Cysticercose

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cysticercosis
Classification et ressources externes
Neurocysticercosis.gif
Imagerie : vue (résonance magnétique nucléaire) d'une coupe du cerveau d'un patient atteint de neurocysticercose cérébrale, avec multiples cysticerques visibles.
CIM-10 B69
CIM-9 123.1
DiseasesDB 3341
MedlinePlus 000627
eMedicine emerg/119  med/494 ped/537
MeSH D003551
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale

La cysticercose, ou neurocysticercose, est la plus fréquente des infections parasitaires du système nerveux central dans le monde entier. Il est provoqué par les larves d’un ver plat, Taenia solium normalement retrouvées dans le porc. Les larves, appelées « cysticerci » (pluriel de cysticercus), se transforment en kystes dans l’organisme. Si ces vers sont retrouvés dans l’intestin, elles provoquent une maladie différente qui s'appelle le taeniasis, qui est traitée dans les articles Taenia solium et de Taenia saginata.

Cycle parasitaire[modifier | modifier le code]

Cycle parasitaire de Taenia solium . Cliquer sur l’image pour agrandir

La cysticercose se produit quand des oeufs de Taenia solium pénètrent dans l'estomac avec de la nourriture ou de l'eau contaminées par des matières fécales humaines infectées. En outre, les personnes porteuses de ténias adultes dans l’intestin (teniasis) peuvent s’autoinfecter elles-mêmes par la cysticercose en vomissant, ce qui refoule des œufs dans l'estomac[réf. nécessaire]. Quand les œufs reviennent dans les intestins, les vers éclosent et migrent dans les muscles squelettiques, le cœur, l’œil et même le cerveau et moelle épinière. Une fois en place, ils forment de petits kystes encapsulés contenant le ver.

Symptômes[modifier | modifier le code]

Dans les muscles, les kystes provoquent un œdème ou créent des nodules sous la peau. Si les kystes se forment dans l'œil, ils peuvent altérer la vision en flottant dans le globe oculaire et entraîner une cécité par œdème et décollement de la rétine. Les lésions cardiaques peuvent provoquer des troubles du rythme ou une défaillance cardiaque (rare). Les symptômes les plus dangereux sont le résultat de l'enkystement dans le système nerveux central.

Selon le département des maladies parasitaires des Centers for Disease Control and Prevention, dans la neurocysticercose (cysticercose du cerveau), les crises d’épilepsie, et les céphalées sont les symptômes les plus fréquents. Cependant, la confusion, le déficit d'attention aux gens et à leur entourage, les troubles de l'équilibre, la dilatation des ventricules du cerveau (appelée hydrocéphalie) peuvent également se produire. Souvent, il y a peu de symptômes jusqu'à ce que le parasite meure[1]. Quand le parasite meurt, le système immunitaire de l’hôte détecte les débris du ver et les attaque, entraînant de l’œdème et une cicatrisation. C'est ce qui provoque la plupart des symptômes observés. Les lésions de la moelle épinière peuvent conduire à la perte partielle de la commande motrice, à l’altération de l’état général, et également à la paralysie. Quand la mort se produit, elle est le plus souvent due à l’atteinte du cerveau avec pour résultat l’hydrocéphalie, l’œdème cérébral, la compression du cerveau, ou les crises epileptiques[2].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La neurocysticercose est difficile à diagnostiquer à sa phase initiale et peut ne devenir évidente qu’au début des premiers symptômes neurologiques, ou quand un scanner, ou une IRM du cerveau, est pratiqué pour une raison quelconque.

La recherche d’anticorps ou la biopsie de la zone atteinte peuvent être nécessaires pour affirmer le diagnostic.

Traitement[modifier | modifier le code]

Des médicaments antiparasitaires tel que le Praziquantel et l’Albendazole peuvent être utilisés pour traiter la neurocysticercose. Les Stéroïdes et les médicaments anti-inflammatoires sont également souvent prescrit en complément pour réduire l’œdème cérébral qui résulte des attaques du système immunitaire contre les vers morts. La question de savoir si les patients tirent bénéfice du traitement est encore controversée, parce que les cysticerques vivants ne provoquent pas de crises d’épilepsie ; seuls les parasites morts ou mourants suscitent une réponse inflammatoire et des crises. En théorie, donc, le traitement d'un patient avec des drogues qui tuent les parasites vivants peut induire des crises chez quelqu'un qui était auparavant en bonne santé et ne présentait pas de crise ; de même, traiter quelqu'un qui présente des crises peut n’avoir aucun effet positif parce que les parasites sont déjà morts et qu’aucune amélioration ne peut être espérée. Une méta-analyse de 11 essais cliniques suggère qu'il y a probablement un léger avantage pour les patients qui ont des lésions actives, mais aucun avantage pour ceux qui ont seulement des lésions mortes ou inactives[3].

