Critiques de Wikipédia

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Cet article résume des études, des controverses et des critiques reliées à Wikipédia.

Articles et études sur Wikipédia[modifier | modifier le code]

Encyclopædia Britannica et Wikipédia[modifier | modifier le code]

Le magazine scientifique Nature a publié le 15 décembre 2005 un article[1] montrant les résultats d'une étude portant sur 50 articles du domaine scientifique issus de Wikipedia (version anglaise), et les 50 mêmes de l'Encyclopædia Britannica ayant approximativement la même longueur. Tous ces articles ont été soumis à des experts dans leurs domaines pour y révéler des erreurs, approximations ou tout autre défaut. Sur les 50, seuls 42 ont été vraiment traités :

– les articles de l'Encyclopædia Britannica comportent 123 erreurs, soit un taux de 2,93 erreurs par article ;
– ceux de Wikipédia comportaient 162 erreurs, soit un taux de 3,86 erreurs par article.

Par rapport à l'encyclopédie de référence dans le monde anglophone, il y a donc près de 32 pour cent d'erreurs en plus sur Wikipédia. L'étude n'a touché qu'à des articles scientifiques, donc moins sujets à controverse que certains touchant l'histoire, la politique ou la religion. De plus, 42 articles ne peuvent être représentatifs des plus de 850 000 articles que comptait à l'époque la version anglaise de Wikipédia.

Mais l’Encyclopædia Britannica a publié en mars 2006 une réfutation de l'étude[2], elle a réfuté 64 des 123 erreurs et/ou omissions[3] . La conclusion de l’Encyclopædia Britannica est la suivante : « Presque tout dans cette enquête, depuis les critères pour identifier des inexactitudes jusqu'à la discordance entre le texte d'un article et son titre, était erroné et fallacieux »[4].

Cette accusation a immédiatement fait l'objet d'une réponse du magazine scientifique[5] qui la rejette en affirmant que cette comparaison était juste et explique pourquoi il refuse de retirer l'article. L'examen des articles de Wikipédia et des articles de Britannica se faisant dans les mêmes conditions, les analyses auraient donc été impartiales envers les deux encyclopédies.

Wikipédia décrite par la revue Pour la Science[modifier | modifier le code]

Pour la Science publie dans son numéro d'octobre 2007 un article de quatre pages sur Wikipédia s'intitulant : « Peut-on se fier à Wikipédia ? » (Anaïg Mahé)[6].

Après un récapitulatif sur son histoire et sur ce qu'est Wikipédia (y compris les rôles des « types » de contributeurs), l'article aborde :

  • la popularité de Wikipédia et ses raisons (notamment grâce à Google) ;
  • les critiques portées à son encontre (pas de validation, anonymat des contributeurs) ;
  • les études réalisées sur sa fiabilité (Nature notamment, mais aussi les « tests-vandalismes ») ;
  • les recommandations de certaines institutions sur son usage ;
  • les limites de Wikipédia (très bonne qualité sur des articles scientifiques, pauvreté dans les sciences humaines et surreprésentation de certains sujets). De plus, Wikipédia (comme les autres encyclopédies) ne peut qu'être un point de départ dans une recherche et non une finalité ;
  • les défauts de Wikipédia par rapport aux encyclopédies traditionnelles (style assez plat et parfois piètres analyses).

L'article termine sur Citizendium avec une question sur la pérennité de cette version « validée » de Wikipédia. Et la nécessité que les lecteurs aient un esprit critique sur ce qu'ils lisent et la responsabilité des contributeurs à Wikipédia.

La principale critique formulée à l'encontre de Wikipédia reste l'absence de validation des informations par des autorités reconnues, du fait de l'anonymat des contributeurs.

Controverses liées à Wikipédia[modifier | modifier le code]

Larry Sanger et le respect de l'expertise[modifier | modifier le code]

Larry Sanger fut le rédacteur en chef du projet Nupédia.

Il est considéré comme le cofondateur de Wikipédia, bien que son rôle précis fasse l’objet d’une controverse avec Jimmy Wales. Il démissionna de ses fonctions au sein de Nupédia et de Wikipédia en mars 2002.

