble de la population, alors que dans les années 1970, seuls les natifs francophones qui parlaient français, depuis la loi 101, la proportion des personnes comprenant le français n'a cessé de croitre pour passer de 81 % en 1977 à 94,5 % en 1996[8].

Autochtones[modifier | modifier le code]

Les peuples autochtones du Québec constituent un groupe hétérogène d'environ 71 000 individus, soit environ 1 % de la population québécoise. Ceux-ci représentent 9 % de la population aborigène du Canada. Les Autochtones québécois ont un indice de continuité linguistique de 0,92, soit plus élevé que celui des Acadiens du Nouveau-Brunswick (0,91), des Fransaskois (0,22)[9]... Approximativent 60 % des autochtones sont reconnus en tant qu'« Indiens » selon les critères de la Loi sur les Indiens (loi fédérale). Le tableau suivant présente la situation démolinguistique des peuples autochtones du Québec :

Langue Famille linguistique Population totale de la nation (2005)[10] Nombre de locuteurs (langue maternelle, 2001)[11] Région
Abénaqui Algonquienne 2 048 0 Centre-du-Québec
Algonquin Algonquienne 9 111 1 750 Outaouais et Abitibi-Témiscamingue
Atikamekw (tête-de-boule) Algonquienne 5 868 4 715 Mauricie et Lanaudière
Cri Algonquienne 14 632 11 935 Nord-du-Québec
Malécite Algonquienne 759 Bas-Saint-Laurent
Micmac Algonquienne 4 865 780 Gaspésie
Montagnais-naskapi (montagnais) Algonquienne 15 385 (montagnais)
834 (naskapis)
8 365[12] Côte-Nord et Saguenay–Lac-Saint-Jean
Wendat (huron) Iroquoienne 2 988 Capitale-Nationale
Mohawk (agnier) Iroquoienne 16 211 75 Montérégie et Laurentides
Inuktitut (esquimau) Eskimo-Aléoute 10 054 8 710 Nunavik

Législation[modifier | modifier le code]

Francisation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources premières[modifier | modifier le code]

Études générales[modifier | modifier le code]

Langue de travail[modifier | modifier le code]

Langue de l'enseignement[modifier | modifier le code]

  • La langue de l'enseignement : indicateurs pour l'éducation préscolaire, l'enseignement primaire et secondaire, le collégial et l'université, «Suivi de la situation linguistique, fascicule 4», Montréal, Office québécois de la langue française, 2008, 107 p.
  • Michel Paillé, «L’enseignement en français au primaire et au secondaire pour les enfants d’immigrants : un dénombrement démographique», dans : Pierre Bouchard et Richard Y. Bourhis, éd., L’aménagement linguistique au Québec : 25 ans d’application de la Charte de la langue française, Québec, Les publications du Québec, 2002, p. 51-67.
  • La situation linguistique dans le secteur de l'éducation en 1997-1998, dans Bulletin statistique de l'éducation, numéro 10, mars 1999, 9 pages
  • Michel Paillé. «Le milieu de l’éducation face à l’immigration : comment peut-on déceler un discours ‘alarmiste’ quand la réalité devance déjà les projections démographiques?», Recherches sociographiques, XXXVIII-3, 1997, p. 491-507
  • Michel Paillé. «Portrait démolinguistique des cégeps de Montréal», dans : Ernesto Sanchez, Colloque 1991 : le français au collégial, Jonquière, cégep de Jonquière, 1991, p. 64-70
  • Michel Paillé. «La Charte de la langue française et l’école : bilan et orientations démographiques», dans : Gérard Lapointe et Michel Amyot, éd., L’état de la langue française au Québec : bilan et prospective, Québec, Conseil de la langue française, 1986, tome 1, p. 67-123
  • Rapports annuels de l'Office québécois de la langue française et de la Commission de protection de la langue française

Langues autochtones[modifier | modifier le code]

  • Jacques Maurais, éd., Les langues autochtones du Québec, Collection : Dossiers, 35, Pages : xviii, 455, 171 Ko. Conseil de la langue française, 1992.
  • Norbert Robitaille et Éric Guimond, «La situation démographique des groupes autochtones du Québec», Recherches sociographiques, XXXV-3, automne 1994, pages : 433-454.

Substitutions linguistiques[modifier | modifier le code]

Perspectives démolinguistiques[modifier | modifier le code]

Méthodologie[modifier | modifier le code]

  • [PDF] Michel Paillé, Les réponses multiples aux questions sur les langues maternelles et d’usage dans la population québécoise, d’après les recensements canadiens de 1981 à 2001. Analyse critique de la «répartition égale » des réponses multiples, Montréal, Office québécois de la langue française, coll. « Langues et sociétés n° 44 »,‎ 2007, 104 p. (lire en ligne)
  • « Rapport technique du recensement de 2001 - Langues », sur www.statcan.ca, Statistique Canada (consulté le 5 octobre 2008)
  • [PDF] Charles Castonguay, Incidence du sous-dénombrement et des changements apportés aux questions de recensement sur l'évolution de la composition linguistique de la population du Québec entre 1991 et 2001 (Étude 3), Office québécois de la langue française,‎ 26 septembre 2005, 29 p. (ISBN 2-550-44651-8, lire en ligne)

Autre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]