Déclin et chute de l'Empire ottoman

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l'Empire ottoman (en vert), en 1900

Le déclin et chute de l'Empire ottoman désignent les évènements qui, du XVIIe siècle au début du XXe siècle, ont mené à la perte de territoires puis à la désintégration de l'Empire ottoman.

Au XVIIe siècle l’âge d’or de l’Empire ottoman est déjà révolu, comme l'indique la défaite navale de la flotte ottomane face à une ligue réunissant l’Espagne, Rome, Malte et Venise à Lépante en 1571. Cette première défaite majeure n’eut pas de répercussion immédiate, mais elle marquait un tournant dans l’histoire de l’État ottoman et un regain de confiance dans la puissance de l’Europe chrétienne.

Le déclin de l’Empire devient de plus en plus manifeste lorsque Osman II (1618-1622) est assassiné par les janissaires protestant contre ses tentatives de réforme, ce qui engendre une dégradation de l’autorité des sultans et du pouvoir central.

En effet, l’échec du second siège de Vienne (1683), le traité de Karlowitz en 1699 (premier traité défavorable aux Ottomans) et le traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774), reflètent l’affaiblissement grandissant de l’Empire et marquent le début d’une crise qui va durer jusqu’au XXe siècle.
La campagne d’Égypte, expédition militaire entreprise par Napoléon Bonaparte (1798-1801), et l’invasion par les troupes du gouverneur de l’Égypte, Mehmed Ali, de la Syrie, secouent brutalement les fondements de l’État ottoman et l’obligent à rechercher des solutions pour les crises qui éclatent au sein de l’Empire : c’est l’époque des Tanzimat.

Les Tanzimat (1839-1878)[modifier | modifier le code]

Le 29 mai 1807, le sultan Selim III est déposé, sa nouvelle armée (Nizam el-djedid) dissoute, et la première véritable tentative de réforme a été matée par le corps conservateur de l’empire : les janissaires. Cet événement deviendra une leçon pour le nouveau Sultan Mahmud II, qui essaiera tout au long de son règne (1808-1839) de sauver l’empire ottoman de l’effondrement. Une série de réformes sera réalisée, et l’institution des janissaires, qui s'est longtemps opposé à la réforme militaire sera supprimée en 1826. Malgré tous ces changements opérés par Mahmud II, ce n’est qu’avec son successeur, le sultan Abdul-Medjid I (1839-1861) que l’ère des Tanzimat va être officiellement déclenchée par l'édit impérial de Gulkhane.

Proclamé le 3 novembre 1839 à Gulkhane (place à côté du palais de Topkapı), l’Édit de réforme est le premier d'une série de textes et de mesures qui vont former le pilier essentiel des Tanzimat (réorganisation en turc). L’édit annonce que les sujets du Sultan sont désormais égaux, il abolit l’affermage de l’impôt et promet le développement de nouvelles méthodes pour assurer la mise en place d’un système juste pour la conscription et l’entraînement des soldats de l’armée.

En effet, les Tanzimat visent à sauver l’État ottoman qui devient de plus en plus soumis à des pressions extérieures, et qui est confronté en même temps à des difficultés intérieures croissantes d’ordre économique et politique. Pour cela une panoplie de mesures va être entreprise pour remédier à cette situation détériorée qui menace l’existence même de l’empire.

Bien que le sultan continuât à occuper une position centrale dans l’édifice étatique, son rôle va être éclipsé par la Porte qui devient le centre d’impulsion des réformes. En effet, la scène politique ottomane va être dominée jusqu'en 1878 par quatre personnalités qui occuperont successivement le poste du grand-vizir, et qui vont constituer le fer de lance des Tanzimat. Ces quatre personnes sont : Mustafa Rechid Pacha surnommé le ‘père des Tanzimat’ , Mehmed Emin Ali Pacha, Mehmed Fuad Pacha et Midhat Pacha qui va porter les Tanzimat à leur paroxysme par la constitution de 1876. les hommes des Tanzimat vont jouer un rôle de premier plan dans la modernisation de l’empire et cela en imitant l’Europe (spécialement la France) dans ses institutions politiques et sa structure administrative, et en essayant d’occidentaliser la société ottomane pour qu’elle s’adapte aux diverses transformations qui ont eu lieu au cours des siècles. Les réformes touchent tous les aspects de la vie, mais c’est la réorganisation du pouvoir d'État qui est la plus importante car elle va laisser des conséquences considérables sur le fonctionnement des institutions politiques.

