Crise d'Abyssinie

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La crise d'Abyssinie fut une crise diplomatique qui se déroula entre 1934 et 1937 à propos de la politique d'agression de l'Éthiopie par l'Italie. Elle trouve son origine dans « l'incident de Welwel » survenu le 22 novembre 1934, et qui marque une accélération du conflit en cours entre le Royaume d'Italie (Regno d'Italia) et l'Empire d'Éthiopie (alors connu sous le nom « Abyssinie » en Europe).

Elle eut pour effets directs de miner la crédibilité de la Société des Nations et d'encourager l'Italie fasciste à s'allier avec l'Allemagne nazie. La crise a contribué à mettre un terme à la paix en Europe par la constitution progressive de deux camps opposés.

Le contexte international de règlement pacifique des conflits[modifier | modifier le code]

L'Italie et l'Éthiopie étaient membres de la Société des Nations. Fondée en 1919 à l'issue de la Première Guerre mondiale, elle visait à trouver une issue diplomatique aux futures crises internationales. L'Italie était l'un de ses membres fondateurs. L'Éthiopie l’avait rejointe le 28 septembre 1923, sept ans après le coup d’État ayant renversé lidj Iyasu et fait de ras Tafari Makonnen[1] le corégent d'Éthiopie[2]. Celui-ci deviendra Haïlé Sélassié lors de son couronnement en 1930).

Avec l'article X de ses statuts, la SDN disposait d'une règle interdisant l'agression entre ses membres. Le 2 août 1928, en plus de leur engagement de respect de cet article X, l'Italie et l'Éthiopie avaient signé le traité d’amitié italo-éthiopien scellant l'amitié entre les deux nations pour 20 ans.

Puis, le 27 août, les deux pays signèrent le pacte Briand-Kellogg, traité international prévoyant la renonciation à la guerre comme instrument de politique nationale.

L'accrochage de Welwel[modifier | modifier le code]

En 1930, l'Italie construit un fort à Welwel, une oasis dans l'Ogaden. Le fort se situe dans une zone frontière aux limites mal définies. Le 29 septembre 1934, l'Italie et l'Abyssinie publient une déclaration conjointe renonçant à toute agression contre l'autre partie.

L'incident de Welwel[modifier | modifier le code]

Le 22 novembre 1934, une force d'un millier de miliciens éthiopiens dirigé par trois fitaurari (commandants politico-militaires éthiopiens) arrive près de Welwel et demande à la garnison d'environ 60 dubats (des combattants indigènes somaliens auxiliaires des troupes italiennes), de se retirer[3]. Le sous-officier somalien de la garnison refuse et le notifie au capitaine Cimmaruta, commandant de la garnison d’Uarder (à 20 km de Walwal)[4]. Le lendemain, alors qu’elle arpente la frontière entre le Somaliland britannique et l'Éthiopie, une commission frontalière anglo-éthiopienne arrive à Welwel. Elle doit faire face à une force italienne déjà sur les lieux. Les membres britanniques de la commission protestent mais se retirent pour éviter un incident international. Les membres éthiopiens de la commission séjournent à Welwel[5].

Entre le 5 et le 7 décembre, pour des raisons jamais clairement déterminée, il se produit une escarmouche entre la garnison des Somaliens au service de l’Italie et une force d'Éthiopiens armés. Selon les Italiens, les Éthiopiens ont attaqué les Somaliens avec un feu nourri de fusils et de mitrailleuses[6]. Selon les Éthiopiens, les Italiens les ont attaqués. Les Éthiopiens ont affirmé que les Italiens avaient été appuyés par deux chars et trois avions[7]. L'issue du combat se solde par environ 107 Éthiopiens[nb 1] et 50 Italiens et Somaliens sont tués[nb 2]. Aucune des deux parties n'a tenté quoique ce soit en vue d'éviter la confrontation : les Éthiopiens ont à plusieurs reprises menacé la garnison italienne d'une attaque armée, et les Italiens ont envoyé deux avions au-dessus du camp éthiopien pour le mitrailler[10].

La réponse internationale et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Le 6 décembre 1934, l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié Ier proteste contre l’agression italienne à Welwel. Le 8 décembre, l'Italie demande des excuses et, le 11 décembre, ajoute une demande de compensation financière et stratégique. Le 3 janvier 1935, l'Éthiopie fait appel à la Société des Nations (SDN) afin d’arbitrer l’incident de Welwel. Mais la réponse de la SDN n'est pas concluante : l'analyse du comité d'arbitrage relevant de la SDN, absout les deux parties de toute charge[11].

