Crimes de guerre de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale

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Armée rouge
Drapeau de l'URSS
Drapeau de l'URSS

Période 1922 – 1991
Pays Union des Républiques Socialistes Soviétiques
Allégeance Parti Communiste de l'URSS
Type Armée nationale de l'URSS
Surnom Drapeau de l’URSS Union soviétique
Équipement infanterie, blindés et artillerie, aviation, marine
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Moscou, Stalingrad, Kiew, Varsovie, Berlin
Commandant STAVKA
Commandant historique Joseph Staline

Par crimes de guerre de l'Armée rouge au cours de la Seconde Guerre mondiale, on entend des actes criminels et des infractions au droit international qui ont été commis par les membres des forces armées soviétiques. En font partie les ordres illégaux, le non-respect du droit international de guerre et des conventions de Genève, les meurtres et les viols de civils, la mise à mort délibérée de prisonniers de guerre ainsi que d'autres crimes dans les différents pays concernés par le passage et le séjour de cette armée.

L'historiographie soviétique officielle a passé sous le silence ces faits, et cela n'a pas beaucoup changé depuis l'écroulement de l'URSS. Si la mémoire des exactions soviétiques reste une plaie ouverte dans certains des pays concernés (Pologne, Pays baltes…), l'opinion occidentale ne s'y est intéressée que depuis peu. Il est certain que lors de l'invasion de l'URSS en 1942, les Allemands et leurs alliés (troupes auxiliaires baltes, ukrainiennes…) ont eux aussi commis des crimes de guerre en pénétrant et en occupant le territoire soviétique, sous prétexte d'exécuter des partisans et leurs complices.

Aux exactions des uns ont répondu les exactions des autres quand la situation militaire s'est renversée.

Historique[modifier | modifier le code]

Corridor de Dantzig et les frontières de 1940

Appels à la vengeance[modifier | modifier le code]

Les proclammations enflammées d'Ilya Ehrenbourg incitaient les soldats soviétiques à la vengeance contre ceux qui avaient envahi en 1941 la mère patrie soviétique. On cite un officier qui lisait, lors des rapports, des appels comme celui qui suit :

« Soldats de l’Armée rouge, tuez ! tuez ! À mort, les Fascistes ! car il n’y a pas d’innocents chez eux ! Ni ceux qui vivent ni ceux qui ne sont pas encore nés ! À mort ! À mort »

— Ilya Ehremburg cité par Jurgen Thorwald, op. cit. 1965, p. 54 §5

Situation militaire[modifier | modifier le code]

En 1944, l'opération Bagration a causé des revers terribles aux armées allemandes. Les armées soviétiques sont alors aux portes de la Pologne, menaçant le territoire du Reich[1]. Un bref succès allemand en octobre-novembre 1944 a permis de découvrir à Goldap et Nemmersdorf des atrocités commises sur des civils allemands.

Témoignages[modifier | modifier le code]

« […] les Russes ont cloué vives des femmes sur les portes des granges. Toutes ont été violées un nombre incalculable de fois, les hommes et les vieillards ont été massacrés ainsi que quarante prisonniers français. »

— Jurgen Thorwald, op. cit. 1965, pp. 15-16

Il s'agit d'un auteur allemand qui pourrait être soupçonné de partialité ; Antony Beevor, auteur anglais, va dans le même sens, dénonçant la brutalité de l'Armée rouge à son entrée en Prusse orientale.

« Des rumeurs avaient commencé à circuler sur ce qui se passait en Prusse-Orientale.
Les soldats de l'Armée rouge, et en particulier ceux des unités polonaises, n'étaient sans doute pas enclins à la clémence après ce qu'ils avaient vu à Varsovie. »

— Antony Beevor, op. cit. 2002, pp. 66-37

Un auteur dramatique, Zakhar Agramenko, servant comme officier d'infanterie de marine en Prusse orientale, notait dans son journal :

« Les soldats soviétiques ne recherchaient pas de « relation individuelles » avec des femmes allemandes, […] À neuf, dix, douze hommes à la fois, ils violent collectivement. »

— Antony Beevor, op. cit. 2002, p. 74

L'ouvrage d'Antony Beevor poursuit sur plusieurs pages la description des viols collectifs en accusant les dirigeants Staline et Beria d'être parfaitement renseignés par les rapports du NKVD. L'attitude des soldats était aussi approuvée par les femmes-soldats de l'Armée rouge elles-mêmes.

