Cristal (verre)

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Le cristal est un type de verre riche en plomb (jusqu'à 40 % de la masse et plus et au moins 24 % d'oxyde de plomb PbO doit avoir été ajouté au verre). Le plomb abaisse le point de fusion, tout en stabilisant la composition du « verre ».

Il rend le verre plus éclatant tout en lui conférant une très légère teinte jaunâtre. De plus, le verre est alors agréable à couper et à travailler d'après l'étude  VRAL « Voluntary Risk Assessment Report On LEAD and SOME INORGANIC Lead Compounds”, 2008, préparée par ILZRO and EBRC Consulting. (p219).

Le terme est trompeur, car il s'agit d'un matériau amorphe ; ce n'est donc pas un cristal au sens physique du mot.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Sa haute teneur en plomb a pour effet de :

Composition du cristal[modifier | modifier le code]

Depuis 1969, l'appellation « cristal » est protégée en Europe et dans de nombreux pays par des normes très strictes[1],[2]. Ce règlement a pour objectif de garantir l'authenticité et la qualité de l'article. Pour s'appeler « cristal », le verre doit répondre à différents critères portant sur la concentration d'oxydes métalliques (notamment l'oxyde de plomb PbO), la densité et l'indice de réfraction. En deçà de ces mesures, il convient de parler de « verre sonore » ou « cristallin ».

Dénomination Oxydes métalliques Densité Indice de réfraction
Cristal supérieur 30 % PbO ⩾ 30 % ⩾ 3,00 ⩾ 1,545
Cristal au plomb 24 % PbO ⩾ 24 % ⩾ 2,90 ⩾ 1,545
Cristallin ZnO, PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,45 ⩾ 1,520
Verre sonore PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,40 --

Fabrication du cristal[modifier | modifier le code]

La découverte du cristal a été, comme beaucoup d’autres inventions, purement fortuite. Elle remonte au XVIIe siècle[réf. nécessaire], en Angleterre lorsque l’Amirauté britannique pour assurer la production des mâts des navires dont elle avait besoin a décidé d’interdire l’utilisation du bois comme combustible.

Les verriers se tournèrent donc vers d’autres sources d’énergie telles que le charbon récemment découvert. Fondant le verre dans des pots réfractaires ouverts, les verriers constatèrent cependant qu’une interaction se produisait entre la composition et la fusion du fait de l’oxyde de carbone et donnait au verre une coloration brunâtre. Il fallait remédier à ce grave inconvénient, les verriers décidèrent alors de travailler sur des fours couverts. Vers 1675 G. Ravenscroft introduisa un oxyde métallique. Ayant comme propriété d’accélérer la fusion, l’oxyde de plomb fut adjoint à la composition.

Quelle ne fut pas la surprise des verriers de constater que grâce à cet oxyde métallique, ils obtenaient un verre à l’éclat et à la sonorité exceptionnels. Le cristal était né.

Il existe trois grands types de décors : la taille, le matage et la gravure.

La taille[modifier | modifier le code]

Ce procédé offre des possibilités multiples (taille biseau, taille diamant, taille mate, etc.) grâce à divers types de meules, chacune correspondant à une forme d’entaille. Le cristal est donc finement incisé, sillonné, creusé sur différentes épaisseurs.

À cette étape de l’ornement, l’article est dit « taillé mat ». Pour obtenir une « taille lisse », c’est-à-dire un rendu brillant, il est à nouveau poli. L’immersion dans un bain d’acide ou le polissage mécanique lui redonne tout son éclat.

Le matage[modifier | modifier le code]

Pour opacifier le cristal, le maître cristallier a recours au matage, également appelé satinage. Ce traitement par dépolissage consiste à enlever son aspect lisse et brillant au cristal sur une ou plusieurs parties, les autres étant protégées par un cache pour rester claires et transparentes. Le cristal est donc lustré par attaque chimique ou par sablage. Enfin, l’article est nettoyé par brossage.

La gravure[modifier | modifier le code]

Le motif – monogramme ou arabesque – est obtenu par attaque du cristal : soit par un acide, soit par un laser.

Dans le premier cas, l’article est plongé dans un bain d’acide. Le décor est creusé sur le cristal par la morsure du liquide tandis que les parties dites "en réserve", préalablement protégées, demeurent intactes.

