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Critique de la philosophie

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La philosophie a été critiquée dès sa naissance. Socrate le premier est, par sa pratique de la philosophie, accusé de corrompre la jeunesse et d'atteinte aux bonnes mœurs.
Les critiques de la philosophie sont multiples et diffèrent par leurs moyens et leurs buts.
La philosophie étant une discipline créative, la production philosophique implique une reformulation, une réappropriation des concepts formés par les philosophes antérieurs. Ainsi la philosophie comprend une activité de critique de la tradition philosophique. La "critique" de la philosophie vient donc des non-philosophes; [réf. nécessaire] sauf lorsqu'elle intervient dans la création d'une nouvelle discipline (Auguste Comte et la sociologie).

Une absence de définition[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucune définition précise de ce qu'est la philosophie en dehors de sa nature intellectuelle.

C'est sans doute pour cette raison qu'il est difficile d'en trouver la critique en proportion de sa présence aux rayonnages des bibliothèques et des librairies.

Dans L'Histoire de la philosophie, Bibliothèque de la Pléiade, 1973[1], Blaise Pascal qui osa manifester son opposition à la philosophie de Descartes et préconisa de "se moquer" de la philosophie en général n'eût droit, par exemple, qu'à “une seule page” contre 176 pour Marx.

En l'absence d'une définition claire d'une discipline qui se révèle protéiforme, la "tradition" philosophique dont elle se réclame sans cesse, permet malgré tout de lui opposer une critique (en concurrence d'ailleurs avec l'autocritique qu'elle s'inflige elle-même tout au long de son histoire).

Que l'on pense à Jacques Derrida qui cherche à en finir avec la philosophie traditionnelle.

La philosophie universitaire[modifier | modifier le code]

Souvent synonyme de liberté de pensée, la philosophie peut être critiquée pour ses rapports avec le pouvoir qu'implique sa position universitaire. On note notamment à ce sujet l'ouvrage de Schopenhauer Sur la philosophie dans les universités et plusieurs aphorismes de Nietzsche tel :

« D'UNE PROMOTION DE DOCTORAT. -« Quelle est la mission de toute instruction supérieure ? - Faire de l'homme une machine. - Quel moyen faut-il employer pour cela ? - Il faut apprendre à l'homme à s'ennuyer. - Comment y arrive-t-on ? - Par la notion du devoir. - Qui doit-on lui présenter comme modèle ? - le philologue : il apprend à bûcher. - Quel est l'homme parfait ? - Le fonctionnaire de l'État. - Quelle est la philosophie qui donne la formule supérieure pour le fonctionnaire de l'État ? - Celle de Kant : le fonctionnaire en tant que chose en soi, placé sur le fonctionnaire en tant qu'apparence. » - »[2]

Le besoin de tout comprendre[modifier | modifier le code]

Si les spécificités du philosophe à l'origine de sa vocation, notamment sociales et psychologiques, n'ont encore guère été étudiées, on peut cependant citer les ouvrages du sociologue Louis Pinto.

"Faut comprendre! que je lui réponds. Faut comprendre! On vous explique bien trop de choses! Voilà le malheur! Cherchez donc à comprendre! Faites un effort!" (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 273, Folio no 28)


"Georges Bataille considère que le pouvoir des philosophes repose tout entier sur la maîtrise du langage.(…) Mais il a vu dans le projet philosophique le produit d'une tragédie, celle qui nous voue à des limites que nous ne pouvons supporter, ainsi que le résultat d'une tentative pour esquiver le silence et ses multiples formes.(…) L'effort dérisoire et désespéré des philosophes consiste donc en la mise en œuvre d'une interminable transgression pour échapper à la tragédie de la condition humaine." Jean-Michel Besnier[3], Histoire de la philosophie moderne et contemporaine. Figures et œuvres. Grasset 1993.

