Cyrille d'Alexandrie

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Cyrille d'Alexandrie
Saint
Image illustrative de l'article Cyrille d'Alexandrie
Cyrille d'Alexandrie
Docteur de l'Église
Naissance 376
Décès 27 juin 444 
Vénéré par Église catholique et Église orthodoxe
Fête 9 juin et 27 juin
Saint patron Déclaré docteur de l'Église par Léon XIII (1882)

Cyrille d'Alexandrie (Κύριλλος Α΄ Αλεξανδρείας), né en 376, est évêque d'Alexandrie en 412 ; il meurt le 27 juin 444. Saint pour les catholiques et les orthodoxes, il est aussi, depuis la proclamation du pape Léon XIII en 1882, Père et Docteur de l'Église catholique.

Histoire et tradition[modifier | modifier le code]

Patriarche d'Alexandrie le 17 octobre 412, neveu et successeur de Théophile, Cyrille s'attache à éradiquer le paganisme, le judaïsme et ce qu'il considère comme des hérésies : il écrit contre les Ariens et les Antiochiens, et fait fermer les synagogues et les églises des novatiens. Ces mesures brutales l'opposent à Oreste, préfet d'Égypte (chrétien lui aussi), et sont l'occasion de pogroms et autres scènes sanglantes, au cours desquelles périt en 415 la philosophe Hypatie, victime d'un lynchage sur lequel pèse lourdement l'influence du patriarche[1]. Il anéantit ainsi la communauté juive et s'en prend de la même manière aux autres communautés chrétiennes qualifiées d'hérétiques[2].

Contre Nestorius[modifier | modifier le code]

Cyrille s'oppose au patriarche de Constantinople, Nestorius qui refusait de donner à Marie le titre Theotokos (« qui a enfanté Dieu », improprement traduit « mère de Dieu »). Il le fait condamner par le concile d'Éphèse, en 431.

En 429, Cyrille attaque les positions de Nestorius dans des homélies, puis dans une Lettre aux moines et enfin dans une correspondance avec Nestorius (Deuxième Lettre de Cyrille à Nestorius[3]). En 430, Cyrille fait porter à Rome, par le diacre Posidonius, un dossier christologique traduit en latin avec la mission d'accuser Nestorius d'adoptianiste, c'est-à-dire quelqu'un qui conçoit Jésus-Christ comme un homme que Dieu aurait adopté. Sur la foi de Jean Cassien, moine marseillais, bon connaisseur de l'Orient, un synode régional à Rome condamne Nestorius en août et exige une rétractation dans les dix jours.

Nestorius conseille à l'empereur Théodose II de réunir un concile œcuménique à Éphèse pour la Pentecôte 431. La lettre de convocation date du 19 novembre 430 pour une réunion en juin 431. Durant ce même mois de novembre, Cyrille réunit un synode régional à Alexandrie qui condamne Nestorius et adresse au patriarche de Constantinople une troisième lettre avec douze anathèmes inacceptables pour les Orientaux[3].

La position défendue par Cyrille (affirmant l'« Union hypostatique » avec « communication idiomatique » du Verbe divin et de la nature charnelle en l'unique personne de Jésus-Christ, c'est-à-dire « une seule nature, le Verbe ayant assumé la nature humaine »), l'opposait en effet à celle des Antiochiens, selon laquelle le Verbe divin (le « fils de Dieu se manifestant à travers l'homme Jésus ») n'était qu'un « privilège » du Christ, ce qui implique aussi que Marie soit seulement la « mère de Jésus » (Christotokos), à la virginité spirituelle (exempte du « péché originel ») et non forcément charnelle (« Vierge Marie »).

En n'attendant pas des évêques retardataires et en forçant la main à quelques autres, Cyrille, avec l'aide de Memnon d'Éphèse, fit condamner Nestorius et proclamer « Marie, Mère de Dieu » (Theotokos) et non « mère de Jésus ». Cette doctrine « plus miraculeuse donc moins discutable » que celle des Antiochiens[4], devint celle des Églises catholiques et orthodoxes.

Après un long magistère de trente-deux années, Cyrille meurt en 444 : il ne restait alors presque plus de minorités religieuses à Alexandrie.

Théologie[modifier | modifier le code]

Cyrille promut la formule « Une est la nature incarnée de Dieu le Verbe[5] » : « μία φύσις τοῦ θεοῦ λόγου σεσαρκωμένη » (mía phýsis toû theoû lógou sesarkōménē), par laquelle il s'opposait à la dualité des natures défendue par les Antiochiens[6]. Cette formule sera largement utilisée lors de la crise et du schisme monophysite[7].

