Défilé de mode

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Un mannequin durant le défilé de mode annuel de l'université du Texas, en 2007.

Un défilé de mode est un spectacle vivant qui consiste à présenter un par un devant un public statique les vêtements ou accessoires de mode qu'un styliste a créés.

Présentation[modifier | modifier le code]

Une défilé de mode a lieu avec l'aide de mannequins professionnels recrutés en agence, ces derniers se déhanchant en musique le long d'un podium bordé de clients potentiels, d'acheteurs et distributeurs, de critiques — journalistes spécialisés —, de photographes, parfois de bloggeurs influents, réunis à huis clos pour l'occasion. Événement mondain par conséquent, il sert également aux créateurs à fournir leur vision personnelle de la mode pour la saison à venir, et constitue à ce titre une représentation presque artistique tout en assurant aux maisons de couture commanditaires un renouvellement de leur image de marque. Didier Grumbach souligne que « C'est à chaque fois un spectacle complet qui doit faire passer l'émotion et raconter une histoire en quelques minutes »[1].

Les vêtements sont théoriquement disponibles à l'achat dans la version définitive pour le prêt-à-porter, ou dans une version qui sera adaptée à la vie quotidienne pour la haute couture, cette dernière ne présentant que des prototypes le plus souvent uniques, voir jamais commercialisés. Le couturier John Galliano, alors chez Dior, précise : « Le défilé, c'est le parfum, l'essence même de la collection. C'est le moyen de déclencher une inspiration chez les acheteurs et les journalistes. Ensuite, c'est au show-room que nous montrons l'ensemble des produits, retravaillés et adaptés au marché. Chez nous, ces deux visages d'une même collection sont conçus parallèlement[2]. » Pourtant, la plupart des ventes importantes aux acheteurs professionnels sont déjà réalisées bien avant, lors de la « précollection » ; le défilé sert donc seulement à démontrer « la puissance créative des maisons[1]. » Il est avant tout une opération de communication plus qu'une action commerciale[n 1].

Dans la haute couture, où il a pris la forme d'un rituel, ce spectacle est organisé pendant les deux semaines de défilés à Paris. Pour le prêt-à-porter, les semaines des défilés ont lieu dans plusieurs endroits du monde, dont les capitales de la mode que sont New York, Milan, Paris, et Londres principalement.

Article détaillé : Capitale de la mode.

Démesure[modifier | modifier le code]

Certains stylistes ou couturiers sont reconnus pour leurs défilés de mode toujours remarqués : Hussein Chalayan, Thom Browne, Martin Margiela, ou encore John Galliano. Après les années 2000, période durant laquelle les défilés sont devenus de plus en plus démesurés pour les grandes maisons, le coût de ceux-ci sont devenus importants. De, « au minimum 100 000 euros » selon Didier Grumbach, jusqu'à plus de cinq millions d'euros pour Chanel, Vuitton ou Dior[1]. La mise en scène par des scénographes renommés ainsi que les mannequins occupent une grosse partie des dépenses[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Si Charles Frederick Worth est à l'origine du défilé de mode[3], c'est à la couturière Lucy Christina Duff Gordon que l'on doit la théâtralisation de l'évènement. Son premier « défilé-spectacle » est intitulé Gowns of Emotion. Proscenium[4].

En 1911, Lucy Christina Duff Gordon inaugure son magasin parisien et invite ses mannequins à prendre des poses dramatiques. Le défilé de mode prend le sens du fashion show en anglais, illustrant la dimension spectaculaire[4].

Les années 1920 apportent des allures de performances artistiques au défilé, notamment avec l'intégration de la danse, de la musique et du décor. En 1923, la couturière Jeanne Paquin fait défiler ses mannequins sur un tango tea au théâtre Place de Londres. La danseuse américaine Irène Castle crée pour Coco Chanel la démarche familière au mannequin : « hanches en avant, les épaules tombantes, une main glissée dans la poche et l'autre en mouvement[5] »

Elsa Schiaparelli complexifie la mise en scène en adoptant des thèmes pour ses défilés, dont le fameux « Cirque » ayant eu un retentissement national[6].

À partir des années 1960, la musique prend le dessus sur les numéros annonçant les modèles qui défilent. André Courrèges, Paco Rabanne ou encore Pierre Cardin créés des mises en scène plus conceptuelles. La scène d'ouverture du film de William Klein Qui êtes-vous Polly Maggoo? (1966) illustre parfaitement l'atmosphère du moment.

1980, avec les « jeunes créateurs » de la mode le défilé de mode a une réelle scénarisation, c'est la « mode-spectacle »[7], à l'image de Thierry Mugler autant scénographe que couturier.

Dans les années 1950, un défilé de haute couture dure plus d'une heure trente ; dix ans plus tard, c'est la moitié, et quarante ans plus tard, c'est vingt minutes. De nos jours, un défilé dure environ sept à onze minutes[8].