En raison du travail accompli lors de la création de cette tentative d'encyclopédie, la publication d’un article de Larry Sanger très critique envers Wikipédia eut un fort retentissement : dans ce texte paru en décembre 2004, « Why Wikipedia must jettison its anti-elitism »[7] (Pourquoi Wikipédia doit se débarrasser de son anti-élitisme), Larry Sanger développe les objections suivantes :

  • Le manque de crédibilité de Wikipédia, en particulier pour les bibliothécaires, les professeurs, et les universitaires en raison de l’absence d’un système de validation. Cette perception négative couperait Wikipédia d’une participation accrue du milieu universitaire.
  • La présence envahissante de trolls et de personnes désagréables, en lien avec les habitudes agressives prises dans les forums non modérés sur Usenet. La tolérance excessive envers ces comportements asociaux entraînerait une ambiance de travail jugée insupportable par des personnes compétentes et de bonne volonté, qui ont préféré cesser de contribuer à Wikipédia.
  • L’anti-élitisme, ou le manque de respect pour l'expertise.

En lien avec les points précédents, les wikipédiens feraient preuve d’irrévérence et d’impolitesse envers les experts reconnus d’un domaine.

En cas de controverse avec un contradicteur déraisonnable, les experts n’auraient pas le soutien automatique de la communauté. Ce comportement anti-élitiste expliquerait l’absence de collaboration organisée avec le milieu universitaire pour vérifier le contenu de Wikipédia.

Larry Sanger préconiserait, au contraire, une attitude plus stricte envers les éléments perturbateurs pour attirer davantage d’experts, une politique de respect de l’expertise, et la validation des articles publiés par des experts.

Larry Sanger continuerait à développer ces idées dans le cadre du projet Citizendium, lancé le 16 septembre 2006[8],[9].

Ce site serait dans un premier temps un simple miroir du contenu de Wikipédia (« a progressive fork », sous forme de wiki au contenu ouvert et libre. En revanche, les éditeurs devraient répondre à certains critères de compétence ; ils ne pourraient pas être anonymes, et leurs modifications devraient être approuvées par des experts.

Tout en présentant ce projet comme concurrent et meilleur que Wikipédia, Larry Sanger soulignerait que Citizendium ne serait pas une encyclopédie mais un espace de travail expérimental.

John Seigenthaler et la diffamation[modifier | modifier le code]

John Seigenthaler est un journaliste, écrivain et figure de la politique américaine.

Il fut l'adjoint administratif de Robert Francis Kennedy et l'un des porteurs de son cercueil.

John Seigenthaler

Par l'intermédiaire d'un de ses amis, il aurait découvert, en septembre 2005 que la Wikipédia anglophone le présenterait comme « étant soupçonné » d'être directement impliqué dans les assassinats du président John Fitzgerald Kennedy et de son frère Robert :

« John Seigenthaler Sr. was the assistant to Attorney General Robert Kennedy in the early 1960's. For a brief time, he was thought to have been directly involved in the Kennedy assassinations of both John, and his brother, Bobby. Nothing was ever proven »

qui pourrait-être traduit par :

« John Seigenthaler Senior était l'assistant du procureur général des États-Unis Robert Kennedy au début des années 1960. Pendant un court moment, il a été soupçonné d'être directement impliqué, aussi bien dans l'assassinat de John Kennedy que dans celui de son frère Bobby. Rien n'a jamais été prouvé ».

Il aurait également été écrit que Seigenthaler serait parti en Union soviétique en 1971, et qu'il serait ensuite revenu aux États-Unis, en 1984.

Ce texte diffamatoire est resté en ligne du 26 mai au 5 octobre 2005, avant d'être supprimé, comme son historique en témoigne.

Cette durée particulièrement longue (132 jours) aurait induit un risque élevé de diffusion d'une information erronée. Elle fut ainsi reproduite par les sites Reference.com et Answers.com.

Brian Chase, le vandale responsable de cette désinformation, se serait dénoncé.

Il aurait expliqué avoir simplement voulu mystifier un de ses collègues, sans avoir conscience des conséquences de son acte. Après avoir écrit une lettre d'excuse, et s'être entretenu avec Seigenthaler au téléphone, ce dernier aurait décidé de ne pas poursuivre.

Seigenthaler a publié un article intitulé A false Wikipedia 'biography'[10] dans le journal USA Today pour décrire cette mésaventure.

Il y écrit notamment : « I am interested in letting many people know that Wikipedia is a flawed and irresponsible research tool » (que l'on peut traduire par « Je souhaite faire savoir à beaucoup de gens que Wikipédia est un outil de recherche défectueux et irresponsable »).

Cette affaire aurait provoqué une vive controverse dans les différents médias, qui se seraient montrés très critiques sur le manque de fiabilité des informations contenues dans Wikipédia, et sur la facilité d'insérer des données erronées ou malveillantes.

