Cru bourgeois

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La classification des crus bourgeois correspond à une distinction des vins de Bordeaux de grande qualité mais qui n'ont pas accédé à la classification historique des grands crus classés de 1855. La majorité des crus est organisée dans l'Alliance des crus bourgeois du Médoc. Dans le cadre de l'organisation commune du marché vitivinicole, le terme « cru bourgeois » bénéficie du régime des mentions traditionnelles.

Historique[modifier | modifier le code]

Le terme « cru bourgeois » trouve sa source dans la classification coutumière antérieure au XIXe siècle qui distinguait, au sein des vins du Médoc, les « crus bourgeois », les « crus artisans » et les « crus paysans » selon le statut social du propriétaire du vignoble. La publication du classement de 1855 remettra en cause cette classification, qui était encore utilisée par Charles Cocks en 1850 dans la première édition en français de son Guide de l’étranger à Bordeaux et dans la Gironde[1].

Depuis 1855, les qualités respectives des différents vins de Bordeaux ont évolué. Le classement de 1855 ne reflétait donc plus toujours au XXe siècle l'évaluation historique. Sur cette constatation, des producteurs et négociants du vignoble du Médoc ont proposé en 1932 une distinction nouvelle appelée à devenir la mention « cru bourgeois » qui pouvait être facultativement apposée sur les bouteilles récompensées.

En 1966, et 1978, deux palmarès syndicaux sont venus couronner la dénomination, pour aboutir à un classement officiel reconnu par l'État français. Ce classement a été réactualisé en 2003, et est devenu « Le classement officiel des Crus Bourgeois » dans le cadre de deux arrêtés de juin 2003 portant sur 8 appellations du Médoc[2],[3].

Classification de 1932[modifier | modifier le code]

Classification de 2003[modifier | modifier le code]

Le classement de 2003 reprenait une hiérarchie interne au classement des crus bourgeois, en distinguant des « Crus bourgeois exceptionnels» et des « Crus bourgeois supérieurs » répartis selon :

  • crus bourgeois (151 propriétés) ;
  • crus bourgeois supérieurs (87 propriétés) ;
  • crus bourgeois exceptionnels (9 propriétés).

Les crus bourgeois représentaient dans le classement de 2003 environ 44 % de la production totale de vin dans le Médoc répartis selon les appellations :

  • médoc : 62 propriétés pour 36 % de la production ;
  • haut-médoc : 82 propriétés pour 60 % de la production ;
  • saint-estèphe : 36 propriétés pour 48 % de la production ;
  • pauillac : 7 propriétés pour 9 % de la production ;
  • saint-julien : 6 propriétés pour 13 % de la production ;
  • moulis-en-médoc : 14 propriétés pour 63 % de la production ;
  • listrac-médoc : 20 propriétés pour 55 % de la production ;
  • margaux : 20 propriétés pour 28 % de la production.

Bénéficiaient notamment de la distinction de crus bourgeois exceptionnels :

Cette classification, qui retenait 247 exploitations sur 490 candidates, a donné lieu à des controverses et certaines propriétés de réputées n'ont pas été ou n'ont pas voulu être incluses dans ce classement, comme par exemple le château Gloria et le château Sociando-Mallet. Certaines propriétés exclues du classement ont par ailleurs engagé une action en annulation, et la cour administrative d'appel de Bordeaux, dans une série d'arrêts du [4], a annulé le classement de 2003, laissant l'Alliance des crus bourgeois dans l'incertitude[5].

Mise en place de la démarche de qualité « cru bourgeois »[modifier | modifier le code]

À la suite de l'annulation du classement de 2003, l'Alliance des crus bourgeois du Médoc a entrepris de faire homologuer un nouveau régime, portant non plus sur un système de classification mais sur un principe de labellisation, selon un rythme annuel. Ce nouveau régime a été introduit par un décret de 2009[6], complété par un arrêté ministériel de la même année[7].

