Déclin de la dynastie Joseon

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La dynastie Joseon, établie à la fin du XIVe siècle, fait connaître une longue période de prospérité à la Corée. Après les invasions japonaises et mandchoues de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècles, le royaume se referme sur lui-même, les classes dirigeantes refusant tout influence extérieure. La société coréenne, déjà divisée en classes sociales rigides, se sclérose et n'évolue plus, ce qui provoque de forts mouvements de contestation et des révoltes, puis des interventions étrangères (occidentales et japonaises). Pendant cette période, la Corée est surnommée le royaume-ermite.

L'effervescence intellectuelle des XVIIIe et XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En conséquence des difficultés de la dynastie, des luttes internes sanglantes et des invasions étrangères, le confucianisme est totalement déconsidéré. Alors qu'il prétend assurer la force de l'État et le bien-être terrestre des hommes, il concourt à l'affaiblissement du premier et au malheur des seconds. Du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, divers mouvements de pensée tentent de se poser en rival à ce mode de pensée.

La « science du réel » (sirhak)[modifier | modifier le code]

Un mouvement intellectuel, inspiré par l'œuvre du Chinois Gu Yanwu, se crée chez un certain nombre de lettrés coréens, en réaction à l'orthodoxie confucéenne toute-puissante. Ce courant est nommé Silhag ou Sirhak, ce qui signifie Science du réel. Il s'inspire des études critiques des textes confucéens en Chine (kaozheng xue), et constitue une école : le sirhakpa. Il remet en cause le fonctionnement autoritaire et fermé de la caste des Yangban (lettrés).

Politiquement, les solutions proposées ne sont pas révolutionnaires (nomination impartiale des fonctionnaires, cessation des trafics d'influence, fin des luttes de factions), et conservent la monarchie servie par un corps de fonctionnaires, car elles sont issues de ce corps de fonctionnaires. Économiquement, les propositions sont plus importantes : redistributions des terres, libre commerce avec les puissances étrangères.

L'un des plus éminents penseurs de ce mouvement, Pak Se-dang, est mis à mort en 1703.

Introduction du catholicisme et de la science occidentale (seohak)[modifier | modifier le code]

Ce mouvement est influencé par les enseignements de la Compagnie de Jésus à la cour impériale chinoise, protégée par un statut particulier, et qui y propageait les techniques occidentales. Les Coréens érudits qui se rendaient à Pékin lors de l'ambassade tributaire annuelle entraient en contact avec la doctrine catholique. Cette religion suscite rapidement des vocations, notamment quand des traductions chinoises des travaux du missionnaire Matteo Ricci arrivent en Corée. Matteo Ricci y traite également de la science occidentale, notamment du calendrier solaire plus précis, et d'autres sujets philosophiques et scientifiques.

Le roi s'inquiète en 1786 de la diffusion des idées catholiques et les condamne, puis persécute missionnaires et convertis. Jacques Tsiou, présent en Corée depuis 1794, est ainsi exécuté en 1804. L'Église de Corée continue néanmoins à se développer, mais reste marquée par son origine étrangère (occidentale et chinoise), et cantonnée dans son opposition au confucianisme. Les persécutions provoquent toutefois les premiers contacts directs avec l'Occident (voir intervention française).

Mouvement Donghak (savoir oriental)[modifier | modifier le code]

Le mouvement Donghak nait en 1859 de la synthèse opérée par un homme, Choi Jae-woo (1824-1864), au charisme important, entre néo-confucianisme, bouddhisme et chamanisme. Il excite la xénophobie et le rejet de l'Occident, et profite de l'inquiétude provoquée par l'apparition du catholicisme pour prendre rapidement de l'importance. Mais, critiquant l'organisation sclérosée et l'inégalité de la société, Ch'oe Che-U est rapidement arrêté et exécuté. Les Donghak sont néanmoins présents dans toutes les révoltes populaires du XIXe siècle, dont celle qui provoque la guerre sino-japonaise de 1894, la rébellion paysanne du Donghak.

Les interventions occidentales au « royaume ermite » (XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

À cette époque, la population de la péninsule se stabilise à environ sept millions d'habitants, contre cinq millions au XVIIe siècle. Parmi ceux-ci, de nombreux se convertissent au catholicisme dans les années 1820 et 1830, au point qu'un vicariat apostolique est créé, et que les persécutions reprennent, les missionnaires étant décapités.

L'intervention française est motivée par ces persécutions, et légitimée par la Chine suzeraine. Celle-ci délègue à la France, en la personne de l'amiral Cécille, le droit d'en demander des explications et d'en obtenir réparation (en août 1845). Les choses en restent cependant là, un nouveau roi monté sur le trône ayant suspendu les persécutions, et les évènements en Chine (traités de Tsien-Tsin et de Pékin, destruction du palais Yuan-ming-Yuan) incitant à plus de prudence. Mais un revirement du régent Taewongun provoque en 1866 le massacre de 10 000 catholiques coréens, et de neuf missionnaires français. En réponse, l'amiral Roze, après une reconnaissance en septembre, dirige une expédition punitive, qui aboutit le 16 octobre au pillage du monastère de l'île de Ganghwa, d'où proviennent 297 manuscrits et 45 livres imprimés conservés depuis à la Bibliothèque nationale de France. Le butin comporte également drapeaux, canons, huit mille fusils, vingt caisses de lingots d'argent, laques et jades. Le 11 novembre, le bombardement de Séoul aboutit à la libération de deux missionnaires français.