"Philosopher n'est qu'une autre façon d'avoir peur et ne porte guère qu'aux lâches simulacres".(Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 206, Folio no 28)


Roland Quilliot invoque Wittgenstein dont la "seconde philosophie" resterait "fidèle au principe selon lequel La tentation de philosopher est dans la majorité des cas une tentation maladive. Le philosophe est celui qui croit qu'on ne peut vivre si l'on n'a pas trouvé la réponse à certains problèmes qui rendent à ses yeux le monde mystérieux : il ne se rend pas compte que ces problèmes sont de pseudo-problèmes, créés par une "fausse interprétation de nos formes de langages" et qu'ils ne doivent pas être résolus mais dissous. "[4]

"Vous en êtes comme malade de votre désir d'en savoir toujours davantage… Voilà tout…" (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 235, Folio no 28)

Les illusions de la philosophie[modifier | modifier le code]

Illusions et illusionnistes[modifier | modifier le code]

Jean-François Revel, en philosophie, l'essentiel de sa contribution tient dans un essai qui connut un très grand succès en 1957, Pourquoi des philosophes. Il y explique comment la philosophie a épuisé son rôle historique qui était de donner naissance à la science. Depuis Kant, la biologie, la physique et plus tard la psychologie se sont détachées de la philosophie qui est devenue un genre littéraire. C'est malheureusement en voulant l'ignorer qu'un philosophe comme Etienne Gruillot peut déclarer que la philosophie l'a guéri des facilités de la littérature comme Rimbaud s'est "opéré vivant de la poésie" en Abyssinie sur France 3 Bourgogne Franche-Comté, ouvrez les guillemets[5]

Parfois la philosophie entretient l'illusion qu'elle peut… faire illusion : Impostures intellectuelles est un ouvrage d'Alan Sokal et Jean Bricmont publié en 1997. L'ouvrage constitue une critique assez dure envers ce que les auteurs regroupent sous le nom de « philosophie postmoderne ». Ils visent en particulier des auteurs qui utilisent les concepts ou le vocabulaire des mathématiques ou de la physique, relevant les erreurs et les invoquant pour dénoncer des pensées vides de sens, en commentant des extraits de livres de Jacques Lacan, Julia Kristeva, Bruno Latour, Gilles Deleuze, Luce Irigaray.

Nietzsche suggérait de ne voir dans la philosophie qu'une généralisation aberrante des faits par des philosophes trop humains :

"Peut-être le temps est-il très proche où l'on s'avisera que la pierre angulaire des édifices sublimes et inconditionnels que les philosophes dogmatiques se sont plu à élever n'était au fond que superstition populaire venue d'un temps immémorial, (…) quelconque jeu de mots peut-être, suggestion aberrante de la grammaire, ou encore généralisation téméraire de quelques faits limités, très personnels, d'un caractère très humain, trop humain." Nietzsche, Par-delà bien et mal, préface. Collection Folio essais no 70, Gallimard 1987.

L’histoire n’évolue pas dans le sens annoncé par leurs prédécesseurs. Ainsi, Sam Harris avoue à la fin de sa Letter to a Christian Nation : « La présente lettre est la conséquence d’un échec – l’échec des nombreuses et brillantes attaques contre la religion, l’échec des écoles qui avaient la responsabilité d’enseigner clairement la mort de Dieu à chaque nouvelle génération, l’échec des médias qui devraient critiquer les abjectes certitudes religieuses de nos hommes publics ».

" La seule illusion vraiment dangereuse n'est-elle pas de se croire délivré de toute illusion, c'est-à-dire au fond de se prendre pour Dieu?" Roland Quilliot, L'Illusion, "Que sais-je ?", Les Presses universitaires de France (PUF), 1996, p. 78. III. - Philosophie et critique de l'illusion.

"Mais il y a trop de choses à comprendre en même temps. La vie est bien trop courte. On ne voudrait être injuste avec personne. On a des scrupules, on hésite, parce qu'alors on serait venu sur la terre pour rien du tout. Le pire des pires." (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 273, Folio no 28)

La conquête de l'inutile[modifier | modifier le code]

La quête philosophique des nourritures de l'esprit nous laisse au bout du compte sur notre faim : "La philosophie est la nourrice sèche de la vie, elle veille sur nos pas, mais ne peut nous allaiter" Søren Kierkegaard

La raison sans doute de cette insatisfaction tenant à ce que son objet reste inatteignable en dépit des folles tentatives pour l'obtenir : "Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde" Ludwig Wittgenstein

