Maladie de Creutzfeldt-Jakob

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Maladie de Creutzfeldt-Jakob
Classification et ressources externes
VCJD Tonsil.jpg
Accumulation d'un prion.
CIM-10 A81.0, F02.1
CIM-9 046.1
OMIM 123400
DiseasesDB 3166
eMedicine neuro/725 
MeSH D007562
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La maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) est une dégénérescence du système nerveux central caractérisée par l'accumulation d'un prion (forme anormale d'une protéine qui peut transmettre la maladie). La période d'incubation se compte en années, voire en décennies avant qu'apparaissent des troubles de l'équilibre et de la sensibilité, puis une démence. L'issue est systématiquement fatale à échéance d'approximativement un an.

Typologie[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs causes de la maladie :

  • La plupart des cas sont dits sporadiques, car d'origine inconnue et sans caractère épidémique.
  • Environ 10 % des cas sont héréditaires.
  • Des contaminations iatrogéniques sont dues à un processus opératoire utilisant un matériel contaminé (ex : utilisation d'instruments de chirurgie mal décontaminés (électrodes)) ou à des greffes de tissus cérébraux (dure mère) issus de cadavres de malades.

Une contamination par des hormones de croissance contaminées a eu lieu, comme dans l'affaire de l'hormone de croissance en France, cette hormone contaminée qui a fait 120 morts à partir de 1980, affaire pour laquelle les accusés ont tous été relaxés[1],[2].

Une autre hypothèse est explorée, notamment par le Dr Salmon (expert anglais en santé publique et en ESB) et certains de ses collègues, experts en santé publique. Cette hypothèse, posée pour le seul cas de l'épidémie anglaise qui présente une géographie curieuse[3], est qu'une mauvaise hygiène dentaire (caries non soignées, ou peut-être gingivites[4]) pourrait aussi être un facteur de risque de transmission de prion à l'organisme humain via la nourriture[5], ce qui expliquerait au Royaume-Uni un nombre presque deux fois plus élevé en Écosse et en Angleterre du nord et un âge médian de survenue de 26 ans (resté inchangé au cours des 15 ans qu'a duré l'épidémie)[5], ce qui peut reposer la question du risque lié à une mauvaise décontamination d'instruments de chirurgie dentaire[6],[7],[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

La maladie du Kuru a été décrite dans la peuplade des Fores de Nouvelle-Guinée par Daniel Carleton Gajdusek (Prix Nobel de physiologie ou médecine 1976). Quoique distinct de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, le kuru est également une encéphalopathie spongiforme transmissible (EST). Son mode de transmission a pu être relié à un rite funéraire anthropophage. L'insomnie fatale familiale est également une EST. Dans les années 1970, il est soupçonné[9] l'existence d'un agent infectieux particulier. Les premières maladies à prion ont été expliquées par Stanley B. Prusiner comme étant dues à une protéine infectieuse et non à un microbe, ce qui lui a valu le prix Nobel de médecine en 1997 après beaucoup de controverses car l'idée qu'une simple protéine puisse être infectieuse contredisait le paradigme médical en vigueur à l'époque selon lequel il n'y a que trois types d'agents infectieux (virus, bactérie, parasite).

Également, les animaux domestiques et sauvages peuvent être victimes de prions, avec notamment la CWD qui décime des cervidés en Amérique du Nord.

Nouvelle variante[modifier | modifier le code]

Une nouvelle forme de la maladie est apparue en 1996 en Angleterre, probablement causée par l'ingestion de produits bovins infectés par l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ; elle est parfois notée vMCJ, pour « variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ». Apparue en 1985, l'épidémie d'ESB, d'abord britannique puis continentale, est le résultat d'une amplification de la transmission d'un agent pathogène avec le recyclage des déchets d'abattoir au sein de l'alimentation animale (ruminants et autres mammifères). L'origine de cette amplification est en rapport probable avec une modification du procédé de fabrication des farines de viande et d'os animales au Royaume-Uni à la fin des années 1970. De très nombreux agriculteurs en Europe ont nourri leurs vaches avec ces farines issues des centres d'équarrissage, même après leur interdiction pour les ruminants en 1990. Les modes de fabrication et de commerce de ces farines semblent des facteurs essentiels pour expliquer ce qui est nommé « saga de l'ESB ». L'ESB s'attaque aux cerveaux des bovins, c'est une maladie incurable, elle est aussi appelée "Maladie de la vache folle".

