Démographie de la Tunisie

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Démographie de la Tunisie
Évolution démographique de la Tunisie
Évolution démographique de la Tunisie
Dynamique
Population 10 777 500 hab.
Accroissement naturel 0,989 %
Indice de fécondité 2,15 enfants par ♀
Taux de natalité 17,4 ‰
Taux de mortalité 5,83 ‰
Taux de mortalité infantile 23,84 ‰
Espérance de vie à la naissance 75,12 ans
Âge médian
Homme 29,6 ans
Femme 30,4 ans
Structure par âge
0-14 ans 23,2 %
15-64 ans 69,3 %
65 ans et plus 7,5 %
Rapport de masculinité
À la naissance 107 ♂/100 ♀
Moins de 15 ans 101 ♂/100 ♀
15-64 ans 101 ♂/100 ♀
65 ans et plus 90 ♂/100 ♀
Migration
Solde migratoire -0 5 ‰
Composition linguistique
Arabe (officiel)  
Français  
Composition ethnique
Arabes 98 %
Européens 1 %
Juifs et autres 1 %
Composition religieuse
Islam 98 %
Christianisme 1 %
Judaïsme et autres 1 %

La démographie de la Tunisie se caractérise par l'uniformité de la population en matière de composantes culturelles ou religieuses. Ainsi, sur un fond berbère, et après avoir assimilé à travers son histoire les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Arabes puis les Maures, Turcs et les Français, 98 % de la population tunisienne se décrit comme arabe et de confession musulmane sunnite alors qu'il existait encore 250 000 non musulmans (7 % de la population totale) à l'indépendance de la Tunisie en 1956 (dont un tiers de juifs). Durant 2 000 ans, au sud de Djerba, il existait également une forte population juive dont il ne reste plus qu'une infime partie.

La Tunisie a dépassé le cap des dix millions d'habitants en 2005, ce qui correspond à un triplement de sa population depuis l'indépendance en 1956 (3 448 000 habitants) et à un doublement depuis le début des années 1970. Néanmoins, la croissance démographique ralentit, le pays accélérant sa transition démographique dans les années 1990.

La Tunisie est aussi un pays qui connaît un taux important d'émigration : le nombre de Tunisiens résidant à l'étranger est évalué à 885 000 personnes. 83 % d'entre eux résident en Europe dont 511 000 en France.

Sommaire

Évolution de la population[modifier]

Année Population
2006 10 127 900
2007 10 225 100
2008 10 328 900
2009 10 439 600
2010 10 547 100
2011 10 673 800
2012 10 777 500
Source : Institut national de la statistique[1]

Natalité[modifier]

Une politique de planning familial est lancée en 1966. L'indice de fécondité recule graduellement : le nombre d'enfants par femme est passé de près de six dans les années 1960 à 3,4 en 1990 puis à deux en 1999[2]. Depuis cette date, le taux de fécondité varie autour de deux enfants par femme.

Année Indice de fécondité
(enfants par femme)
Taux de natalité
(pour 1 000 habitants)
2006 2,03 17,1
2007 2,04 17,4
2008 2,06 17,7
2009 2,05 17,7
2010 2,13 18,6
2011 2,15 18,8
Source : Institut national de la statistique[3]

Migration et composition culturelle[modifier]

Article détaillé : Diaspora tunisienne.
Jeunes Tunisiens à Ras Jebel
Hommes portant la chéchia

Alors que la vaste majorité des Tunisiens (98 %) s'identifient culturellement aux Arabes, certaines études tendent à indiquer qu'ils seraient ethniquement plus proches des Berbères mais aussi de certains Européens :

«  Comparés avec d'autres communautés, notre résultat indique que les Tunisiens sont très liés aux Nord-Africains et aux Européens de l'Ouest, en particulier aux Ibériques, et que les Tunisiens, les Algériens et les Marocains sont proches des Berbères, suggérant une petite contribution génétique des Arabes qui ont peuplé la région au VIIe ou VIIIe siècle[4]. »

Toutefois, de nombreuses civilisations ont envahi le pays puis ont été assimilées à des degrés divers : Phéniciens[5], Romains, Vandales venant d'Allemagne, Ottomans et enfin Français. De plus, beaucoup de Maures et de Juifs arrivèrent d'Andalousie à la fin du XVe siècle.

Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du VIIe siècle avec les conquêtes musulmanes, ont contribué à l'islamisation de la majeure partie de l'Ifriqiya. À cette occasion se créent quelques villes nouvelles dont Kairouan et Mahdia. C'est à partir du XIe siècle, avec l'arrivée des tribus hilaliennes chassées d'Égypte, que l'arabisation linguistique et culturelle devient déterminante[6].

Certains groupes, descendants des Berbères, ont cependant su conservé leur langue et leurs coutumes, souvent en raison de leur enclavement géographique[7]. En effet, de nos jours, ils habitent souvent les régions de montagnes (Matmata, Tataouine, Gafsa, Makthar ou Sbeïtla). Toutefois, les Berbères, qui représentent une forte minorité ethnique au Maroc et en Algérie, restent peu nombreux en Tunisie. Les quelques tribus nomades, minoritaires, sont pour la plupart intégrées et sédentarisées.