Bertrand Meyer et la désinformation[modifier | modifier le code]

Bertrand Meyer est le créateur du langage de programmation orienté objet Eiffel, professeur à l'École polytechnique fédérale de Zurich.

Début janvier 2006, il aurait été contacté par Christian Kirsch, éditeur sur Internet, qui lui aurait appris que la notice bibliographique le concernant dans la Wikipédia germanophone, annoncerait son décès le 24 décembre 2005.

Selon Bertrand Meyer, la traduction en anglais de ce texte serait la suivante : « According to the latest reports, Bertrand Meyer died on 24.12.2005 in Zurich. On 23.12.2005, exam results were published; links between that publication and his death couldn’t be confirmed » (« Selon les dernières nouvelles, Bertrand Meyer est décédé le 24 décembre 2005 à Zurich. Le 23 décembre 2005, des résultats d'examens étaient publiés; les relations entre cette publication et sa mort ne peuvent être confirmées. »)

Dès qu'ils en furent avertis, les administrateurs de Wikipédia auraient effacé cette information erronée, y compris l'historique associé, mais Christian Kirsch publie un article[11] qui rend publique cette affaire. Ce texte attire l'attention des médias, avec des articles dans le Spiegel[12], dans le Tages-Anzeiger (un des principaux quotidiens de Zurich), et dans plusieurs journaux et radios suisses, allemands et autrichiens. Les journalistes ont fait un parallèle entre cette affaire et celle dont fut victime John Seigenthaler.

Toutefois, le préjudice étant sensiblement moins grave, Bertrand Meyer aurait réagi avec beaucoup d'humour[réf. nécessaire]. Il a décrit cette mésaventure dans un texte intitulé : Défense et illustration de Wikipédia[13].

Suspicion sur l'influence de Jimmy Wales[modifier | modifier le code]

Jimmy Wales en 2010

Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, est parfois présenté comme une sorte de gourou[réf. nécessaire], autour duquel se construirait le culte de sa personnalité. Ce phénomène irait à l'encontre des principes concernant l'enrichissement et la régulation du contenu de l'encyclopédie, par la collaboration des contributeurs, toute notion d'individualisme étant bannie. En pratique, Jimmy Wales exerce essentiellement dans les relations publiques, ce qui nécessite qu'il se mette personnellement en avant, et ceci contraste avec l'anonymat des « wikipédiens ».

Affaire Essjay[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Essjay.

L'affaire Essjay désigne une série d'évènements relatifs à un administrateur renommé de Wikipédia en anglais, lequel était aussi bureaucrate, arbitrator et médiateur, tout en étant un employé de Wikia[14].

En février 2007, Essjay a été accusé d'avoir fait de fausses déclarations relativement à ses titres académiques et à ses compétences professionnelles, tant sur sa page utilisateur qu'à un journaliste, Stacy Schiff, lors d'une entrevue pour le compte du New Yorker[15],[16],[17]. Il a également utilisé ses prétendus titres lors de conflits portant sur le contenu de la Wikipédia en anglais. La controverse a mis en lumière son imposture, l'incidence de sa tromperie sur la perception de la Wikipédia en anglais (notamment sur les politiques et la crédibilité) et la qualité des décisions prises lors de sa promotion, de son appui et de son emploi.

Critiques à l'égard de Wikipédia[modifier | modifier le code]

Audience et critiques croissantes[modifier | modifier le code]

Le World Wide Web autour de Wikipédia.

Le statut de Wikipédia comme la première référence sur le web et la première source de connaissance dans le monde est un sujet de critiques et de controverse. L’audience grandissante de Wikipédia a conduit un grand nombre de personnes à formuler des avis critiques sur la fiabilité des informations présentées dans cette encyclopédie[18].

Parmi les nombreuses critiques adressées à Wikipédia, qui peuvent donner prétextes à controverses, les plus notoires sont les suivantes :