Après le massacre des marins du voilier General Sherman, les américains tentent une opération similaire. Ils prennent trois forts de l'île de Ganghwa le 10 juin 1871, sans aller au-delà.

Le passage de la Corée sous la mainmise japonaise[modifier | modifier le code]

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, la Corée est l'enjeu de rivalités entre le Japon et la Chine. Le Japon, contrairement à la Corée et à la Chine, a pleinement adopté les progrès représentés par l'occident : constitution, industrialisation, modernisation de l'armée, suppression des castes. Se jugeant dès lors supérieur à ses deux voisins, il entreprend de faire passer une partie du continent asiatique sous sa domination.

L'ouverture forcée de la Corée à l'extérieur[modifier | modifier le code]

Le 26 février 1876, à l'issue d'une courte campagne navale, le traité de Gangwha est signé entre la Corée et le Japon. Il situe la Corée au dernier rang du concert des nations. Ce traité est rédigé en japonais et en chinois. Il ouvre la Corée au Japon : trois ports lui sont ouverts, il obtient la clause de la nation la plus favorisée, des taux de douanes réduits lui sont accordés, ainsi qu'une représentation diplomatique et l'extraterritorialité de ses ressortissants. Les actions brutales de collecte du riz dans les campagnes entraînent le début d'une émigration des paysans coréens (environ 3000 par an).

Dans les années qui suivent, d'autres traités similaires sont signés avec les puissances occidentales (France, Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Russie, États-Unis). D'autres ports sont progressivement ouverts au commerce étranger, des concessions (mines, télégraphe, chemin de fer) sont accordées aux puissances étrangères.

L'arrivée des étrangers en Corée provoque des tensions sociales importantes. Le 4 décembre 1884, la révolution Kapsin a lieu, plusieurs ministres sont assassinés, la légation japonaise est incendiée. Fomentée par des élites progressistes admiratrices du Japon de l'ère Meiji, et désireuses de moderniser la Corée, elle échoue. L'année suivante, au traité de Tianjin, le Japon et la Chine s'entendent pour conserver leur influence sur la Corée.

Le Japon prend le contrôle de la Corée[modifier | modifier le code]

Les frustrations sociales sont exacerbées, et une révolte paysanne éclate dans le sud-est de la péninsule, encadrée par le mouvement Donghak, début 1894. Le 4 juin, le roi Gojong demande l'aide de son suzerain, la Chine. Le Japon intervient et met en place un gouvernement provisoire le 23 juillet, puis affronte militairement les Chinois. Il déclare la guerre à la Chine le 1er août, l'écrase, prend Port-Arthur en Mandchourie et réprime la rébellion Donghak.

Pour plus de détails, voir guerre sino-japonaise (1894-1895).

Le conflit est réglé par le traité de Shimonoseki, le 17 avril 1895. La Chine n'est plus suzeraine de la Corée. La Russie lui succède comme rivale du Japon pour le contrôle de la Mandchourie et de la Corée. Le Japon reste seul maître en Corée.

Le 8 octobre, l'ambassadeur japonais en Corée Miura Goro fait assassiner la reine Min, épouse de Gojong. Le gouvernement qu'il nomme met en place en 1896 d'autres réformes, dites réformes Kabo. Les 208 mesures mettent fin à la société confucéenne coréenne traditionnelle :

  • abolition de l'organisation de la société en classes ;
  • suppression du concours d'entrée dans la fonction publique, qui existait depuis 1000 ans ;
  • suppression de traditions confucéennes (comme le chignon viril traditionnel (sangu)) ;
  • instauration d'une constitution :
    • séparation du domaine royal et du domaine d'État ;
    • séparation des pouvoirs (cabinet ministériel, conseil législatif) ;
    • centralisation.

En 1897, Gojong change le nom de la Corée de Joseon en "Empire de Tachan" (Pour plus de détails, voir Empire coréen).

En 1900-1901, la France obtient le contrôle des postes et télécommunications, puis des concessions dans le chemin de fer.

La guerre russo-japonaise a lieu essentiellement en Corée et en Mandchourie. Le Japon victorieux en profite pour faire reconnaître sa domination en Corée au traité de Portsmouth (5 septembre 1905), mais le traité de protectorat (17 novembre) n'est ratifié que par la force par Gojong. Celui-ci abdique en juillet 1907 en faveur de son fils Sunjong. Le premier ministre, Li Wan-Yong (1858-1926), collabore activement avec les Japonais.

Mais ce protectorat n'est absolument pas accepté par la population, et le 26 octobre 1909, le représentant du Japon en Corée, Hirobumi Itō est assassiné par An Jung-geun. En réaction, le Japon annexe la Corée le 29 août 1910, et dépose Sunjong pour mettre en place un gouvernement militaire. La nouvelle province est nommée Joseon.

Le dernier roi[modifier | modifier le code]

En prenant le contrôle de la péninsule, les Japonais intègrent de force la dynastie Joseon dans leur vaste famille impériale. Quand Gojong abdique le trône, ses fils les princes Sunjong et Yongchin sont déportés au Japon, pour y être éduqués à la japonaise, comme les otages antiques.

En 1947, la famille royale coréenne perd ses titres sur ordre du général MacArthur. Elle émigre aux États-Unis, et devient une famille américaine.