Culture de l'Éthiopie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La culture éthiopienne désigne l'ensemble des cultures des divers peuples d'Éthiopie.

Parmi de nombreuses coutumes traditionnelles, le respect est particulièrement important, notamment à l'égard des anciens. Dans la culture éthiopienne, la coutume veut que l'on se lève de son siège ou que l'on cède son lit pour un ami ou un membre de la famille plus âgé, même s'il n'a qu'un an de plus.

Arts[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature éthiopienne.

De par l'existence du système d'écriture guèze, l'Éthiopie entretient une très ancienne tradition littéraire remontant à son époque axoumite. La littérature ancienne dominée par l'enseignement religieux est essentiellement moral dans son contenu. Les genres dominant de la littérature éthiopienne ancienne sont ainsi les chroniques, les hagiographies, les hymnes, les sermons et les légendes[1]. Le moyen d'expression littéraire est alors le guèze, langue lithurgique de l'Église. La littérature éthiopienne est très fortement influencée par la religion chrétienne orthodoxe. Cependant, une littérature musulmane est apparue pendant le XVIe; quant aux Juifs d’Éthiopie, ils ont quelques livres qui leur sont spécifiques, notamment Te’ezaza Sanbat (Ordonnance du Sabbat).

Philosophie[modifier | modifier le code]

La philosophie écrite éthiopienne s'étend sur douze siècles de production littéraire[2]. On distingue un premier temps de traduction littéraire, dominé par Le Fisalgwos (« Le Physiologue ») et biä’afä Mikael (« le livre des philosophes »). Les études de Claude Sumner ont permis de montrer que cette période n'est pas constituée d'une simple traduction des textes d'origine grecque ou égyptienne, mais par un enrichissement considérable à la fois dans le style et le contenu des textes[3]. Enfin dans un second temps, on peut distinguer des œuvres typiquement éthiopiennes, notamment La vie et les maximes de Skendes, et, certainement le plus important, le Traité de Zera Yacob (Hatata) ainsi que le traité de son élève Walda Heymat. Dans son traité écrit au XVIIe siècle, Zara Yacoub développe une philosophie rationaliste, en adoptant une positionnement critique devant nécessairement faire appel à la Raison avant tout[4]. Pour Claude Sumner, auteur d'une comparaison du texte avec le Discours de la méthode de Descartes[5], la philosophie moderne est née en Éthiopie avec Zara Yaquob, à la même époque qu'avec Descartes en France. L'éthique y occupe une position « centrale », s'attachant à une « une vue globale de la réalité » « soulignant la liberté de l’homme et sa supériorité sur le reste de la création ». Pour Sumner, la philosophie éthiopienne se caractérise par son anthropocentrisme, en opposition avec l'objectivité impersonnelle de la philosophie occidentale[6].

Musique[modifier | modifier le code]

Un azmari (ménéstrel éthiopien) jouant du macinko dans un bar à T’edj
Article détaillé : Musique éthiopienne.

La musique éthiopienne est extrêmement diversifiée, chaque peuple d'Éthiopie développant ses propres sonorités. Certaines formes de musique traditionnelle sont fortement influencées par la musique folk d'autres régions de la Corne de l'Afrique, particulièrement la Somalie. L'influence du christianisme se ressent également dans la musique égyptienne. Au nord-est du pays, dans l'ancienne région de Wollo, s'est développé une forme de musique islamique appelée manzuma initialement chantée en amharique pour s'étendre aux régions d'Harar et de Jimma où elle est maintenant chantée en oromo. Sur les plateaux d'Éthiopie la musique traditionnelle est jouée par des musiciens itinérants dénommé les azmaris qui sont considérés à la fois avec suspicion et respect dans la société éthiopienne.

L'Éthiopie a également influencé dans les années 1960-1980 une forme particulière de l'Afro Jazz, nommé éthio-jazz dont les représentants les plus célèbres sont Mulatu Astatke et Mahmoud Ahmed.

Théâtre et cinéma[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Enluminure éthiopienne.

La peinture éthiopienne est fortement marquée par le christianisme orthodoxe éthiopien, nombreuses sont les représentations de scènes bibliques, de saints et de peintures ornant entre autres les parois des églises.