Victimes[modifier | modifier le code]

Exemples[modifier | modifier le code]

Les populations civiles[modifier | modifier le code]

La Prusse orientale[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Prusse orientale est défini dans ses frontières de 1940 de l'Allemagne nazie.

La Pologne et les Pays baltes[modifier | modifier le code]

Pendant la conquête de la Pologne orientale en 1939-41, l'Armée rouge a commis de nombreux crimes de guerre. L'historien Andrzej Friszke évalue le nombre des victimes à 2 500 prisonniers de guerre assassinés (soldats et policiers) et à plusieurs centaines de civils. En même temps, les militaires soviétiques incitaient les populations civiles ukrainiennes et biélorusses au meurtre et à la violence[2]. Les crimes les plus connus ont eu lieu à Katyń, Rohatyn, Grodno[3], Nowogródek, Sarny, Tarnopol, Waukawysk, Oszmiana, Świsłocz, Molodetschno et Kosów Poleski[4],[5],[6].

Article détaillé : Massacre de Katyń.

Après l'invasion soviétique, les forces d'occupation procédaient à des arrestations de masse visant les « ennemis de classe » et les « ennemis du peuple ». Au cours des années 1939-41, environ 110 000 personnes ont été arrêtées en Pologne orientale. Le destin des prisonniers n'est que partiellement connu. Environ 40 000 personnes ont trouvé la mort dans les camps de Workuta, et environ 7 300 civils emprisonnés en Biélorussie et en Ukraine ont été assassinés en 1940. Plus de 10 000 personnes ont été assassinées par les soviétiques durant l'été 1941 lors de l'évacuation des prisons devant l'avancée allemande.

Déportations[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Aleksandr Gurjanow, environ 108 000 personnes ont été envoyées dans les camps du Goulag, et 32 000 déportés en Russie orientale ou au Kazakhstan[7],[8]. D'après les estimations du gouvernement polonais, les quatre grandes vagues de déportations ont fait plus de 600 000 victimes.

L'Allemagne occupée[modifier | modifier le code]

Pillages et expulsions[modifier | modifier le code]

Viols[modifier | modifier le code]

La population civile féminine a été régulièrement victime de violences sexuelles. Des prisonniers de guerre britanniques en ont témoigné après leur retour dans la zone occupée britannique de l'Allemagne : « Dans le secteur autour de notre camp d'internement, […], des soldats soviétiques violaient, au cours des premières semaines après la conquête, chaque femme et chaque fille entre 12 et 60 ans. […] Des pères et des maris, qui voulaient les protéger, ont été tués, et des filles qui montraient beaucoup de résistance ont également été assassinées. » [24]

Les sources indiquées estiment que, vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale et dans les mois après, les membres de l'Armée Rouge ont violé plus de deux millions de femmes allemandes, [25] [26] [27] sans compter les viols multiples [28]. Environ dix pour cent des victimes sont mortes de leurs blessures, ont été assassinées ou se sont suicidées [29] [30].

L'historien Norman M. Le Naimark confirme les deux millions de victimes allemandes [8]. Dans plusieurs secteurs, les abus sexuels massifs se sont accumulés de telle manière que la demande « Frau, komm! » (« Femme, viens ! ») est devenu une expression courante, au point que des enfants ont commencé à jouer à « violer » [31]. Des rapports de témoins oculaires innombrables, il ressort que des lieux ont été aménagés spécialement, dont les femmes ont souvent été congédiées après une torture de plusieurs jours.

Jamais dans un seul pays et en une période si courte, autant de femmes et filles ont été abusées auparavant par des soldats étrangers qu'en 1944/45 après l'invasion de l'Armée rouge en Allemagne[9].

En Hongrie, la hiérarchie de l'armée soviétique tenta à partir de février 1945 d'endiguer les crimes sexuels. Des milliers de femmes hongroises avaient été violées par des membres de l'Armée Rouge. Quelques villes et villages, dans lesquels les forces soviétiques s'étaient heurtées à une résistance particulière, avaient été livrés aux soldats pendant trois jours pour piller et violer.

Victimes militaires[modifier | modifier le code]

Beaucoup de prisonniers de guerre laissèrent leur vie dans les camps soviétiques :

Près de 500 000 prisonniers Allemands et le même nombre de prisonniers italiens, roumains, hongrois, bulgares et autres alliés de l'Allemagne périrent dans les camps de prisonniers soviétiques à cause du froid, de la faim, des maladies…

Environ 600 000 soldats japonais furent capturés par les soviétiques lors de l'invasion de la Mandchourie par l'Armée rouge. Plus de 500 000 trouveront la mort dans les camps de Sibérie.[réf. nécessaire]

En 1940, l'Armée rouge commit également, dans la forêt de Katyń, le massacre de 4 500 officiers polonais qui furent abattus d'une balle dans la nuque et en accusa les nazis.

