Crise du disque

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Tout au long de son histoire, l'industrie musicale enregistrée a connu des crises relatives à d'importants changements structurels. Ce phénomène, qui reste encore mal expliqué, est l'objet de nombreuses études.

Sommaire

[modifier] Le constat de la crise dans les années 2000

Les ventes de disque sont en recul depuis plusieurs années.

  • Le marché mondial : les ventes de disque auraient reculé de 10% en 2007 selon le syndicat mondial des producteurs de musique IFPI[1].
  • Le marché français est entré plus tard dans la crise que les autres marchés européens, mais la chute est ensuite devenue très forte. Les ventes de disque auraient ainsi baissé de 17% en 2007 (marché de gros hors taxe) selon le syndicat national de l'édition phonographique[2],[1]. Ou de 19% (marché physique)[3]. C’est la plus forte chute d’Europe[3].

Début 2008, le quotidien économique français La Tribune écrit que « En cinq ans, le chiffre d’affaires de l’édition phonographique en France a perdu la moitié de sa valeur. »[4].

  • Le marché britannique : les ventes ont reculé de 10% en 2007[1].
  • Le marché des Etats-Unis : les ventes de disque ont reculé de 15% en 2007[2],[1]. En 2007, 48% des jeunes Américains n'ont pas acheté de CD, contre 38% un an plus tôt selon l'institut d'études NPD Group qui estime que 5 millions de consommateurs ont basculé dans la musique dématérialisée sur la période[5].

[modifier] Les causes de la crise

[modifier] Le piratage pointé du doigt par les syndicats du disque

Selon l'IFPI et le SNEP, la chute du marché est attribuée au partage de fichiers sur Internet.

Cependant plusieurs études concluent sur l'impact minime de ces échanges sur les ventes :

  • un rapport commandé par le gouvernement canadien intitulé The Impact of Music Downloads and P2P File-Sharing on the Purchase of Music: A Study for Industry Canada (L'impact de téléchagement de musique et du partage en P2P sur l'achat de musique : une étude pour Industry Canada)[6]
  • une étude française, de l'Université Paris XI (laboratoire ADIS) et UFC-QueChoisir[7]
  • une étude commandée par le gouvernement néerlandais : Ups and downs – The economic and cultural effects of file sharing on music, film and games (Hauts et bas - Les effets économiques et culturels du partage de fichier sur la musique, les films et les jeux vidéo)[8]
  • un rapport de l'OCDE : OECD Report on Digital Music: Opportunities and Challenges (OCDE rapport sur la musique numérique : opportunités et défits)[9]
  • un rapport de Tariq Krim pour l'ADAMI : Le Peer to Peer, un autre modèle économique pour la musique[10]
  • The Effect of File Sharing on Record Sales - An Empirical Analysis (Les effets du partage de fichiers sur les ventes de disques - une analyse empirique)[11]

[modifier] Les avancées technologiques

La chute du marché est attribuée, selon le quotidien français Le Monde en 2008, à « l’arrivée massive de nouveaux médias (téléphonie, Web, baladeurs numériques…) et les habitudes de gratuité acquises par les consommateurs. »[2].

Le prix Nobel d'économie Paul Krugman donne une cause possible. Il estime que le modèle économique dont le but est de vendre des copies d'une œuvre n'est plus viable puisqu'en informatique la copie d'information ne coûte quasiment plus rien. Avant l'ère de l'internet, le disque représentait indirectement la fourniture d'un service : la copie d'une œuvre. Étant donné le faible coût d'une copie actuellement, le prix de la fourniture d'une copie semble aux yeux du consommateur de moins en moins justifié. Ainsi, l'argent dans la culture ne peut plus être réalisé dans la vente de disques, mais dans la vente de produits dérivés et de services autres que la fourniture d'une copie[12].

"Octet après octet, tout ce qui peut-être numérisé sera numérisé, rendant la propriété intellectuelle toujours plus facile à copier et toujours plus difficile à vendre plus cher qu'un prix nominal. Et nous devrons trouver les modèles économiques et les modèles d'affaires qui prennent cette réalité en compte".