Par conséquent, cette "nourrice" inutilement bavarde fait estimer à Wittgenstein que "la juste méthode de la philosophie serait en somme la suivante : ne rien dire" ; " La juste méthode de la philosophie, c'est bel et bien la réduction du philosophe au silence."[6]

Or, "Wittgenstein était (…) un philosophe du Silence, un mystique soucieux de faire au langage sa part afin de donner sa raison d'être aux vastes contrées de ce qu'il est important de taire; pour Wittgenstein, en effet, ce qui est important dans la vie d'un homme est précisément ce sur quoi nous devons garder le silence." Jean Brun[7]

"On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. Ça y sera." (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 327, Folio no 28)

Dans un entretien paru dans le quotidien l'Humanité, janvier 2004, Jacques Bouveresse s'interroge sur son choix de se mêler de philosophie : "Quand je me demande si j’ai eu raison ou non de persévérer finalement dans la voie philosophique, ma réaction est mitigée. Il m’arrive, encore aujourd’hui, de regretter de temps à autre de n’avoir pas choisi plutôt, au moment où c’était encore possible, les sciences, et plus précisément les mathématiques. Ce que je veux dire par là est que je continue à trouver terriblement frustrant et parfois désespérant l’univers de la philosophie. Je me dis parfois qu’il serait décidément plus agréable de pratiquer une discipline où l’on peut parvenir, au moins de temps à autre, à des résultats qui, du point de vue humain, sont peut-être d’un intérêt un peu limité, mais ont au moins l’avantage d’être à peu près assurés."[8]

"Lui, Princhard, je ne le revis jamais. Il avait le vice des intellectuels, il était futile. Il savait trop de choses ce garçon-là et ces choses l'embrouillaient. Il avait besoin de trucs pour s'exciter, se décider." (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 71, Folio no 28)

La "tour d'ivoire" des philosophes[modifier | modifier le code]

"Enfermé dans son poêle (chambre chauffée), Descartes établit un retour à sa pensée".

Le pessimisme et l'isolement social érigés en méthode de travail accompagne la plupart du temps l'exercice philosophique. Theodor W. Adorno croit fermement que "la vie sociale entre les hommes est devenue impossible dans les conditions qui sont les nôtres maintenant"; "être sociable, c'est déjà prendre part à l'injustice" [9]

Ce point de vue est très partagé chez les penseurs; ce qui contraint Hannah Arendt à expliquer les inconvénients d'une telle façon de vivre pour la société.

" Les philosophes ont (…) besoin de solitude (…) d'êtres laissés à eux-mêmes, c'est-à-dire d'être "protégés contre les perturbations naissant de leurs obligations en tant que citoyens." "Mais la raison pour laquelle on ne peut pas se fier à eux en matière de politique ni même de philosophie politique vient de leur "sympathie pour la tyrannie", laquelle s'explique du fait que "dans ces régimes personne n'attend une quelconque action de la part des citoyens." [10]

"C'est que je ne connaissais pas encore les hommes. Je ne croirai plus jamais à ce qu'ils disent, à ce qu'ils pensent. C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours." (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 15, Folio no 28)

Le jargon des philosophes[modifier | modifier le code]