  • le fait que Wikipédia serait une communauté politique avant d'être une communauté scientifique, critique formulée par Larry Sanger, cofondateur, et par Andrea Forte et Amy Bruckman, chercheurs au Georgia Institute of Technology[19].
  • le projet politique qui serait caché derrière Wikipédia, gauchiste ou ultralibéral selon les interlocuteurs ;
  • depuis peu ou d'une manière récurrente, le projet éducatif prôné par certains autres interlocuteurs dogmatiques, qui prédisent une marche vers l'excellence, dans la mesure où les règles de rédaction des articles seront finalement celles utilisées par les ouvrages scientifiques ou de vulgarisation reconnus, à la condition, cependant, que ces règles de rédaction soient clairement transmises aux contributeurs et aussi à la condition que le temps investi dans le contrôle soit « rattrapé » par les outils d'analyse et de diffusion rapides ;
  • a contrario, étant donné son mode de fonctionnement fondé sur une certaine régulation collective, à améliorer la qualité des articles ; cette réflexion peut conduire à la prédiction d'une marche inéluctable vers la médiocrité ;
  • la non-appartenance aux encyclopédies, car un grand nombre d'articles se présente sous forme de compilations brutes d'informations, sans l'effort de synthèse qui caractérise habituellement les textes publiés dans ce type d'ouvrages ;
  • le contenu de Wikipédia étroitement lié aux centres d'intérêt de ses rédacteurs et contributeurs, mais qui présente des lacunes dans le panorama des connaissances ;
  • la circularité des sources d'information, car il est courant que des articles de Wikipédia servent de sources à d'autres articles ; ceci serait particulièrement vrai lorsque les textes seraient traduits d'autres langues, car ils pourraient alors faire référence à leurs propres versions linguistiques ;
  • le contrôle exercé par des groupes de pression ou des groupes d'intérêt sur certains articles[20]. Marc Foglia considère que là réside le principal danger de Wikipédia: « le principal danger auquel se trouve confrontée Wikipédia en tant que nouveau média de la connaissance démocratique est celui du verrouillage de certains articles par de petits groupes actifs et intolérants »[21].
  • Certains contributeurs s'érigeraient en « gardiens du temple » et ne supporteraient pas qu'une modification ou une opinion contraire à la leur soit exprimée sur « leur » article.
  • Lié au point précédent, mais cette fois avec les meilleures intentions du monde (la « bonne foi » que chaque contributeur se doit d'accorder à l'autre contributeur), le manque de compétences reconnues aux contributeurs et administrateurs, qui serait répandu.
  • La capacité de Wikipédia à diffuser et propager des informations qui seraient inexactes, au moins par simple facilité de rédaction.
  • Le fort pouvoir attribué aux administrateurs.

Anonymat des contributeurs[modifier | modifier le code]

N'hésitez pas à améliorer ces pages : le slogan non officiel de Wikipédia.

L'anonymat de la majorité des contributeurs est une des principales critiques adressées au principe de fonctionnement de Wikipédia. Ainsi, Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, écrit[22] à propos de Wikipédia : « L'identification du signataire fait partie de l'information scientifique, puisqu'elle permet de retourner aux sources pour toute vérification et recoupement », et « Il vaut mieux un mauvais texte signé, plutôt qu'un texte moyen non signé. Les ultralibéraux et les « anarchistes » autoproclamés des encyclopédies libres récusent que des intellectuels puissent avoir pour tâche de délivrer gratuitement de la connaissance. Connaissance pour laquelle ils ont un haut degré d'expertise. Cela s'appelle les chercheurs payés par l'État. »

Le manque apparent de responsabilité des auteurs et de références bibliographiques comparés à d’autres encyclopédies paraît favorisé par l'anonymat de la majorité des contributeurs. À la suite de la découverte sur Wikipédia de l'article le concernant, le journaliste Daniel Schneidermann exprime[23] ainsi sa réaction : « D’abord, ça fait drôle. Ensuite, ça glace un peu. Ça glace, parce que ce texte est anonyme. Je ne sais pas qui a écrit ça. Je ne sais pas qui a choisi, dans les mille actes publics qui composent ma carrière, cette poignée de faits et de mots, plutôt qu’une autre » et « Mais chacune de vos phrases, monsieur (ou madame) le (la) biographe anonyme, en apparence purement informative, est pourtant un éditorial masqué. Chacun de vos choix (longueur, brièveté, ou absence de tel ou tel épisode) est… un choix, justement. Raconter, c’est choisir un récit, parmi mille possibles. »

Absence de filtrage des éditeurs et de comité de validation[modifier | modifier le code]

L'absence de filtrage des éditeurs en fonction de leurs compétences, et plus généralement de comité de validation[24] garantissant la qualité des articles, est considérée comme portant atteinte à la fiabilité des informations présentées dans Wikipédia, car ces informations ne sont pas soumises à une démarche de validation scientifique, mais à une régulation collective. Cette critique est résumée par la formule de l'écrivain Pierre Assouline : « Wikipédia est la seule encyclopédie au monde où n'importe qui peut écrire n'importe quoi »[25].