[modifier] Le conservatisme des industries musicales

A chaque évolution technologique, que ce soit la radio, la cassette audio, le magnétoscope, les lecteurs MP3, et maintenant Internet, les industries culturel ont toujours crié au loup.

La guerre juridique contre les innovations d'Internet a commencé avec Napster au début des années 2000.

Ensuite les industries culturelles ont traîné des pieds pour mettre en place des offres légales, préférant bien souvent, contrôler à qui elles vendaient leur catalogue. L'offre de téléchargement légal est actuellement très restreint, et soumise à peu de concurrence, ce qui ne favorise pas l'innovation et donc l'attractivité de ces offres.

Actuellement les ventes de CD chutent, et l'offre légale commence à décoller.

[modifier] Les stratégies face à la crise

Face à la crise, les producteurs de musique mettent en œuvre plusieurs types de stratégies.

[modifier] La stratégie de la diversification (« stratégie 360 degrés »)

Cette stratégie prend en quelque sorte acte de la gratuité de la musique sur le net et cherche d’autres sources de recettes. Comme l’explique le quotidien français Le Monde en 2008, « puisque le support disque s’effondre, les entreprises de la filière musicale veulent exploiter les artistes comme des marques. Afin de dégager du profit, le producteur de disque devient à la fois éditeur, organisateur de concert, patron de salle, manager. »[2].

En plus de la musique, le producteur vend également des produits dérivés (tee-shirts, calendriers, badges), vend la musique pour des spots de publicité, des sonneries de téléphones, des concerts, etc.[4].

Comme l’explique le quotidien économique français La Tribune, « face au déclin du CD, le métier d’éditeur, qui gère les droits d’un catalogue de chansons cédés pour différentes exploitations (cinéma, publicité, compilations, illustration, sonnerie de téléphone…), apparaît depuis quelques années comme une garantie de revenus récurrents[4].

Quelques illustrations de la « stratégie 360° » :

On peut bien sûr s'interroger sur la compétence des maisons de disques à se substituer, dans de tels contrats, aux managers d'artistes ainsi que sur les possibles conflits d'intérêt inhérents à ce genre de collaboration[13].

[modifier] Les ventes au format numérique

Cette stratégie cherche à récupérer une partie des téléchargements de musique réalisés et de les transformer en téléchargement payant. Elle passe parfois par le financement de la musique gratuite par la publicité. Elle doit cependant avant tout trouver les moyens d’échapper à ce que les producteurs appellent la « contrefaçon » par la mise en place de techniques de protection sûres (DRM). Cette stratégie passe en particulier par des alliances avec les opérateurs de télécom..

En 2008, le cabinet d’étude Juniper Networks estime cependant que les recettes issues des téléchargement payants ne parviendront pas à compenser le déclin des ventes de CD avant l’année 2010[4].

En France, la première alliance entre un producteur de musique et un opérateur télécom. a été passée entre Universal Music et Neuf Cegetel, basée sur une formule d’accès à la musique (et aux clips vidéo) gratuite et une autre payante en août 2007 Le Monde, 26 janvier 2008, idem. Les concurrents ont suivi : EMI Music a choisi l’opérateur Alice[2].

Dans le monde, les ventes légales de musique numérisées ont progressé de 40% en 2007, selon le syndicat mondial des producteurs de musique IFPI, mais c’est insuffisant pour compenser la baisse des ventes de disques car le numérique ne représente que 15% des recettes de musique (2,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le numérique en 2007)[1].

Ainsi, en 2007, 13% des ventes d’Universal Music en France ont été réalisées sous format numérique[3]. Pascal Nègre mise sur deux formes de vente de fichier audio numérique : le téléchargement à l’acte et surtout les abonnements.