Le désir de s'encrapuler peut faire songer à une activité jadis courante chez les femmes de la haute société. Parées de leurs plus beaux bijoux, revêtues d'une splendide robe du soir, elles allaient danser la java dans les bals louches et connaissaient d'enivrants frissons à se sentir chaloupées entre les bras de souteneurs. Bon nombre d'intellectuels font aujourd'hui de même et s'offrent à toutes les javas idéologiques. Les mangeurs de haschich auxquels fait allusion Rimbaud se multiplient mais tous n'ont pas recours à la drogue au sens strict du terme, beaucoup d'entre eux utilisent les mots comme hallucinogènes. Depuis la fin de la dernière guerre les jargons philosophiques se sont succédé à une grande rapidité. Nous avons eu d'abord le jargon existentialiste cher au Sartre de L'Être et le Néant et à ses épigones de l'époque : la recherche des mots composés, les tournures faisant songer à quelque maladroite traduction d'un texte allemand firent fureur pendant quelques années. Puis apparut le jargon heideggérien qui fleurit au fur et à mesure que paraissaient des traductions nouvelles. Puis le jargon phénoménologique, sans oublier l'apport de la psychanalyse en ce domaine.. Le jargon teilhardien eut son heure de gloire, beaucoup plus brève il est vrai. Aujourd'hui nous nageons dans le jargon structuralo-linguistique en attendant naturellement la nouvelle vague. Toutes les combinaisons sont bien sûrs possibles : jargon freudo-marxiste, psychanalytico-linguistique, marxo-heideggérien, sartro-freudien; chacun à son Maître à penser voire sa revue personnelle. Jamais on n'avait assisté à une telle prolifération de patois et d'équipes de Trissotin. Cette griserie des mots et des néologismes donne l'impression à ceux qui les cultivent que, en créant des mots, ils s'évadent hors des choses et qu'ils deviennent les démiurges de combinatoires nouvelles. Des chapelles linguistico-philosophiques se constituent qui codent la prose et les idées les plus simples en s'imaginant avoir ainsi transfiguré la réalité à exorciser. Le baptême terminologique donne l'illusion au néophyte d'accéder à une vie nouvelle désembourbée des anciennes ornières où elle s'enlisait. On s'imagine que l'extase révélatrice est ainsi à portée de la main et que l'on débouchera bientôt sur quelque voie royale grâce à la toute-puissance d'un • Sésame, ouvre-toi! ». Le mot devient ainsi ce qui propulse hors du réel.[11]

La critique spiritualiste[modifier | modifier le code]

" La philosophie antique n'est donc pas un système, elle est un exercice préparatoire à la sagesse, elle est un exercice spirituel." résume l'éditeur de Pierre Hadot pour son livre Qu'est-ce que la philosophie antique ?. Paris, Gallimard, 1995.

Force est de constater que cette revendication de sagesse et de spiritualité a fini par se réduire dans la pratique à une "morale de l'absurde"; "la prise de conscience du non-sens de la vie" conduisant l'homme à vivre "sans appel" quitte à payer les conséquences de ses erreurs[12].

Cette piètre consolation face à une absence supposée de toute raison profonde de vivre se heurte à maintes objections sur le plan des idées, en particulier en provenance de penseurs spiritualistes tel Jean Brun qui rappelle cruellement :

" Lorsque l'homme se donne pour le créateur inépuisablement fécond de vérités successives, ou pour l'instaurateur suprême d'une vérité sans réplique, il devient tôt ou tard son propre bourreau, car il est rapidement supplicié et dévoré par les systèmes qu'il avait instaurés et où il croyait se donner la plus haute idées de lui-même."[13]

Jean Grenier, dans ses Entretiens sur le bon usage de la liberté (1971) note de façon similaire que le refus du sens reposant sur le postulat athée (de l'existence de l'homme excluant celle de Dieu) qui apparaît à Jean-Paul Sartre comme une évidence, conduit à une philosophie affirmée de l'action : "Si la valeur, reconnue comme indispensable est créée au fur et à mesure, n'est-elle pas suscitée par la force des évènements ou la ruse des instincts? Ou par une soi-disant dialectique de l'histoire", " Une doctrine qui affirme le primat absolu de l'action a ceci de redoutable qu'elle presse l'homme de s'engager sans lui dire en quoi, pourquoi."[14]

Pour toutes ses raisons, l'échec du projet antique de la philosophie comme "pratique de vie" (P.Hadot) est rendu donc manifeste par le grand refus de tout sens transcendant, refus adopté désormais comme devise de la philosophie. Or, c'est cela même qui fit dire à Nietzsche : « le désert croît, les buts manquent ».

Contrairement aux spiritualités qui affirment des vérités définitives, la philosophie essaie de minimiser son impuissance historique à pouvoir le faire en effectuant un retournement contre elle-même, s'interdisant désormais tout contenu utilisable : "La philosophie "dénude" le savoir et nous livre, en définitive au non-savoir absolu"[6]. Georges Bataille.

