Cristal (verre)

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Le cristal est un type de verre riche en plomb (jusqu'à 40 % de la masse et plus et au moins 24 % d'oxyde de plomb PbO doit avoir été ajouté au verre). Le plomb abaisse fortement le point de fusion, tout en stabilisant la composition du « verre ».

Il rend le verre plus éclatant tout en lui conférant une très légère teinte jaunâtre. De plus, le verre est alors plus agréable à couper et à travailler, mais avec plus de risques environnementaux et sanitaires (le plomb est un métal très toxique).

Le terme est trompeur, car il s'agit d'un matériau amorphe ; ce n'est donc pas un cristal au sens physique du mot.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Sa haute teneur en plomb a pour effet de :

Composition du cristal[modifier | modifier le code]

Depuis 1969, l'appellation « cristal » est protégée en Europe et dans de nombreux pays par des normes très strictes[1],[2]. Ce règlement a pour objectif de garantir l'authenticité et la qualité de l'article. Pour s'appeler « cristal », le verre doit répondre à différents critères portant sur la concentration d'oxydes métalliques (notamment l'oxyde de plomb PbO), la densité et l'indice de réfraction. En deçà de ces mesures, il convient de parler de « verre sonore » ou « cristallin ».

Dénomination Oxydes métalliques Densité Indice de réfraction
Cristal supérieur 30 % PbO ⩾ 30 % ⩾ 3,00 ⩾ 1,545
Cristal au plomb 24 % PbO ⩾ 24 % ⩾ 2,90 ⩾ 1,545
Cristallin ZnO, PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,45 ⩾ 1,520
Verre sonore PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,40 --

Fabrication du cristal[modifier | modifier le code]

Né en Angleterre au XVIIe siècle[réf. nécessaire], le cristal est apparu grâce à un nouveau composant ajouté au verre : l'oxyde de plomb. Cet apport confère à la matière une brillance, un éclat et un son bien précis que l'on reconnaît immédiatement.

Il existe trois grands types de décors : la taille, le matage et la gravure.

La taille[modifier | modifier le code]

Ce procédé offre des possibilités multiples (taille biseau, taille diamant, taille mate, etc.) grâce à divers types de meules, chacune correspondant à une forme d’entaille. Le cristal est donc finement incisé, sillonné, creusé sur différentes épaisseurs.

À cette étape de l’ornement, l’article est dit « taillé mat ». Pour obtenir une « taille lisse », c’est-à-dire un rendu brillant, il est à nouveau poli. L’immersion dans un bain d’acide ou le polissage mécanique lui redonne tout son éclat.

Le matage[modifier | modifier le code]

Pour opacifier le cristal, le maître cristallier a recours au matage, également appelé satinage. Ce traitement par dépolissage consiste à enlever son aspect lisse et brillant au cristal sur une ou plusieurs parties, les autres étant protégées par un cache pour rester claires et transparentes. Le cristal est donc lustré par attaque chimique ou par sablage. Enfin, l’article est nettoyé par brossage.

La gravure[modifier | modifier le code]

Le motif – monogramme ou arabesque – est obtenu par attaque du cristal : soit par un acide, soit par un laser.

Dans le premier cas, l’article est plongé dans un bain d’acide. Le décor est creusé sur le cristal par la morsure du liquide tandis que les parties dites "en réserve", préalablement protégées, demeurent intactes.

Dans le second, les ornements sont dessinés au laser, donc brûlés, marqués avec précision par un faisceau lumineux très fin mais de forte intensité, au travers d'une lentille. En 1976, la gravure au laser en 3D (ou en relief), récemment mise au point, permit de graver mécaniquement le cristal.

Risques et intoxications liées au plomb du cristal[modifier | modifier le code]

Les alcools forts, vins, mais aussi le Coca-cola, le vinaigre ou les jus de fruit ou tout liquide acide se chargent de plomb toxique quand ils sont stockés dans des carafes en cristal. Quelques heures suffisent pour atteindre un seuil de toxicité (saturnisme) si la carafe a peu servi

Ce risque existe pour les ouvriers des cristalleries, mais aussi pour les consommateurs.

Des travaux scientifiques ont clairement montré que du vin ou des alcools ayant stagné dans des verres en cristal ou surtout dans des carafes en cristal neuves ou ayant peu servi s'imprègnent de plomb. Le cristal, contenant normalement 25 % de PbO (oxyde de plomb), et le vin étant un liquide naturellement acide, la solubilisation des oxydes est possible[3].

Or la goutte est une maladie dont les symptômes sont les mêmes que ceux du saturnisme chronique, et elle s'est statistiquement répandue dans la bourgeoisie européenne et nord-américaine, quand on a pris l'habitude d'utiliser des carafes en cristal. Elle pourrait dans un grand nombre de cas n'être en fait qu'une des formes d'un saturnisme chronique, ici induit par l'usage de carafes en cristal pour stocker ou décanter des alcools forts (whisky, brandy, cognac, armagnac…) ou certains vins[4]. Lin et al. ont montré une corrélation statistiquement significative entre la fréquence de la goutte et celle des intoxications saturnines[5].