Les Tanzimat ont créé un gouvernement centralisé qui se compose d’une nouvelle classe dirigeante, les bureaucrates. Afin de donner à l’État une meilleure efficacité, des ministères conçus sur le modèle européen sont établis. Ainsi un ministère de la justice voit le jour vers le milieu du règne de Abdulaziz (1861-1876), et en 1869 un ministère de l’intérieur est établi. D’autres ministères sont créés (agriculture, commerce, travaux publics) et leurs tâches se diversifient d’une façon considérable.

Étant le lien qui relie l’empire avec l’occident, le ministère des Affaires étrangères constitue la vitrine de la modernité ottomane. Chacun de ces ministères est mis sous la direction d’un ‘nazir’ ou ministre. Au-dessus de tous les départements de l’État, le grand-vizir (ou la Sublime Porte) supervise l’activité des divers organismes, et préside le conseil des ministres qui devient l’organe central de l’exécutif.

Abdülaziz

Sur le plan législatif, le conseil supérieur de justice, fondé en 1838, connaît un développement important dans ses fonctions. En effet, ce conseil élabore les textes législatifs et devient le principal fournisseur des lois de l’empire. En outre, plusieurs codes sont rédigés, tels que le Code pénal (1840) et le Code commercial (1850) et spécialement le Code civil (Medjelle) qui est une gigantesque compilation de coutumes et de lois. Calqués sur le modèle ‘laïc’ européen, ces codes posent un véritable problème en ce qui concerne leur conformité au droit islamique. Pour assurer leur application, de nouvelles juridictions (nizami) sont instaurées pour trancher les litiges qui n’entrent pas dans la compétence des autorités religieuses.

Les réformes ne se limitent pas à ces domaines, elles touchent l’éducation qui devient de plus en plus séculière, spécialement après la mise en place d’un nouveau système d’enseignement séparé des institutions religieuses traditionnelles. L’armée aussi se modernise selon le modèle européen, et en 1864 une nouvelle loi administrative divise l’empire ottoman en 27 provinces (wilaye) et associe ces provinces, avec les autres subdivisions administratives, d’un organe mixte composé de personnes nommées par l’autorité centrale ou élues sur le plan local.

L’époque des tanzimat a connu encore des majeures transformations de la société ottomane. L’essor démographique, et l’extension des villes grâce au développement de la population urbaine et à l’exode rural, sont le trait qui caractérise la deuxième moitié du XIXe siècle (ex : la population de Beyrouth passe de 40 000 habitants dans les années 1850 à quelque 80 000 dans les années 1880). L’économie à son tour va connaître une métamorphose vers le système capitaliste (fondation des banques et des entreprises privées, développement considérable de l’exportation et de l’importation, expansion de l’agriculture, chemins de fer).

La guerre de Crimée a révélé la faiblesse financière de l'empire: pas de vrai budget, des rentrées fiscales irrégulières, un endettement croissant. La monnaie, les finances et les douanes de l'empire passent sous la tutelle de la Banque impériale ottomane, créée en 1863 et dirigée par un consortium franco-britannique.

Malgré toutes ces réformes, la situation est loin d’être positive. En effet, la guerre de Crimée (1853-1856) et les crises successives qui secouent les Balkans et le Liban, prouvent que les réformes sont insuffisantes. En 1856, le sultan Abdul-Medjid I proclame un nouvel édit impérial qui affirme que les chrétiens et les juifs possèdent dorénavant les mêmes droits que les sujets musulmans, et que la liberté de culte leur est reconnue. La conséquence la plus immédiate de cette mesure est la reconnaissance de communautés confessionnelles dotées de pouvoirs propres (les Millets). Il subsiste des problèmes avec les minorités. La nécessité d’accélérer le rythme des Tanzimat pousse Midhat Pacha à déposer le sultan Abdulaziz qui s'oppose à l’adoption d’une constitution limitant ses prérogatives. En 1876 le nouveau sultan Abdülhamid II promulgue une constitution libérale qui instaure une monarchie parlementaire et qui respecte les libertés individuelles.

Après la guerre désastreuse contre la Russie (1875-1876) et le traité humiliant de San Stefano, Abdülhamid II sera convaincu que les anciennes réformes sont inutiles et que de nouvelles méthodes doivent être adoptées pour sauver l’État. Le sultan rouge suspend donc la constitution en 1878 et dissout le parlement. L’ère des Tanzimat est terminé, l’empire plonge dans un règne autoritaire qui dure 33 ans.