Certaines études ont pu confirmer le passage de la maladie bovine à l'homme mais le moyen utilisé pour le faire reste encore inconnu de nos jours. La maladie a pu être également transmise, de manière exceptionnelle, par transfusion sanguine[10],[11].

L'ESB s'attaque aux cerveaux de certains primates, et donc a fortiori à ceux des hommes. La maladie peut être transmise à l'homme s'il consomme de la viande ou des tissus issus d'animaux contaminés. L'ESB transmise à l'être humain est alors dénommée variant(e) de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et, comme chez les bovins, s'attaque de même au système nerveux central (cerveau et moelle épinière).

Personne n'a aujourd'hui d'idée précise quant à la durée d'incubation de la maladie. Le profil génétique des individus joue un rôle fondamental dans l'infection par voie alimentaire. La nature du codon 129 de la protéine prion normale (PRNP) (chromosome 20, locus 13) est au centre de multiples recherches puisque tous les cas de vMCJ par voie alimentaire sont 129Met/Met alors que seule 40 % de la population générale présente ce profil génétique. Personne ne sait si le fait d'avoir le codon 129PRNP autre que Met/Met (c'est-à-dire Val/Met ou Val/Val) permet d'être protégé contre l'infection ou si cette caractéristique rallongerait la durée d'incubation (comme pour la maladie de Kuru par exemple) : dans ce dernier cas, une nouvelle épidémie de vMCJ serait à venir. Le nombre de personnes atteintes, d'après beaucoup d'estimations divergentes, serait compris entre 80 000 et 136 000 d'ici à 2020 en fonction des durées d'incubation retenues pour effectuer ces estimations.

En mai 2007, 164 cas du nouveau variant de la MCJ (dont 158 décès) sont dénombrés en Grande-Bretagne et 22 en France. Le nombre total de cas n'a guère varié depuis (174 cas anglais en 2011 et 25 cas français en janvier 2011, le nombre de patients vivants ne dépassant pas 5 dans le monde)[12]. Cette maladie pose un problème de santé publique car il n'existe aucun traitement efficace. Des prototypes de tests de détection précoce de l'infection sont en cours d'élaboration[13]. Les moyens préventifs pour éviter les contaminations alimentaires (dépistage systématique des animaux destinés à la consommation humaine, interdiction des farines animales dans l'alimentation des bovins...) et iatrogènes (destruction du matériel contaminé...) ont montré leur efficacité et permettent d'avoir un nombre limité de nouveaux cas de vMCJ. Il reste le problème des éleveurs qui ont des stocks importants de farines animales contaminées et qui continuent à les utiliser pour des raisons économiques malgré les interdictions des pouvoirs publics.

L'incertitude concernant la durée d'incubation de la maladie et les cas cliniques de transmission de la maladie par le biais de transfusions sanguines ont amené l’établissement français du sang (EFS) à proscrire le don de sang par les personnes ayant effectué un séjour en Grande Bretagne de plus de 12 mois entre 1980 et 1996[14].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Les symptômes sont d'installation relativement rapide (généralement quelques semaines), les signes suivants à des degrés variables de présence incluent :

Examens complémentaires[modifier | modifier le code]

Il n'existe à ce jour pas de test diagnostic vraiment fiable avant que les symptômes apparaissent. Des modifications sont parfois observées lors de certains examens qui orientent le diagnostic, celui-ci sera confirmé lors d'une analyse anatomo-pathologique post-mortem. Électroencéphalogramme (EEG) (tracé anormal à types de bouffées triphasiques avec un ralentissement du rythme de base), IRM (hypersignaux au niveau cortical et/ou des noyaux gris centraux) et ponction lombaire (protéine 14-3-3 présente).

Déclaration obligatoire[modifier | modifier le code]

En France, depuis le 19 septembre 1996, et en Belgique, les suspicions de MCJ et autres encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST) humaines, sont inscrites sur la liste des maladies infectieuses à déclaration obligatoire.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

En France, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en relation avec l'Institut de veille sanitaire (InVS) et leurs homologues européens, coordonne depuis 1992, un réseau de surveillance épidémiologique de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ).

