Débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle française

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Le débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle est un événement politique et médiatique des élections présidentielles françaises sous la Cinquième République.

Bien que ne constituant pas une obligation, ce débat télévisé entre les finalistes est devenu au cours des années une tradition. Apparu en 1974 avec la confrontation de Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, il s'inspire de la pratique américaine, le même type de rendez-vous existant depuis septembre 1960 aux États-Unis, date d'un débat entre Richard Nixon et John Fitzgerald Kennedy.

Prémices[modifier | modifier le code]

Lors de l'élection présidentielle de 1965, Charles de Gaulle n'utilise pas son temps de parole officiel, pensant l'emporter dès le premier tour ; mis en ballotage par François Mitterrand, il accepte néanmoins de dialoguer à la télévision avec le journaliste Michel Droit. Au scrutin de 1969, Georges Pompidou ne débat pas non plus avec son adversaire Alain Poher mais accepte de converser à la radio avec le leader centriste Jacques Duhamel[1].

Débat du 10 mai 1974[modifier | modifier le code]

Pour la première fois, les candidats du second tour de l'élection présidentielle 1974, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, acceptent de se confronter verbalement dans un débat télévisé. Ils sont en confrontation directe, les journalistes animant le débat n'étant autorisés qu'à faire respecter les temps de parole.

Une phrase restée célèbre[2] est celle prononcée par Giscard d'Estaing disant à Mitterrand « Vous n'avez pas le monopole du cœur ».

Tout au long du débat, François Mitterrand critique le bilan de la majorité et du gouvernement sortant, dans lequel Valéry Giscard d'Estaing siège en tant que ministre des Finances. Ce dernier lui reproche d'être « un homme du passé » avec lequel « on ne peut pas parler d'avenir[3] ». C'est entre autres une allusion à la longue carrière de François Mitterrand, qui avait été nommé ministre pour la première fois 27 ans plus tôt. Valéry Giscard d'Estaing pose également des questions en rafale à son adversaire concernant sa capacité à gouverner avec les communistes et essaie de le déstabiliser en faisant référence à Clermont-Ferrand, « une ville qui vous connaît bien et qui me connaît bien », ville d'origine d'Anne Pingeot, la maîtresse du candidat socialiste (toutefois à l'époque, seul François Mitterrand peut comprendre l'allusion, cette histoire n'étant pas publique)[1].

Il est à noter que le premier débat entre deux candidats à l'élection présidentielle en France a eu lieu en 1974, avant le premier tour, également entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, mais à la radio. Diffusé en direct, devant un public, « on entend notamment Mitterrand affirmer : « Je ne suis pas Flaubert », et Giscard lui répondre : « Peut-être que les électeurs vous permettront de le devenir ». Puis les deux hommes dissertent sur le nombre 11. Mitterrand : « Vous avez été onze ans ministre ». Giscard : « Vous, vous l'avez été onze fois, j’ai compté » »[4].

Le lendemain du débat, Valéry Giscard d'Estaing gagne 1,5 point dans les sondages[1].

Débat du 5 mai 1981[modifier | modifier le code]

Le débat télévisé de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle 1981 reprend les mêmes adversaires qu'en 1974. Cette « revanche » oppose le président sortant Valéry Giscard d'Estaing et son adversaire de gauche, François Mitterrand.

Mitterrand, s'étant trouvé très mauvais face à Giscard d'Estaing en 1974, ne souhaite pas participer à ce débat. Il demande alors à Serge Moati et Robert Badinter, ses conseillers de l'époque, de trouver un moyen pour éviter ce débat par exemple en créant un cahier des charges inacceptable pour l'équipe de Giscard. 22 points très contraignants comme par exemple l'interdiction des « plans de coupe » (le réalisateur doit filmer à tout instant la personne qui a la parole) constituent donc ce cahier des charges mais hélas pour Mitterrand toutes ces règles sont acceptées et le débat a donc bien lieu[6]. Le candidat socialiste a également obtenu que la réalisation du débat soit co-dirigé par les deux équipes de campagne, règle qui est restée pour les débats postérieurs, comme la fin des plans de coupe[1].