Si le kyste est localisé dans certains endroits, tels que l'œil ou le cerveau, les stéroïdes peuvent être prescrits quelques jours avant le traitement antiparasitaire, afin d'éviter les problèmes provoqués par l’œdème. Si l’œdème et la réaction immunitaire ne sont pas jugulés, le traitement lui-même peut avoir des conséquences mortelles, ainsi le médicament est-il donné à faible dose pendant plusieurs jours. Parfois la chirurgie peut être nécessaire pour enlever la zone infectée ou les kystes, mais ceci peut être impossible quand ils sont situés dans des régions dont l'accès chirurgical est difficile ou dangereux. En outre, il existe des médicaments pouvant traiter certains symptômes, tels que les crises ou les troubles du rythme cardiaque sans atteindre les vers.

Si les cysticerques sont calcifiés dans le cerveau, ou s'il y a seulement une lésion, le traitement n'est pas indiqué[1]

Nouveau cycle ou modes de contamination ?[modifier | modifier le code]

Les œufs présents dans les déjections humaines et retrouvées dans les eaux usées[4] (parfois utilisées en épandage agricole ou forestier) et sont emportés dans les stations d'épuration dans les régions ou pays disposant d'un système d'assainissement les utilisant. Les oeufs, très résistants, sont retrouvés dans les boues d’épuration, lesquelles sont le plus souvent épandues sur des terres agricoles. Là ils peuvent éventuellement être aussi diffusés vers le bas du bassin versant via le ruissellement (pluies, inondations). Une partie de ces œufs sont ingérés par des herbivores sauvages ou par des bovins, porcins, ovins ou caprins en train de pâturer.
La taeniase est asymptomatique chez le bœuf, et parfois difficile à détecter.

Réglementation[modifier | modifier le code]

Réglementation européenne[modifier | modifier le code]

  • Règlement (CE) No 854/2004 du Parlement Européen et du Conseil du 29 avril 2004 fixant les règles spécifiques d'organisation des contrôles officiels concernant les produits d'origine animale destinés à la consommation humaine.

Réglementation française[modifier | modifier le code]

  • Arrêté du 18 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables aux produits d'origine animale et aux denrées alimentaires en contenant. Il impose (en traduisant dans le droit français le règlement communautaire de 2004) la congélation, en vue d’un assainissement, de toutes les carcasses de bovins sur lesquelles ont été observés un ou plusieurs cysticerques vivants ou calcifiés.
  • Note de service DGAL/SDSSA/N2010-8032 du 2 février 2010[5] relative aux mesures de lutte contre la cysticercose bovine en abattoir d’animaux de boucherie (clôturant également l'enquête 2010).
  • Note de service DGAL/SDSSA/N2012-8220 du 20 novembre 2012 relative aux modalités de mise en oeuvre des dispositions relatives à l'information sur la chaîne alimentaire dans les filières bovines, ovines, caprines et porcines. Elle indique comment gérer les carcasses de viande bovine issues d'un lot ayant fait l'objet d'une ICA relative à la cysticercose dans les 9 mois précédents.

Prévalence[modifier | modifier le code]

Elle est mal connue dans le cheptel animal domestique et chez l'animal sauvage (consommé comme gibier).
Chez l'homme, elle varie probablement beaucoup selon les régions et les pays. Elle est considérée comme émergente en Amérique du sud[6].

En France, d'après 25 enquêtes épidémiologiques faites avant 2011 et ayant porté sur des cas groupés (résultat à prendre avec précaution en raison d'une faible puissance statistique), les facteurs de risque susceptibles d'expliquer des cas groupés étaient :

  • la proximité d'axes de déplacement ou de tourisme (chemin de randonnée, aire d'autoroute… (32 % des explications plausibles citées) ;
  • problèmes de gestion d'eaux usées (accès des bovins à un cours d'eau contaminé par des rejets d'excréments) ... (20 % des cas) ;
  • épandage de contenus de fosse septique directement sur les pâtures (20 % des cas) ;
  • aucune explication trouvée (40 % des cas).