Le plomb est toxique à très faible dose, et divers articles faits de cristal peuvent en effet relarguer des quantités très significatives de plomb dans les aliments et boissons[6],[7].

Des séries importantes ou limitées de carafes ou bouteilles en cristal sont produites[8] ou ont été produites, par exemple par Baccarat pour des producteurs d'alcools forts. Ainsi trouve-t-on encore dans les salles de vente ou sur internet des coffrets de luxe contenant une bouteille de cristal remplie d'un armagnac des années 1950, qu'il ne vaut mieux pas consommer[9]. Certains champagnes de luxe aujourd'hui présentés en bouteille de verre blanc étaient autrefois vendus en bouteilles de cristal (en 1876 pour la première fois pour le Tsar Alexandre II pour le « Champagne Cristal » de la maison Louis Roederer).

Une étude publiée en 2004[10] a mesuré la quantité de plomb capable de migrer du cristal dans une boisson pour du vin stockées dans des décanteurs en cristal. Après deux jours seulement, le taux de plomb du vin était de 89 µg/L (microgramme par litre). Après quatre mois, ce taux atteignait de 2 000 à 5 000 µg/L. Un vin blanc a ainsi doublé sa teneur en plomb en une seule heure de stockage et l'a triplé en quatre heures. Certains brandy stockés plus de cinq ans dans des carafes en cristal au plomb (situation crédible aux États-Unis où il était fréquent d'ainsi exposer des carafes emplies d'alcool, autant pour des raisons de standing que pour les consommer) atteignaient 20 000 µg de plomb par litre d'alcool[11],[12].

De nombreux jus de fruits étant naturellement acides (tomate, citron, orange, ananas, abricot, raisin, kiwi, etc.), leur stockage dans des contenants de cristal présentent des risques analogues à celui des alcools ; d'autant qu'il a pu arriver que des jus d'agrumes et d'autres boissons acides (Coca-Cola…) aient été stockés quelques heures dans des carafes en cristal avant d'être servis, à des enfants notamment. Or, on a montré en laboratoire que le cristal relargue du plomb de manière aussi efficace avec n'importe quelle boisson acide qu'avec les boissons alcoolisées.

Quand une carafe est utilisée depuis longtemps, le plomb le plus facilement disponible pour la dissolution à l'interface cristal-liquide a déjà été largué. La carafe ne relargue ainsi presque plus de plomb et ne représente plus de risque pour la santé dans une utilisation normale[13],[14]. Un relargage du plomb se produit toutefois encore, mais la quantité qui passera dans un verre de vin ou d'une autre boisson ayant passé quelques heures dans la carafe sera moindre que celle consommée quotidiennement dans l'alimentation ordinaire. Cette dernière est néanmoins trop riche en plomb, avec par exemple 70 μg de plomb ingérés par jour aux USA[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Directive européenne 69/493/EEC du 15/12/1969 » (consulté en 01/01/2012)
  2. « En France : norme AFNOR B30-004, décembre 1974) » (consulté en 01/01/2012)
  3. , OLIVIER M.J., 2009, Chimie de l'environnement, 6e édition, Les productions Jacques Bernier
  4. (en) Emsley, John, Elements of murder, Oxford, Oxford University Press,‎ 2005 (ISBN 978-0-19-280599-7, LCCN 2005299328, lire en ligne)
  5. (en) Lin, DT Tan, HH Ho et CC Yu, « Environmental lead exposure and urate excretion in the general population. », The American journal of medicine, vol. 113, no 7,‎ 2002, p. 563–8 (PMID 12459402, DOI 10.1016/S0002-9343(02)01296-2)
  6. (en) Dixie Farley, « Dangers of Lead Still Linger », FDA Consumer Magazine, U.S. Food and Drug Administration,‎ Jan–February 1998 (lire en ligne)
  7. (en) « Lead Crystalware and Your Health », It's Your Health, Health Canada
  8. Exemple de bouteille Bouteille en cristal (selon le site internet du vendeur) de 70 cl emplie d'un Armagnacs Chabot X.O Supérieurconsulté 2011/02/13
  9. Exemple de carafe de cristal signée Baccarat, contenant un armagnac SEMPE millesimé 1955 vendue 1 500 €
  10. Angela M. Fraser, Ph.D., Associate Professor/Food Safety Specialist, and Carolyn J. Lackey, Ph.D., R.D., L.D.N., Professor/Food and Nutrition Specialist, North Carolina State University (2004)
  11. Storing Wine in Crystal Decanters May Pose Lead Hazard. Lawrence K. Altman. New York Times. February 19, 1991
  12. (en) P Graziano, « Lead exposure from lead crystal », The Lancet, vol. 337,‎ 1991, p. 141 (DOI 10.1016/0140-6736(91)90803-W)
  13. a et b Estimation of lead intake from crystalware under conditions of consumer use. Food Addit Contam. 2000 Mar;17(3):205-18.
  14. Release of lead from crystal decanters under conditions of normal use. Food Chem Toxicol. 1994 Mar;32(3):285-8.