Peu de temps après l'appel initial de l'Éthiopie, le ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval et le secrétaire britannique aux Affaires étrangères Samuel Hoare rencontrent le président du Conseil italien Benito Mussolini, à Rome. Le 7 janvier 1935, une rencontre entre Laval et Mussolini aboutit à l'accord franco-italien de Rome. Ce traité donne à l'Italie une partie de Côte française des Somalis (aujourd'hui Djibouti), redéfinit le statut officiel des Italiens en Tunisie française, et laisse les mains libres aux Italiens en Éthiopie. En échange, la France espére un soutien italien contre une agression allemande.

Le 25 janvier, cinq askaris italiens sont tués par les forces éthiopiennes à proximité de Welwel[5]. Le 10 février 1936, Mussolini mobilise deux divisions[5]. Le 23 février, il commence à envoyer d’importantes troupes en Érythrée et en Somalie italienne, colonies italiennes qui bordent l'Éthiopie, respectivement au nord et au sud. Il y a peu de protestation internationale à cette escalade. Le 8 mars, l'Éthiopie demande à nouveau un arbitrage et remarque le renforcement militaire italien. Le 13 mars, l'Italie et l'Éthiopie se mettent d'accord sur une zone neutre dans l'Ogaden. Le 17 mars, l'Éthiopie fait à nouveau appel à la SDN à cause de la montée en puissance continue de l’armée italienne. Le 22 mars, les Italiens cèdent à la pression de la Société des Nations pour l'arbitrage dans l'incident de Welwel. Mais le 11 mai, l'Éthiopie proteste à nouveau contre la mobilisation continue italienne.

Entre le 20 et le 21 mai, la Société des Nations tient une session spéciale pour discuter de la crise d'Abyssinie. Le 25 mai, un Conseil de la SDN se résout à répondre si un cinquième arbitre n’a pas été choisi le 25 juin, ou si un accord n'a pas été trouvé le 25 août. Le 19 juin, l'Éthiopie demande l'envoi d'observateurs neutres. Les 23 et 24 juin, le Royaume-Uni tente de calmer la crise et envoie son sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères Anthony Eden pour négocier la paix. Cette mission est vouée à l’échec, tant Mussolini souhaite conquérir l’Abyssinie[réf. nécessaire]. Suite à cela, la Grande-Bretagne déclare un embargo sur les armes à destination de l’Italie et de l'Éthiopie le 25 juillet. Beaucoup[Qui ?] pensent que c'est un résultat direct du décret italien spécifiant que la fourniture d'armes à Éthiopie serait perçue comme un acte inamical. La Grande-Bretagne retire également ses navires de guerre de la Méditerranée, permettant à l'Italie un accès sans entrave à l'Afrique orientale.

Le 25 juin, des officiels italiens et éthiopiens se réunissent à La Haye pour discuter de l'arbitrage. Ces discussions échouent le 9 juillet. Le 26 juillet, la SDN confirme qu'aucun cinquième membre n’a été sélectionné. Le 3 août, la SDN limite l’arbitrage aux questions en cours, excepté celle concernant la souveraineté de Welwel. Le 12 août, l'Éthiopie plaide pour la levée de l’embargo sur les armes. Le 16 août, la France et la Grande-Bretagne offrent à l'Italie de larges concessions en Éthiopie pour éviter la guerre, l'Italie rejette ces offres. Le 22 août, la Grande-Bretagne réaffirme son embargo sur les armes.

Le 4 septembre, la SDN se réunit à nouveau et exonère Italie et l'Éthiopie de l'incident de Welwel[5] puisque chacune croyait que Welwel était à l’intérieur de ses frontières. Le 10 septembre, Pierre Laval, Anthony Eden, et même Sir Samuel Hoare s’accordent pour limiter les sanctions contre l'Italie. Le 25 septembre, l'Éthiopie demande de nouveau des observateurs neutres. Le 28 septembre, l'Éthiopie commence à mobiliser son armée, importante, mais mal équipée. En attendant, le 27 septembre 1936, le Parlement britannique, dirigé par Konni Zilliacus, adopte à l'unanimité des sanctions contre l'Italie si elle devait continuer ses opérations contre l'Éthiopie.

La guerre et l'occupation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seconde guerre italo-éthiopienne.

Le 3 octobre 1935, peu après que la SDN ait exonéré les deux parties de toute responsabilité dans l'incident de Welwel, les forces armées italiennes basées en Érythrée envahissent l’Éthiopie, sans déclaration de guerre conduisant celle-ci à déclarer la guerre à l'Italie : ainsi commence la seconde guerre italo-éthiopienne.

