Crypto-anarchisme

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Le crypto-anarchisme (ou crypto-anarchie) est une philosophie anarchiste qui prône l'emploi de la cryptographie dans le but de renforcer le secret, l'intimité et la vie privée sur Internet (privacy en anglais). Les crypto-anarchistes ont pour objectif de créer des communautés virtuelles dans le but de protéger leur vie privée et leur liberté politique.

Telle que décrite par Vernor Vinge, la crypto-anarchie se rapproche de l'anarcho-capitalisme. Vu sous cet angle, l'emploi de la cryptographie permet à des individus de faire des échanges économiques faisant fi des frontières[1].

À l'aide de ces outils, l'association entre l'identité d'un utilisateur (ou d'une organisation) et son pseudonyme est difficile à établir, à moins que l'utilisateur ne la révèle. Il est difficile de déterminer quelles lois seraient appliquées car l'origine géographique d'un participant est inconnue. On peut considérer le « cipherspace » comme un territoire indépendant où les lois ne s'appliquent pas ou comme une zone autonome. Cependant, les participants peuvent établir entre eux des règles ou se baser, s'ils utilisent des pseudonymes, sur la e-réputation.

Étymologie[modifier | modifier le code]

« Crypto » dans la crypto-anarchie ne doit pas être confondue avec le préfixe « crypto- », qui désigne une idéologie ou un système cherchant intentionnellement à dissimuler ou détourner la « vraie nature ». Par exemple, certains utilisent le terme « crypto-fasciste » pour désigner un individu ou une organisation suivant une doctrine fasciste mais qui cache ses intentions tant qu'elles restent socialement inacceptables. Cependant, le « cyphernomicon »[2] de Timothy C. May indique que le terme « crypto-anarchiste » était à l'origine pensé comme un jeu de mots par rapport à cette ambiguïté, bien qu'il n'ait pas eu pour but de cacher ses actions, ses croyances ou ses intentions.

Motivations[modifier | modifier le code]

L'une des motivations des crypto-anarchistes est de se défendre contre la surveillance des communications informatiques. Les crypto-anarchistes tentent de se protéger contre la Conservation des données, la Controverse entourant la surveillance d'internet par la NSA, la Room 641A, la loi FRA mais aussi HADOPI, ACTA, etc… Les crypto-anarchistes considèrent que le développement et l'utilisation de la cryptographie est la meilleure défense contre ces problèmes, par opposition aux actions politiques. Un autre sujet de préoccupation est d'échapper à la censure, particulièrement sur Internet, sur la base du principe de liberté d'expression. Les programmes utilisés par les crypto-anarchistes rendent souvent possible le fait à la fois de publier et de lire des informations sur internet de manière véritablement anonyme. Tor, I2P, FreeNet et d'autres réseaux similaires permettent l'existence de pages web « cachées » et anonymes, accessibles uniquement par les utilisateurs de ces services. Cela permet notamment aux Lanceurs d'alerte (whistleblowers) et aux opposants politique dans des pays totalitaires de diffuser leurs informations. Un troisième intérêt est la création et la participation aux économies alternatives. Des crypto-monnaies telles les Bitcoin et des services tels Silk Road rendent possible les échanges de biens et de services en dehors du cadre juridique. Enfin, le challenge technique du développement de ces systèmes cryptographiques est important, ce qui motive certains programmeurs a rejoindre ces projets.

La Loi[modifier | modifier le code]

Les crypto-anarchistes soutiennent que, sans la capacité de les chiffrer, les messages, les informations personnelles et la vie privée seraient sérieusement compromis ; qu'une interdiction de la cryptographie reviendrait à la suppression du secret des correspondances ; et que seul un état policier criminaliserait la cryptographie. Celle-ci est déjà interdite dans certains pays, et les lois sont restrictives dans d'autres. Les citoyens du Royaume-Uni sont légalement obligés de révéler les mots de passe permettant le déchiffrement de leurs systèmes personnels, sous peine d'emprisonnement de deux ans, sans aucune preuve d'autre activité criminelle.

Cette obligation de dévoiler ses clés peut être contournée en les renouvelant automatiquement (rekeying) à intervalle régulier. Les anciennes clés peuvent être supprimées, les rendant inaccessibles, même si l'utilisateur voulait les communiquer de plein gré. Les technologies permettant ce genre de renouvellement rapide incluent la cryptographie asymétrique, les générateurs de nombres pseudo-aléatoires matériels et la confidentialité persistante. La seule manière d'empêcher l'usage de ces techniques de cryptographie est de l'interdire complètement au sein d'un état totalitaire, en contrôlant physiquement tous les appareils informatiques de manière aléatoire.

Bannir de manière effective tout usage de la cryptographie est probablement impossible car on peut l'utiliser pour masquer la présence de contenu chiffré (voir stéganographie). Il est alors possible d'encapsuler un message illégal avec un algorithme fort à l'intérieur de messages chiffrés avec un algorithme faible mais légal, rendant difficile et coûteux pour une personne extérieure de détecter l'usage de la cryptographie[3].

Annexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Projets logiciels apparentés au crypto-anarchisme :

Célébrité :

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vernor Vinge, James Frankel. True Names: And the Opening of the Cyberspace Frontier (2001), Tor Books, p.44
  2. Cyphernomicon
  3. RFC1984

Liens externes[modifier | modifier le code]