"Ni la connaissance de la Nature ou de l'Histoire, ni une connaissance à la puissance deux, affirmant qu'il faut savoir qu'il n'y a rien à connaître, mais que l'objet du savoir se confond avec le savoir lui-même, ne peuvent donner un sens à la vie"[15]Jean Brun

Une philosophie devenue "impraticable" et une pratique philosophique se réfugiant dans le "non" affirmatif, invite inévitablement l'esprit à dresser contre elle "l'arme la plus terrible, l'indifférence." (Après Nietzsche, Giorgio Colli)[16]

La critique pascalienne[modifier | modifier le code]

La critique de la philosophie à partir de Blaise Pascal mérite un traitement séparé. En raison même du fait que selon Émile Bréhier : "Pascal n'est pas un philosophe"[17] mais écrivain religieux. Sa critique est donc spiritualiste et chrétienne.

"Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher." Pensées (1670)

Cependant Jean Brun résume la critique pascalienne ainsi : "si l'on entend par philosophe celui qui se moque des philosophies parce qu'il voit en elles que de dérisoires constructions dont les auteurs cherchent des refuges dans l'objectivité, le collectif ou le sens de l'Histoire, alors on doit dire que Pascal est vraiment un philosophe."[18]

La pensée de Jean Brun[modifier | modifier le code]

Jean Brun (1919-1994) est un philosophe français. Il fut professeur à l'Université de Dijon (de 1961 à 1986). Les événements de 1968, qui ont marqué sa génération, l’ont profondément affecté. Il les a considérés comme une expression de la dégradation de la civilisation et des mœurs sociales.[19]

« S’il fallait qualifier la philosophie de Jean Brun, nous pourrions dire en premier lieu qu’il ne s’agit pas d’une philosophie chrétienne, mais plutôt de la philosophie d’un chrétien. En second lieu, et en relation avec le premier point, il s’agit d’une philosophie avant tout critique, et non systématique. »

« Jean Brun, quant à lui, étudie l’homme et les sociétés sous l’aspect de la Chute. »

« C’est en ce sens que sa philosophie peut être qualifiée de critique, car elle remonte continuellement à l’origine du mal humain pour dévoiler à nos yeux une condition humaine non seulement marquée par la Chute originelle, mais encore attachée à répéter le même geste funeste dans l’espoir d’une auto-rédemption. »[20]

Les critiques de la philosophie de Jean Brun s'apparentent à la pensée du grand apologète du XVIIIe siècle, Pascal, pour toutes ses raisons.

Sa lecture chrétienne et conservatrice de l'histoire de la philosophie, aboutit au fil de ses essais, à la constitution finalement d'un inventaire accablant pour l'Homme.

Dans ces conditions, Jean Brun reprend à son compte l'idée pascalienne radicale d'ironie distante face à la philosophie qui n'aurait alors plus pour mission que "de nous guérir des philosophes"[21]

Dans sa Philosophie de l'Histoire[22] il indique le remède pour se guérir du "perspectivisme fondamental qui exclut à l'avance l'idée d'une vérité philosophique essentielle" (Roland Quilliot)[23] :

"Kiekegaard disait : " Seul l'Absolu rend sobre "; il rend sobre car il constitue la pierre de touche à laquelle nous devons corroder tous les fétichismes du relatif en œuvre dans les sociologismes et dans les systématismes."

Cet absolu dont parle Søren Kierkegaard par la bouche de Jean Brun, c'est celui que nous retrouvons dans "le Message des Écritures, tout comme il rompt dans le passé avec les philosophies grecques, rompt également avec les philosophies de l'histoire passées et à venir, avec les dialectiques et les différents ismes que l'on peut lancer sur le marché aux idées comme autant de machines à comprendre."[24]

Cette position pascalienne est ici affirmée, une fois de plus, par la rupture presque totale envisagée avec la philosophie en guise de nouvelle Apologie de la religion chrétienne.

Cette démarche spiritualiste se rencontre aussi par exemple, chez René Guénon qui parle de "déviation" de la philosophie "profane", "c'est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d'ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, supra-rationnelle, et "non-humaine".[25]

La critique mutuelle des philosophes[modifier | modifier le code]

« Les intellectuels ne savent rien » dira Karl Popper à 83 ans dans sa conférence de Zurich La recherche de la paix (Toute vie est résolution de problème). Plus qu'une provocation, c'est un symbole de la relativité du savoir, et de la stérilité des conflits de doctrines.