On a retenu deux phrases marquantes à l'issue de ce débat, toutes deux de Mitterrand : « Vous avez tendance à reprendre le refrain d'il y a sept ans : l'homme du passé. C'est quand même ennuyeux que, dans l'intervalle, vous soyez devenu, vous, l'homme du passif » et, alors que Giscard d'Estaing l'interroge sur le cours du mark allemand : « D'abord je n'aime pas beaucoup ces manières, je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas le président de la République ici, vous êtes simplement mon contradicteur », avant de donner le chiffre en question[7].

Débat du 28 avril 1988[modifier | modifier le code]

Le débat télévisé oppose cette fois le président sortant François Mitterrand à son adversaire, le Premier ministre Jacques Chirac, candidat restant en lice pour le second tour de l'élection présidentielle de 1988.

Le premier moment le plus marquant est celui où Jacques Chirac lance à François Mitterrand : « Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre, et vous n'êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité […], vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand. » François Mitterrand lui répond ironiquement : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre. » Plus tard dans le débat, Jacques Chirac finit par dire « monsieur le président » en s'adressant à François Mitterrand. Ce dernier avait par ailleurs obtenu que la table du débat ait les dimensions exactes de celle du Conseil des ministres, où les deux hommes s'étaient réunis chaque mercredi pendant deux ans[1].

Une grande tension entre les deux hommes est palpable au moment où est évoquée l'affaire Wahid Gordji, diplomate iranien impliqué dans les attentats de fin 1986 à Paris. François Mitterrand affirme que Jacques Chirac lui avait déclaré que le « dossier était écrasant ». « Est-ce que vous pouvez dire, en me regardant dans les yeux, que je vous ai dit que nous avions les preuves que Gordji était coupable ? […] Pouvez-vous vraiment contester ma version des choses en me regardant dans les yeux ? », lance le Premier ministre. « Dans les yeux, je la conteste », répond sèchement le président[1].

Débat du 2 mai 1995[modifier | modifier le code]

Ce sont Lionel Jospin et Jacques Chirac qui s'opposent lors du second tour de l'élection présidentielle de 1995.

Le débat fut moins tendu que les précédentes éditions, avec peu de piques et de petites phrases. L'une des saillies les plus marquantes reste relativement courtoise : il s'agit d'une phrase de Lionel Jospin à propos de la réforme du quinquennat : « Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ce serait bien long[8]. »

Absence de débat en 2002[modifier | modifier le code]

Le second tour de l'élection présidentielle de 2002, qui a vu s'opposer le président sortant Jacques Chirac et le candidat de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen, a été marqué par l'absence de débat entre les deux candidats, Jacques Chirac ayant refusé de débattre avec le candidat du Front national [9].

En effet, Jacques Chirac avait déclaré, pour justifier son refus :

« Face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible. [...] Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national, et ceci quel qu’en soit le prix politique, je n’accepterai demain de débat avec son représentant. [...] Ce combat est le combat de toute ma vie. C’est un combat au nom de la morale et d’une certaine idée de la France. [...] Tous, nous sommes réunis […] par le refus de l’extrémisme, du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie. »

Jean-Marie Le Pen en parle, de son côté, comme une « piteuse dérobade », un « véritable scandale » et accuse Chirac de « se dégonfler ».

Débat du 2 mai 2007[modifier | modifier le code]

Débat Sarkozy / Royal du 2 mai 2007[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle de 2007 a vu le premier tour consacrer Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le débat télévisé de l'entre-deux-tours, présenté par Arlette Chabot de France 2 et Patrick Poivre d'Arvor de TF1, a lieu le mercredi 2 mai à 21 heures. Il est diffusé sur ces deux chaînes de télévision, et relayé par d'autres, ainsi que par des stations de radio, comme RTL, France Inter et France Info.

Quatre grands thèmes sont abordés : « la conception du pouvoir et les institutions, les problèmes économiques et sociaux, les problèmes dits de société, type éducation, famille, recherche, culture, environnement et les relations internationales avec l'Europe comprise ». Initialement prévue pour une durée de 2 heures, la rencontre durera finalement 39 minutes de plus.