Tæniase porcine[modifier | modifier le code]

  • Elle est induite par le Taenia solium de la viande de porc, potentiellement la plus dangereuse, en raison de formes neurologiques parfois mortelles.
  • Elle n’existerait plus en France[7].

Cysticercose bovine ou « ladrerie bovine »[modifier | modifier le code]

Cette parasitose est encore endémique en France, sous le nom de « ver solitaire », cette parasitose est bénigne chez l’homme.

  • De 65 000/an (InVS, 2003) à environ 100 000 cas humains se déclareraient chaque année, au vu du seul indicateur disponible qui est la vente du médicament spécifique qui est la Trédémine ND[8].
  • La maladie est asymptomatique chez l'animal ce qui a pu faire sous-estimer le nombre de têtes touchées dans les élevages. En France en 2010, des cysticerques seraient présents chez près de 1 % des bovins envoyés en abattoir[7]. Chez les bovins, cette zoonose touche surtout les femelles (qui sont plus nombreuses et mises en pâture plus souvent que les taureaux ou bœufs, mais la différence est significative)[9] ; 1,6 % des exploitations touchées en 2010 ont eu des cas multiples (2 à 18 cas groupés)[9].
  • Les vaches de races laitières et/ou les vaches allaitantes sont les plus touchées, alors que les animaux de « croisés », souvent élevés pour la viande abattus jeunes juste après leur élevage en bâtiment le sont moins[9] ;
  • Chez les bovins, les organes les plus touchés sont la tête (67 % des cas) et le coeur (29 %), puis langue (1 %), diaphragme(1 %), œsophage(1 %) et autres organes(1 %)[9].
  • Vers 2010, selon une note adressée aux préfets (décembre 2012) par la Direction générale de l’alimentation (DGAL)[10], moins de 0,3 % de la population française est victime du vers solitaire
    Cette relativement faible prévalence a été permise par la saisie ou congélation en abattoir d'un grand nombre de carcasses contaminées. L'inspection visuelle classique n'est cependant pas suffisante ni toujours très efficace contre la cysticercose : un suivi fait dans les abattoirs français a conclu que chez les bovins, pour 185 abattoirs ayant répondu à une enquête nationale de la DGAL (sur 227 référencés comme abattant des bovins en 2010), soit pour 88,9 % des 4 476 989 bovins abattus en 2010, seuls 6 633 cas de cysticercose ont été détectés[10],[11], nombre inférieur à la réalité, car selon la bibliographie prise comme référence par la DGAL, « seules 17 % des carcasses infestées sont détectées lors de l'inspection post mortem. Ceci permet d’estimer la prévalence probable à 0,88 % en France en 2010[10]. »
  • La prévalence de la « cysticercose généralisée » était en 2010 de 1 cas pour 10 000 bovins abattus, et parmi les carcasses touchées, 9,4 % étaient susceptible d'infecter les mangeurs de viande car contenant des cysticerques (Cysticercus bovis) vivants. Dans les autres cas, ces cysticerques étaient présents, mais morts ; ils ne survivent dans le muscle des bovins que durant 9 à 12 mois, puis se calcifient et meurent si elles n'ont pas pu poursuivre leur cycle de vie.
    Chacune de ces carcasses contaminerait alors en moyenne 9,6 consommateurs de viande bovine. La prévalence apparente de carcasses fortement touchées (cas d'infection généralisée) étaient de 0,010 %.
  • En 2010, la DGAL admettait que l'application de la réglementation était en France incomplète ou impossible en raison d'une part d'un nombre insuffisant d'équipements des abattoirs en congélateurs (au vu du nombre de carcasses à traiter) et d'autre part d'un coût économique jugé insupportable en raison du coût de congélation longue et de la dépréciation des carcasses congelées. Il aurait fallu selon la DGAL en 2010 multiplier par 10 ou plus le nombre de carcasses à congeler, pour respecter la réglementation. La congélation est donc réservée aux cas où des cestodes vivants sont repérés par le contrôle vétérinaire, et la saisie est réservée aux cas d’infestation généralisée[8]. Si le nombre de lésions est faible (calcifiées ou non), la DGAL a préconisé en 2010 la saisie des seuls organes ou parties porteurs de lésions en autorisant la commercialisation du reste de la carcasse[8].