Par exemple, pendant près de dix mois, un article sur une mystérieuse île nommée Porchesia attira la curiosité de nombreux lecteurs, jusqu'au jour où un administrateur découvrit que l'île en question n'avait jamais existé, et supprima par conséquent ce texte. L'article est toutefois lisible sur le site Answers.com[26].

D’une façon plus générale, l’ouverture à tous du contenu de Wikipédia présente des risques liés à la véracité de ce contenu qui n'est pas systématiquement vérifié, de la distinction classique entre producteurs et consommateurs d'informations, et à l'absence de médiateur entre les deux. Ainsi, le journaliste Daniel Schneidermann questionne[27] à propos des articles de Wikipédia : « Qui donc travaille dans l'ombre à la rédaction des versions définitives ? Quelle autorité supérieure arbitrera ? Mystères. Dans l'impossible rôle d'organe de référence, le successeur du Monde s'appellera peut-être Wikipédia. Mais il n'est pas certain que la démocratie gagne au change. »

L’absence de filtrage a priori et le filtrage non garanti a posteriori induit également le risque de voir des sectes ou des extrémistes utiliser Wikipédia pour faire de la propagande, ou bien des génies autoproclamés diffuser des informations farfelues. Daniel Schneidermann s'inquiète[27] à ce sujet : « Mais cette séduction ne dissipe pas les inquiétudes que suscite l’émergence possible d’un nouvel organe de référence parfaitement anonyme, et donc vulnérable à toutes les manipulations. Qui aura le temps et l’énergie nécessaires pour actualiser, jour après jour, Wikipédia ? Les plus impliqués, les plus militants, les mieux organisés. » Priedhorsky et coll. ont montré qu'un millième des éditeurs (0,1 %) étaient responsables de la moitié de la valeur de Wikipédia[28], mesurée en termes de mots lus par les visiteurs[29].

Concernant le risque de voir se propager des informations erronées ou tendancieuses, cette interrogation se pose notamment à l'égard des élèves et des étudiants à la recherche de connaissances sur le Web. Le site Le Café pédagogique, consacré à l'actualité pédagogique sur Internet, déconseille[30],[31] aux enseignants l'utilisation de Wikipédia après la lecture de l'article consacré au maréchal Pétain (dans sa version de l'époque). Les termes employés sont les suivants : « Les outils de type Wiki peuvent permettre le travail collaboratif et supporter des démarches pédagogiques de qualité. Il n'en est pas de même pour la Wikipédia en français[32] qui sert trop souvent des intérêts éthiquement inconciliables avec l'École de la République », et « Le problème, c'est que Wikipédia n'est malheureusement plus un outil recommandable pour les enseignants. Le projet, fort sympathique au départ, sert des intérêts qui suscitent des interrogations. […] Tant que la clarté ne sera pas faite sur le fonctionnement de Wikipédia et le ménage dans ses articles, nous déconseillons aux enseignants de l'utiliser avec les élèves ».

Neutralité de point de vue et recherche du consensus[modifier | modifier le code]

Le principe de neutralité de point de vue revendiqué par Wikipédia (« décrire le débat plutôt que d’y participer »[33]) peut être considéré comme une illusion ou un préjugé politique ou culturel. Mais son application incomplète est aussi critiquée. Ainsi, un biais systémique observé de façon récurrente est le caractère trop franco-centré de la Wikipédia en français.

Pour les sujets polémiques, le principe de neutralité de point de vue conduit à rechercher le consensus des éditeurs après un débat raisonné, plutôt que de l’éviter en employant des arguments d'autorité. Cette démarche risque de viser à atteindre le consensus social plutôt que la vérité, et de favoriser le relativisme[34], quitte à tolérer des discours infondés sur des sujets relevant de la science, ou du prosélytisme pour des sectes par exemple.

Une erreur est de croire que la neutralité est un critère incontournable ou premier de Wikipédia, puisque c'est la pertinence qui est décrite comme telle dans les pages Wikipédia :

« Un autre principe fondateur est qu'un article doit être pertinent, et donc que les points de vue présentés doivent être pertinents. »

Ainsi la pertinence est-elle première par rapport à la neutralité (qui peut même apparaître marginale), c'est-à-dire le savoir des experts, par opposition aux points de vue divers des non-experts :

« Par exemple dans un article d'histoire, c'est l'avis des historiens, à la compétence reconnue sur le sujet, qui doit être exposé. La neutralité vient après : lorsque les historiens débattent de certains points, Wikipédia ne doit pas prendre parti pour l'un ou l'autre point. Les avis des associations de victimes, des gouvernements, des partis politiques… n'auront par exemple qu'une pertinence tout à fait marginale dans ce type d'article. »

Levrel observe, dans la revue Réseaux, que les articles portant à controverses mènent soit à « une situation d’impasse où les termes des échanges se détériorent, soit sur des contenus réduits à des faits auparavant rendus publics par un travail de médiation journalistique ». La déperdition d'information est attestée par le fait que les pages dirigeant vers l'article-phare permettent « de rendre compte d’une disparité dans les constructions d’articles cousins »[35].