Le règne d'Abdülhamid II (1878-1908)[modifier | modifier le code]

La personnalité du sultan Abdülhamid II est un facteur essentiel pour comprendre son attitude despotique. Tourmenté par les évènements qui ont secoué le début de son règne, et obsédé par la crainte d’être déposé ou même assassiné, Abdülhamid va opter pour une politique d’autoritarisme, et de centralisation dans l’étendue de l’empire ottoman pour éliminer toutes velléités indépendantistes.

La première manifestation de cette politique se traduit par le déplacement du centre du pouvoir de la sublime porte au palais. En effet, le grand vizir n’est plus celui de l’époque des Tanzimat, il n’est qu’un simple agent responsable seulement, avec tous les autres ministres, devant le sultan. Dorénavant ce dernier règne et gouverne en même temps.

Après l’échec de l’ottomanisme, qui a visé à créer une nation ottomane composée de sujets égaux sans aucune discrimination religieuse ou ethnique, et pour faire face aux ingérences des puissances étrangères, notamment la Grande-Bretagne qui a occupé l’Égypte en 1882 (soumise nominalement à la souveraineté ottomane), Abdülhamid se fit le promoteur de l'idéologie panislamiste, espérant mobiliser tant les musulmans vivant dans l'empire que les autres pays musulmans, et cela en profitant de son titre comme calife de l’ensemble de la communauté musulmane.

Cette stratégie, adoptée par le sultan, tend à consolider la cohésion interne de l’empire, et à renforcer la solidarité entre les musulmans, pour contrecarrer l’étoile montante de la notion de nationalisme, qui menace non seulement l’unité, mais encore la persistance même de l’État ottoman. À titre d’exemple, la dernière décennie du XIXe siècle fut marquée par le développement d’un esprit de nationalisme chez les Arméniens, ce qui a dégénéré aux massacres qui ont eu lieu entre 1894 et 1896 durant lesquels vont périr 200 000 personnes. En outre, la Crète est perdue en 1897, au terme d'un conflit militaire greco-turc, qui inquiète les capitales européennes[1], tandis que la Macédoine demeure sous la souveraineté ottomane jusqu'à la guerre des Balkans en 1912.

Sur un autre plan, les politiques de réformes ont pesé lourd sur le trésor public ottoman, les dépenses accrues et les défaites militaires successives de l’armée ottomane au cours du XIXe siècle, ont augmenté le déficit budgétaire, ce qui a poussé l’État à s’endetter. En 1881, la Banque impériale ottomane, en fait un établissement franco-britannique, accrut son influence par la création de la Dette publique: organisme mixte chargé de percevoir les revenus et de gérer la dette publique ottomane.

Le déclin progressif de l’empire, et l’échec des réformes menées dans le cadre des Tanzimat pour enrayer ce déclin, ont fermenté des idées d’opposition croissantes au despotisme d’Abdülhamid. S’inspirant de la Révolution française de 1789 et des écrits des intellectuels ottomans surtout Namik Kemal, l’opposition se concrétise dans le mouvement des Jeunes-Turcs qui se constitue pour partie à l’intérieur de l’État (Istanbul, Salonique) et pour partie à l’extérieur (Le Caire, Paris, Genève). Réclamant la restauration de la constitution de 1876 pour pouvoir résister à la pénétration européenne, et pour éviter le démantèlement de l’empire, les Jeunes-Turcs regroupent dans un premier temps des libéraux d’origines diverses : Turcs, Arabes, Arméniens et Kurdes. Mouvement de nature complexe qui se propage entre les étudiants de l’école de médecine militaire à Istanbul, les Jeunes-Turcs sont dominés par la Comité Union et Progrès (CUP) fondé en 1895 à Salonique par Talaat bey et Rahmi bey et qui recrute parmi les corps de fonctionnaires civils et militaires. À partir de 1907, ce comité prend une coloration plus militaire avec l’adhésion d’officiers de l’armée turque tels Enver, Niazi bey, Jamal et Mustafa Kemal.