Pour Jacques Bouveresse, « Les philosophes se racontent beaucoup d'histoires ». Alors qu'ils auraient soi-disant quelque chose à nous dire, "Wittgenstein a dit (à peu près) qu'en philosophie, on parvient rarement à savoir ce qu'il faut dire sur une question donnée mais que, en revanche, on peut souvent savoir clairement que certaines choses ne peuvent pas être dites, et c'est déjà un bénéfice considérable[26].

"Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple...Lui qui ne connaisait que le catéchisme! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l'éduquer…" (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 69, Folio no 28)

Le thème de la mort de la philosophie[modifier | modifier le code]

Isabelle Thomas-Fogiel[27] rappelle que pour différents, voire opposés, que puissent être leurs discours, leurs principes ou leurs méthodes, les principales philosophies de ces dernières décennies ont, en général, donné le sentiment de s'accorder au moins sur un point. À savoir sur l'idée que la philosophie, conçue comme une discipline autonome, serait aujourd'hui obsolète et condamnée à disparaître dans un avenir proche. Référence et autoréférence, Étude sur le thème de la mort de la philosophie dans la pensée contemporaine, Vrin, janvier 2006

Ce thème de la mort de la philosophie suggère à Jean-Jacques Wunenburger que : "La philosophie sait donc qu’elle aussi est mortelle "[28].

Sur ce thème, on retrouve Nietzsche en "fossoyeur de la philosophie"[29]. Pour Giorgio Colli, "après Nietzsche, aucun philosophe n'est désormais plus digne de foi, ni ne le sera. La philosophie est démasquée irrémédiablement."[16]

La critique du sens commun[modifier | modifier le code]

- Le philosophe n'a pas obtenu les résultats escomptés dans sa prétention à la libération de l'Homme. - La philosophie n'a fait qu'embrouiller le problème de la vérité plutôt que de le démêler. - Le philosophe se paie de mots et en joue. - La philosophie n'a pas de vérités à énoncer; elle ne fait que critiquer. - La philosophie est une grave déviation de l'orgueil humain. - La philosophie n'a pas rendu l'homme meilleur ou plus heureux. - La vie a ses raisons que la "philo" ne connaît pas.

« Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. « Vive Diderot ! » qu’ils ont gueulé et puis « Bravo Voltaire ! » En voilà au moins des philosophes ! (…) Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! » (Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 69, Folio no 28)

La critique de la philosophie dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction dystopique de Ray Bradbury publié en 1953. Dans un futur indéterminé, Montag est un « pompier » dont le travail est de brûler toutes les œuvres écrites, sans exception. Lui et son escouade pyromane parcourent la ville à la recherche de toutes les bibliothèques illégales, et ont pour ordre strict d’en faire un autodafé. Le monde de Montag est un monde où posséder un livre, voire simplement lire une œuvre écrite, sont devenus des crimes. La littérature, répugnée par la société, n’existe plus.

L'adaptation du roman éponyme de Ray Bradbury, Fahrenheit 451 (film, 1966) est un film de François Truffaut. On y entend une critique assez commune à l'encontre des livres et des idées philosophiques. À la minute 00:57:12, le capitaine dit : "Les livres n'ont rien à dire! (…) ceux qui lisent deviennent malheureux et se mettent à rêver des vies impossibles.(…)On va se débarrasser de toute cette philosophie. C'est encore pire que les romans. Penseurs! philosophes! ils ont toujours raison. Et les autres sont des imbéciles! Hier, champion du déterminisme… Et aujourd'hui ne jurant que par le libre-arbitre. Simple question de mode, comme… la longueur des jupes."