Au total, 27 cas de vMCJ certains ou probables ont été identifiés en France au 31 mai 2013. À ce jour, tous sauf le dernier cas signalé en 2012 sont décédés. Ces 27 cas de vMCJ présentent les caractéristiques suivantes[15] :

  • il s'agit de 12 hommes et 15 femmes ;
  • la médiane des âges lors de leur décès ou de leur diagnostic est de 36 ans (entre 19 et 58 ans) ;
  • 8 personnes résidaient en Ile-de-France et 19 dans d’autres régions.

Pour les 26 cas décédés de vMCJ, les décès sont intervenus en 1996 (1 cas), 2000 (1 cas), 2001 (1 cas), 2002 (3 cas), 2004 (2 cas), 2005 (6 cas) en 2006 (6 cas), 2007 (3 cas), 2009 (2 cas) et 2013 (1 cas). Tous les cas identifiés à ce jour étaient homozygotes Met-Met pour le codon 129 du gène de la protéine prion (PRNP) ; ils ne présentaient aucun facteur de risque identifié pour les autres formes reconnues de MCJ. Un cas avait séjourné très régulièrement au Royaume-Uni pendant une dizaine d'années à partir de 1987[15].

Recherche[modifier | modifier le code]

En laboratoire le tacrolimus et l'astémizole ont été identifiés in vitro comme de potentiels agents antiprions utilisables chez l'Homme[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le drame de l'hormone de croissance, Le Figaro. 5 février 2008.
  2. [1] La chronologie de l'affaire, Le Nouvel Observateur du 15 janvier 2009
  3. National CJD Surveillance Unit 2008, Creutzfeldt-Jacob disease surveillance in the UK. Sixteenth Annual Report. Edinburgh
  4. Carp R. Transmission of scrapie by oral route: effect of gingival scarification. Lancet 1982;1:170-1.
  5. a et b Robert Burnie a, Roland L Salmon b, Daniel R Thomas b, Nigel Monaghan, Does Poor Dental Health Have a Role in the Emergence of Variant Creutzfeldt Jakob Disease in the United Kingdom ?
  6. Smith A, Dickson M, Aitken J, Bagg J. Contaminated dental instruments. J Hosp Infect 2002;51:233-5
  7. Everington D, Smith A, Ward H, Letters S, Will R, Bagg J. Dental treatment and risk of variant CJD--a case control study. Br Dent J 2007;202:E19; discussion 470-1..
  8. UK Department of Health. Potential vCJD transmission risks via dentistry : an interim review, 2007, consulté 8 mai 2011.
  9. Le traité de Médecine interne de Harrisson, encyclopédie médicale de référence à époque, dans son édition française de 1972, décrivait la MCJ en précisant « de récents travaux suggèrent que l’encéphalopathie spongiforme subaiguë peut être due à un agent transmissible »
  10. Hewitt PE, Llewelyn CA, Mackenzie J, Will RG, Creutzfeldt-Jakob disease and blood transfusion: results of the UK Transfusion Medicine Epidemiological Review study, Vox Sang, 2006;91:221-230
  11. (en) Clinical presentation and pre-mortem diagnosis of variant Creutzfeldt-Jakob disease associated with blood transfusion: a case report, Stephen J Wroe, Suvankar Pal, Durrenajaf Siddique, Harpreet Hyare, Rebecca Macfarlane, Susan Joiner, Jacqueline M Linehan, Sebastian Brandner, Jonathan DF Wadsworth, Patricia Hewitt, John Collinge, Lancet 2006; 368:2061-2067.
  12. The National Creutzfeldt-Jakob Disease Surveillance Unit. Variant Creutzfeldt-Jakob disease: current data
  13. Edgeworth JA, Farmer M, Sicilia A et al. Detection of prion infection in variant Creutzfeldt-Jakob disease: a blood-based assay, Lancet, 2011;377:487-493
  14. www.dondusang.net - Dépliant sur les Contre-indications
  15. a et b InVS, « Données épidémiologiques / Maladie de Creutzfeldt-Jakob »,‎ 2013
  16. (en) Karapetyan YE, Sferrazza GF, Zhou M, Ottenberg G, Spicer T, Chase P, Fallahi M, Hodder P, Weissmann C, Lasmézas CI., « Unique drug screening approach for prion diseases identifies tacrolimus and astemizole as antiprion agents », Proc Natl Acad Sci U S A., vol. 110, no 17,‎ 2013, p. 7044-9. (PMID 23576755, DOI 10.1073/pnas.1303510110)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]