Cut-out

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Le cut-out ou animation de papiers découpés est une technique d'animation. Comme une marionnette, un personnage en cut-out est fait à partir de plusieurs parties indépendantes, telles que des mains, des bras, d'une tête, des jambes et des pieds. Ces pièces sont liées ensemble en des points de jointure permettant ainsi l'animation du personnage comme des cordes déplaceraient des marionnettes. L'animation en cut-out permet de réduire la quantité de poses au lieu de refaire le personnage en entier chaque fois qu'il se déplace. Il est ainsi possible de focaliser les changements de mouvements sur chacune des parties autonomes.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers films utilisant la technique des papier découpés sont réalisés par le Français Emile Courtet dit « Émile Cohl » dans nombre de ses films comme Fantasmagorie (1908) (Considéré comme le premier film d'animation sur pellicule), Les Locataires d'à côté (1909), Affaires de coeur (1909), Les Générations comiques (1090), Le Binetoscope (1910), En route (1910), Le Rêve du garçon de café (1910), Les Douze Travaux d'Hercule (1910), L'Enfance de l'art (1910), Musicomanie (1910), Le Musée des grotesques (1911), Les expoits de feu follet (1911), He Ruins His Familly's Reputation (1912), Les Aventures des pieds nickelés, épisodes 1 à 4 (1917-1918)[1].

L'allemande Lotte Reiniger réalise à partir de 1919 de nombreux courts métrages en animation de silhouettes découpées ainsi que le premier long métrage dans cette technique: Les Aventures du prince Achmed (1926).

Extrait de L'Idée (1932) d'Arthur Honegger et Berthold Bartosch.

En 1932, les Hongrois Arthur Honegger et Berthold Bartosch réalisent L'Idée (inspiré de l'oeuvre éponyme de Frans Masereel) en papier découpé en utilisant différents types de papiers et de cartons. Les effets spéciaux (Halos, fumée, brouillard) sont réalisés à l'aide de mousse de savon étalée sur des plaques transparentes éclairées par des lampes de faible intensité. Ensuite Berthold Bartosch collaborera avec la réalisatrice Lotte Reiniger sur ses films de silhouettes.

En 1951, l'animateur Tcheque Jiří Trnka, spécialiste du film de marionnettes réalise avec František Tichý, Zdenek Seydl et Kamil Lhoták un film en papiers découpés: Le joyeux cirque (Veselý cirkus).

Approches de l'animation de papiers découpés[modifier | modifier le code]

Plus économique que celle du dessin animé, cette technique est très utilisée par les réalisateurs indépendants.

Au niveau de l'animation, on peut distinguer deux tendances : L'animation de dessins découpés en phases (Animation par substitution) et l'animation d'éléments découpés et articulés (Pantins plats). Au niveau de l'approche esthétique et plastique, on peut distinguer plusieurs approches : (1) L'animation d'élements dessinés ou peints, (2) l'animation de silhouettes et (3) l'animation d'élements collectés.

Animation par substitution[modifier | modifier le code]

Cette approche à mi chemin entre le dessin animé et le papier découpé consiste à utiliser des dessins animés dans plusieurs phases ou poses puis découpés et filmés sur un décor. Elle fut celle choisie par René Laloux pour son premier long métrage, La Planète sauvage, en 1973.

Animation d'élements découpés[modifier | modifier le code]

Il s'agit de l'animation d'éléments découpés et articulés les uns avec les autres sans que les différentes phases soient redessinées.

Timbre tiré du film Le Hérisson dans le brouillard de Yuri Norstein.

Dans cette tendance, on trouve quelques-uns des plus grands cinéastes d'animation actuels : Michel Ocelot, en France, et surtout Youri Norstein, en Russie, dont le film Le conte des contes a par ailleurs été classé « meilleur film d'animation de tous les temps » aux Olympiades de l'animation de 1984[2].

Ce dernier travaille depuis la fin des années 1980 à la réalisation d'un long métrage adapté de la nouvelle de Nicolas Gogol, Le Nez, entièrement animé avec cette technique.[réf. nécessaire]

Animation d'éléments dessinés ou peints[modifier | modifier le code]

Il s'agit d’éléments peints et découpés puis articulés et animés.

En France René Laloux et Roland Topor utiliseront cette technique dans certains courts métrages (Les Dents du singe (1960), Les Escargots (1966))

Jean-François Laguionie, réalisateur français, l'utilise dans ses premiers courts métrages comme La Demoiselle et le violoncelliste (1965).

Le Canadien Frederic Back l'utilise dans le film La Création des oiseaux en 1972.

Le réalisateur russe Youri Norstein l'utilise dans ses différents films comme La Renarde et le lièvre (1973), Le Héron et la cigogne (1974), Le Hérisson dans le brouillard (1975) et Le Conte des contes (1979).

Dans les années 1980, la technique est utilisée par les réalisateurs chinois Hu Jinquing (dans L'Épouvantail) et Zhou Keqin (dans Les singes qui voulaient attraper la lune).

En 2001, les cinéastes Anita Kill (Norvège) et Tini Sauvo (Finlande) créent respectivement les films pour enfants Florian et Maléna et Le Trésor de Mole, diffusé en France sous le programme Les Étoiles filantes.

Animation de silhouettes[modifier | modifier le code]

L'animation de silhouettes est réalisée en papier noir sur banc-titre rétro-éclairé (éclairé par en dessous par une table lumineuse, souvent avec des pantins plats articulés à l'aide d'attaches parisiennes ou autres systèmes destinés à permettre l'articulation).

Ce type de film est l'héritier du théâtre d'ombres dont il reprend les principes au cinéma (ombres chinoises éclairées par derrière).