Défilés historiques en France[modifier | modifier le code]

Certains défilés marquent durablement la mode ; dans la plupart des cas, le défilé est retenu comme date d'une collection emblématique et en devient le symbole. Mais parfois le défilé dans sa forme tient une place prépondérante par ce qu'il apporte de nouveau.

En 1947, Christian Dior, qui vient d'ouvrir sa maison de couture, présente ce qui reste comme la collection la plus célèbre de l'histoire, le « New Look ». L'année du défilé devient une date charnière de la révolution engendrée par le couturier et d'un tournant radical de la mode immédiatement après les années de Guerre. À la mort de Dior dix ans plus tard, le tout jeune Sain Laurent, choisi par le couturier pour lui succéder au sein de sa maison, présente sa collection « Trapèze » ; un triomphe[9]. Par ce défilé, Yves Saint Laurent montre ses qualités, mais également le fait qu'une maison de couture peut survivre en l'absence de son fondateur.

Début 1964, Courrèges renouvèle la mode de l'époque avec sa collection « The Moon Girl » à l'esprit « cosmique » ; minijupe, usage du PVC, avec ses mannequins qui sautent et qui dansent, André Courrèges change, au cours de sa carrière, le principe même du défilé.

Rei Kawakubo présente pour la première fois à Paris sa collection en 1981. Peu connu du grand public, le retentissement dans le domaine de la mode est immense ; ce défilé restera — avec le premier de Dior — comme l'un des plus notables de l'histoire par la révolution stylistique qu'il a engendré[10]. Trois ans plus tard, Thierry Mugler donne un spectacle au Zénith : les spectateurs payent pour assister au grandiose défilé du créateur.

La réinterprétation de La Mort du cygne par Shalom Harlow (en) lors de la collection Alexander McQueen printemps-été 1999 est l'apogée des défilés du créateur anglais qui s'est régulièrement fait remarquer par ses shows souvent controversés[11]. L'autre anglais, John Galliano, qui a l'habitude de théâtraliser à outrance ses présentations, présente de multiples défilés notables au cours de sa carrière pour Dior, dont « Massaï » en 1997, mais surtout la collection « Clochards » début 2000 ou « la mode pour tous » en 2006, défilé de nains et des géants. Vers cette époque, Karl Lagerfeld donne pour Chanel des défilés haute couture aux décors démesurés, tels que un lion géant, un immense tailleur Chanel, un iceberg de 265 tonnes, ou le décor d'une ville bombardée[1]. Yves Saint Laurent donne son dernier défilé, une grande rétrospective des précédents, en 2002. Tous les classiques du couturier sont sur le podium.

La marque Louis Vuitton, et son styliste de l'époque Marc Jacobs, fait rouler une locomotive à vapeur dans la cour Carrée du Louvre en 2012[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On peut citer pour exemple le défilé prêt-à-porter automne-hiver de Gucci qui a engendré directement 102 couvertures de magazines dans le monde[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Thiébault Dromard, « Le vrai coût des défilés », Challenges, no 352,‎ 4 juillet 2013, p. 22 (ISSN 0751-4417)
  2. Patrick Cabasset, « John Galliano depuis 1997 », L'Officiel, Éditions Jalou « 1000 modèles », no 81 « Dior 60 ans de création »,‎ janvier 2008, p. 141 (ISSN 1290-9645)
  3. Yann Kerlau, Les secrets de la mode, Paris, Éditions Perrin,‎ février 2013, 438 p. (ISBN 978-2262039232[à vérifier : isbn invalide], résumé), « Charles Frederick Worth »
  4. a et b Jan Morgan, Le défile de mode: spectaculaire décor à corps, Sociétés & Représentations, janvier 2011 no 31, p. 125
  5. Jan Morgan, Le défile de mode: spectaculaire décor à corps, Sociétés & Représentations, janvier 2011 no 31, p. 127
  6. Yann Kerlau, Les secrets de la mode, Paris, Éditions Perrin,‎ février 2013, 438 p. (ISBN 978-2262039232[à vérifier : isbn invalide], résumé), « Elsa Schiaparelli »
  7. Jan Morgan, Le défile de mode: spectaculaire décor à corps, Sociétés & Représentations, janvier 2011 no 31, p. 128
  8. * Olivier Saillard, Anne Zazzo et al. (préf. Bertrand Delanoë), Paris Haute Couture, Paris, Skira,‎ novembre 2012, 287 p. (ISBN 978-2-08128605-4), « Paris haute couture », p. 15
  9. Cally Blackman (trad. Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière,‎ avril 2013, 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, résumé), « Le new-look », p. 183
  10. Cally Blackman (trad. Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière,‎ avril 2013, 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, résumé), « Les conceptuels », p. 337
  11. Cally Blackman (trad. Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière,‎ avril 2013, 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, résumé), « Les conceptuels », p. 346

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]