Avant le XVe, la peinture éthiopienne est esthétiquement proche de la peinture byzantine par l'intermédiaire de l'art chrétien de l'Égypte copte. Les œuvres les plus anciennes sont marquées par l'absence de recherche de réalisme : la pose des personnages est frontale, solennelle et impassible, on ne trouve aucun relief et aucune partie de paysage ou aucun architecture permettant de localiser la scène et ceci surtout dans les peintures murales. Jusqu'à la fin du XIVe, les habits et les visages sont schématisés géométriquement, il arrive également que les yeux soient exagérés.
À partir du XIVe et XVe, la peinture évolue, les personnages sont représentés de trois quarts, arbres et architectures font leur apparition; enfin, les dessins et les couleurs se raffinent et s'efforce d'améliorer l'aspect décoratif. Pendant le XVe, les premières influences européennes se font sentir.

Décapitation d'un martyr (fin du XVIIe siècle)

Au début du XVIIe, l'Éthiopie sortait d'une période de guerres et d'invasions pendant laquelle de nombreux monastères et églises ont été détruits; le pays se replie alors sur lui-même notamment après l'expulsion des jésuites. Sous le règne de Fasilides, après l'établissement de Gondar comme nouvelle capitale de l'Empire éthiopien, divers châteaux et églises seront construits. La peinture de l'époque gondarienne reprend l'esthétique des XIVe et XVe. Les églises circulaires étant de plus en plus nombreuses, les espaces à orner s'offrant aux peintres sont plus vastes, ceux-ci vont d'ailleurs favoriser une peinture grandiose. Désormais, les toiles sont peintes dans les ateliers pour ensuite être collées sur les murs alors qu'auparavant la peinture était réalisée directement sur la pierre ou bien à fresque. Les personnages et les scènes représentées indiquent un développement du registre iconographique. À l'époque de Fasilides, une nouvelle esthétique est créée et un nouveau personnage apparaît, d'abord sur les murs puis dans les livres. Ses yeux demeurent grands, la bouche est bien dessinée et le nez toujours longs. Le personnage est soit barbu, soit son visage finit en pointe, le front est dégarni. À cela s'ajoute une caractéristique nouvelle: le parallélisme des plis des vêtements. Les personnages ne se limitent plus à une pose frontale, ils s'orientent légèrement l'un vers l'autre laissant imaginer de possibles discussions entre eux, ceci amène une certaine vitalité à la peinture. Les couleurs utilisées sont le vert, le jaune, le rouge, le gris, le marron et le bleu. Ces nouvelles tendances se manifesteront également dans les manuscrits, tels que ceux de la collection des Miracles de la Vierge.

Après 1730, l'art pictural perd progressivement son élégance et son aspect raffiné et tend vers une polychromie criarde. Les œuvres sont de plus en plus réalistes et inspirées par la peinture européenne, probablement arrivée en Éthiopie par l'Inde grâce aux relations étroites entre les deux pays.

Danses éthiopiennes[modifier | modifier le code]

L'Éthiopie emprunte de nombreuses danses traditionnelles commune à la Corne de l'Afrique dont l'une des plus connue est l'eskesta, danse de vibrations du tronc initiées à partir des épaules. Parmi ses danseurs actuels, l'un des plus renommés est Melaku Belay qui se produit dans son club de Fendika à Addis-Abeba et en occident aux côtés des musiciens de l'éthio-jazz[7],[8].

Éducation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Éducation en Éthiopie.

Le système éducatif en Éthiopie a été historiquement dominé par l’Église éthiopienne orthodoxe pendant plusieurs siècles, jusqu’en 1900 où un système d’éducation laïc est adopté. Cependant jusqu’à la révolution de 1974, les membres de l’aristocratie essentiellement chrétienne et d’origine amhara, y occupaient toujours alors une position privilégiée. Les langues autres que l’amharique y étaient absentes, l’enseignement de l’afaan oromo par exemple n’était pas pratiqué.

Le système d’éducation comprend aujourd’hui un processus de régionalisation accrue avec une part importante du budget allouée au à l’éducation. Le cursus scolaire en Éthiopie est composé en général de six années d’école primaire, quatre années de cursus secondaire et deux années de cursus secondaire supérieur.

Cuisine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cuisine éthiopienne.
Une injera sur laquelle se trouvent plusieurs wats.

La cuisine éthiopienne est faite d'une grande variété de plats et d'entrées à base de légumes et de viandes, souvent préparés sous forme d'un ragout que l'on appelle le wat. Généralement, un ou plusieurs wat sont servis sur une injera, qui est une espèce de grande crèpe faite à base de farine de teff fermentée.

