Culture de Wielbark

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54° 02′ N 19° 03′ E / 54.033, 19.05 ()

Expansion territoriale de la culture de Wielbark avant la migration vers la Mer Noire.
  •      Culture d’Oksywie
  •      Expansion vers la Suisse kachoube
  •      Expansion en Posnanie
  •      Expansion en Mazovie
  •      Expansion en Petite Pologne
  •      Empire romain
Emplacement des sites archéologiques des cultures de Wielbark et d'Oksywie dans le delta de la Vistule ; noms actuels et du XIXe siècle.

La culture de Wielbark (aussi appelée culture de Willenberg en allemand) est une culture proto-historique que les archéologues identifient avec celle des Goths ; elle est apparue dans la première moitié du Ier siècle dans la vallée de la basse Vistule, en Poméranie Orientale, où elle a supplanté la culture d'Oksywie, liée à la culture de Przeworsk.

Découverte[modifier | modifier le code]

La culture de Wielbark tire son nom d'un village où les Allemands ont découvert en 1873 un cimetière de plus de 3 000 tombes[1], attribuées aux peuples Goths et Gépides. Malheureusement, plusieurs des pierres de ce cimetière ont été déplacées et plusieurs sépultures endommagées. Le rapport des premières fouilles, perdu pendant la Deuxième Guerre mondiale, n'a été retrouvé qu'en 2004, et est sur le point d'être analysé par une équipe de chercheurs polonais de Dantzig, Varsovie, Cracovie et Lublin[2].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

La culture de Wielbark (ou de Willenberg-Malbork) a commencé par recouvrir l'espace de la culture antérieure d’Oxhoeft, autour des villes actuelles de Dantzig et Chełmno (qui s'appelait Culm jusqu'en 1945). Par la suite elle s'étendit à la région des lacs (Suisse kachoube) et à la région de Poznań, au sud.

Dans la première moitié du IIIe siècle, elle créait quelques villages le long de la Mer Baltique (que les Anciens appelaient alors « Mer des Suèves », Mare Suevicum ou « Mer des Germains », Mare Germanicum), à l'exception de la vallée de la Vistule, avant de coloniser la région continentale qui allait devenir (vers l'an mil) la Masovie et la Petite Pologne sur la rive orientale de la Vistule, puis l’Ukraine, où ils contribuèrent à la naissance de la culture de Tcherniakov.

En 2000, on a mis au jour à Czarnówko près de Lauenburg (aujourd'hui Lębork), en Poméranie, un cimetière rattaché aux cultures d'Oksywie et de Wielbark. Ces deux cultures ont atteint leur apogée avant le début de l'émigration de la population vers le sud-ouest. Une bouilloire en bronze représente des hommes portant le chignon suève[3].

Traits caractéristiques[modifier | modifier le code]

Il y a de nettes différences entre la culture de Przeworsk et la culture de Wielbark, et on ne décèle aucun contact entre elles.

Les peuples de la culture de Wielbark recouraient tout à la fois aux techniques de l'inhumation et de la crémation pour les rites funéraires. Le recours à l'un ou l'autre usage dépend de l'endroit. Une caractéristique de cette culture, qu'elle partage avec les peuples de Scandinavie méridionale, est la constitution de tumulus recouverts d'alignements lithiques : cercles de pierre, stèles isolées ou pavages variés. Contrairement à la culture de Przeworsk, les sépultures de Wielbark excluent les armes. Les offrandes funéraires consistent essentiellement en ornements et costumes, bien que quelques tombes contiennent des étriers, qui sont les seuls attributs guerriers retrouvés. Un autre aspect de la culture de Wielbark est l'emploi du bronze pour former des ornements et des accessoires. L'argent était peu utilisé et l'or, rarement. La présence de fer est exceptionnelle.

Lien avec les témoignages sur les Goths[modifier | modifier le code]

Un cercle de pierre dans le nord de la Pologne.
En rouge, la culture d’Oksywie et la première culture de Wielbark ; en rouge et rose, deuxième phase de Wielbark ; en orange, reflux de Przeworsk ;
en bleu, culture de Jastorf (en mauve, territoire cédé à Wielbark, et en bleu clair son expansion) ;
en jaune, culture de Przeworsk, supplantée par Wielbark (orangé)

La culture de Wielbark est mise en parallèle avec le récit de Jordanès relatif au départ des Goths du pays de Scandza (la Scandinavie) et leur établissement à Gothiscandza. Selon l'écrivain Jordanès, ils auraient chassé les Vandales en occupant ces territoires[4]. Le village de Gothiscandza se trouvait à l'embouchure de la Vistule, et ce pays passait pour celui des Gutones (selon Pline l'Ancien) ou des Gothones (chez Tacite):

« Par delà les Lyges vivent les Gothones, dirigés par un roi plus fermement que les autres Germains, mais non au point de ne pas avoir de liberté. Puis plus loin le long de l'Océan, les Ruges et les Lemoviens ; lesquels se distinguent parmi toutes ces nations par leurs boucliers ronds, leurs épées courtes et le dévouement à leurs rois. »

— Tacite, La Germanie[5]

Les noms donnés par Pline l'Ancien et Tacite sont voisins de *Gutaniz, restitution de la forme Proto-germanique de Gutans (aussi Gutar), noms que les Goths (et les habitants de Gotland) se donnaient eux-mêmes.