Le format numérique permet en théorie de se passer de producteur et distributeur officiel. Le groupe Radiohead a ainsi pu, grâce à sa notoriété, laisser les internautes décider eux-mêmes du prix d’achat de leur dernier disque, In Rainbows[4]. L'abandon progressif des DRM et la facilité de distribution a également permis aux indépendants de réapparaître sur le marché grâce à des sites comme Airtist, Xtrib.com ou Hotzic.

Des « labels participatifs » se sont créés pour institutionnaliser cette méthode : Sellaband aux Pays-Bas ou MyMajorCompany en France[4].

[modifier] Une récupération accrue des droits

La stratégie d’Universal Music prévoit aussi d’une meilleure récupération des droits auprès des stations de radio (la rémunération des radios privées a été augmentée fin 2007-début 2008) et des lieux publics sonorisés (magasins, etc.)[3].

[modifier] Une stratégie défensive : les fusions de producteurs

Sur un marché en crise, les fusion sont classiquement censées permettre de sauver les marges en amortissant les coûts sur un chiffre d’affaires élargi. Les majors du disque se sont ainsi concentrés ces dernières années, à l’image de la fusion entre Sony et BMG[14].

[modifier] Les partenariats de producteurs ou d'artistes pour de nouveaux modes de distribution

Certains producteurs ou artistes choisissent d'établir des partenariats pour assurer a minima leurs ventes de CD. Bien que les clauses de ces arrangements soient rarement dévoilées, on imagine que le producteur ou l'artiste reçoit un montant définit à l'avance pour l'écoulement d'un stock de CD. Quelques exemples figurent ci-dessous:

  • Le chanteur et musicien Prince (qui est également son propre producteur) a été l'auteur de plusieurs coups d'éclats dans le domaine de la distribution de musique. En 2004, il offrit son CD Musicology pour tout achat d'un billet de concert. En 2007, son CD Planet Earth a été distribué en Grande-Bretagne avec un hebdomadaire, The Mail Of Sunday, tiré pour l'occasion à trois millions d'exemplaires! En 2009, il donne l'exclusivité de la distribution d'un coffret de trois disques, Lotusflow3r, aux magasins Target aux Etats-Unis. En 1997, le quintuple CD Crystal Ball avait été le premier disque de l'histoire à être vendu sur pré-commande et uniquement sur internet. Cela lui a valu une distinction spéciale lors des Webby Awards de 2006.[16].

[modifier] Notes et références

  1. abcde Les Échos, 25-26 janvier 2008, page 29
  2. abcdefgh Après la chute des ventes de disque, l’industrie musicale se recompose, in Le Monde, 26 janvier 2008, page 24
  3. abcd Pascal Nègre, in Les Échos, 25-26 janvier 2008
  4. abcdefghij Les majors de la musique changent de disque, in La Tribune, 25 janvier 2008, pages 30-31
  5. Le Figaro Économie, 28 février 2008, page 26
  6. (en)The Impact of Music Downloads and P2P File-Sharing
  7. Peer-to-peer, gravure, échanges Une étude inédite des comportements des internautes
  8. (en)Ups and downs – The economic and cultural effects of file sharing on music, film and games ou http://www.seo.nl/en/publications/reports/2009/2009-02A.html
  9. (en) OECD Report on Digital Music: Opportunities and Challenges
  10. Le peer to peer un autre modèle économique pour la musique ou http://www.irma.asso.fr/spip.php?action=dw2_out&id=103
  11. http://www.unc.edu/~cigar/papers/FileSharing_March2004.pdf
  12. http://www.numerama.com/magazine/10833-Le-Nobel-d-economie-P-Krugman-favorable-au-telechargement-gratuit.html
  13. Hubert Mansion, "Tout le monde vous dira non, there is no business like show business, Stanké. Montréal, 2003
  14. La Tribune, 25 janvier 2008, pages 30-31
  15. http://new.fr.music.yahoo.com/blogs/blog_c_ma_tournee/1744/kool-and-the-gang-lavent-plus-blanc/
  16. http://www.echosdunet.net/news/breve_2301_l+usage+visionnaire+internet+prince+recompense+aux+webby+awards.html

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

[modifier] Articles connexes

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