La nourriture éthiopienne traditionnelle ne comporte généralement pas de porc ni de fruit de mer (sauf les poissons), dans la mesure où la plupart des éthiopiens ont, à travers l'histoire, adhéré aux croyances de l'islam, de église éthiopienne orthodoxe ou, à moindre mesure, du judaïsme qui prohibent toutes la consommation de porc.

Par ailleurs, tout au long de l'année, les chrétiens orthodoxes observent plusieurs jeûnes (comme à la carême), durant lesquels la nourriture est préparée sans viande ni produits laitiers.

Religion[modifier | modifier le code]

Petite église rupestre proche de Lalibela
Article détaillé : Religion en Éthiopie.

Un grand nombre de religions sont traditionnellement pratiquées en Éthiopie, les plus répandues étant aujourd'hui le Christianisme qui est la religion majoritaire de plus de 61 % de la population, l'Islam pratiquée par un tiers de la population et l'animisme ainsi que différentes religions tribales.

Langues[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Langues en Éthiopie.

Outre l'amharique, langue de travail de l'État, parlée par 29 % de la population, plus de 80 autres langues sont parlées dans le pays ; parmi les plus répandues, on compte l'afaan oromo, le somali, le tigrinya et l'afar.

Sports[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sport en Éthiopie.

En Éthiopie, le sport le plus populaire est l'athlétisme dans lequel elle a obtenu de nombreuses victoires (comme:abebe bekila, meruths yefter et haile grebresaile et bien d'autres sans oublier les femmes: mesereth defar etc) dans des compétitions internationales. Le football est également apprécié par une grande partie de la population, même si l'équipe d'Éthiopie de football n'obtient pas des résultats très probants.

Patrimoine culturel[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Église Saint-Georges de Lalibela.

Historiquement l'architecture éthiopienne est largement influencée par la civilisation axoumite au niveau du plan des monuments (carrés ou rectangulaires), des élévations (murs à rentrants et saillants, plafonds et toits plats) mais également au niveau de la technique de construction (poutres apparentes dites "têtes de singe", moellons et bois alternés). Ces-mêmes dispositions sont visibles dans divers édifices et monuments tels que les églises d'Aramo, Agobo, Gouna Gouné, Zaréma (découverte en 1973), Debre Damo et les églises taillées dans le roc. Le site de Lalibela reste particulièrement célèbre, notamment l'église Saint-Georges. Entre le XIe et le XII, une série d'églises rupestres seront taillées dans toute la province du Tigré.

Sciences[modifier | modifier le code]

Symboles nationaux[modifier | modifier le code]

L'actuel drapeau de l'Éthiopie a été adopté en 1996, comme les armoiries de l'Éthiopie.

L'hymne national éthiopien adopté depuis 1992 s'intitule « Whedefit Gesgeshi Woude Henate Ethiopia » qui peut se traduire par « Marche vers l'avant, chère Mère Éthiopie »

Fêtes et jours fériés[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Calendrier éthiopien.
Date Nom français Nom local Remarque
6 ou 7 janvier Noël orthodoxe Gänna/Ledät (ገናልደት) Naissance de Jésus-Christ
10 janvier Fête du Sacrifice 'Id al-Adha Variable. La date était pour l'année 2006
19 janvier Fête de l'Épiphanie Temqät (ጥምቀት)
2 mars Commémoration de la victoire d'Adoua Ye'adowa Bä'al ou Adwa del (ዓድዋ ድል) Victoire de Ménélik II contre les Italiens (1896)
11 avril Naissance du prophète Mahomet Mäwlid an-Nabi Variable. La date était pour l'année 2006
21 avril Vendredi saint orthodoxe Siqlet (Crucifixion) Variable. La date était pour l'année 2006
23 avril Pâques orthodoxe Fasika (ፋሲካ) Variable. La date était pour l'année 2006
24 avril Lundi de Pâques Variable. La date était pour l'année 2006
1er mai Fête du Travail
5 mai Jour de la Libération/Victoire des Patriotes éthiopiens Omédla del (ኦሜድላ ድል) Retour d'Haïlé Sélassié Ier à Addis-Abeba (1941)
28 mai Fête nationale Chute du régime Derg
18 août Buhe Transfiguration de Jésus-Christ
11 septembre Nouvel an éthiopien Enqutatash (እንቁጣጣሽ)
27 septembre Meskel : fête de la vraie Croix Mäsqäl (መስቀል)
24 octobre Fin du mois du Ramadan 'Id al-Fitr Variable. La date était pour l'année 2006

Médias[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Médias en Éthiopie.

