Culture de la République de Macédoine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La République de Macédoine est un petit État du centre des Balkans, sa culture est donc influencée par le passé antique, byzantin et ottoman de la région. Elle se caractérise surtout par l'importance de la culture slave et de la religion orthodoxe ainsi que de la musique et de la poésie folkloriques. La culture contemporaine du pays s'est surtout développée sous l'impulsion du régime communiste que le pays a connu de 1945 à 1991, avec notamment un essor littéraire et musical. Après son indépendance, le pays a conservé une vie culturelle active, surtout marquée par des festivals folkloriques et contemporains. En plus d'être la nation du peuple macédonien, le pays compte plusieurs minorités, comme des Albanais, des Turcs et des Roms, qui possèdent chacune une culture distincte.

Littérature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature macédonienne.
Manuscrit du XVe siècle

Les dialectes macédoniens sont écrits pour la première fois au Moyen Âge. Les textes des Saints Cyrille et Méthode, qui datent du IXe siècle, sont considérés comme les premiers écrits en macédonien, puisque les auteurs ont utilisé le dialecte des Slaves de Thessalonique. Ils inventent aussi le premier alphabet slave, le glagolithique. Leurs disciples, Clément et Naum fondent à Ohrid la première université slave et deux monastères. Leur œuvre est considérable, puisqu'ils réforment le glagolithique, qui devient l'alphabet cyrillique, et font du vieux-slave la langue liturgique des Slaves. Sous Clément et Naum, l'université d'Ohrid forme 3 500 prêtres et professeurs ; après leur mort, elle décline mais continue d'exister jusqu'en 1767[1].

Les monastères macédoniens produisent ensuite de nombreux manuscrits en langue slave, mais, à partir du XIVe siècle, l'occupation ottomane puis l'hégémonie grecque sur l'Église orthodoxe font décliner cette production religieuse. Seuls quelques rares monastères isolés continuent alors à écrire en langue slave et à traduire des ouvrages grecs en dialectes macédoniens[2].

Konstantin Miladinov

L'enrichissement de quelques Macédoniens au XVIIIe siècle encourage une littérature macédonienne primitive et, en 1792, Marko Todorovitch publie à Vienne le premier livre en macédonien, il s'agit d'un manuel de lecture. Plus tard, en 1814, Joachim Krčovski publie un travail religieux et en 1816, Ciril Peychinovsky publie un recueil folklorique à Budapest[3]. Ces écrivains écrivent en bulgare ; ainsi, les livres de Joachim Krčovski sont considérés comme des ouvrages bulgares[4]. Le développement d'une élite slave se poursuit avec l'ouverture en 1838 de la première imprimerie slavo-macédonienne à Thessalonique puis par l'ouverture dans les années 1840 de plusieurs écoles de langue slave dans la région. La communauté intellectuelle macédonienne comprend alors surtout des instituteurs et des prêtres[3].

À partir des années 1840, la littérature s'enrichit vite, notamment grâce à des auteurs comme les frères Miladinov (bulgares), qui colectent de très nombreux poèmes folkloriques pour les publier. Quelques manuels de langue macédonienne sont également publiés, mais leur impression reste chère et leur diffusion très limitée. Très peu de Slavo-macédoniens ont alors une conscience nationale ou régionale et personne à l'étranger ne les reconnaît comme un peuple à part entière[5]. Les frères Miladinov appartiennent à la deuxième génération littéraire, marquée par l'éloignement des textes religieux. Le début du XXe siècle est marqué par la publication des premières pièces de théâtre en macédonien et par un renouveau de la poésie, illustré notamment par Kotcho Racin.

Il faut attendre 1945 pour que le macédonien soit codifié, devienne langue officielle et pour qu'il soit reconnu comme une langue à part entière. La littérature contemporaine se caractérise par le réemploi de la tradition nationale et par l'emprunt à la vie et au langage quotidien.