Sébastien Blondeel remarque dans son livre consacré à l'encyclopédie : « Wikipédia présente tous les points de vue pertinents sur un sujet, sans en favoriser aucun, sans opter pour un compromis, sans verser dans le relativisme ni se soumettre à la dictature de la majorité »[36]. Un autre commentateur écrit au contraire que les contributeurs se contrôlant mutuellement, Wikipédia favorise les points de vue dominants ou promus par des minorités actives, ce qui a pour effet l'absence de points de vue critiques dans des articles sur la religion[37].

Statistiques internes à Wikipédia[modifier | modifier le code]

Statistiques de 2011, le nombre de liens pointant vers un pays.
Carte, réalisée le 15 novembre 2005. Les carrés sont proportionnels au nombre de liens vers les articles correspondants (calculé sur les 1000 pages les plus liées). Une conséquence du franco-centrisme : la surreprésentation de la France par rapport aux autres pays, et de Paris par rapport aux principales villes du monde, dans la Wikipédia en français.

En 2011, est lancé le projet de faire des statistiques sur le francocentrisme. Ces statistiques proviennent de la mise à jour d'une page « spéciale » disponible sur Wikipédia en français.

Vandalisme[modifier | modifier le code]

Le vandalisme est pratiqué par un très grand nombre de personnes[Combien ?] qui exploitent la nature ouverte de Wikipédia pour en dégrader le contenu, le plus souvent de façon anonyme. Les actes de vandalisme semblent perçus comme un jeu par une partie de leurs auteurs. Plus rarement des modifications intempestives sont utilisées pour tester la réactivité des contributeurs, ainsi par exemple, le 17 octobre 2005, lors de l'émission en direct le Grand Journal sur Canal+, la journaliste Ariane Massenet insérait des erreurs dans[38] l'article consacré à Elvis Presley. Ou comme en juillet 2007 où des étudiants de Science-Po Paris mettent Wikipédia à l'épreuve[39].

Pour Boris Beaude cependant « les exemples à charge de Wikipédia » sont très peu variés, ce qui tendrait à démontrer que le vandalisme est très bien géré par la communauté des contributeurs[40].

Mais le qualificatif de vandalisme porté contre certaines contributions peut parfois n'avoir rien à voir avec une véritable volonté de dégrader le contenu de wikipédia. Ainsi, le chercheur Antonio Casilli nous décrit un cas où, par suite d'une controverse où chacune des deux parties avait des arguments valables, l'une des deux finit par imposer son point de vue, tandis que l'autre était qualifiée de vandale[41]. Les deux parties ne pouvant pas être satisfaits en même temps, c'est celle qui avait le plus de soutiens, le plus de capital social, et qui avait aussi le mieux intégré les règles de Wikipédia, qui finit par l'emporter.

Ce point de vue est étayé par le fait que beaucoup d'articles donnant lieu à des réversions (des retours à des versions précédentes, généralement considérés comme un signe qu'il y a eu un vandalisme), sont des articles sérieux traitant par exemple d'histoire (les incas, la renaissance italienne...)[42]. On peut donc penser que, plutôt que de vandalisme, ces réversions étaient plus dus à une controverse entre les contributeurs.

