Cry Baby Cry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Cry Baby Cry est une chanson des Beatles, écrite par John Lennon bien que créditée Lennon/McCartney. Elle paraît le 22 novembre 1968 au Royaume-Uni sur l'album The Beatles.

Pour écrire les paroles, Lennon s'est inspiré d'un vieux conte pour enfants, mais aussi d'un slogan publicitaire qui disait « Cry baby cry, make your mother buy ».

Composition[modifier | modifier le code]

Sing a Song of Sixpence, comptine populaire inspirant Lennon.

Au début de l'année 1968, John Lennon annonce un jour à Hunter Davies, en train d'écrire la biographie officielle des Beatles, qu'il tient peut-être une nouvelle chanson[1]. Très friand de télévision, Lennon semble y avoir puisé l'inspiration : « J'en ai encore une ici... quelques mots... Je pense que je les tiens d'une publicité. « Cry baby cry, make your mother buy. » (pleure petit, pleure, pour que ta mère achète) Je l'ai oubliée maintenant, mais ça reviendra si j'en ai vraiment besoin[2]. »

Lennon reprend le travail de cette chanson lors du séjour des Beatles en Inde, d'après le témoignage du chanteur Donovan qui fait aussi partie du voyage. Selon Donovan, Lennon s'est inspiré de son style pour composer Cry Baby Cry : « Nous étions très proches à l'époque, et les styles musicaux s'interpénètrent facilement[1]. » Par ailleurs, John Lennon reprend certaines idées de Sing a Song of Sixpence, une célèbre comptine anglaise pour enfants[1], notamment de l'extrait suivant :

« The king was in his counting house
Counting out his money
The queen was in the parlour
Eating bread and honey
 »

Dans sa chanson, Lennon réutilise pour certains couplets l'alternance roi et reine, en leur inventant d'autres activités. Ainsi, le roi est par exemple « dans la cuisine, préparant le petit-déjeuner pour la reine », tandis que la reine « est dans le parloir (comme dans la comptine originale), à jouer du piano pour les enfants du roi »[3]. Les personnages de la chanson sont tirés de l'imagination de Lennon (roi de Marigold, duchesse de Kirkaldy)[1]. Enfin, le « make your mother buy » de la publicité est devenu « make your mother sigh »[3]. Lennon reprendra ce thème dans la chanson Cleanup Time parue sur l'album Double Fantasy en 1980.

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Les Beatles enregistrent Cry Baby Cry le 16 juillet 1968, aux studios EMI. Douze prises sont mises en boîte, avec la participation de George Martin qui fait office de cinquième musicien et joue de l'harmonium. Il avait déjà joué un solo d'harmonium sur The Word quelques années plus tôt. Cette journée du 16 juillet est également la dernière à laquelle Geoff Emerick participe. Lassé de l'ambiance délétère et des tensions grandissantes entre les Beatles, le jeune ingénieur du son part en claquant la porte, avant même la fin de la semaine. Emerick ne reviendra aux côtés des Beatles que pour l'album Abbey Road, à l'été 1969. Cry Baby Cry est complétée le 18 juillet, avec de nouvelles parties vocales de John Lennon, des chœurs, et d'autres effets[4].

La première prise de la chanson est disponible sur la compilation Anthology 3. Dépourvue d'introduction, elle jouit d'un arrangement plus léger, et John Lennon est beaucoup moins présent sur le chant. Le musicologue Alan Pollack note que dans l'outro, « Lennon essaye de passer à un rythme de valse en 3/4, y réussissant seulement partiellement, donnant une idée de ce que la chanson aurait pu être[5]. »

Sur l'« album blanc », Cry Baby Cry est suivie par une courte chanson de Paul McCartney, sans aucun rapport et où il chante « Can you take me back? » (peux-tu me ramener). Absente de la liste des pistes de l'album mais bien audible sur le disque, cette chanson est enregistrée deux mois après Cry Baby Cry, pendant la dix-neuvième prise de I Will, autre chanson de McCartney. Dans sa version complète, « Can you take me back? » dure un peu plus de deux minutes ; sur l'album, seul un court extrait est inclus[6].

Interprètes[modifier | modifier le code]

source[7]

Publication[modifier | modifier le code]

Cry Baby Cry paraît le 22 novembre 1968 sur le double album The Beatles, plus communément surnommé l'« album blanc », sur le label Apple Records[8]. Elle est placée sur la quatrième et dernière face de l'opus, juste avant Revolution 9.

Dans une chronique de l'album, Ian MacDonald écrit que Cry Baby Cry « résume bien l'atmosphère du double blanc : moitié charmante, moitié sinistre, teintée de souvenirs lointains et avant tout introspective[9]. » Pour sa part, et comme souvent lorsqu'il est revenu a posteriori sur ses chansons époque Beatles, John Lennon s'est montré lapidaire envers Cry Baby Cry, la qualifiant en 1980 de « piece of rubbish » (bonne pour la poubelle)[2].

Reprises[modifier | modifier le code]

Cry Baby Cry est reprise dès l'année de sa parution, en 1968, par Ramsey Lewis sur son album Mother Nature's Son, qui est constitué de dix instrumentaux de morceaux des Beatles parus sur l'« album blanc ». Richard Barone l'enregistre près de vingt ans plus tard, sur son album Cool Blue Halo (1987). On dénombre cinq reprises de la chanson dans les années 1990, avec notamment Throwing Muses (en face B de Not Too Soon, 1991), Fool's Garden sur leur premier album (1993), et Phish (sur Hampton Comes Alive, 1998)[10]. Katie Melua l'a reprise en 2006 sur son maxi Spider's Web.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Steve Turner, p. 170
  2. a et b (en) Interview de John Lennon - Cry Baby Cry, sur beatlesinterviews.org. Consulté le 2/03/2011
  3. a et b (en) Paroles de Cry Baby Cry, sur stevebeatles.com. Consulté le 2/03/2011
  4. Mark Lewisohn, p. 143
  5. (en) Allan W. Polack, « Alan W. Pollack's Notes on Cry Babe Cry ». Consulté le 2/03/2011
  6. Mark Lewisohn, p. 155
  7. Ian MacDonald, p. 296
  8. Tim Hill, p. 332
  9. Ian MacDonald, p. 342
  10. (en) Reprises de Cry Baby Cry, sur secondhandsongs.com. Consulté le 2/03/2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tim Hill, The Beatles : Quatre garçons dans le vent, Place des Victoires,‎ 2008 (ISBN 978-2-84459-199-9)
  • Collectif (Mojo), The Beatles, 1961-1970 : Dix années qui ont secoué le monde, Éditions de Tournon (ISBN 2-914237-35-9)
  • Steve Turner, L’intégrale Beatles : les secrets de toutes leurs chansons, Hors Collection,‎ 1995 (ISBN 2-258-04079-5)
  • (en) Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions : The Official Story of the Abbey Road Years, 1962-1970, Londres, Hamlyn-EMI,‎ 1988 (ISBN 0-600-55784-7)
  • (en) Ian MacDonald, Revolution in the Head, Londres, Pimlico,‎ 2005 (ISBN 1-8441-3828-3.[à vérifier : isbn invalide])