La crise devient de plus en plus patente à la première décennie du XXe siècle. En effet, la situation sur le double plan économique et social se détériore graduellement, le retard dans le paiement des soldes des soldats cause plusieurs émeutes dans les casernes. L’Allemagne, soucieuse d'affirmer sa vocation mondiale, cherche à renforcer son influence dans l'empire, spécialement après la visite de l’empereur Guillaume II. Elle s'engage, avec d'autres puissances, dans la construction du chemin de fer Berlin-Bagdad et participe à l'exploitation du pétrole d'Irak (Turkish Petroleum Company). La relation du sultan Abdülhamid II avec les autres puissances européennes devient délicate, du fait de l'Alliance franco-russe puis du rapprochement anglo-russe contre l'Allemagne. La combinaison de tous ces facteurs ne peut que confirmer un seul fait : la révolution est imminente.

L’effondrement (1908-1923)[modifier | modifier le code]

Les jeunes-Turcs[modifier | modifier le code]

Manifestation en 1908 lors de la révolution des Jeunes-Turcs

L’agitation des Jeunes-Turcs en Macédoine ottomane devient de plus en plus grandissante et risque même de se transformer en une insurrection qui menace le pouvoir de Abdülhamid. La situation devient critique quand le sultan envoie 18 000 hommes pour dompter cette mutinerie. Mais au lieu d’accomplir leur mission, ils se joignirent aux rebelles. Abdülhamid, afin d’enrayer le mouvement, annonce alors en juillet 1908 la convocation du Parlement et la remise en vigueur de la Constitution de 1876, c’est la fin de l’ère du despotisme Hamidien.

Malgré l’ampleur des évènements de juillet 1908, ce qui s’est passé ne peut être qualifié comme révolution, c’est plutôt un coup de force qui a obligé le Sultan à accepter la réduction de ses pouvoirs. En effet, la situation est loin d’être stable. La victoire de Jeunes-Turcs est de courte durée. Profitant de la désorganisation de l’Empire due à la révolution, l’Autriche annexe officiellement la Bosnie-Herzégovine, tandis que la Bulgarie proclame son indépendance et la Crète son rattachement à la Grèce. La responsabilité de ce désastre tombe sur le CUP au pouvoir. Croyant pouvoir bénéficier de l’agitation islamiste à Istanbul, Abdülhamid mène une contre-révolution, et cela par la dissolution du Parlement et l’arrestation de plusieurs membres du CUP. Face à cette situation la réaction des Jeunes-Turcs ne se fait pas attendre. À la tête d’une armée (l’armée d’action) provenant de la Macédoine ottomane, Mahmud Chevket Pacha pénètre dans Istanbul le 24 avril 1909, et dépose peu après le sultan Abdülhamid auquel succède son frère Mehmed Rachad, ou Mehmed V sans pouvoir réel.

Avec la chute du sultan rouge s’ouvre le dernier chapitre de l’histoire de l’empire ottoman. En effet, la révolution de 1908 a libéré la société ottomane tant soumise au joug du despotisme d’Abdulhamid II. De nouvelles questions, auparavant négligées, viennent surgir sur la scène sociale. Ainsi la situation traditionnelle de la femme est remise en question, et des mouvements de revendication sont créés par des femmes influencées par les idées occidentales. En outre, les ouvriers prennent conscience de leur condition et commencent à réclamer l’amélioration de leur situation par des grèves qui éclatent dans plusieurs secteurs (employés des tramways, les dockers, souffleurs de verre, secteur de communications, de textiles, les mines). La liberté d’expression et la multiplication des journaux engendrent un essor dans la vie intellectuelle. Dans un premier temps deux tendances dominent la société ottomane : une tendance islamiste dont le porte parole est Mehmed Akif, et une autre tendance occidentaliste représentée par Abdullah Djevdet. Une troisième tendance va apparaître progressivement dès 1908 et qui va jouer un rôle important dans l’avenir, celle du nationalisme turc.

Arrivé au pouvoir, le CUP cherche à préserver l’intégrité de l’État ottoman et à assurer l’unité de toutes les composantes de la société ottomane, et cela en créant des citoyens égaux devant la loi, et non des sujets appartenant à des millets diverses. Mais l’accomplissement de ces objectifs va se heurter à des crises qui éclatent dans plusieurs régions de l’empire. En effet, L’année 1911 marqua le début de la guerre italo-turque, qui se termina en 1912 par la reconnaissance de la souveraineté de l’Italie sur la Tripolitaine. En outre, face à la politique de centralisation menée par les Jeunes-Turcs, l’Albanie se révolte contre la Turquie sous la direction d’Ismail Kemal, et accède ensuite à l’indépendance à la suite de la conférence de Londres en 1912. les défaites successives de l’armée ottomane vont développer de plus en plus un sentiment de nationalisme turc qui se répand dans la population exaspérée d’Istanbul.