Le 7 octobre, la Société des Nations considère l'Italie comme étant l'agresseur et commence le lent processus pour imposer des sanctions. Cependant, ces sanctions ne s'étendent pas à plusieurs matériaux vitaux, comme le pétrole et ne sont pas mises en œuvre par tous les membres de la SDN. Plus précisément, le Royaume-Uni et la France n'ont pris aucune action sérieuse contre l'Italie (comme le blocage de l'accès au canal de Suez). Même l'utilisation par l’Italie d’armes chimiques ne contribue guère à changer la passivité de la SDN.

En décembre 1935, les britanniques et les français proposent le plan secret dit Laval-Hoare qui mettrait fin à la guerre, mais qui permettrait à l'Italie de contrôler de vastes zones de l'Éthiopie. Mussolini accepte le plan, mais il y a un tollé en Grande-Bretagne et en France lorsque le plan est divulgué aux médias. Hoare et Laval sont accusés de trahir les Abyssins et tous deux démissionnent. Le plan est abandonné, mais la perception se répand de l'absence de sérieux de la Grande-Bretagne et de la France au sujet des principes de la SDN. Après l'abandon du plan, la guerre continue et Mussolini se tourne vers le chancelier allemand Adolf Hitler pour chercher une alliance.

Toutes les sanctions imposées par la SDN sont abandonnées après la conquếte par l’Italie de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, le 5 mai 1936. L'Éthiopie fusionne ensuite avec les autres colonies italiennes pour devenir l'Afrique orientale italienne (Africa Orientale Italiana ou AOI). L'Éthiopie ne s’est jamais officiellement rendue. Le contrôle italien de l'Éthiopie n'a jamais été total (en raison de la guérilla, plus tard utilisé par les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale), mais en 1940, l’Italie contrôlait les trois-quarts du pays.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La fin de l'AOI est survenue rapidement au cours de la Seconde Guerre mondiale. Au début 1941, dans le cadre de la campagne d'Afrique de l'Est, les forces alliées ont lancé des offensives contre la colonie italienne isolée. Le 5 mai 1941, cinq ans après la capture de la capitale, l'empereur Hailé Sélassié est rentré en triomphe dans Addis-Abeba. L'Italie serait défaite peu après.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Mockler, 107 Éthiopiens ont été tués et 40 blessés[8].
  2. Selon le Time Magazine, 110 Éthiopiens et 30 Italiens ont été tués[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tafari Mekonnen a remplacé son père comme ras le 17 Maskaram 1909
  2. Le 28 septembre 1923 du calendrier occidental correspond au 17 Maskaram 1916 du calendrier éthiopien.
  3. Lo squadrone bianco (ISBN 978-88-04-50691-1) pag. 267
  4. Lo squadrone bianco (ISBN 978-88-04-50691-1) pag. 271
  5. a, b, c et d Shinn, p. 392
  6. Lo squadrone bianco (ISBN 978-88-04-50691-1) pag. 272
  7. Barker. The Rape of Ethiopia 1936. Pg. 17.
  8. Mockler, p.46.
  9. Time Magazine, Provocations.
  10. Lo squadrone bianco (ISBN 978-88-04-50691-1) p. 268-271
  11. « Yearbook of the International Law Commission » (consulté le 22 juillet 2010) p. 184 : « Ces premiers incidents, faisant suite à ceux de Welwel, avaient un caractère accidentel, tandis que les autres étaient pour la plupart, pas sérieux et pas du tout rares dans la région dans laquelle ils ont eu lieu. Dans ces circonstances, la Commission [sic] est d'avis qu'il n'y a pas de raisons de considérer une responsabilité internationale pour ces incidents mineurs ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A.J. Barker, Rape of Ethiopia, 1936, New York, Ballantine Books,‎ 1971, 160 p. (ISBN 978-0-345-02462-6)
  • (en) Harold G. Marcus, A History of Ethiopia, London, University of California Press,‎ 1994, poche (ISBN 978-0-520-22479-7), p. 316
  • Anthony Mockler, Haile Sellassie's war, New York, Olive Branch Press,‎ 2002 (ISBN 978-1-56656-473-1)
  • (en) David Nicolle, The Italian Invasion of Abyssinia 1935-1936, Westminster, MD, Osprey,‎ 1997, 48 p. (ISBN 978-1-85532-692-7)
  • Domenico Quirico, Lo squadrone bianco, Milan, Mondadori,‎ 2002 (ISBN 978-88-04-50691-1)
  • (en) Ofcansky, Thomas P., and Prouty, Chris Shinn, David Hamilton, Historical dictionary of Ethiopia, Lanham, Maryland, Scarecrow Press,‎ 2004 (ISBN 978-0-8108-4910-5), p. 633

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