Autres infractions contre le droit international[modifier | modifier le code]

Pillages[modifier | modifier le code]

La dénonciation des crimes soviétiques par le régime national-socialiste[modifier | modifier le code]

Rercherche sur les causes[modifier | modifier le code]

En 1951, de retour d'un voyage en URSS, le journaliste français non communiste, Michel Gordey, fervent partisan en pleine guerre froide d'une détente entre les démocraties occidentales et l'Union Soviétique, expliquait ces exactions — au cœur des accusations occidentales de barbarie des Soviétiques — de l'Armée rouge par « la soif de vengeance qui animait cette armée après les indicibles atrocités et souffrances de l'occupation allemande en Russie ». « Les soldats avaient découvert les traces encore fraîches de la bestialité allemande ». Également, « il fallait compter avec l'effort physique et moral surhumain, fourni pendant les dernières années de la guerre […] Aussi l'arrivée dans des territoires ennemis le contact avec des populations hostiles (comme en Pologne) et le peuple allemand lui-même devaient évidemment résulter en incidents massifs du caractère le plus brutal »[10].

Controverses et historiographie dans les pays concernés[modifier | modifier le code]

Sourceses[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans ses frontières de 1940.cf corridor de Dantzig
  2. Andrzej Friszke: Polska. Losy państwa i narodu 1939-1989. ISBN 83-207-1711-6, p. 25.
  3. In: Julian Siedlecki: Losy Polaków w ZSRR w latach 1939-1986. Londres 1988, p. 32–34
  4. Wojciech Roszkowski, Najnowsza historia Polski 1914-1945, Varsovie 2003, ISBN 83-7311-991-4, p. 410
  5. Władysław Pobóg-Malinowski, Najnowsza historia polityczna Polski. 1939-1945, tome 3, Kracovie 2004, ISBN 83-89711-10-9, p. 107
  6. Witold Pronobis, Świat i Polska w XX wieku, Varsovie 1996, ISBN 83-86802-11-1, p. 196
  7. Anne Applebaum, Gulag: A History, Doubleday, 2003, ISBN 0-7679-0056-1, chap. 20
  8. Aleksandr Gurjanow, Repressii protiv Poljakov i polskih graždan, p. 4-9
  9. Ingo von Münch, Frau, komm !
  10. Michel Gordey, Visa pour Moscou, Paris, Gallimard 1951, p. 434-435

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en)Max Hastings: Armageddon: The Battle for Germany, 1944–1945, Chapter 10: Blood and Ice: East Prussia, ISBN 0-375-41433-9.
  • (de)Ingo von Münch: Frau, komm! Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45. Graz: Ares 2009 ISBN 978-3-902475-78-7
  • James Mark: Remembering Rape. Divided Social Memory and the Red Army in Hungary 1944–1945. In: Past & Present, 2005.
  • (en)John Toland : The Last 100 Days, Chapter Two: Five Minutes before Midnight ISBN 0-8129-6859-X.
  • (en)Elizabeth B. Walter : Barefoot in the Rubble, 1997, ISBN 0-9657793-0-0.
  • Jürgen Thorwald (trad. Raymond Albeck, ill. cartes Henri Jacquinet), La débâcle allemande : De l’agonie de l’Allemagne à la chute de Berlin [« Die grosse flucht : Es began an der Weichsel; Das Ende an der Elbe. »], Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A167),‎ 1967, poche, 513 p.
    Cet ouvrage décrit les sévices infligés aux populations civiles allemandes par les troupes soviétiques franchissant la Vistule.
  • Antony Beevor (trad. Jean Bourdier, ill. photos divers), La chute de Berlin [« Berlin. The downfall »], Editions de Fallois,‎ 2002, poche, 640 p. (ISBN 2-253-10964-9)
    Cet ouvrage décrit les sévices infligés aux populations civiles allemandes par les troupes soviétiques marchant vers Berlin et y entrant .
  • Vassily Grossman (trad. Antony Beevor et Luba Vinogradova), Carnets de guerre : De Moscou à Berlin, 1941-1945 [« A Writer at War »], Paris, Calmann-Lèvy (no 30969),‎ 2007 (1re éd. 2005), poche, 512 p. (ISBN 978-2-253-12249-4, [www.livredepoche.com présentation en ligne])

Liens externes[modifier | modifier le code]