Les dernières années de la vie de l’État ottoman sont marquées par une série de guerres qui va gravement compromettre l’intégrité de l’empire et la crédibilité du pouvoir central. Prélude de la dislocation définitive de l’État ottoman, les deux guerres balkaniques qui ont eu lieu de 1912 à 1913 font perdre aux ottomans l’essentiel de leurs possessions en Europe, en même temps que leurs dernières possessions africaines, en Libye, conquises par les Italiens.

Dans cette situation de trouble, et surtout après l’assassinat du grand vizir Mahmoud Chevket Pacha le 21 juin 1913, le pouvoir passe à un triumvirat unioniste constitué par Talaat, Djemal et Enver Paşa. Dès lors, la promotion de plus en plus exclusive d’un nationalisme Turc strict qui se traduit par une répression accrue à l’égard des minorités, conforte l’autoritarisme du triumvirat et accentue la rivalité et la méfiance entre les Arabes et le CUP.

Guerres et génocide arménien[modifier | modifier le code]

Déportations d'Arméniens lors du génocide en 1915

Le 28 juin 1914, à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche est assassiné par un étudiant bosniaque Gavrilo Princip du mouvement terroriste" Mlada Bosna", composé uniquement des Serbes de Bosnie. Par le jeu des alliances complexes en Europe, la Première Guerre mondiale est déclenchée. Le 2 novembre, la Russie, suivie le lendemain par le Royaume-Uni et la France déclarèrent la guerre à l’empire ottoman qui avait signé un pacte secret avec l’Allemagne. À l’exception de la bataille de Gallipoli, l’armée turque ne remporte aucun succès soit sur le front nord avec la Russie, soit au sud sur le front du canal de Suez. La situation devient de plus en plus alarmante avec la révolte arabe, conduit par le cherif de la Mecque Hussein ibn Ali en juin 1916 et soutenue par les Britanniques.

De son côté, le gouvernement ottoman des Jeunes-Turcs, pour des raisons liées au nationalisme turc et au panturquisme profite de la guerre pour organiser, entre le printemps 1915 et l'été 1916 principalement, le génocide arménien dans lequel vont périr près d'1 200 000 personnes. Les massacres débutent "officieusement" avec l'arrestation, la déportation puis le massacre d'intellectuels arméniens de Constantinople durant la nuit du 24 au 25 avril 1915. Puis c'est au tour de l'Anatolie où un plan d'extermination génocidaire est soigneusement mis en place ; les hommes sont tués, et le reste de la population est déportée en convoi par des gendarmes turcs. Les conditions sont mauvaises, et beaucoup meurent en route. Des Kurdes viennent aussi massacrer des Arméniens. La population encore vivante arrive en 1916 dans les déserts de Syrie-Mésopotamie, où la grande majorité va mourir. Les deux-tiers de la population arménienne vient d'être supprimée, les autres ont pu se réfugier en Arménie russe ou ailleurs. Quelques massacres sporadiques surviennent les années suivantes ; Ainsi se constitua un Empire ottoman pur, vidé de la majeure partie de sa population arménienne.

En 1918 l’armée turque est prête à succomber, les Britanniques envahissent le Liban et la Syrie, prennent Damas (29 septembre), puis Alep et d’autres points stratégiques, tandis que les forces navales françaises occupent Beyrouth. Un armistice est conclu le 30 octobre à Moudros. Les Turcs seront obligés de démobiliser, de rompre les relations avec les Empires centraux et d’autoriser les vaisseaux de guerre alliés à passer par le détroit des Dardanelles.

Mort d'un empire[modifier | modifier le code]

Les puissances occidentales croient le moment venu de satisfaire leurs ambitions, aussi bien les accords Sykes-Picot entre Français et Britanniques que la "Grande Idée" panhellenique du Grec Venizélos. Humilié par le traité de Sèvres qui reconnait la tutelle britannique sur Constantinople et le contrôle grec, français et italien sur certains territoires de l’Anatolie, le gouvernement du sultan tombe en discrédit.

