Démographie de la Tunisie

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Démographie de la Tunisie
Évolution démographique de la Tunisie entre 1960 et 2013
Évolution démographique de la Tunisie entre 1960 et 2013
Dynamique
Population (2013) 10 886 500 hab.
Accroissement naturel 1,30 %
Indice de fécondité 2,20 enfants par
Taux de natalité 19,3 ‰
Taux de mortalité 6,3 ‰
Taux de mortalité infantile 23,84 ‰
Espérance de vie à la naissance 75,12 ans
Âge médian
Homme 29,6 ans
Femme 30,4 ans
Structure par âge
0-14 ans 23,2 %
15-64 ans 69,3 %
65 ans et plus 7,5 %
Rapport de masculinité
À la naissance 107 /100
Moins de 15 ans 101 /100
15-64 ans 101 /100
65 ans et plus 90 /100
Migration
Solde migratoire -0,5 ‰
Composition linguistique
Arabe (officiel)  
Français  
Composition ethnique
Arabes 98 %
Européens 1 %
Juifs et autres 1 %
Composition religieuse
Islam 98 %
Christianisme 1 %
Judaïsme et autres 1 %

La démographie de la Tunisie se caractérise par l'uniformité de la population en matière de composantes culturelles ou religieuses. Ainsi, sur un fond berbère, et après avoir assimilé à travers son histoire les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Arabes puis les Maures, Turcs et les Français, 98 % de la population tunisienne se décrit comme arabe et de confession musulmane sunnite alors qu'il existait encore 250 000 non musulmans (7 % de la population totale) à l'indépendance de la Tunisie en 1956 (dont un tiers de juifs). Durant 2 000 ans, au sud de Djerba, il existait également une forte population juive dont il ne reste plus qu'une infime partie.

La Tunisie a dépassé le cap des dix millions d'habitants en 2005, ce qui correspond à un triplement de sa population depuis l'indépendance en 1956 (3 448 000 habitants) et à un doublement depuis le début des années 1970. Néanmoins, la croissance démographique ralentit, le pays accélérant sa transition démographique dans les années 1990.

La Tunisie est aussi un pays qui connaît un taux important d'émigration : le nombre de Tunisiens résidant à l'étranger est évalué à 885 000 personnes. 83 % d'entre eux résident en Europe dont 511 000 en France.

Évolution de la population[modifier | modifier le code]

Entre 1960 et 2013, la population a augmenté de 6 665 799 habitants[1],[2].

Année Population
1960 4 220 701
1970 5 127 000
1980 6 384 000
1990 8 154 400
2000 9 563 500
2010 10 547 000
2011 10 673 800
2012 10 776 400
2013 10 886 500

Natalité[modifier | modifier le code]

Une politique de planning familial est lancée en 1966. L'indice de fécondité recule graduellement : le nombre d'enfants par femme est passé de près de six dans les années 1960 à 3,4 en 1990 puis à deux en 1999[3].

En 2012, l'indice de fécondité est de 2,20 enfants par femme[4]. Le taux de natalité est de 19,3 ‰.

Migration et composition culturelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Diaspora tunisienne.
Jeunes Tunisiens à Ras Jebel
Hommes portant la chéchia

Alors que la vaste majorité des Tunisiens (98 %) s'identifient culturellement aux Arabes, certaines études tendent à indiquer qu'ils seraient ethniquement plus proches des Berbères mais aussi de certains Européens :

«  Comparés avec d'autres communautés, notre résultat indique que les Tunisiens sont très liés aux Nord-Africains et aux Européens de l'Ouest, en particulier aux Ibériques, et que les Tunisiens, les Algériens et les Marocains sont proches des Berbères, suggérant une petite contribution génétique des Arabes qui ont peuplé la région au VIIe ou VIIIe siècle[5]. »

Toutefois, de nombreuses civilisations ont envahi le pays puis ont été assimilées à des degrés divers : Phéniciens[6], Romains, Vandales venant d'Allemagne, Ottomans et enfin Français. De plus, beaucoup de Maures et de Juifs arrivèrent d'Andalousie à la fin du XVe siècle.

Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du VIIe siècle avec les conquêtes musulmanes, ont contribué à l'islamisation de la majeure partie de l'Ifriqiya. À cette occasion se créent quelques villes nouvelles dont Kairouan et Mahdia. C'est à partir du XIe siècle, avec l'arrivée des tribus hilaliennes chassées d'Égypte, que l'arabisation linguistique et culturelle devient déterminante[7].

Certains groupes, descendants des Berbères, ont cependant su conservé leur langue et leurs coutumes, souvent en raison de leur enclavement géographique[8]. En effet, de nos jours, ils habitent souvent les régions de montagnes (Matmata, Tataouine, Gafsa, Makthar ou Sbeïtla). Toutefois, les Berbères, qui représentent une forte minorité ethnique au Maroc et en Algérie, restent peu nombreux en Tunisie. Les quelques tribus nomades, minoritaires, sont pour la plupart intégrées et sédentarisées.