Si certains auteurs ont suggéré que le nombre de trois navires Goths débarquant dans le delta de la Vistule est purement symbolique, d'autres affirment qu'un des navires était celui des Gépides, un autre celui des Ostrogoths et le troisième celui des Wisigoths. Selon une troisième interprétation, ces navires ne transportaient que le clan de la famille du roi Amal Ier.

Mais les archéologues sont las de devoir assigner une identité ethnique aux cultures archéologiques, tâche d'ailleurs délicate (comme le montre l'affaire de l’Homme de Kennewick), et c’est pourquoi ils continuent de nommer les cultures d'après les toponymes de leur première découverte.

On met aujourd'hui en doute l'équivalence absolue entre la Culture de Wielbark et celle des Goths, et d'ailleurs il est établi que le développement de Wielbark n'est pas uniquement lié à une immigration scandinave : la Culture de Wielbark serait d'abord une évolution de la Culture autochtone d’Oksywie, dont elle recouvre (au début) exactement l'espace géographique, et dont elle occupe les sites funéraires. Les villages auraient été peuplés d'autochtones aussi bien que d'arrivants scandinaves. Il est vraisemblable que les Goths aient été la tribu dominante de la région, dans la mesure où Jordanès signale que les Goths ont soumis les autochtones :

« Bientôt, de là ils gagnèrent les parages des Ulméruges, qui en ce temps peuplaient les rivages de l'océan, et après avoir dressé leur camp, les attaquèrent et les chassèrent des terres qu'ils occupaient. Puis ils soumirent leurs voisins, les Vandales, remportant de nouvelles victoires. Mais lorsque la population devint trop importante, Filimer, fils de Gadaric et cinquième roi depuis Bérig, décida de quitter ce pays avec les familles et mit en marche l'armée des Goths. »

— Jordanès, Histoire des Goths[6], I, 4

On pense aujourd'hui que les villages des Goths (évoqués par Jordanès puis plus tard par H. Schedel) le long de la Mare Germanicum (l'actuelle Pologne), sont ceux des cimetières à tumulus où se dressent les cercles de pierre et les stèles isolées (ils renvoient à des rites funéraires abondamment attestés par les nécropoles de Gotland et de Götaland). On retrouve ces sépultures le long de la Vistule et en Suisse Kachoube jusqu'à la région de Koszalin. Ils sont apparus dans la seconde moitié du Ier siècle.

Mais selon certains historiens contemporains allemands[7], les vestiges archéologiques ne permettent pas de prouver qu'il y a bien eu une immigration scandinave, ce qui bat en brèche le mythe des origines (Origo gentis) bâti par Jordanès.

La culture de Wielbark se présente comme une société formée d'apports scandinaves Goths et Gépides, et d'autochtones (essentiellement des Vandales, des Venèdes et des Ruges[8],[9]). Au cours du IIIe siècle, la communauté de Wielbark a abandonné ses villages et a émigré vers le pays d'Oium, en Ukraine, où elle a fondé un nouvel empire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

L'« Allemagne antique » (Germaniae veteris typus) : Aestui, Venedi et Gythones dans le coin supérieur droit de cette carte des érudits Willem and Joan Blaeu), 1645.
  1. Un article a été publié à ce sujet en 1874 dans le Correspondenz-Blatt der deutschen Gesellschaft für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte
  2. Travaux qui seront financés par la fondation de la Reine Margrethe II et du Prince Henrik de Danemark ; source : Université Humboldt de Berlin, Das kaiserzeitliche Gräberfeld von Malbork-Wielbark et Projekte am Lehrstuhl für Ur- und Frühgeschichte
  3. D'après M. Macynska, D. Rudnicka, « A grave with Roman imports from Czarnówko, Lębork district, Pomerania, Poland », Germania, vol. 82, no 2,‎ 2004 (lire en ligne).
  4. Jordanès, Gétiques, Mierow (lire en ligne), « 25 »
  5. Texte original : Trans Lygios Gothones regnantur, paulo jam adductius qam ceteræ Germanorum gentes ; nondum tamen supra libertatem. Protinus deínde ab Oceano Rugii et Lemovii : omniumque harum gentium insigne, rotunda scuta, breves gladii et erga reges obsequium.
  6. Texte original : Unde mox promoventes ad sedes Ulmerugorum qui tunc Oceani ripas insidebant, castrametati sunt; eosque commisso proelio propriis sedibus pepulerunt, eorumque vicinos Vandalos iam tunc subiugantes suis applucuere victoriis. Ibi vero magna populi numerositate crescente, etiam pene quinto rege regnante, post Berig, Filimer, filio Gadarigis, consilio sedit, ut exinde cum familiis Gothorum promoveret exercitus. D'après le « site de L'antiquité grecque et latine » : Jornandès – Histoire des Goths
  7. Cf. par ex. Walter Pohl, Die Germanen, vol. 57, Munich, Oldenbourg, coll. « Enzyklopädie Deutscher Geschichte »,‎ 2004, p. 24. Même Herwig Wolfram, qui n'est pas franchement critique à l'égard du récit des origines des Goths, reconnaît que les preuves sont plutôt maigres (Herwig Wolfram, Die Goten und ihre Geschichte, Munich, C. H. Beck,‎ 2005 (réimpr. 2001, 2e éd.), p. 23 et suiv.).
  8. Les Goths en Grande-Pologne
  9. Archéologie et Antiquité : Publications, les Ulmerugi de Jordanès

Bibliographie[modifier | modifier le code]