Il est tout de même nécessaire de remarquer que, contrairement à ce que certains peuvent croire, le fait de manifester violemment son désaccord avec le contenu d'un article en le modifiant obstinément et en lançant des commentaires acerbes sur les pages de discussion n'est pas considéré par wikipédia comme du vandalisme, mais plutôt comme une guerre d'édition.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jim Giles, « Internet encyclopaedias go head to head », Nature, vol. 438,‎ 15 décembre 2005, p. 900-901 (lien DOI?, lire en ligne) — Article du magazine scientifique Nature comparant la fiabilité d'une sélection d'articles scientifiques de l'Encyclopædia Britannica et de Wikipédia
  2. « Fatally Flawed - Refuting the recent study on encyclopedic accuracy by the journal Nature »
  3. « La Révolution Wikipédia : Les encyclopédies vont-elles mourir ? »
  4. Version originale : Almost everything about the journal’s investigation, from the criteria for identifying inaccuracies to the discrepancy between the article text and its headline, was wrong and misleading
  5. Encyclopædia Britannica and Nature: a response, communiqué de presse de Nature, 23 mars 2006 [lire en ligne]
  6. Anaïg Mahé, « Peut-on se fier à Wikipédia ? », Pour la Science, no 360,‎ octobre 2007 (résumé)
  7. (en) Larry Sanger, Why Wikipedia Must Jettison Its Anti-Elitism, Kuro5hin, 31 décembre 2004 (page consultée le 22 octobre 2006), http://www.kuro5hin.org/story/2004/12/30/142458/25
  8. Sur l'annonce du projet Citizendium : site de Science et Avenir, De Wikipédia à Citizendium: les experts convoqués, 9 octobre 2006 (page consultée le 22 octobre 2006), http://sciences.nouvelobs.com/sci_20061008.OBS4965.html
  9. Vincent Hermann , Citizendium : vers un Wikipedia contrôlé par des experts, PC Impact, 18 septembre 2006 (page consultée le 22 octobre 2006), http://www.pcinpact.com/actu/news/31454-wikipedia-citizendium-sanger.htm
  10. (en) John Seigenthaler, A false Wikipedia 'biography', USA Today, 29 novembre 2005 (page consultée le 25 novembre 2006), http://www.usatoday.com/news/opinion/editorials/2005-11-29-wikipedia-edit_x.htm
  11. Christian Kirsch (signant “ck”), Wikipedia schrieb Bertrand Meyer tot (« Wikipédia présente Bertrand Meyer comme mort »), 3 janvier 2006, http://www.heise.de/newsticker/meldung/67895.
  12. Holger Dambeck: BÖSER SCHERZ AUF WIKIPEDIA - Professor wird totgeschrieben (“Mauvaise plaisanterie sur Wikipedia - Un professeur est présenté comme mort”), Spiegel Online, 3 janvier 2006, http://www.spiegel.de/netzwelt/netzkultur/0,1518,393270,00.html.
  13. Meyer Bertrand, Defense and Illustration of Wikipedia, ETH Zurich / Eiffel Software, 6-7 janvier 2006, http://se.ethz.ch/~meyer/publications/wikipedia/wikipedia.pdf
  14. Voir (en) Page utilisateur d'Essjay.
  15. (en) Stacey Schiff, « Know it all: Can Wikipedia conquer expertise? », The New Yorker,‎ 24 juillet 2006
  16. (en) Noam Cohen, « After False Claim, Wikipedia to Check Degrees », The New York Times,‎ 12 mars 2007
  17. (en) Seth Finkelstein, « Read me first », The Guardian,‎ 8 mars 2007
  18. Voir l'article en page 2 du journal Le Monde daté du 17 mars 2008 intitulé «Faut-il brûler Wikipédia». Article en page 8 du journal Le Parisien daté du 9 mai 2008 intitulé « Wikipédia: qui se cache derrière ?»
  19. La motivation sur Wikipédia est voisine de celle qui existe au sein de communautés scientifiques, mais reste assez paradoxale, dans la mesure où l’encyclopédie collaborative ne permet pas de fonder directement sur l’activité d’un auteur individuel des prétentions à la légitimité. "« There is controversy over whether one should make a name for oneself. Many members of the Wikipedia community suscribe to a populist, egalitarian view of knowledge production. This stands in contrast to our comparison case, the scientific community. » "Why Do People Write for Wikipedia ? Incentives to Contribute to Open-Content Publishing" et discussion dans Marc Foglia, Wikipédia, média de la connaissance démocratique ? FYP, 2008.
  20. "Wikipédia, le savoir transfiguré" émission avec David Monniaux et Marc Foglia sur www.rechercheencours.fr.
  21. Cf. l'article de Marc Foglia paru en avril 2009, dans la revue Études. Et voir aussi le paragraphe Études et Wikipédia.
