Crise iranienne des otages

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Le sceau de l'ambassade américaine de Téhéran en 2004.
Manifestation le 9 novembre 1979 à Washington, DC contre la prise d'otages.

La Crise iranienne des otages correspond à un épisode de tension internationale entre l'Iran et les États-Unis survenu du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981. Pendant 444 jours, cinquante-deux diplomates et civils américains ont été retenus en otage par des étudiants iraniens dans l'Ambassade des États-Unis à Téhéran.

La prise d'otages[modifier | modifier le code]

L'élément déclencheur de cette crise est l'hospitalisation le 22 octobre 1979 à New York de l'ancien dirigeant iranien réfugié au Mexique, le shah Mohammad Reza Pahlavi[1],[2].

Le 4 novembre 1979 en fin de matinée, quelques 400 étudiants prennent d'assaut l'ambassade des États-Unis à Téhéran. La garde des marines présente sur place les retient pendant à peu près deux heures, pendant que le personnel détruit les documents sensibles. Lorsque les « étudiants » voient de la fumée s'échapper des bâtiments, ils forcent le passage et prennent 52 personnes en otage, auxquelles s'ajouteront trois autres, capturées au ministère des Affaires étrangères. Ils réussissent néanmoins à saisir des documents classifiés des services de renseignement américains, qui ont été publiés par la suite en Iran, en persan et, dans une moindre mesure, en anglais. Ces documents sont disponibles en 2008 sous forme de CD en Iran et dans Internet sur Memory Hole et en partie sur le site de l'ONG National Security Archive de l'Université George Washington[3],[4].

En échange de la libération d'otages, les autorités iraniennes réclament que les États-Unis leur livrent le shah qui y séjourne pour raison de santé, afin que celui-ci soit jugé. Ce dernier meurt en Égypte le 27 juillet 1980 après une agonie de plusieurs mois.

Treize des 56 otages sont libérés dans les deux semaines suivantes, ainsi qu'un quatorzième en juillet 1980. Les autres otages restent 444 jours en détention, durant lesquels certains tentent de s'échapper, mais en vain. Depuis leur libération, ils dénoncent la torture psychologique qu'ils subirent à l'époque[5],[6].

La réponse de Jimmy Carter[modifier | modifier le code]

En réponse à la prise d'otages, le président des États-Unis Jimmy Carter applique immédiatement des pressions d'ordre économique et diplomatique à l'égard de l'Iran : les importations de pétrole iranien sont stoppées le 12 novembre[7], un grand nombre de ressortissants iraniens sont expulsés des États-Unis[réf. nécessaire] et d'importants fonds iraniens se trouvant dans les banques américaines sont gelés le 14 novembre[7]. Le 15, moins de dix jours après la démission du premier ministre Mehdi Bazargan[8], qui s'était plaint des « comités Khomeini », Khomeini fait adopter par l'Assemblée des experts le texte de la nouvelle Constitution de l'Iran[7]. En janvier 1980, les partisans modérés de l'ayatollah Chariat Madari sont arrêtés et fusillés : Khomeini détient dorénavant tous les pouvoirs[9].

La situation devenant intenable, Mohamed Reza Pahlavi est à présent transféré sur une base militaire du Texas : sous la pression, le Mexique refuse le retour du Shah sur son sol. Panama sera l'étape suivante de l'errance. Mais les mollahs tentent d'obtenir le retour du Shah. Le gouvernement panaméen, d'abord disposé à accueillir les souverains déchus, change de position : il ne verrait pas d'objection à négocier une extradition. Anouar el-Sadate, qui avait toujours demandé que les Pahlavi demeurent en Égypte, réitère son invitation. C'est donc le retour à sa première destination d'exil, mais avant cela l'avion va être bloqué plusieurs heures dans l'archipel des Açores : des avocats, chargés par le régime islamique, tentent par ce moyen d'arrêter le Shah. L'avion décolle avant que les autorités locales ne reçoivent officiellement la demande. Il mourra en Égypte après une agonie de plusieurs mois le 27 juillet 1980.

Selon la journaliste Dominique Lorentz, au printemps 1980, l'ayatollah Khomeini discute avec les deux candidats présidentiels, Carter et Reagan[10]. Les pourparlers ont fait appel aux protagonistes de l'Irangate, ainsi qu'aux deux pays liés à l'Iran par des accords nucléaires, la France (via Eurodif) et l'Allemagne (contrat pour la centrale de Bushehr, devant être construite par Kraftwerk Union)[10].

Mais au début d'avril 1980, Khomeini publie un communiqué, affirmant que « les otages resteraient aux mains des étudiants islamiques jusqu'à la réunion du Parlement » [11]. Selon l'ex-président de la République islamique, Bani Sadr, « Cette démarche était pour moi synonyme de blocage définitif. (...) Ce communiqué de Khomeiny était l'aboutissement des contacts (avec les proches de Ronald Reagan) et qui n'avaient qu'un seul but : empêcher la libération des otages avant les élections américaines de novembre 1980 pour handicaper Carter dans sa réélection »[12].

Desert One, lieu de l'accident mortel ayant eu lieu lors de l'opération Eagle Claw.

