Crime et Châtiment

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Crime et Châtiment
Auteur Fiodor Dostoïevski
Genre Roman
Version originale
Titre original Преступление и наказание
Éditeur original Rouskii vestnik
Langue originale Russe
Pays d'origine Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Date de parution originale 1866
Version française
Traducteur Victor Derély (1884), D. Ergaz (1950), André Markowicz (1996)
Lieu de parution Paris
Éditeur Plon (1884), Éditions Gallimard (1950), Éditions Actes Sud (1996)
Date de parution 1950, 1996

Crime et Châtiment (Преступление и наказание) est un roman de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié en 1866. Il paraît d'abord en feuilleton dans Le Messager russe.

Cette œuvre est une des plus connues du romancier russe et exprime les vues religieuses et existentialistes de Dostoïevski, en insistant sur le thème du salut par la souffrance. Le roman dépeint l'assassinat d’une vieille prêteuse sur gage et de sa sœur cadette par Raskolnikov, un ancien étudiant de Saint-Pétersbourg, et ses conséquences émotionnelles, mentales et physiques sur le meurtrier.

Personnages[modifier | modifier le code]

Bas-relief devant la maison de Raskolnikov
  • Rodion Romanovitch Raskolnikov : le personnage principal du roman.
  • Avdotia Romanovna Raskolnikova appelée aussi Dounia ou Dounietchka : la sœur de Raskolnikov.
  • Poulkheria Alexandrovna Raskolnikova : mère de Raskolnikov et de Dounia.
  • Semion Zakharovitch Marmeladov : mari de Katerina Ivanovna et le père de Sonia.
  • Sofia Semionovna Marmeladova souvent appelée Sonia ou Sonietchka : fille de Semion Zakharovitch Marmeladov. Elle se prostitue pour subvenir aux besoins de sa famille.
  • Katerina Ivanovna Marmeladova : seconde femme de Marmeladov, donc la belle-mère de Sonia.
  • Dimitri Prokovitch Razoumikhine : ami dévoué de Raskolnikov.
  • Arkadi Ivanovitch Svidrigaïlov : ancien employeur d'Advotia Romanovna (Dounia).
  • Piotr Petrovitch Loujine : fiancé d'Advotia Romanovna (Dounia).
  • Andreï Semionovitch Lebeziatnikov : compagnon de chambre de Loujine.
  • Aliona Ivanovna : l'usurière.
  • Lizaveta Ivanovna : sœur de l'usurière.
  • Nikodim Fomitch : chef de la police.
  • Ilia Petrovitch aussi appelé « Poudre »  : lieutenant de Fomitch.
  • Porphiri Petrovitch : juge d'instruction chargé de l’enquête du meurtre de l'usurière.
  • Alexandre Grigorievitch Zamiotov : un ami de Razoumikhine travaillant pour la police.
  • Nastassia Petrovna : servante dans l'immeuble de Raskolnikov.
  • Zossimov : un ami médecin de Razoumikhine.

Résumé[modifier | modifier le code]

Rodion Romanovitch Raskolnikov est un étudiant sans le sou, âgé de vingt-trois ans. Par manque d'argent, il a dû abandonner ses études et vit dans un quartier mal famé de Saint-Pétersbourg. Rongé par la pauvreté, il s'isole du reste du monde. Alors qu'il vend son dernier bien, la montre de son père, à une usurière, une idée lui vient à l'esprit : un meurtre est-il moralement tolérable s'il conduit à une amélioration de la condition humaine ? Il a décidé d'assassiner l'usurière depuis quelque temps, mais son plan ne se déroule pas comme prévu et il commet un double meurtre. Pris de remords et de culpabilité, il se rend compte qu'il ne peut être pardonné et qu'il ne sera jamais un grand homme, comme il l'espère tant. Raskolnikov passe du crime au châtiment.

Après être tombé malade et être resté au lit, cloué par la fièvre, pendant plusieurs jours, Raskolnikov s’imagine que tous ceux qu’il rencontre le suspectent du meurtre ; la connaissance de son crime le rend presque fou. Mais il rencontre Sonia Semionovna, une prostituée dont il tombe amoureux. Dostoïevski utilise cette relation comme une allégorie de l’amour de Dieu pour l’humanité déchue et du pouvoir de rédemption de l’amour. Mais Raskolnikov n’est racheté que par l’aveu du meurtre et la déportation en Sibérie.

Analyse[modifier | modifier le code]

Au-delà du destin de Raskolnikov, le roman, avec sa grande galerie de personnages variés, traite de sujets tels que la charité, la vie de famille, l’athéisme, l’alcoolisme, et de la recherche identitaire avec le regard aigu que Dostoïevski portait sur la société russe de son temps. Même si Dostoïevski rejetait le socialisme, le roman est aussi une critique du capitalisme qui se mettait en place dans la société russe de cette époque.