Presque la totalité des Tunisiens (98 % de la population) est de confession musulmane sunnite de rite malékite. De la forte population juive qui a existé durant 2 000 ans, au sud de Djerba, il n'en reste plus aujourd'hui qu'une infime partie, vivant principalement dans la région de Tunis, car la majorité des Juifs tunisiens ont en effet émigré vers Israël ou la France. Il existe également une petite population chrétienne.

Indicateurs sociaux[modifier]

Données sur le niveau d'équipement de la population
Pourcentage d'abonnées au téléphone (2003) 31,1 %
Ordinateurs (2003) 400 372
Nombre d'hôtes Internet (2003) 271
Nombre d'utilisateurs d'Internet (2003) 630 000
Nombre d'abonnés à Internet (2003) 91 727
Bande passante internationale (Mbs) (2003) 136
Nombre de ménages possédant une radio (2002) 1 600 000
Nombre de ménages possédant un poste de télévision (2002) 1 917 000


Données régionales[modifier]

Gouvernorat Population Densité
(hab./km2)
Indice de fécondité
(enfants par femme)
Ariana 510 500 1 059 1,80
Ben Arous 588 700 774 1,64
Bizerte 551 500 150 2,25
Béja 307 300 86 1,77
Gabès 366 100 51 2,10
Gafsa 341 600 38 2,46
Jendouba 426 000 137 1,81
Kairouan 564 900 84 2,65
Kasserine 437 200 54 2,49
Kef 258 100 52 1,71
Kébili 152 200 7 2,56
Mahdia 400 400 135 2,28
Manouba 375 300 330 1,04
Monastir 525 500 516 2,64
Médenine 460 000 54 2,35
Nabeul 762 600 274 2,28
Sfax 944 500 125 2,12
Sidi Bouzid 415 900 59 2,34
Siliana 235 300 51 2,13
Sousse 622 100 233 2,69
Tataouine 148 000 4 2,25
Tozeur 104 800 22 2,27
Tunis 1 002 900 2 899 1,96
Zaghouan 172 300 62 2,28
Tunisie 10 673 800 65 2,15
Source : Institut national de la statistique (2011)[8]

Avec 2 247 800 habitants, le Grand Tunis (Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba) se classe au premier rang des zones les plus peuplées de Tunisie. La population du district représente 23 % de la population totale et vit sur un territoire ne dépassant pas 2 % de la superficie du pays[9]. À l'opposé, le nord-ouest, particulièrement, les gouvernorats du Kef et de Siliana se vident selon le recensement de la population mené en 2004. La migration intérieure est en hausse et représente 27 % des mouvements totaux, principalement vers le gouvernorat de Tunis[9]. Les motifs en sont multiples : recherche d'emploi, études ou mariage. Ce phénomène a notamment des conséquences sur les constructions anarchiques, y compris aux abords des oueds et des canaux, ce qui provoque régulièrement des drames en cas d'inondations[9].

Génétique[modifier]

Lignée paternelle : l'ADN du chromosome Y[modifier]

La principaux haplogroupes du chromosome Y des Tunisiens et des Maghrébins berbérophones et arabophones en général sont : E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et J1 (M267) (15 % en moyenne) auxquels plus de 80 % des Tunisiens appartiennent.

E1b1b1b (E-M81), anciennement E3b1b et E3b2, est caractéristique des populations du nord-ouest de l'Afrique où sa fréquence moyenne est d'environ 50 %. Dans certaines parties isolées du Maghreb, sa fréquence peut culminer jusqu'à 100 % de la population. Cet haplogroupe se retrouve aussi dans la péninsule Ibérique (5 % en moyenne) et à des fréquences moins élevées, en Italie et en France. J1 est un haplogroupe « sémitique » très fréquent dans la péninsule arabique, avec des fréquences avoisinant 70 % au Yémen. 20 % des Juifs appartiennent aussi à J1.

Population Nb A/B E(xE1b1b1) E1b1b1 E1b1b1a E1b1b1b E1b1b1c F K G I J1 J2 R1a R1b-M269 Autres Études
1 Berbères de Bou Omrane 40 0 5 % 0 5 % 87,5 % 0 2,5 % 0 0 0 0 0 0 0 0 Ennafaa et al. (2011)[10]
2 Berbères de Bou Saad 40 0 0 0 0 92,5 % 0 0 0 0 0 5 % 0 0 0 2,5 % Ennafaa et al. (2011)
3 Arabes de Jerba 46 2,2 % 0 0 15,2 % 60,9 % 4,3 % 0 0 0 0 8,7 % 2,2 % 4,3 % 2,2 % 0 Ennafaa et al. (2011)
4 Berbères de Jerba 47 0 0 0 17 % 76,6 % 0 4,25 % 2,1 % 0 0 0 0 0 0 0 Ennafaa et al. (2011)
5 Berbères de Chenini–Douiret 27 0 0 0 0 100 % 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)[11]
6 Berbères de Sened 35 0 0 0 0 65,7 % 0 2,9 % 0 0 0 31,4 % 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
7 Berbères de Jradou 32 0 0 0 0 100 % 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
8 Zaghouan 32 0 0 0 3,1 % 40,6 % 0 9,4 % 0 0 0 43,8 % 3,1 % 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
9 Tunis 33 0 0 3,0 % 6,0 % 54,5 % 3,0 % 6,0 % 0 3,0 % 0 24,2 % 0 0 0 0 Karima Fadhlaoui-Zid et al. (2011)
10 Tunis 148 0 2 % 3,4 % 5,4 % 37,8 % 2,7 % 4,7 % 0,7 % 0 0 32,4 % 3,4 % 0,7 % 6,1 % 0,7 % Arredi et al. (2004)[12]
11 Immigrants tunisiens en Italie 52 0 0 9,6 % 15,4 % 32.7 % 0 1,9 % 1,9 % 0 0 34,6 % 3,8 % 0 0 0 Onofri et al. (2008)