Ses positions christologiques sont résumées dans le Symbole d'union qu'il signe, en 433, deux ans après les affrontements du concile d'Éphèse, avec Jean, le patriarche d'Antioche :

« Nous professons
que Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, est vrai Dieu et vrai homme, composé d’un corps et d’une âme raisonnable ;
qu’il a été engendré du Père avant tous les temps pour ce qui concerne la divinité, et, pour ce qui concerne son humanité, qu’il est né d’une Vierge à la fin des temps pour nous et notre salut ;
qu’il est de même substance que le Père pour ce qui concerne la divinité, et de même substance que nous pour ce qui concerne l’humanité, car les deux natures sont unies l’une à l’autre. Aussi ne reconnaissons-nous qu’un seul Christ, un seul Seigneur, un seul Fils.
À cause de cette union, qui est exempte de tout mélange, nous reconnaissons également que la sainte Vierge est mère de Dieu, parce que Dieu, le Logos, devenu chair et homme, s’est adjoint, à partir de la conception, le temple (l’humanité) qu’il a pris d’elle (de la Vierge). »

Vénération[modifier | modifier le code]

Reconnu comme saint par les orthodoxes et les catholiques, il est fêté respectivement les 9[8] et 27 juin[9]. Il a été proclamé docteur de l'Église en 1882 par le pape Léon XIII.

Dans une audience du 3 octobre 2007, Benoît XVI lui rend hommage pour son importante contribution au culte marial.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il a écrit contre Manès (Mani), Plotin, Apollinaire, et contre l'empereur Julien.

On connaît surtout son traité intitulé Le Trésor, contre les ariens. Il a laissé en outre 60 Lettres et des Commentaires sur saint Jean, publiés en syriaque par P. Smith à Oxford, 1860.

Ses Œuvres ont notamment été éditées par J. Aubert, Paris, 1638, 7 volumes in-folio, grec-latin, réimprimés en 1859 dans la Patrologie de l'abbé Jacques Paul Migne. Ses Homélies ont été traduites en français par Morelle, 1604.

Dans la collection « Sources chrétiennes » aux éditions du Cerf sont publiés :

  • Lettres festales
  • Contre Julien
  • Dialogues sur la Trinité
  • Deux dialogues christologiques

Dans la collection « Pères dans la foi » aux Éditions Migne sont publiés :

  • Les catéchèses baptismales

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vers 440, Socrate le Scolastique accuse Cyrille d'avoir cautionné le meurtre d'Hypatie : « Comme en effet elle commençait à rencontrer assez souvent Oreste, cela déclencha contre elle une calomnie chez le peuple des chrétiens, selon laquelle elle était bien celle qui empêchait des relations amicales entre Oreste et l’évêque. Et donc des hommes excités, à la tête desquels se trouvait un certain Pierre le lecteur, montent un complot contre elle et guettent Hypatie qui rentrait chez elle : la jetant hors de son siège, ils la traînent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de son vêtement, ils la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant systématiquement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu. Ce qui ne fut pas sans porter atteinte à l’image de Cyrille d'Alexandrie et de l’Église d’Alexandrie ; car c’était tout à fait gênant, de la part de ceux qui se réclamaient du Christ que des meurtres, des bagarres et autres actes semblables soient cautionnés par le patriarche. » Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique (vers 440), VII, 15 lire en ligne.
  2. Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Arthème-Fayard, Paris, 2010.
  3. a et b Lire en lien externe.
  4. Alfred Loisy, L'Évangile et l'Église, Paris, Alphonse Picard et fils, 1902
  5. Formule d'Apollinaire de Laodicée qu'il attribuait, à tort, à Athanase d'Alexandrie. (Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, PUF, 1997, p. 355)
  6. Maraval, ibidem.
  7. Cf. Miaphysisme.
  8. « Saints pour le 9 juin du calendrier ecclésiastique », sur Forum orthodoxe.com (consulté le 31 juillet 2012).
  9. « Saint Cyrille d'Alexandrie », sur Nominis (consulté le 31 juillet 2012).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clavis Patrum Græcorum 5200-5438.
  • Hans von Campenhausen, Les Pères grecs (Griechische Kirchenväter), Paris, Éd. de l'Orante, 1963, p. 209-223.
  • Marie-Odile Boulnois, Le paradoxe trinitaire chez Cyrille d'Alexandrie. Herméneutique, analyses philosophiques, argumentation théologique, Études Augustiniennes, Paris, 1994.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Cyrille d'Alexandrie » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource).
  • Luciano Canfora, Une profession dangereuse, les penseurs grecs dans la Cité, trad. fr. Paris, Desjonquères, 2001.
  • (en) Eirini Artemi, « The mystery of the incarnation into dialogues “de incarnatione Unigenitii” and “Quod unus sit Christus” of St. Cyril of Alexandria », Ecclesiastic Faros of Alexandria, ΟΕ (2004), 145-277.
  • (en) Eirini Artemi, « St Cyril of Alexandria and his relations with the ruler Orestes and the philosopher Hypatia », Ecclesiastic Faros of Alexandria, τ. ΟΗ (2007), 7-15.
  • (en) Eirini Artemi, « The one entity of the Word Incarnate. α). Apollinarius' explanation, β)Cyril's explanation », Ecclesiastic Faros of Alexandria, τ. ΟΔ (2003), 293–304.
  • (en) Eirini Artemi, The historical inaccurancies of the film Agora about the murder of Hypatia, Orthodox Press, τεύχ. 1819 (2010), 7.
  • (en) Eirini Artemi, The use of the ancient Greek texts in Cyril's works, Poreia martyrias, 2010, 114-125.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]