Critère d'Eisenstein
En mathématiques, le critère d'Eisenstein donne des conditions suffisantes pour qu'un polynôme à coefficients entiers soit irréductible sur le corps des nombres rationnels. Si ce polynôme est aussi primitif (c'est-à-dire s'il n'a pas de diviseurs constants non triviaux), alors il est également irréductible sur l'anneau des entiers (en fait c'est cette irréductibilité que le critère affirme, l'irréductibilité sur les nombres rationnels en découle par le lemme de Gauss).
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Énoncé[modifier]
Considérons un polynôme
à coefficients entiers, que l'on note
Supposons qu'il existe un nombre premier
tel que
-
divise 
ne divise pas
,
ne divise pas
.
Alors
est irréductible dans
, l'ensemble des polynômes à coefficients rationnels. Si de plus
est primitif, alors d'après le lemme de Gauss,
est irréductible dans
, l'ensemble des polynômes à coefficients entiers.
On réduit les coefficients de
modulo
. On obtient un polynôme de
de la forme
avec
non nul.
Raisonnons par l'absurde et supposons que
se factorise en
, où
et
sont des polynômes de
de degrés non nuls. D'après le lemme de Gauss on peut supposer que
et
sont à coefficients entiers. En réduisant modulo
, on voit que
et
sont nécessairement des monômes
et
, où
. En particulier
et
sont divisibles par
, donc
est divisible par
, ce qui est une contradiction. Donc
est irréductible dans
.
Exemples[modifier]
Considérons le polynôme
.
Nous examinons différents cas pour les valeurs de
suivantes
. 2 ne divise pas 15, on ne peut pas conclure
. 3 ne divise pas 10, on ne peut pas conclure
. 5 divise 15, le coefficient de
, et 10 le coefficient constant. 5 ne divise pas 3, le coefficient dominant. En outre, 25 = 52 ne divise pas 10. Ainsi, nous concluons grâce au critère d'Eisenstein que
est irréductible.
Dans certains cas le choix du nombre premier peut ne pas être évident, mais peut être facilité par un changement de variable de la forme
, appelé translation.
Par exemple considérons
. L'application du critère semble compromise puisque qu'aucun nombre premier ne divisera 1, le coefficient de
. Mais si nous translatons
en
, nous voyons immédiatement que le nombre premier 7 divise le coefficient de
et le coefficient constant, et que 49 ne divise pas 14. Ainsi en translatant le polynôme nous l'avons fait satisfaire le critère d'Eisenstein.
Un autre cas connu est celui du polynôme cyclotomique d'indice un entier premier
, c’est-à-dire le polynôme
.
Ici, le polynôme satisfait le critère d'Eisenstein, dans une nouvelle variable
après une translation
. Le coefficient constant est alors égal à
, le coefficient dominant est égal à 1 et les autres coefficients sont divisibles par
d'après les propriétés des coefficients binomiaux.
Généralisation[modifier]
Soit
un anneau intègre et soit
un polynôme à coefficients dans
, noté
On suppose qu'aucun élément non inversible de
ne divise (tous les coefficients de)
, et qu'il existe un idéal premier
de
tel que
-
pour tout
,
,
, où
est le produit de l'idéal I par lui-même.
Alors
est irréductible dans
. La démonstration est similaire à celle donnée ci-dessus, en réduisant modulo
une supposée décomposition de
comme produit de polynômes non constants ; l'argument central étant que sur l'anneau intègre
, un polynôme à un seul terme ne peut se décomposer qu'en polynômes qui sont eux aussi à un seul terme.
Dans le cas où
est un anneau factoriel, on pourra prendre pour
l'idéal engendré par un élément irréductible quelconque. Dans ce cas on pourra également conclure que
est irréductible dans
où
est le corps des fractions de
, grâce au lemme de Gauss. Pour cette conclusion la condition que
ne soit divisible par aucune constante non inversible devient superflue, car une telle constante (qui rend
réductible dans
) est inversible dans
, et y n'empêche donc pas l'irréductibilité. Ainsi on retrouve la version de base du critère pour
. En fait, Gotthold Eisenstein a formulé son critère[1] pour les cas où
est soit l'anneau des entiers relatifs, soit celui des entiers de Gauss.
Références[modifier]
- (de) G. Eisenstein, Zur Lemniscatentheilung, Journal de Crelle 39 (1850), p. 167

divise 
,
.
. 2 ne divise pas 15, on ne peut pas conclure
. 3 ne divise pas 10, on ne peut pas conclure
. 5 divise 15, le coefficient de
, et 10 le coefficient constant. 5 ne divise pas 3, le coefficient dominant. En outre, 25 = 52 ne divise pas 10. Ainsi, nous concluons grâce au critère d'Eisenstein que
.
pour tout
,
,
, où
est le