Crise d'Abadan

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La crise d'Abadan s'est déroulée entre 1951 et 1954, après la nationalisation par l'Iran de l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) et l'expulsion des sociétés pétrolières occidentales des raffineries de la ville d'Abadan (voir raffinerie d'Abadan).

Prélude[modifier | modifier le code]

L'Anglo-Iranian Oil Company était pour les britanniques « l'actif le plus important à l'étranger » et « une source de fierté nationale » dans l'après-guerre de Clement Attlee et Ernest Bevin. Même « dans les années 1940 et au début des années 1950, certains responsables britanniques de haut rang croyaient encore que le pétrole persan était en fait à juste titre du pétrole britannique puisqu'il avait été découvert par les britanniques, développé par des capitaux britanniques, et exploité grâce à l'habilité et à l’ingéniosité britanniques »[1].

À l'opposé, le Premier ministre Mossadegh estimait que la concession de 1933 accordée à l'AIOC par l'Iran était « immorale et illégale », contestant alors tous les aspects de la présence commerciale britannique en Iran[2]. Les britanniques craignait que si la politique de Mossadegh l'emportait, « les nationalistes de par le monde pourrait abroger les concessions britanniques en toute impunité »[2].

Nationalisation[modifier | modifier le code]

Article principal : Anglo-Persian Oil Company.
Le premier ministre Mohammad Mossadegh, dirigeant du Front national, avec Mohammad Reza Shah Pahlavi

Le projet de nationalisation du pétrole est ratifié le 14 mars 1951 par le parlement iranien et 5 jours plus tard par le Sénat. Cet évènement est très populaire en Iran. La nationalisation, permettant à l'Iran de récupérer ses richesses propres, est perçue comme une solution aux problèmes économiques et sociaux et comme un moyen d'échapper aux menaces que font peser les puissances étrangères sur l'indépendance du pays[3].

En Grande-Bretagne, la nationalisation est largement considérée comme une violation intolérable des termes du contrat, comme un vol. Des émissaires britanniques aux États-Unis font savoir qu'autoriser l'Iran à nationaliser l'AIOC serait considéré « comme une victoire pour les Russes » et causerait « une perte d'une centaine de millions de livres par an pour le Royaume-Uni, affectant sérieusement notre programme de réarmement et le coût de la vie »[4].

Explicitant ses intentions, la Grande-Bretagne envoie des troupes à Chypre et un navire de guerre au large d'Abadan. Le 22 août, le cabinet britannique impose une série de sanctions économiques contre l'Iran, interdisant les exportations de produits britanniques clés tels que le sucre et l'acier, ordonnant le retrait du personnel britannique des champs pétroliers iraniens, et bloquant à l'Iran l'accès à ses comptes en devises dans les banques britanniques[5].

Après le retrait des travailleurs britanniques à l'automne 1951, l'Iran pense pouvoir facilement embaucher des techniciens non-britanniques pour faire tourner l'industrie, et rapidement former des iraniens pour les remplacer. Cependant, quasiment tous les pays sollicités (États-Unis, Suède, Belgique, Pays-Bas, Pakistan, Allemagne et France) refusent de mettre leurs techniciens au service de l'industrie iranienne nationalisée. Seule l'Italie accepte. La plupart des pays industrialisés se rangent du côté de la Grande-Bretagne et contribuent ainsi au succès du boycott[6].

En juillet 1952, la Royal Navy intercepte le pétrolier italien Rose Mary et le contraint d'accoster dans le protectorat britannique d'Aden au motif que le pétrole qu'il transporte est un bien volé. La nouvelle se répand et effraie les autres transporteurs de produits pétroliers, condamnant véritablement les exports pétroliers de l'Iran[7].

Coup d'État[modifier | modifier le code]

Article principal : Opération Ajax.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mohammad Mosaddeq and the 1953 Coup in Iran, Mark Gasiorowski et Malcolm Byrne, Syracuse University Press, 2004, p.129
  2. a et b Mohammad Mosaddeq and the 1953 Coup in Iran, Mark Gasiorowski et Malcolm Byrne, Syracuse University Press, 2004, p.148
  3. Hélène Carrère D'encausse, « Le conflit anglo-iranien, 1951-1954 », Revue française de science politique, vol. 15e année, no 4,‎ 1965, p. 731-743 (lire en ligne)
  4. Kinzer, Stephen, All the Shah's Men : An American Coup and the Roots of Middle East Terror, Stephen Kinzer, John Wiley and Sons, 2003, p. 90.
  5. Kinzer, All the Shah's Men, (2003), p. 110.
  6. Citation de Heiss dans Mohammad Mosaddeq and the 1953 Coup in Iran, édité par Mark J. Gasiorowski et Malcolm Byrne, Syracuse University Press, 2004, p. 182.
  7. Kinzer, All the Shah's Men, (2003), p. 138.