Musique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique macédonienne.
Joueur de gaïda

La musique traditionnelle s'est développée au Moyen Âge ; elle est considérablement influencée par la musique religieuse byzantine. La propagation de la musique liturgique en Macédoine s'est probablement produite grâce à l'Université de Saint Clément d'Ohrid et plusieurs manuscrits musicaux médiévaux nous sont parvenus intacts. La musique folklorique accorde donc une grande importance aux chants, notamment féminins. Cette musique possède des rythmes très originaux, puisqu'ils sont irréguliers. L'origine de ces rythmes est inconnue et ils sont spécifiques à la Macédoine. Le rythme 4/8 suit par exemple le rythme 5/8, 7/8 est suivi par 4/8 et 9/8 par 11/8. Un autre rythme populaire est la sedmorka (septième), 7/16. Les instruments employés sont souvent d'origine turque, comme la zurna (famille des hautbois), le tapan (tambour), la tamboura (guitare de la famille des luths) ou encore la gaïda (cornemuse).

La danse folkorique les plus connue est l'oro, dansé en cercle. La culture musicale tzigane s'illustre par le tchotchek, danse d'origine turque, et par les fanfares. Esma Redžepova et le Kočani Orkestar sont les deux principaux ambassadeurs de la musique tzigane macédonienne.

Tose Proeski

La musique macédonienne n'a eu aucun contact avec l'Occident avant le XIXe siècle. Des étudiants macédoniens partis étudier à Vienne rapportent alors de nouveaux rythmes dans leur pays natal. À la fin du siècle, la musique classique fait également son apparition et des orchestres sont fondés. Au cours du XXe siècle, plusieurs compositeurs macédoniens éditent des œuvres mêlant musiques classique et folklorique.

La musique contemporaine est notamment marquée par Leb i Sol, groupe de rock des années 1970 et 1980, par un courant darkwave mêlant chant orthodoxe et musiques underground, illustré par les groupes Mizar, Arhangel et Padot na Vizantija, et par la musique pop, illustrée par Toše Proeski, Karolina Gočeva ou encore Elena Risteska. Les figures de proue de la musique classique macédonienne actuelle sont le pianiste Simon Trpčeski et le ténor Blagoj Nacoski. La danse classique, apparue dans le pays au début du XXe siècle, est toujours très populaire et la Macédoine possède de nombreuses écoles de danse.

Le pays compte plusieurs grands festivals, comme le Skopje Jazz Festival, qui a notamment accueilli Ray Charles, Youssou N'Dour, Tito Puente, Sierra Maestra, Rabih Abou-Khalil et Gotan Project[6] et le Skopje Summer qui regroupe des concerts et des expositions qui ont souvent lieu dans des endroits ouverts à tous (rues, parcs, sites touristiques...)[7]. May Opera Evenings, lui aussi à Skopje, inclut généralement des opéras, de la musique symphonique et des récitals[8].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Marionnette du Théâtre de Skopje

Le théâtre existe en Macédoine depuis l'Antiquité. Quatre théâtres antiques ont ainsi été découverts sur le territoire de la république, à Skopje, Ohrid, Stobi et Bitola. La tradition théâtrale se poursuit pendant l'ère byzantine, avec notamment l'apparition du théâtre de marionnettes. La plupart des danses rituelles macédoniennes possèdent des moments théâtraux hérités de coutumes païennes slaves, comme les babari, dansés au Nouvel An, les vasilitsari, dansés lors de la Saint-Basile, les koledari, dansés à Noël, etc.

Sous la domination ottomane apparaissent les théâtres d'ombres turcs et le théâtre à l'occidentale s'implante au début du XXe siècle. Le premier théâtre classique du pays est ainsi construit en 1906 à Skopje et un second ouvre ses portes à Bitola en 1908. Ensuite, de nombreux auteurs macédoniens publient des pièces de théâtre dans leur langue.

Beaux-Arts[modifier | modifier le code]

Fresque de Nerezi

Les Macédoniens se sont particulièrement illustrés dans la production de fresques religieuses. Cette technique est apparue au XIe siècle. Les fresques macédoniennes se distinguent des canons byzantins par leur naturalisme et leur perspective tridimensionnelle. L'âge d'or est atteint au XIIe siècle, avec notamment les fresques de l'église de Nerezi. Après la conquête ottomane au XIVe siècle, la production de fresques décline et se retrouve confinée aux villages. Il faut attendre le XVIIIe siècle et la construction de grandes églises pour que les fresques connaissent un renouveau.

