Culpabilité (émotion)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Culpabilité (psychologie))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Culpabilité.

La culpabilité est une émotion causée par la transgression d'une norme morale[1]. Il s'agit d'une émotion proche du concept du remords.

Dans la classification des émotions morales de Jonathan Haidt, la culpabilité fait partie des émotions auto-conscientes, celles permettant aux individus de réguler leurs actions[2]. L'embarras et la honte sont des émotions proches de la culpabilité. La culpabilité s'en distingue car elle entraine des remords, la volonté de réparer sa faute, s'accompagnant d’empathie envers les victimes[3]. Selon l'anthropologue Ruth Benedict, les cultures peuvent être classées en fonction de l'importance de l'utilisation de la honte ou de la culpabilité pour réguler socialement les activités de leurs membres.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La culpabilité est un facteur favorisant les symptômes du trouble obsessionnel compulsif[4]. La culpabilité et ses causes, mérites, et démérites associés sont des thèmes courants dans les domaines psychologiques et psychiatriques. Dans ces deux domaines, la culpabilité est caractérisée par un état émotionnel perçu chez un individu qui est persuadé, selon ses propres perceptions et croyances morales, avoir mal agi. Il s'agit d'un sentiment grandissant qui reste marqué la plupart du temps, causée par la « conscience ». Sigmund Freud décrit ce sentiment dans sa seconde topique. Freud rejette le concept religieux de Dieu qui punirait toute mauvaise action en infligeant une maladie. Chez un patient, en tentant d'effacer la source de sa culpabilité, Freud remarque une seconde forme de culpabilité succédant à la première. Freud déduit « l'obstacle d'une culpabilité inconsciente... comme le plus puissant de tous les obstacles qui mènent vers la voie de la guérison[5]. » Le philosophe Martin Buber souligne la différence entre la notion freudienne, basée sur les conflits internes, et la « culpabilité existentielle », basée sur les blessures infligées aux autres[6].

Alice Miller explique que « de nombreuses personnes souffrent de ce sentiment oppressif de culpabilité dans leur vie, un sentiment de ne pas être devenu comme nos parents le voulaient... sans explication, ce sentiment de culpabilité peut s'accroître[7]. » La culpabilité est souvent associée à l'anxiété ; les patients maniaques, selon Otto Fenichel, réussissent à dévier leurs sentiments de culpabilité via « un mécanisme de défense qui ignore cette culpabilité à l'aide de la surcompensation... permettant au patient de ne pas ressentir la culpabilité[8]. » Fenichel souligne que « la maîtrise des sentiments de culpabilité peut devenir une tâche dévorante dans la vie d'une personne... « la contre-culpabilité »[9]. » De nombreuses techniques sont possibles, dont le refoulement.

Les individus psychopathes manquent de culpabilité et de remords pour les blessures et souffrances infligées aux autres. À la place, ils rationalisent leur comportement, accusent les autres, ou refusent d'admettre leurs fautes[10]. Pour les psychologues, il s'agit d'un mauvais raisonnement moral (comparé à la majeure partie de l'humanité), une incapacité à évaluer les situations d'un point de vue moral, et une incapacité à développer de l'empathie vis-à-vis des autres individus[11]. De plus, la sociopathie, ou plus communément trouble de la personnalité antisociale, présente également ce manque de culpabilité[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) "Guilt." Encyclopedia of Psychology. 2nd ed. Ed. Bonnie R. Strickland. Gale Group, Inc., 2001. eNotes.com. 2006. 31 décembre 2007.
  2. Quatre familles d'émotions morales La recherche 200§
  3. La culpabilité, une émotion socialement utile Laurent Bègue 2012
  4. (en) Leslie J. Shapiro, LICSW, « Pathological guilt: A persistent yet overlooked treatment factor in obsessive-compulsive disorder — », sur Aacp.com (consulté le 27 novembre 2012).
  5. (en) Sigmund Freud, On Metapsychology (PFL 11)p. 390-1
  6. (en) Buber M, « Guilt and guilt feelings », Psychiatry, vol. 20, no 2,‎ mai 1957, p. 114–29 (PMID 13441838).
  7. (en) Alice Miller, The Drama of Being a Child (1995) p. 99-100
  8. (en) Otto Fenichel, The Psychoanalytic Theory of Neurosis (Londres, 1946) p. 409-10
  9. (en) Fenichelp. 496
  10. (en) Morten Birket-Smith; Millon, Theodore; Erik Simonsen; Davis, Roger E., Psychopathy: Antisocial, Criminal, and Violent Behavior, New York, The Guilford Press,‎ 2002, 173–7 p. (ISBN 1-57230-864-8), « 11. Psychopathy and the Five-Factor Model of Personality, Widiger and Lynam »
  11. (en) Hare RD, Neumann CN, Handbook of Psychopathy, New York, The Guilford Press,‎ 2005, 58–88 p. (ISBN 1-59385-212-6), « The PCL-R Assessment of Psychopathy: Development, Structural Properties, and New Directions ».
  12. (en) Eric Berne, A Layman's Guide to Psychiatry and Psychoanalysis (Penguin 1976) p. 240

Liens externes[modifier | modifier le code]