Prévention[modifier | modifier le code]

Dans tous les cas, la congélation pendant une période prolongée de viande douteuse ou infestée tuera également les cysticerques.

  • Concernant les infections ayant le porc comme origine : Il est possible de prévenir l'infection par le Taenia saginata (Cysticercose bovine) et le T.solium en évitant la consommation de viande (bœuf, porc...) insuffisamment cuite et de nourriture ou d’eau contaminée par les déjections humaines. Une attention particulière devrait être accordée aux règles d’hygiène là où elles sont défectueuses et aux lois et règlement cadrant l’inspection des viandes.
    Si une personne est déjà atteinte du T.solium, elle peut éviter la cysticercose en traitant précocement l'infection dans l’intestin, en évitant tout comportement à risque susceptible de provoquer une ingestion d'aliments souillés par sa propre matière fécale ou l'ingestion de celle-ci, et en évitant les vomissements, de même que toutes autres circonstances qui peuvent introduire des œufs dans l'estomac pour qu'ils deviennent des cysticerques une fois dans l’intestin.
  • Concernant les infections ayant les bovins comme origine : plusieurs pistes sont proposées par C Morlot(2011), dont mieux retourner l'information de l'abattoir vers l'éleveur, développer et utiliser des tests sérologiques, vacciner les troupeaux ou le vermifuger systématiquement avant l'abattage[9] .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Centers for Disease Control and Prevention Division of Parasitic Diseases fact sheet
  2. (en) Sorvillo FJ, DeGiorgio C, Waterman SH, « Deaths from cysticercosis, United States », Emerg Infect Dis, vol. 13, no 2,‎ 2007, p. 230–5 (lire en ligne)
  3. (en) Del Brutto OH, Roos KL, Coffey CS, Garcia HH, « Meta-analysis: Cysticidal drugs for neurocysticercosis: albendazole and praziquantel », Ann Intern Med, vol. 145, no 1,‎ 2006, p. 43–51 (PMID 16818928)
  4. Y El Guamri, D Belghyti (2010) « Charge parasitaire des eaux usées brutes de la ville de Kénitra (Maroc) [Parasitic load of rough wastewater in the Kenitra city, (Morocco)] » Afrique Science: Revue Internationale des Sciences et Technologie ISSN:1813-548X (résumé)
  5. Mesures de lutte contre la cysticercose bovine en abattoir d'animaux de boucherie. Note de service DGAL/SDSSA/N2010-8032 du 02 février 2010
  6. (en) Philip S. Craig, Zbigniew Pawlowski (2002) Cestode zoonoses: echinococcosis and cysticercosis: an emergent and global problem, Proceedings of the NATO Advanced Research Workshop on 10-13 September 2000, Poznan, Pologne (via google books)
  7. a et b Romain Loury. « Ver solitaire: près de 1 % des bovins atteints de cysticercose » Journal de l'Environnement, 12 décembre 2012
  8. a, b et c Michel Jeanney, La DGAL veut renforcer la lutte contre la cysticercose bovine en abattoir, No 1066 du 13 au 19 février 2010
  9. a, b, c, d et e Claire Morlot, Données actuelles sur la cysticercose bovine en France - Propositions de mesures de contrôle ; 24 novembre 2011 ; PPT/PDF, 36 pages
  10. a, b et c DGAL Note de service DGAL/SDSSA/N2012-8252 ; Retour d’information concernant l’enquête sur la cysticercose bovine, réalisée en 2010 par les services d’inspection en abattoir. Évaluation de la maladie en France, 6 décembre 2012.
  11. Claire Morlot (2011) Étude épidémiologique et statistique de la cysticercose musculaire bovine en France en 2010 – Propositions de mesures de contrôle, thèse de doctorat vétérinaire, université Claude Bernard Lyon 1, No 70.

The webpage of a network of scientists and professionals aiming to control Taenia solium in Mexico. http://www-lab.biomedicas.unam.mx/cistimex/ http://www.taeniasolium.unam.mx/