Le pays est aussi très riche en sculptures en bois. Ces sculptures sont essentiellement destinées à la décoration des églises, et plus particulièrement de leur iconostase. Les Ottomans apportèrent de nombreuses influences orientales et les sculpteurs macédoniens ont abondamment employé des motifs en arabesques. Les entrelacs de fleurs et les motifs animaliers sont d'autres motifs courants. Les Macédoniens d'autrefois ont aussi produit de nombreuses icônes orthodoxes, les plus anciennes retrouvées sont faites en terre cuite.

Depuis le XXe siècle, la Macédoine compte quelques musées de grande envergure, comme le Musée d'art contemporain de Skopje, qui possède notamment des œuvres de Picasso, Jasper Johns, Howard Hodgkin et Nils-Udo. Le progrès économique et culturel des années 1930 puis la période socialiste ont également permis l'émergence de peintres, comme les expressionistes Nikola Martinoski et Petar Mazev. Dimitar Kondovski a quant-à-lui réemployé les formes artistiques médiévales pour créer des tableaux inspirés d'icônes. Le sculpteur macédonien le plus célèbre, Dimo Todorovski, a laissé un grand nombre de statues et de monuments commémoratifs à travers le pays.

Architecture[modifier | modifier le code]

Exonarthex à galeries de Sainte-Sophie d'Ohrid

L'époque de Clément d'Ohrid, soit le Xe siècle, marque l'avènement d'une architecture slave macédonienne. Cette architecture est surtout religieuse et se retrouve dans les innombrables églises et monastères médiévaux du pays, qui s'inspirent largement de l'architecture byzantine. Sous le règne du Tsar Samuel Ier de Bulgarie, au XIe siècle, le courant macédonien commence toutefois à s'éloigner des canons byzantins. Il se distingue notamment par la présence de quatre absides et de cinq coupoles enfilées. La cathédrale Sainte-Sophie d'Ohrid est le fleuron de cette architecture. Elle possède trois nefs, une coupole et un narthex. Ce narthex est doublé d'un exonarthex, ouvert sur l'extérieur par des galeries et encadré par deux tours coiffées de petites coupoles.

La forteresse de Samuel, elle aussi à Ohrid, est le meilleur exemple d'architecture militaire médiévale. Ses ramparts font de 10 à 16 mètres de haut et il reste les vestiges de 18 tours et de quatre portes. La forteresse de Skopje est quant à elle un bon exemple de réemploi au fil des siècles puisqu'elle fut construite sous Justinien Ier, vers 535, et sans cesse réaménagée jusqu'au XXe siècle. Seuls subsistent aujourd'hui des portions de murs et trois tours, une carrée, une rectangulaire et une circulaire.

La conquête ottomane marqua la fin de l'architecture médiévale. Les églises furent négligées tandis que des mosquées apparaissaient dans les villes, tout comme des caravansérails et des hammams. Ces trois édifices sont les points principaux de la ville ottomane, ensemble, ils forment le bazar, souvent complété par une saat kula, ou tour de l'horloge, et un bezisten, ou marché couvert.

Panneaux muraux de la mosquée peinte de Tetovo

Le pays conserve quelques très beaux exemples de l'architecture ottomane, notamment dans le bazar de Skopje, à Bitola à Chtip, et surtout à Tetovo, où se trouve la Mosquée peinte, construite au XVIIe siècle. Le turbe est un autre monument ottoman omniprésent en Macédoine, il s'agit de petits mausolées où reposent des dignitaires turcs. Il n'existe malheureusement aucune habitation médiévale ou ottomane encore debout en Macédoine. Les exemples les plus anciens d'architecture privée datent du XVIIIe siècle et les plus belles maisons du XIXe siècle se trouvent à Ohrid, Krouchevo, Kratovo ou encore Bitola ainsi que dans les villages, où subsistent parfois des fermes traditionnelles. La vieille-ville de Krouchevo fut notamment visitée par Le Corbusier, il apprécia grandement l'ensemble compact de maisons caractérisées par des couleurs vives, des balcons, des porches et de lourdes portes de bois. L'influence occidentale se fait omniprésente après 1850. Le centre de Bitola, bien préservé, date essentiellement de cette période et possède des immeubles néoclassiques colorés typiques de l'Europe centrale et l'Autriche-Hongrie.