Dans le second, les ornements sont dessinés au laser, donc brûlés, marqués avec précision par un faisceau lumineux très fin mais de forte intensité, au travers d'une lentille. En 1976, la gravure au laser en 3D (ou en relief), récemment mise au point, permit de graver mécaniquement le cristal.

Le secteur du cristal en France[modifier | modifier le code]

Symbole du savoir-faire et du savoir-vivre français le cristal est présent dans les secteurs des arts de la table, de la bijouterie et de la lustrerie. Les ventes sont tirées par l’export qui a constitué en 2012 près de 60% du chiffre d’affaire des principales entreprises du secteur parmi lesquelles les plus emblématiques sont la Manufacture de Baccarat ou encore la Compagnie des Cristallerie de Saint-Louis

La question du cristal au plomb[modifier | modifier le code]

Les alcools forts, vins, mais aussi le Coca-cola, le vinaigre ou les jus de fruit ou tout liquide acide se chargent de plomb toxique quand ils sont stockés dans des carafes en cristal. Quelques heures suffisent pour atteindre un seuil de toxicité (saturnisme) si la carafe a peu servi

Le cristal contient du dioxyde de plomb. C’est en 1674 que Ravenscroft découvre les effets positifs de l’adjonction de dioxyde de plomb dans la composition du verre lui donnant un surcroît de finesse, de brillance, de sonorité. Depuis lors, les verres les plus fins sont fabriqués en cristal au plomb. Le dioxyde de plomb contenu dans le verre est parfaitement intégré à la structure moléculaire, il se trouve piégé dans la masse vitreuse de la substance cristal et est alors très peu disponible.

Le cristal bénéficie d’une dérogation dans le cadre du règlement REACH relatif à l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances « étant donné le manque d’information sur la libération du plomb dans des conditions de mise en bouche et l’absence de produit de remplacement adéquat pour toutes les utilisations dans le verre cristal et les émaux vitrifiés"[1].

Certaines études scientifiques[3] ont indiqué qu’un relargage pouvait avoir lieu lors de contact très prolongés avec des solutions alcooliques. Le cristal, contenant normalement 25 % de PbO (oxyde de plomb), et le vin étant un liquide naturellement acide, la solubilisation des oxydes est théoriquement possible[4]. C’est la raison pour laquelle les surfaces des carafes (qui peuvent être destinées à contenir de l’alcool pendant plusieurs années)  font l’objet d’un traitement particulier visant à limiter ce relargage.  En revanche, aucune migration du dioxyde de plomb intégré dans des verres à boire vers un contenu liquide n’est possible le temps d’un repas comme a pu le démontrer l’étude VRAL.

Les détracteurs du cristal au plomb font le lien entre cristal et goutte, maladie dont les symptômes sont les mêmes que ceux du saturnisme chronique, et qui s'est statistiquement répandue dans la bourgeoisie européenne et nord-américaine, quand on a pris l'habitude d'utiliser des carafes en cristal. Ils avancent l’hypothèse non prouvée que la goutte serait une des formes d'un saturnisme chronique, ici induit par l'usage de carafes en cristal pour stocker ou décanter des alcools forts (whisky, brandy, cognac, armagnac…) ou certains vins[5]. Lin et al. ont montré une corrélation statistiquement significative entre la fréquence de la goutte et celle des intoxications saturnines[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Directive européenne 69/493/EEC du 15/12/1969 » (consulté le 01/01/2012)
  2. « En France : norme AFNOR B30-004, décembre 1974) » (consulté le 01/01/2012)
  3. Angela M. Fraser, Ph.D., Associate Professor/Food Safety Specialist, and Carolyn J. Lackey, Ph.D., R.D., L.D.N., Professor/Food and Nutrition Specialist, North Carolina State University (2004)
  4. , OLIVIER M.J., 2009, Chimie de l'environnement, 6e édition, Les productions Jacques Bernier
  5. Emsley, John, Oxford, Oxford University Press, 2005 (ISBN 978-0-19-280599-7, LCCN 2005299328, lire en ligne [archive])
  6. Lin, DT Tan, HH Ho et CC Yu, « , The American journal of medicine,  113,  7, 2002,  563–8 (PMID 12459402, DOI 10.1016/S0002-9343(02)01296-2)