Cette scène est un écho à celle où Hamlet s'écrie en déchirant les pages d'un livre :

Acte II Scène II : Polonius. -- .....Que lisez-vous, monseigneur ? Hamlet . -- Des mots, des mots, des mots Hamlet : -- .....il n'est rien de bon ou de mauvais en soi, c'est notre opinion qui le rend tel. Hamlet (1601) de William Shakespeare

Dans Ridicule, un film français de Patrice Leconte sorti en 1996, une scène illustre la critique de Nietzsche selon laquelle, les philosophes ne sont que des "prêtres masqués" (Ecce homo (Nietzsche)). l'Abbé de Vilecourt, un prêtre libertin, tient un double langage, fait d'outrances théologiques et d'irrévérence toute philosophique. Croyant finir sur un bon mot en prétendant prouver de la même façon qu'il le fit avec l'existence de Dieu, son contraire, le roi Louis XVI venu l'écouter au salon se cabre contre son impiété. On entend parmi les courtisans la réprobation outrée au son de "philosophe!", "fanfaron!".

Noël Godin, surnommé Georges Le Gloupier ou l'entarteur envoie sa tarte à la figure du philosophe Bernard-Henri Lévy en s'exclamant : « Entartons, entartons les pompeux cornichons ! »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La philosophie de Pascal, Jean Brun, Presses universitaires de France, Que sais-je ?, Introduction
  2. Le Crépuscule des idoles, « Flâneries inactuelles », § 29.
  3. Jean-Michel BESNIER - Bandeau - CNRS
  4. Que-sais-Je? 3093, l'Illusion. Roland Quilliot, Presses Universitaires de France (PUF), p. 113
  5. FRANCE 3 - Ouvrez les guillemets… - France 3 Bourgogne Franche Comté : programmes, guide tv et émissions
  6. a et b Jean-Michel Besnier, Histoire de la philosophie moderne et contemporaine. Figures et Œuvres, Paris, Grasset,1993
  7. L'Europe philosophe : 25 siècles de pensée occidentale, Paris, Stock, 1988
  8. Bouveresse - Entretien L'Humanite 16 janvier2004
  9. Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée, trad. Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, Payot, 1980
  10. Sylvie Courtine-Denamy, Hannah Arendt, Hachette Littérature, Pluriel Série Philosophie 1998, p. 247
  11. Jean Brun Les Vagabonds de l'Occident : l'expérience du voyage et la prison du moi, Paris, Desclée, 1976. p. 143
  12. Albert Camus, LE MYTHE DE SISYPHE. Essai sur l'absurde.Paris : Les Éditions Gallimard, 1942
  13. Vérité et Christianisme, Troyes, Librairie bleue, 1995, p. 60
  14. Jean Grenier, Entretiens sur le bon usage de la liberté, Gallimard, 1948
  15. Vérité et Christianisme, Troyes, Librairie bleue, 1995, p. 105
  16. a et b Après Nietzsche de Giorgio Colli,Philosophie imaginaire, éditions de l'éclat, paris, 1987
  17. Histoire De La Philosophie, "Encyclopédie de la Pléiade", Gallimard 1973
  18. Jean Brun, La Philosophie de Pascal, Paris, Presses universitaires de France, 1992. coll. " Que sais-je ?" p. 114
  19. Paul Wells, professeur de théologie systématique à la faculté libre de théologie réformée à Aix-en-Provence
  20. Eric Kayayan, "KAYAYAN Eric - Hommage à Jean Brun". À écrit aussi : Rendre Compte de l'Espérance L'AGE D'HOMME 2009.
  21. Jean Brun Les Vagabonds de l'Occident : l'expérience du voyage et la prison du moi, Paris, Desclée, 1976. , conclusion
  22. Jean Brun, Philosophie de l'histoire: les promesses du temps, conclusion, Paris, Stock, 1990
  23. Que-sais-Je? 3093, l'Illusion. Roland Quilliot, Presses Universitaires de France (PUF), p. 31, 32
  24. Jean Brun, Philosophie et Christianisme, Québec, Éditions du Beffroi ; Lausanne, L'Âge d'Homme, 1988, p. 170
  25. GUENON René, La crise du monde moderne (Idées-Gallimard), p.25, 26.
  26. Philomag - Entretien - Jacques Bouveresse : « Les philosophes se racontent beaucoup d'histoires »
  27. ƒCOLE DOCTORALE DE PHILOSOPHIE DE L'UNIVERSITƒ
  28. PHILOSOPHIE - Encyclopédie Universalis
  29. Le présent n'existe pas. Giorgio Colli, Après Nietzsche

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]