Raskolnikov pense être un « surhomme », et qu’avec une bonne raison, il pourrait exécuter un acte ignoble — le meurtre de l’usurière — si cela peut l’amener à faire le bien. Il cite souvent Napoléon, estimant qu’il a eu raison de répandre autant de sang : « Si un jour, Napoléon n’avait pas eu le courage de mitrailler une foule désarmée, nul n’aurait fait attention à lui et il serait demeuré un inconnu. » Raskolnikov estime qu’il peut transcender les limites morales en tuant l’usurière, en volant son argent et en l’utilisant pour faire le bien. Il soutient que si Isaac Newton ou Johannes Kepler avaient dû tuer une ou même cent personnes pour éclairer l’humanité de leurs idées, cela en aurait valu la peine. Le vrai châtiment de Raskolnikov n’est pas le camp de travail auquel il est condamné, mais le tourment qu’il endure tout au long du roman. Ce tourment se manifeste sous la forme d’une paranoïa, autant que de la prise de conscience qu’il n’est pas « surhomme », puisqu’il est incapable de supporter ce qu'il a fait.

La douleur psychologique qui poursuit Raskolnikov est une thématique chère à Dostoïevski et se retrouve dans d’autres de ses œuvres, comme Les Carnets du sous-sol et Les Frères Karamazov (son comportement ressemble beaucoup à celui d’Ivan Karamazov). Il se fait souffrir en tuant la prêteuse sur gages et en vivant dans la déchéance, alors qu’une vie honnête mais commune s'offre à lui. Razoumikhine était dans la même situation que Raskolnikov et vivait beaucoup mieux, et quand Razoumikhine lui propose de lui trouver un emploi, Raskolnikov refuse et convainc la police qu’il est le meurtrier, alors qu’elle n’avait aucune preuve. Tout au long des quatre dernières parties, la souffrance toujours accrue qu'éprouve Rodion Romanovitch semble autant provenir de la culpabilité du crime propre que de la prise de conscience du héros que ce qu'il perpétrait selon lui pour le bien (enlever au monde un individu vivant sur l'usure des pauvres, et que la société ne prévoit pas de punir, à savoir par le droit) s'efface devant la victime innocente qui résulte du méfait (la sœur de l'usurière, que Raskolnikov avait pris en empathie et qui avait provoqué son indignation), se confronte à sa propre nullité envers les maux sociétaux qu'il croyait symboliquement combattre, ne fait de lui en rien un prophète d'une morale du surhumain, un Napoléon ou un Mahomet ; le crime se confronte au jugement outré du corps social, au désaveu d'autrui comme de lui-même envers l'éthique qu'il défend, à sa propre anodinité dès lors qu'il prend conscience des malheurs des Marmeladov ou des propres mères et sœurs de Raskolnikov ou de la banale malveillance de Loujine ou Svidrigaïlov. Alors que Raskolnikov semble vouloir soumettre l'illusion de sa toute-puissance individuelle (tandis qu'il se sait faible, pauvre et désespéré) au reste du monde lorsqu'il commet le double-meurtre, c'est sa propre prise de conscience en tant qu'un individu parmi d'autres dans l'immensité du corps social et de ses situations, lequel ne sait exprimer rien d'autre qu'incompréhension, tristesse ou indifférence face au méfait, qui rend nulle sa tentative de changer le monde, ne lui laissant que le seul choix de se rendre pour exister socialement. Il essaye en permanence de franchir les frontières de ce qu’il peut ou ne peut pas faire (tout au long du récit, il se mesure à la peur qui le tenaille, et tente de la dépasser), et sa dépravation (en référence à son irrationalité et sa paranoïa) est souvent interprétée comme une expression de sa conscience transcendante et un rejet de la rationalité et de la raison. C’est un thème de réflexion fréquent de l’existentialisme.

Friedrich Nietzsche fit l’éloge des écrits de Dostoïevski (« Dostoïevski est la seule personne qui m'ait appris quelque chose en psychologie »)[2],[3],[4] en dépit de leur théisme et Walter Kaufmann considérait les œuvres de Dostoïevski comme la source d’inspiration de la Métamorphose de Franz Kafka. Raskolnikov pense que les grands hommes peuvent se permettre de défier la moralité et la loi, comme il le fait en tuant quelqu’un. Dostoïevski utilise aussi Sonia pour montrer que seule la foi en Dieu peut sauver l’homme de sa dépravation, ce en quoi Dostoïevski diffère de nombreux autres existentialistes. Bien que cette philosophie particulière soit propre à Dostoïevski, parce qu’elle insiste sur le christianisme et l’existentialisme (le point de savoir si Dostoïevski est un vrai existentialiste est débattu), des thèmes comparables peuvent être trouvés dans les écrits de Jean-Paul Sartre, d'Albert Camus, Hermann Hesse et de Franz Kafka.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma

À la télévision

Au théâtre

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Souvenir personnel de Dostoïevski (voir p.87 éd. LGF)
  2. (fr) (en) « Le 08 Novembre 1880 : Parution des Frères Karamazov », evene (consulté le 28 août 2012)
  3. (fr) (en) « Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski », Encyclopédie Larousse (consulté le 28 août 2012)
  4. (fr) (en) « Raskolnikov, meurtrier cérébral », Le magazine littéraire,‎ 9 février 2012 (consulté le 28 août 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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