Refusant cette situation de catastrophe nationale, Mustafa Kemal réussit à remporter des victoires décisives sur les Grecs, à Sakarya (août 1921) et à Dumlupinar (août 1922), puis occupa à nouveau Smyrne en septembre. Par le nouveau traité de Lausanne en 1923, la Turquie actuelle accède à son indépendance, le sultanat est aboli en 1922 et le califat en 1924. Le dernier souverain Mehmed VI Vehid-el-Ddin est déposé et la république proclamée le 29 octobre 1923 avec Mustafa Kemal pour président. Désormais l’empire ottoman n’existe plus et le nom de "Turc" remplace officiellement celui d'"Ottoman".

Conclusion[modifier | modifier le code]

La structure de la société ottomane s’est articulée sur un ensemble culturel et religieux complexe qui assurait la persistance de l’État ottoman. Mais les défaites successives de l’armée ottomane au cours des XVIIIe et XIXe siècles, et l’infiltration croissante de l’Occident dans les affaires internes de l’empire ont obligé les dirigeants de l’État ottoman à abandonner le mode traditionnel de gouvernement et à s’ouvrir sur l’Europe. En effet, l’effondrement de l’empire ottoman peut s’expliquer par l’échec du mouvement de réforme qui a caractérisé les XIXe et XXe siècles. Conscients de la nécessité de moderniser l’appareil politique et administratif, les hommes des Tanzimat n’ont pas pu résoudre les problèmes essentiels qui résidaient au sein même de la société ottomane.

La persistance de traditions religieuses séculaires ancrées dans la mentalité des peuples de l'Empire ont contribué à privilégier le rôle des communautés au détriment de celui des individus. De plus, est apparu un antagonisme entre les communautés qui a précipité la fragmentation de l’empire et la perte de cohésion de la société ottomane. En effet, les divers courants de pensée qui ont essayé de sauver l’empire (ottomanisme, panislamisme, touranisme, nationalisme) n’étaient qu’une alternative à l’échec du courant précédent. Dans cette situation de détérioration politique, économique et sociale, la chute de l’empire ottoman n’était qu’une question de temps. La Première Guerre mondiale a donné le coup de grâce à cet édifice qui était lentement en cours d'érosion depuis quatre siècles.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Ternon, Empire ottoman, le déclin, la chute, l'effacement, éditions du félin.
  • André Autheman, "La Banque impériale ottomane", Comité pour l'Histoire économique de la France, 1996.
  • Histoire de la Turquie contemporaine, Hamit Bozarslan, la découverte.
  • Paul Dumont, Mustapha Kemal invente la Turquie moderne, éd. Complexe, 1983, nouv. éd. 1997 et 2006 (ouvrage couronné par l'Académie française).
  • Id., Du socialisme ottoman à l'internationalisme anatolien, Istanbul, éd. Isis, 1997.
  • Paul Dumont et Georges Haupt, Les Mouvements socialistes dans l'empire ottoman, Gözlem-Istanbul, 1977.
  • François Georgeon, Abdülhamid II, le sultan calife, éd. Fayard, 2003
  • Dimitri Kitsikis, L'Empire ottoman, Presses universitaires de France, 3e éd.,1994.
  • Dimitri Kitsikis, "L'espace ottoman dans l'esprit de de Charles de Moüy, dans la deuxième moitié du XIXe siècle", in H.Batu,dir., L'Empire ottoman, la République de Turquie et la France, Paris-Istanbul, Isis, 1986.
  • Dimitri Kitsikis, "Le degré de puissance de l'Empire ottoman, au cours de la Première Guerre mondiale", in J-C. Allain, dir, La moyenne puissance au XXe siècle, Paris, Institut d'Histoire des conflits contemporains, 1988.
  • Nora Lafi, Une ville du Maghreb entre ancien régime et réformes ottomanes. Genèse des institutions municipales à Tripoli de Barbarie (1795–1911), Paris: L'Harmattan, 2002, 305 pp.
  • Nora Lafi (dir.), Municipalités méditerranéennes. Les réformes municipales ottomanes au miroir d'une histoire comparée, Berlin: K. Schwarz, 2005.
  • Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes, Institut français d'études anatoliennes / éd. Maisonneuve et Larose, 2007 (ouvrage issu d'une thèse de doctorat en histoire)
  • Gilles Veinstein, Salonique, 1850-1918. La « ville des Juifs » et le réveil des Balkans, éd. Autrement, 1992

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières,‎ 1949, p. 325