Le lendemain du communiqué, le 7 avril 1980, Carter rompt les relations diplomatiques avec l'Iran[13]. Deux semaines plus tard, il lance l'opération Eagle Claw, pour essayer de libérer les otages par un commando. Une planification trop complexe, des problèmes techniques ainsi que des tempêtes de sable imprévues conduisirent à la déroute des soldats et à l'annulation de l'opération. Trois hélicoptères RH-53D sur huit tombent en panne, et un quatrième entre en collision avec un avion de transport C-130 Hercules au sol et s'écrase, faisant huit morts[14].

Fin 1980, après la défaite de Carter aux élections au profit de Ronald Reagan, la mort du shah le 27 juillet et le début de la guerre Iran-Irak, la voie de la négociation semble préférée. Les États-Unis font appel au ministre des Affaires étrangères algérien, Mohamed Seddik Benyahia, pour servir d'intermédiaire.

Finalement, la libération des otages est décidée en échange du dégel des fonds iraniens et de la promesse qu'aucune poursuite judiciaire ne sera lancée contre les autorités iraniennes (Accords d'Alger).

La filière canadienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Subterfuge canadien.

Le jour de la prise d'otages, six diplomates américains réussissent à quitter l'ambassade et se réfugient dans la demeure du diplomate canadien John Sheardon, sous la protection de l'ambassadeur canadien Ken Taylor. Immédiatement alerté, le gouvernement canadien accorde l'autorisation d'émettre secrètement des passeports canadiens pour ces otages américains, afin de leur permettre de quitter le pays[15]. Se faisant passer pour des cinéastes en train de tourner un film, deux agents de la CIA escortent les six diplomates à bord d'un avion Swissair à destination de Zurich le 27 janvier 1980. Cette fuite a inspiré notamment le film Argo (2012).

Libération des otages[modifier | modifier le code]

Les otages sont libérés le 20 janvier 1981, douze minutes après l'adresse inaugurale du président Reagan, nouvellement élu, et rejoignent leur pays le 27, à l'occasion de l'investiture du président Reagan, après une étape sur la base aérienne de Wiesbaden.

Leur libération coïncidant avec le discours inaugural de Reagan, beaucoup (dont Bani Sadr, alors président de la République islamique d'Iran, et Gary Sick, alors membre du Conseil de la sécurité nationale et conseiller principal du président américain en ce qui concernait le Golfe Persique) ont parlé d'une « surprise d'octobre », affirmant qu'un marché avait été négocié par des républicains ayant des connexions avec la CIA (dont George H.W. Bush), appartenant à l'entourage de Reagan, afin de s'assurer que les otages ne soient libérés qu'après l'élection de Reagan.

Ainsi, une « surprise d'octobre » aurait été empêchée, une libération antérieure des otages aurait pu en effet permettre à Carter de gagner. En échange, l'équipe de Reagan aurait promis à Téhéran des armes.

Après douze ans d'enquête et la découverte de l'affaire Iran-Contra, deux commissions parlementaires ont été ouvertes. Celles-ci ont conclu à l'absence de négociations secrètes, néanmoins certains continuent à croire qu'elles ont bien eu lieu[réf. nécessaire]. En 2001, Ernest Backes, ancien banquier chez Clearstream, affirmait qu'il avait été chargé du transfert d'argent ayant payé la libération des otages. Il a transmis ses documents à l'Assemblée nationale. Ce rôle de Clearstream, masquant le paiement de la rançon des otages américains, est confirmé par le journaliste Denis Robert, spécialiste des malversations de la banque luxembourgeoise[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Jimmy Carter ans the 1979 decision to admit the Shah in the United States », sur www.unc.edu (consulté le 5 mars 2011)
  2. (en) Bowden, Guests of the Ayatollah,‎ 2006, p. 81, p. 295
  3. (en) Documents From the US Espionage Den, Memory Hole. (400 pages des documents saisis à l'ambassade des États-Unis à Téhéran pendant la crise iranienne des otages)
  4. (en) Edward Jay Epstein, Secrets of the Teheren Archive, Orbis, printemps 1987.
  5. (en) « Russian roulette played with hostages », Edmonton Journal,‎ 1981, A3 (lire en ligne)
  6. (en) Bowden, Guests of the Ayatollah,,‎ 2006, p. 81, p. 295
  7. a, b et c Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.86
  8. Le premier ministre iranien, Mehdi Bazargan, jugé par l'ayatollah Khomeini trop conciliant avec Washington, démissionne le 5 novembre 1979.
  9. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.87
  10. a et b Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.88
  11. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p. 88, cite Chapour Haghighat, Iran, la Révolution islamique
  12. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.88, cite Bani Sadr, Le Complot des ayatollahs, La Découverte, 1989.
  13. Dominique Lorentz, Secrets atomiques. La véritable histoire des otages du Liban, Les Arènes, mars 2002, p.89
  14. (en) [PDF] Rapport de la commission d'enquête Holloway
  15. Récit officiel de l'évasion]
  16. Denis Robert Ma victoire dans l’affaire Clearstream Manière de voir (Le Monde diplomatique), n° 119, octobre-novembre 2011

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]