Après la Seconde Guerre mondiale, le marché de la construction explose et l'architecture socialiste est largement privilégiée. Le projet contemporain le plus audacieux est le plan de reconstruction de Skopje, détruite à 80 % en 1963. Ce plan fut notamment dirigé par Kenzo Tange, qui avait déjà planifié la reconstruction d'Hiroshima. Depuis la fin du régime communiste, l'architecture contemporaine occidentale fait son apparition, notamment à Skopje.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Cinéma[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cinéma macédonien.

La République de Macédoine a développé depuis 1945 une petite industrie cinématographique. Sous le régime communiste, les Studios Vardar produisent ainsi 36 films, mais les réalisateurs de l'époque manquent de liberté puisqu'ils doivent répondre à des commandes du pouvoir et illustrer la réalité socialiste du pays. Seul le film Bonne Année 49 du réalisateur Stole Popov, sorti en 1986, se distingue par sa liberté artistique. Parmi les autres films notables de l'époque socialiste se trouve Miss Stone, le premier en couleur, sorti en 1958. Après l'indépendance, le cinéma macédonien connaît un renouveau, marqué par la nomination du film Before the Rain de Milcho Manchevski aux Oscars en 1995. Ce dernier réalise également Dust et Shadows, deux films sortis à l'étranger. Le Livre secret, Mirage, Je suis de Titov Veles et Bal-Can-Can sont d'autres films contemporains qui ont été produits à l'étranger.

Costumes traditionnels[modifier | modifier le code]

Broderie de la région de Tetovo

Les costumes macédoniens sont représentatifs de l'art vestimentaire balkanique et ont connu leur apogée au début du XXe siècle. Aujourd'hui, ils sont portés uniquement pendant des festivals folkloriques. Ils sont généralement faits en laine, en lin, en coton et en chanvre. Chaque région possède un costume particulier, et il existe environ 70 costumes différents à travers le pays. Leur richesse vient des broderies, des éléments en métal et des points de tricot variés.

On distingue les costumes de la Macédoine occidentale par l'usage de nombreuses pièces d'habillement, de coiffes, de broderies particulières et par la couleur rouge omniprésente. Ceux de la Macédoine orientale sont plus légers et plus sobres, les bijoux et les couleurs sont moins ostentatoires.

Le costume traditionnel des femmes macédoniennes comprend une chemise, un tablier, une ceinture, une coiffe, un manteau, un gilet sans manches et un caftan. Ce dernier est relevé vers le haut et tenu par la ceinture, ce qui forme une poche servant à ranger des objets. Les coiffes sont longues, elles descendent jusqu'aux genoux. Le costume masculin est quant à lui composé d'un maillot de corps, d'un gilet, d'une jupe, de chaussettes, de jarretières, d'une cape d'astrakan, et de nombreux éléments de tissu enroulés sur les bras et les jambes.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Andrew Rossos, « Clément et Naum », dans Macedonia and the Macedonians : a history, Hoover Press,‎ 2008, p. 34
  2. Andrew Rossos, « Hégémonie grecque », dans Op. cit., p. 57
  3. a et b « Première littérature macédonienne », dans Valentina Georgieva et Sasha Konechni, Historical Dictionnary of the Republic of Macedonia, p. 12.
  4. (bg) « Pétition à l'UNESCO contre l'appropriation illicite de la langue, de l'histoire et de la culture bulgares de la République de Macédoine », News.bg (consulté le 1er avril 2011)
  5. Andrew Rossos, « Apparition de la conscience nationale macédonienne », dans Op. cit., p. 83
  6. (en) « Skopje Jazz Festival 2010 », Skopje Jazz Festival,‎ 2009 (consulté le 4 mars 2011)
  7. (en) « Skopje Fest refreshing break for hot summer », Balkan Insight,‎ 2010 (consulté le 4 mars 2011)
  8. (en) « Cultural Events », SkopjeOnline,‎ 2010 (consulté le 4 mars 2011)