Presque la totalité des Tunisiens (98 % de la population) est de confession musulmane sunnite de rite malékite. De la forte population juive qui a existé durant 2 000 ans, au sud de Djerba, il n'en reste plus aujourd'hui qu'une infime partie, vivant principalement dans la région de Tunis, car la majorité des Juifs tunisiens ont en effet émigré vers Israël ou la France. Il existe également une petite population chrétienne.

Données régionales[modifier | modifier le code]

Poids démographique des différents gouvernorats
Rang Gouvernorat Population (2011) Densité
(hab./km2)
1 Tunis 1 002 900 2 899
2 Sfax 944 500 125
3 Nabeul 762 600 274
4 Sousse 622 100 233
5 Ben Arous 588 700 774
6 Kairouan 564 900 84
7 Bizerte 551 500 150
8 Monastir 525 500 516
9 Ariana 510 500 1 059
10 Médenine 460 000 54
11 Kasserine 437 200 54
12 Jendouba 426 000 137
13 Sidi Bouzid 415 900 59
14 Mahdia 400 400 135
15 Manouba 375 300 330
16 Gabès 366 100 51
17 Gafsa 341 600 38
18 Béja 307 300 86
19 Kef 258 100 52
20 Siliana 235 300 51
21 Zaghouan 172 300 62
22 Kébili 152 200 7
23 Tataouine 148 000 4
24 Tozeur 104 800 22
Source : Institut national de la statistique[9]

Avec 2 247 800 habitants, le Grand Tunis (Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba) se classe au premier rang des zones les plus peuplées de Tunisie. La population du district représente 23 % de la population totale et vit sur un territoire ne dépassant pas 2 % de la superficie du pays[10]. À l'opposé, le nord-ouest, particulièrement, les gouvernorats du Kef et de Siliana se vident selon le recensement de la population mené en 2004. La migration intérieure est en hausse et représente 27 % des mouvements totaux, principalement vers le gouvernorat de Tunis[10]. Les motifs en sont multiples : recherche d'emploi, études ou mariage. Ce phénomène a notamment des conséquences sur les constructions anarchiques, y compris aux abords des oueds et des canaux, ce qui provoque régulièrement des drames en cas d'inondations[10].

Génétique[modifier | modifier le code]

Lignée paternelle : l'ADN du chromosome Y[modifier | modifier le code]

La principaux haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens et des Maghrébins berbérophones et arabophones en général sont : E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et J1 (M267) (15 % en moyenne) auxquels plus de 80 % des Tunisiens appartiennent.

E1b1b1b (E-M81), anciennement E3b1b et E3b2, est caractéristique des populations du nord-ouest de l'Afrique où sa fréquence moyenne est d'environ 50 %. Dans certaines parties isolées du Maghreb, sa fréquence peut culminer jusqu'à 100 % de la population. Cet haplogroupe se retrouve aussi dans la péninsule Ibérique (5 % en moyenne) et à des fréquences moins élevées, en Italie et en France. J1 est un haplogroupe « sémitique » très fréquent dans la péninsule arabique, avec des fréquences avoisinant 70 % au Yémen. 20 % des Juifs appartiennent aussi à J1.

Population Nb A/B E(xE1b1b1) E1b1b1 E1b1b1a E1b1b1b E1b1b1c F K G I J1 J2 R1a R1b-M269 Autres Études
1 Berbères de Bou Omrane 40 0 5 % 0 5 % 87,5 % 0 2,5 % 0 0 0 0 0 0 0 0 Ennafaa et al. (2011)[11]
2 Berbères de Bou Saad 40 0 0 0 0 92,5 % 0 0 0 0 0 5 % 0 0 0 2,5 % Ennafaa et al. (2011)
3 Arabes de Jerba 46 2,2 % 0 0 15,2 % 60,9 % 4,3 % 0 0 0 0 8,7 % 2,2 % 4,3 % 2,2 % 0 Ennafaa et al. (2011)
4 Berbères de Jerba 47 0 0 0 17 % 76,6 % 0 4,25 % 2,1 % 0 0 0 0 0 0 0 Ennafaa et al. (2011)
5 Berbères de Chenini–Douiret 27 0 0 0 0 100 % 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)[12]
6 Berbères de Sened 35 0 0 0 0 65,7 % 0 2,9 % 0 0 0 31,4 % 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
7 Berbères de Jradou 32 0 0 0 0 100 % 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
8 Zaghouan 32 0 0 0 3,1 % 40,6 % 0 9,4 % 0 0 0 43,8 % 3,1 % 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
9 Tunis 33 0 0 3,0 % 6,0 % 54,5 % 3,0 % 6,0 % 0 3,0 % 0 24,2 % 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
10 Tunis 148 0 2 % 3,4 % 5,4 % 37,8 % 2,7 % 4,7 % 0,7 % 0 0 32,4 % 3,4 % 0,7 % 6,1 % 0,7 % Arredi et al. (2004)[13]
11 Immigrants tunisiens en Italie 52 0 0 9,6 % 15,4 % 32.7 % 0 1,9 % 1,9 % 0 0 34,6 % 3,8 % 0 0 0 Onofri et al. (2008)