  22. « Charlie ramène sa science » Guillaume Lecointre et Antonio Fischetti. Éd. Vuibert - Charlie Hebdo ; ISBN 2-7117-7159-8 - L'article intitulé « Encyclopédies libres : après le fast-food, la fast-science », initialement publié dans le journal Charlie-Hebdo (n° 650 du 1er décembre 2004) présente Wikipédia comme un projet ultralibéral, et critique l'anonymat des contributeurs, le manque de rigueur des contributions et la mise en œuvre du principe de neutralité de point de vue.
  23. Daniel Schneidermann, Ciel, j’ai ma notice dans Wikipédia ! Quelques mots à mon biographe anonyme, Big Bang Blog, 19 février 2006 (page consultée le 15 octobre 2006), http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=298
    Page du blog de Daniel Schneidermann sur l'article que Wikipédia lui consacre.
  24. Rui Nibau, À propos de Wikipédia, 1er mars 2006, page consultée le 8 octobre 2006.
    Cet article, publié sur le site Framasoft, présente une série de critiques de Wikipédia et propose un système d’édition inspiré du développement des logiciels libres.
  25. Pierre Assouline, « Wikipédia, l'erreur à haut débit », dans L'Histoire (ISSN 0182-2411), no 318, mars 2007.
    L'auteur critique notamment le fait que, dans leurs versions de l'époque, la biographie de l'article consacré à Alexandre Soljenitsyne était composée pour un tiers de ses relations avec le franquisme, et que la bibliographie de l'article relatif à l'affaire Dreyfus présentait comme un ouvrage fondamental un livre affirmant que Dreyfus était coupable.
  26. (en) Lire l'article sur Porchesia, encore indexé par Answers.com
  27. a et b Daniel Schneidermann, « Wikipédia, ses espoirs, ses menaces », dans Libération (ISSN 0335-1793), 14 octobre 2005.
    Dans cet article, Daniel Schneidermann exprime ses craintes devant les possibles dérives de Wikipédia.
  28. Étude menée sur la version anglophone de l'encyclopédie.
  29. Reid Priedhorsky, Jilin Chen, Shyong (Tony) K. Lam, Katherine Panciera, Loren Terveen, et John Riedl. 2007. Creating, destroying, and restoring value in wikipedia. In Proceedings of the 2007 international ACM conference on Supporting group work (GROUP '07). ACM, New York, NY, USA, 259-268. DOI=10.1145/1316624.1316663 http://doi.acm.org/10.1145/1316624.1316663
  30. François Jarraud, Internet : qui noyaute Wikipédia ?, Le café pédagogique, octobre 2005 (page consultée le 15 octobre 2006).
    Texte concernant l'article de Wikipédia sur le maréchal Philippe Pétain dans sa version de l'époque.
  31. François Jarraud, Wikipédia tente de pénétrer le milieu éducatif, Le café pédagogique, décembre 2005 (page consultée le 15 octobre 2006), http://www.cafepedagogique.net/disci/actutic/68.php
    Article déconseillant aux enseignants l'utilisation de Wikipédia.
  32. En réalité, les différentes Wikipédias ne sont pas séparées par pays, mais par langue. Ainsi, le site http://fr.wikipedia.org héberge la Wikipédia écrite en langue française, qui en principe ne doit pas accorder plus d'importance à la France qu'aux autres pays, francophones ou non (voir le guide d'internationalisation de la Wikipédia francophone). En effet, le préfixe fr., contrairement au suffixe .fr qu'on trouve à la fin des noms de domaine, ne désigne pas la France mais la langue française (il en va de même dans le nom des forums Usenet de la hiérarchie fr.*.)
  33. Francis Pisani, Les deux principes de bases de Wikipedia, Transnets, 14 février 2005 (page consultée le 3 novembre 2006)
  34. Florent Latrive, Laurent Mauriac, « Le détracteur : Ellisllk (France) », dans Libération (ISSN 0335-1793), 27 février 2006.
    Article présentant une interview d'un ancien wikipédien très critique sur la mise en œuvre de la notion de neutralité de point de vue, et sur la tendance au relativisme de Wikipédia.
  35. Julien Levrel « Wikipedia, un dispositif médiatique de publics participants », Réseaux 4/2006 (no 138), p. 185-218.
  36. Sébastien Blondeel, Wikipédia, comprendre et participer, Eyrolles, 2006, p. 103.
  37. Marc Foglia, Wikipédia, média de la connaissance démocratique ?, FYP Éditions, 2008, pp. 185-186
  38. Pour voir la première modification d'Ariane Massenet, consulter cette partie de l'historique de l'article sur Elvis Presley
  39. « Wikipédia se trompe à tous vents », 9 juillet 2007.
  40. Boris Beaude, « Wikipédia, une ville mondiale ? », 9 juillet 2009.
  41. "Wiki prof de raison", 21 octobre 2012
  42. "Wikipedia (toujours) prof de raison, le 5 novembre 2012