Cette sélection officielle est une démarche dite « de qualité » contrôlée par un organisme indépendant et ouverte aux huit AOC du Médoc : médoc, haut-médoc, listrac-médoc, moulis, margaux, saint-julien, pauillac et saint-estèphe.

Sélection officielle des crus bourgeois[modifier | modifier le code]

La première sélection selon le nouveau régime a été rendue publique en 2010[8] et portait sur le millésime 2008. Elle a récompensé 243 propriétés, dans lesquelles ne figuraient plus notamment les crus les plus prestigieux qui bénéficiaient auparavant de la distinction de cru bourgeois exceptionnel, marquant une forme de désaffection des vignerons du Médoc pour une distinction qui se traduit notamment dans le nombre de candidatures présentées : alors que 490 propriétés étaient candidates en 2003, pour 247 attributions de la mention, le nombre de candidats n'était plus que de 290 pour le millésime 2008. Il n'a que peu progressé pour les millésimes suivants, puisqu'il s'établissait à 304 pour 2009 et 309 pour 2010. Compte tenu du nombre de propriétés finalement sélectionnées[9], le taux de réussite est supérieur à 80 %.

La sélection officielle 2010 des crus bourgeois est publiée en septembre 2012 et regroupe 260 domaines sur le millésime 2010. Celle de 2011[2],[1] publiée officiellement le 17 septembre 2013 regroupe 256 domaines pour un volume de 28 millions de bouteilles, soit environ 30 % de la production du Médoc (4 400 hectares environ soit 25 % de la surface viticole du Médoc).

Exception[modifier | modifier le code]

Une exception géographique existe bien dans le bordelais. Un cru de la rive droite de la Gironde, le château Peybonhomme-Les-Tours, peut apposer sur les bouteilles de sa production la mention « cru bourgeois  ». Cette exception s'appuie sur un jugement rendu par la Cour d'appel de Bordeaux le 9 avril 1996[10] qui confirme ce droit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Charles Cocks, Bordeaux, ses environs et ses vins classés par ordre de mérite, Féret,‎ 1850.
  2. a et b Arrêté du 6 mai 2003 relatif au règlement d'organisation du classement des crus bourgeois pour les appellations d'origine contrôlées produites dans l'aire de l'appellation d'origine contrôlée « Médoc », publié au JORF du 21 mai 2003.
  3. Arrêté du 17 juin 2003 portant homologation du classement des crus bourgeois pour les appellations d'origine contrôlées produites dans l'aire de l'appellation d'origine contrôlée « Médoc », publié au JORF du 22 juin 2003.
  4. Cour administrative d’appel de Bordeaux – 27 février 2007 – Requêtes 05BX00003, 05BX00093, 05BX00106, 05BX00108, 05BX00109, 05BX00116, 05BX00117, 05BX00123 et 05BX00124.
  5. Le bordeaux voit rouge, par Claudia Courtois, Le Monde du 01/03/07.
  6. Décret (no) 2009-1265 du 20 octobre 2009 modifiant le décret du 19 août 1921 portant application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes dans la vente des marchandises et des falsifications des denrées alimentaires et des produits agricoles, en ce qui concerne les vins, les vins mousseux et les eaux-de-vie, publié au JORF du 22 octobre 2009.
  7. Arrêté du 16 novembre 2009 portant homologation du cahier des charges et du plan de vérification relatifs à la sélection des crus bourgeois pour les appellations d'origine contrôlées produites dans l'aire de l'appellation d'origine contrôlée « Médoc », publié au JORF du 24 novembre 2009.
  8. Philippe Bidalon, « Les crus bourgeois du Médoc sont de retour », L'Express,‎ 24 septembre 2010.
  9. 246 et 2009 et 260 en 2010.
  10. jugement du 9 avril 1996 Cour d'Appel de Bordeaux Première Chambre section A N° de rôle: 93006622 / Nature de la décision : au fond

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Dovaz, Encyclopédie des Crus Bourgeois du Bordelais, Editions de Fallois, 1992. (ISBN 2-87706-162-0)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]