Les radios et télévisions sont sous le contrôle du gouvernement éthiopien.

Il existe 9 stations de radio, huit étant sur les ondes longues ou moyennes et une sur onde courte. Les principales radions sont Radio Ethiopia, Radio Torch(qui est une radio pirate), Radio Voice of One Free Ethiopia (la voix pour une Ethiopie libre) et Voice of the Revolution of Tigray (la voix de la révolution du Tigré). Dans la droite ligne de la politique éthiopienne sur les langues éthiopiennes, les radios diffusent des émissions en plusieurs langues.

La seule télévision est l'Ethiopian Television.

La presse est assez peu développée et lue par une petite proportion de la population, en raison d'une part d'un taux important d'illettrisme, mais aussi d'une très faible diffusion en dehors de la capitale. Les principaux journaux sont Addis Zemen, le Daily Monitor et l'Ethiopian Herald. En 2009, le classement mondial sur la liberté de la presse établi chaque année par Reporters sans frontières situe l'Éthiopie au 140e rang sur 175 pays[9]. Des « problèmes sensibles » y ont été observés[10].

L'industrie cinématographique est quant à elle très restreinte, mais bien vivante.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Tibebe Eshete, The evangelical movement in Ethiopia : resistance and resilience, Baylor University Press, Waco, Tex., 2009, XIV-480 p. (ISBN 978-1-60258-002-2)
  • (en) George A. Lipsky et al., Ethiopia : its people, its society, its culture, HRAF Press, New Haven, 1962, 376 p.
  • (en) Daniel J. Mesfin, Exotic Ethiopian Cooking. Society, Culture, Hospitality & Traditions, Ethiopian Cookbook Entreprises, 1987.
  • (fr) Olivier Tourny (dir.), Musiques traditionnelles d'Éthiopie, De Boccard, Paris, 2008, 503 p. + 1 CD (ISBN 978-2-7018-0251-0)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (en) The leap across the cattle : an initiation rite of the Hamar of Southern Ethiopia, film documentaire d'Ivo Strecker, IWF Wissen und Medien gGmbH, Göttingen, 2000, 46'
  • (en) Bury the spear : short version, film documentaire d'Ivo Strecker, IWF Wissen und Medien gGmbH, Göttingen, 2005, 42' (DVD)
  • (en) Woman the toolmaker : hideworking and stone tool use in Konso, Ethiopia, film documentaire de Tara Belkin et al., Left Coast press, Walnut Creek, Calif., 2006, 27' (DVD)
  • (fr) Petites mariées d'Abyssinie, film documentaire de Natacha Henry et Philippe Molins, MFP-France 5, Paris, 2003, 52' (DVD)
  • (fr) Le dixième jour de la nouvelle lune : Arfe Asert, film documentaire de Daniel Freidmann, CNRS Images, Meudon, 2004-2005, 29' (DVD)
  • (fr) Konso : rites funéraires, film documentaire de Michel Papatakis, L'Harmattan vidéo, Paris ; Zarafa films, Pantin, 2007, 52' (DVD)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références[modifier | modifier le code]

  1. Melakneh Mengistu, Map of African littérature, Branna, janvier 2005, p.147
  2. Claude Sumner , « L'éthique en philosophie éthiopienne : les normes de la moralité », Éthiopiques no 36, 1er semestre 1984, vol. 2, no 1 [lire en ligne]
  3. Claude Sumner, « La philosophie africaine d'origine grecque », Éthiopiques no 52, 1er semestre 1989, vol. 6, no 1 [lire en ligne]
  4. Teodros Kiros, « Explorations in African Political Thought», Ch. 5: Zara Yacob. A 17th Ethiopian founder of modernity in Africa, New Political Science Reader [lire en ligne]
  5. [lire en ligne]
  6. Claude Sumner, The Source of African Philosophy: The Ethiopian Philosophy of Man (Stuttgart: Franz Steiner Verlag Wiesbaden GMBH, 1986) p. 16-17 [lire en ligne]
  7. L’art et l’audace des « Regards sur l’Ethiopie » sur le site de Radio France internationale le 22 juillet 2010.
  8. (en) Where Feet, Beat and Joy All Soar Funkily par Alastair Macaulay dans The New York Times du 12 août 2011.
  9. Reporters sans frontières  : Classement mondial 2009 [1]
  10. Reporters sans frontières