Lignée maternelle : l'ADN mitochondrial[modifier]

De nombreuses études ont été menées au nord de l'Afrique pour des populations du Maroc[13],[14], d'Algérie[15], de Tunisie[16], ou plus globalement du Nord de l'Afrique[17]. Les auteurs montrent que la structure génétique mitochondriale générale des Tunisiens et des populations du Maghreb est composée majoritairement d'haplogroupes (H, J, T, V...) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d'haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, de l'haplogroupe M1 (de 0 à 15 %) détectés principalement dans les populations est-africaines, de l'haplogroupe U6 (0 à 28 %), surtout présent en Afrique du Nord et également a des fréquences < 5 % dans la péninsule Ibérique, et d'haplogroupes M, N ou X (de 0 à 8 %) détectés principalement en Eurasie.

Population Nb H/HV/V R0a U/K (x U6) U6 T J (x J1b) J1b N M1 L3 Autres L Étude
Total Tunisie 725 31.3 2.2 9.0 5.2 7.1 3.5 0.9 3.5 3.0 15.6 18.5 Ennafaa et al. (2011)

Références[modifier]

  1. Répartition de la population par gouvernorat (Institut national de la statistique)
  2. Institut national de la statistique[réf. incomplète]
  3. Indice synthétique de fécondité (Institut national de la statistique)
  4. A. Hajjej, H. Kâabi, M. H. Sellami, A. Dridi, A. Jeridi, W. El Borgi, G. Cherif, A. Elgaâïed, W. Y. Almawi, K. Boukef et S. Hmida, « The contribution of HLA class I and II alleles and haplotypes to the investigation of the evolutionary history of Tunisians », Tissue Antigens, vol. 68, n°2, août 2006, pp. 153–162
  5. (en) Cassandra Franklin-Barbajosa, « In the Wake of the Phoenicians. DNA study reveals a Phoenician-Maltese link », National Geographic, octobre 2004
  6. Selon Gabriel Camps (Les Berbères. Mémoire et identité, éd. Errance, Paris, 1995, p. 102), « en renforçant par leur présence la part de population nomade, les Arabes arrivés au Xe siècle ont été d'un poids insignifiant sur le plan démographique, mais déterminant sur le plan culturel et socio-économique. »
  7. Marc Côte, « Les montagnes du Maghreb. Un cas de déterminisme géographique ? », Cafés géographiques, 15 novembre 2001
  8. Institut national de la statistique
  9. a, b et c « Démographie : Des régions se vident, d'autres étouffent », Bab El Web, 13 décembre 2004
  10. Ennafaa; Fregel; Khodjet-el-khil; Gonzalez (2011), Mitochondrial DNA and Y-chromosome microstructure in Tunisia, European Journal of Human Genetics, doi:10.1038/jhg.2011.92, PMC 2985948, PMID 21833004
  11. Fadhlaoui-Zid, K., Martinez-Cruz, B., Khodjet-el-khil, H., Mendizabal, I., Benammar-Elgaaied, A. and Comas, D. (2011), Genetic structure of Tunisian ethnic groups revealed by paternal lineages. American Journal of Physical Anthropology. doi: 10.1002/ajpa.21581
  12. Arredi B, Poloni ES, Paracchini S, et al., A predominantly neolithic origin for Y-chromosomal DNA variation in North Africa, dans American Journal of Human Genetics, vol. 75, no 2, août 2004, p. 338–45
  13. Rando et al., 1998 ; Brakez et al., 2001 ; Kéfi et al., 2005
  14. Turchi et al. 2009, Polymorphisms of mtDNA control region in Tunisian and Moroccan populations: An enrichment of forensic mtDNA databases with Northern Africa data
  15. Côrte-Real et al., 1996 ; Macaulay et al., 1999
  16. Fadhlaoui-Zid et al., 2004 ; Cherni et al., 2005 ; Loueslati et al., 2006
  17. Coudray et al. 2009, Les lignées mitochondriales et l'histoire génétique des populations berbérophones du nord de l'Afrique, Antropo, 18, 63-72. www.didac.ehu.es/antropo

Bibliographie[modifier]

  • Frédéric Sandron, La transition de la fécondité en Tunisie, éd. L'Harmattan, Paris, 2002 (ISBN 2747533824)

Liens externes[modifier]