Ce débat, particulièrement vif, est marqué par la « colère saine » de Ségolène Royal, qui dénonce le « summum de l'immoralité politique » du candidat UMP quant à l'accueil des handicapés dans le système éducatif « normal », ainsi que par des échanges comportant des erreurs factuelles sur l'énergie nucléaire de part et d'autre[10]. Nicolas Sarkozy, qui lui a rétorqué qu'il fallait « être calme pour être président de la République », est sorti vainqueur du débat d'après les enquêtes réalisées par cinq instituts de sondage[11],[12].

Autre débat : Royal / Bayrou du 28 avril 2007[modifier | modifier le code]

Pour la première fois dans l'histoire de l'élection présidentielle française, la deuxième candidate qualifiée pour le second tour, Ségolène Royal, a débattu avec le troisième candidat, non qualifié, François Bayrou, fort des 18,57 % des suffrages qui se sont portés sur lui au premier tour. Initialement prévu pour être tenu devant la presse quotidienne régionale puis sur Canal+, le débat (qui était plutôt un échange d'idées qu'une confrontation) fut finalement diffusé en direct sur la chaîne BFM TV.

Débat du 2 mai 2012[modifier | modifier le code]

Le débat télévisé de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2012 entre le président sortant Nicolas Sarkozy et François Hollande a lieu le mercredi 2 mai à 21 heures. D'une durée de presque 3 heures, il est diffusé en direct sur TF1, France 2[15], BFMTV[16], i-Télé[17], LCI, France 24, LCP, Public Sénat et France 3 (en rediffusion) ainsi que par RTL, Europe 1, France Inter, France Info et RFI. Le débat commence à 21 h mais s'achève plus tard que prévu, aux environs de 23 h 50.

À la suite du tirage au sort organisé avant le débat, François Hollande prend la parole en premier, Nicolas Sarkozy concluant les interventions. Les thèmes abordés sont, dans l'ordre, l'économie, le pouvoir d'achat, la crise de la dette, l'immigration, le nucléaire, la fonction présidentielle et la politique étrangère[18].

Un des moments marquants du débat fait suite à la question de la journaliste Laurence Ferrari « Quel président comptez-vous être ? », à laquelle François Hollande répond par l'anaphore « Moi président de la République ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Éric Zemmour, « Les yeux dans les yeux, je le conteste », Le Figaro Magazine, semaine du 27 avril 2012, pages 40-44.
  2. « Débats de l'entre-deux tours : les petites phrases qui ont fait mouche », Quoi.info, 2 mai 2012.
  3. Vidéo du débat de 1974 sur le site internet de l'INA.
  4. Béatrice Houchard, « Un premier affrontement présidentiel à la radio en 1974 », in Le Figaro, mercredi 25 avril 2012, page 5.
  5. a, b, c et d « Plus de 20 millions de téléspectateurs devant leur poste pour suivre le débat Sarkozy-Royal », Le Monde, 3 mai 2007.
  6. Source : Serge Moati dans "La parenthèse inattendue" - France 2 - 22/01/14
  7. Vidéo du débat de 1981 sur le site internet de l'INA.
  8. Vidéo du débat de 1995 sur le site internet de l'INA.
  9. Chirac-Le Pen : Le duel n'aura pas lieu, RFI
  10. Vidéo du débat de 2007 sur le site internet de l'INA.
  11. Hugues Cazenave, La Guerre des sondages, éditions Michalon, 2011, pp. 41-42.
  12. « Débat : Sarkozy jugé “le plus convaincant” », LCI-TF1, 3 mai 2007.
  13. Renaud Revel, « Débat Hollande-Sarkozy: Jérôme Revon aux manettes », L'Express, 27 avril 2012.
  14. « Débat: 17,79 M de téléspectateurs », Le Figaro, 3 mai 2012.
  15. « Présidentielle: Sarkozy et Hollande débattront le 2 mai à 21 h 00 », Le Nouvel Observateur, 25 avril 2012.
  16. « BFMTV diffusera en direct le débat d'entre-deux tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy », BFM TV, 25 avril 2012.
  17. « Diffusion de “2012-Le Débat” », Plus d'Info, 25 avril 2012.
  18. « Le compte rendu intégral du débat Sarkozy-Hollande (partie 1) », Le Monde, 2 mai 2012 ; modifié le 3 mai 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]