Lignée maternelle : l'ADN mitochondrial[modifier | modifier le code]

De nombreuses études ont été menées au nord de l'Afrique pour des populations du Maroc[14],[15], d'Algérie[16], de Tunisie[17], ou plus globalement du Nord de l'Afrique[18]. Les auteurs montrent que la structure génétique mitochondriale générale des Tunisiens et des populations du Maghreb est composée majoritairement d'haplogroupes (H, J, T, V…) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d'haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, de l'haplogroupe M1 (de 0 à 15 %) détectés principalement dans les populations est-africaines, de l'haplogroupe U6 (0 à 28 %), surtout présent en Afrique du Nord et également a des fréquences < 5 % dans la péninsule Ibérique, et d'haplogroupes M, N ou X (de 0 à 8 %) détectés principalement en Eurasie.

Population Nb H/HV/V R0a U/K (x U6) U6 T J (x J1b) J1b N M1 L3 Autres L Étude
Total Tunisie 725 31.3 2.2 9.0 5.2 7.1 3.5 0.9 3.5 3.0 15.6 18.5 Ennafaa et al. (2011)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Perspective Monde (Université de Sherbrooke)
  2. Données générales sur la population (Institut national de la statistique)
  3. Institut national de la statistique[réf. incomplète]
  4. Indice synthétique de fécondité (Institut national de la statistique)
  5. A. Hajjej, H. Kâabi, M. H. Sellami, A. Dridi, A. Jeridi, W. El Borgi, G. Cherif, A. Elgaâïed, W. Y. Almawi, K. Boukef et S. Hmida, « The contribution of HLA class I and II alleles and haplotypes to the investigation of the evolutionary history of Tunisians », Tissue Antigens, vol. 68, no 2, août 2006, p. 153–162
  6. (en) Cassandra Franklin-Barbajosa, « In the Wake of the Phoenicians. DNA study reveals a Phoenician-Maltese link », National Geographic, octobre 2004
  7. Selon Gabriel Camps (Les Berbères. Mémoire et identité, éd. Errance, Paris, 1995, p. 102), « en renforçant par leur présence la part de population nomade, les Arabes arrivés au Xe siècle ont été d'un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur le plan culturel et socio-économique. ».
  8. Marc Côte, « Les montagnes du Maghreb. Un cas de déterminisme géographique ? », Cafés géographiques, 15 novembre 2001
  9. Institut national de la statistique
  10. a, b et c « Démographie : Des régions se vident, d'autres étouffent », Bab El Web, 13 décembre 2004
  11. Ennafaa, Fregel, H. Khodjet-el-khil et Gonzalez (2011), « Mitochondrial DNA and Y-chromosome microstructure in Tunisia », European Journal of Human Genetics, doi:10.1038/jhg.2011.92, PMC 2985948, PMID 21833004
  12. K. Fadhlaoui-Zid, B. Martinez-Cruz, H. Khodjet-el-khil, I. Mendizabal, A. Benammar-Elgaaied et D. Comas (2011), « Genetic structure of Tunisian ethnic groups revealed by paternal lineages ». American Journal of Physical Anthropology. doi: 10.1002/ajpa.21581
  13. B. Arredi, E. S. Poloni, S. Paracchini et al., « A predominantly neolithic origin for Y-chromosomal DNA variation in North Africa », American Journal of Human Genetics, vol. 75, no 2, août 2004, p. 338–45
  14. Rando et al., 1998 ; Brakez et al., 2001 ; Kéfi et al., 2005
  15. Turchi et al. 2009, Polymorphisms of mtDNA control region in Tunisian and Moroccan populations: An enrichment of forensic mtDNA databases with Northern Africa data
  16. Côrte-Real et al., 1996 ; Macaulay et al., 1999
  17. Fadhlaoui-Zid et al., 2004 ; Cherni et al., 2005 ; Loueslati et al., 2006
  18. Coudray et al., « Les lignées mitochondriales et l'histoire génétique des populations berbérophones du nord de l'Afrique », Antropo, no 18, 2009, p. 63-72

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Sandron, La transition de la fécondité en Tunisie, éd. L'Harmattan, Paris, 2002 (ISBN 2747533824)

Liens externes[modifier | modifier le code]