Une des pionnières de ce type de film est l'Allemande Lotte Reiniger (1899-1981) qui a créé des dizaines de films, dont le long métrage très acclamé Les Aventures du prince Ahmed (1926)[3] ; son travail pose dès 1919 les bases fondamentales de l'animation de silhouettes[4].

Ce style a été repris par le réalisateur français Michel Ocelot dans différents cours métrages ainsi que dans son film Princes et Princesses. Pour la série Dragons et Princesses, Michel Ocelot reprend les principes du film de silhouette mais remplace la fabrication papier par l'ordinateur, pour aboutir à un résultat similaire mais plus lissé. Il est à noter qu'aussi bien pour les premiers films de Lotte Reiniger que les plus récents de Michel Ocelot, les sujets abordés tournent autour du conte (traditionnels ou revisités), un peu comme le faisait déjà le théâtre d'ombres.

Michel Ocelot

Dans les propres travaux de Lotte Reiniger, la couleur est employée plusieurs fois, soit en colorisant les films, soit en filmant directement des fonds présentant diverses déclinaisons d'une même couleur[5].

Au Japon, Noburō Ōfuji approfondit l’animation de silhouettes en utilisant du papier japonais légèrement transparent et coloré orné de motifs traditionnels, le Chiyogami, afin de créer un cinéma de goût typiquement japonais ; il écrit lui-même que « les belles couleurs du chiyogami contiennent l’élégance unique du Japon traditionnel »[6],[7].

Animation d'élements collectés[modifier | modifier le code]

Une autre variante est le film à partir d'éléments découpés dans des journaux, des revues, des photos, etc. Elle est parfois associée à l'animation d'élements peints ou dessinés.

En 1973, le réalisateur Jean-Thomas Bédard (Canada)[8] crée "Ceci est un message enregistré" à partir d'images collectées dans des publicités ou des journaux qu'il fait defiler à toute vitesse, provoquant un effet de saturation chez les spectateur afin de dénoncer la société de consommation.

Le réalisateur anglais Terry Gilliam a réalisé ses premiers films dans cette technique récupérant des images un peu partout: cartes postales, images anciennes mais aussi en les mélangeant à ses propres dessins. On trouve ses animations au style si particulier dans ses animations qui entrecoupent les sketches de la troupe des monty pythons dans l'émission "Monty python flyng circus" ainsi que dans des intermedes insérés dans les différents films de la troupe (Monty Python sacré Graal, Le sens de la vie...).

Terry Gilliam

En Pologne, les réalisateurs Jan Lenica (Labyrinth en 1963) et Walerian Borowczyk (Les astronautes en 1959 avec Chris Marker) l'utilisent dans certains courts métrages.

Aux États-Unis, Lewis Klahr, réalisateur contemporain, utilise la technique de l'animation de photos et de dessins rétro. Sa narration est très symbolique, faisant penser à une sorte de roman photo animé. Ses films comportent souvent des éléments érotiques et sexuels plus ou moins explicites.

Les réalisateurs belges Vincent Patar et Stephane Aubier dans le Pic-pic et André Show réalisent deux courts métrages de la série des Balthus (Les Balthus au cirque et Saint Nicolas chez les Balthus) à partir de photos découpées et de papiers de couleur découpés.

Le papier découpé numérique[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, la technique d'animation de la marionnette en papier découpé sous caméra, articulée mais animée en deux dimensions, a trouvé un nouveau souffle grâce au numérique.

Utilisée dans des logiciels plus traditionnellement consacrés au compositing ou aux contenus multimédias dynamiques, elle est choisie sur des productions où rapidité et économie de moyens s'imposent, et a donc gagné la faveur des séries télé.

Dans ces logiciels utilisant un système de calques, les différents éléments de la marionnette (bras, avant-bras, buste, cuisse, etc) sont séparés et liés par des articulations virtuelles (où l'on aurait mis un fil ou une attache anglaise). La marionnette est créée une fois pour toutes et réutilisée dans chaque plan.

Les séries South Park de Trey Parker et Mat Stone et Angela Anaconda de Joanna Ferrone et Sue Rose sont des exemples de cette approche. On peut aussi citer le générique de la série Desperate Housewives de Mark Cherry.

Films[modifier | modifier le code]

Longs métrages :

Quelques courts métrages :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Courtet-Cohl et Bernard Génin, Emile Cohl, l'inventeur du dessin animé, éditions Ominisciences, 2008
  2. Hervé Joubert-Laurencin, La lettre volante : quatre essais sur le cinéma d'animation, Presses Sorbonne Nouvelle,‎ 1997 (ISBN 9782878541397, lire en ligne), p. 189
  3. Patrick Barrès, Le cinéma d’animation : un cinéma d’expériences plastiques, L’Harmattan,‎ 2006 (ISBN 9782296016613, lire en ligne), p. 62
  4. Pierre Jouvanceau, Le Film de Silhouettes, Le Mani,‎ 2004 (ISBN 88-8012-299-1, résumé)
  5. Katja Raganelli, Lotte Reiniger: Homage to the Inventor of the Silhouette Film, British Film Institute, 1999, présentation en ligne (documentaire audiovisuel)
  6. Encyclopédie Alpha du cinéma : Le Cinéma d’animation, vol. 9, Erasme,‎ 1978, p. 91
  7. (en) Daisuke Miyao, « Thieves of Baghdad: Transnational Networks of Cinema and Anime in the 1920s », Mechademia, University of Minnesota Press, no 2 « Networks of Desire »,‎ 2007, p. 83-103 (ISBN 9780816652662, lire en ligne)
  8. http://www.onf.ca/film/ceci_est_un_message_enregistre/