Creusot-Loire

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Creusot-Loire

Création 1970
Disparition 1984

Creusot-Loire était une société sidérurgique française, créée en 1970 suite à la fusion de la Société des Forges et Ateliers du Creusot (SFAC) avec la Compagnie des ateliers et forges de la Loire (CAFL), et disparue le 12 décembre 1984 suite à son dépôt de bilan.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1970 Marine-Firminy propriétaire de la Compagnie des ateliers et forges de la Loire (CAFL), s'associe avec Schneider propriétaire de la Société des Forges et Ateliers du Creusot (SFAC). Il découle de cette association, la société Creusot-Loire. Creusot-Loire est composé d'activités de métallurgie lourde, de sidérurgie et une partie nucléaire, avec la participation de Creusot Loire dans Framatome[1]. La fusion des deux entreprises conduit à une direction bicéphale entre les anciens directeurs des SFAC et de la CAFL. La stratégie de l'entreprise est alors celle de l'intégration de la métallurgie et de la sidérurgie afin de faire de Creusot Loire. Au cours des années 1970, Creusot Loire, multiplie les investissements outre-Atlantique, en rachetant les entreprises Phoenix Steel, Yale Steel[2]. La direction bicéphale se termine en 1978 avec le départ de l'un des deux directeurs, Michel Collas.

La crise née du choc pétrolier de 1974 ébranle les comptes de Creusot-Loire qui est en déficit chronique à partir de 1975(?), date du dernier exercice positif de l'entreprise[3].

L'arrivée du nouveau directeur de Schneider, Didier Pineau-Valencienne à la tête de l'entreprise conduit à une analyse de la société en 1980 : les chiffres de Creusot Loire montrent de grandes difficultés du groupe qui est en déficit chronique depuis 1976(?), avec des centaines de millions de francs de pertes. Les premières analyses montrent un manque de capitaux propres du groupe, la détérioration des chiffres de la sidérurgie du fait d'une concurrence accrue avec des entreprises en partie nationalisées, mais aussi un système de gestion complexe et opaque[4].

En 1981, Didier Pineau-Valencienne demande au cabinet Arthur Andersen un audit de la société Creusot Loire[4]. L'audit mettent en cause l'absence de gestion des risques au sein de Creusot Loire ainsi que l'inadaptation des règles comptables. Les résultats conduisent à la restructuration du groupe afin de limiter les pertes de Creusot-Loire[5]. Il est ainsi décidé de mettre en œuvre des méthodes de reporting et comptables, ainsi qu'une plus grande intégration au groupe Schneider afin de permettre d'avoir une vue d'ensemble du groupe. Un second audit est mis en œuvre, soulevant là encore des graves difficultés : le contrôle de gestion est inefficace, l'absence de direction stratégique mais aussi le nombre élevé des activités non stratégiques[6]. Après une année positive en 1981, l'activité de Creusot Loire se détériore de manière importante dans les années suivantes. L'acquisition de Phoneix Steel se révèle très négative pour le groupe, creusant les pertes de plusieurs centaines de millions de francs[7].

Didier Pineau Valencienne décide de renvoyer le directeur de Creusot-Loire pour prendre la direction du groupe qui est en déclin. En décembre 1982, il convoque un conseil d'administration afin de renvoyer le directeur, Philippe Boulin, présent dans le groupe depuis 1957[8]. Le début de 1983 marque le début de lourdes pertes pour le groupe, et le 22 mars 1983, Didier Pineau-Valencienne prévient le gouvernement de la situation, mettant en avant le besoin de capitaux de l'ordre de 2 milliards d'euros. De manière répétée, Didier Pineau-Valencienne demande la mise en place de négociation avec les pouvoirs publics, affirmant la possibilité d'arrêt des activités. Le 2 juin 1983, le Ministre de l'industrie, Laurent Fabius s'engage à ouvrir des négociations sous les 6 jours[9]. La négociation avec le ministre de l'Industrie conduit à évaluer le besoin de financement jusqu'à 1986 à près de 5 961 millions de francs. Au cours de l'été 1983 les besoins sont élevés à 7 milliards de francs[10]. Les techniciens du gouvernement considèrent les besoins surévalués et demandent une ré-évaluation avec un audit externe. Les négociations se poursuivent et un accord est conclu, conduisant à un apport de 3,4 milliards de francs par la société et le groupe Empain en échange de vente et d'augmentation du capital, 2,1 milliards des prêts de banques sous la forme de prêts bonifiés et la reprise d'activités par l'État.

L'apport financier conduit parallèlement à une politique de restructuration afin de pouvoir limiter les pertes de l'entreprise : Creusot-Loire cède des entreprises, et ferme la fonderie de Montachanin. Un plan de préretraite et de départ volontaire est mis en œuvre, 2 000 départs sont signés en 1983[11]. L'accord financier de novembre 1983 se révèle très rapidement insuffisant, les analyses poussent Didier Pineau-Valencienne à demander la nationalisation des entreprises de sidérurgies, non rentables. Des nouvelles négociations s'ouvrent, Didier Pineau-Valencienne voulant renégocier l'accord de novembre 1983 qu'il juge insuffisant. Le gouvernement ne semble pas de cet avis et dans une lettre du 24 avril, Pierre Mauroy demande à Creusot Loire et de ses actionnaires qu'ils « prennent les dispositions nécessaires pour honorer leurs engagements »[12]. Le lendemain, Creusot-Loire demande une mise sous protection judiciaire permettant de redresser l'entreprise. Cette mise sous protection du groupe conduit à faire connaître à la presse la situation très délicate du groupe[12].

De nouvelles négociations ont alors lieu avec les pouvoirs publics[13]. Le gouvernement cherche alors à prendre le contrôle de Creusot-Loire, mais aussi du groupe Schneider, avec des participations dans les autres filiales du groupe. Les négociations sont menées avec Louis Schweitzer en juin 1984, en échange d'un plan d'investissement de 800 millions de francs[14]. L'accord est presque signé le 28 juin. Un comité ministériel restreint se tient discrètement et deux points de vues s'affrontent : celui du ministre de l'industrie Laurent Fabius, favorable à l'accord, et celui du ministre des finances, Jacques Delors, défavorable à une intervention massive de l'État dans une entreprise privée. Le comité interministériel conduit à l'abandon des négociations, et à 20 h, le tribunal annonce le règlement judiciaire du groupe, quelques minutes plus tard, Laurent Fabius dénonce le « comportement scandaleux » des responsables de l'entreprise dénonçant la direction du groupe et la politique menée[1].

Laurent Fabius nomme Louis Gallois comme responsable de Creusot Loire le 4 juillet 1984, le plan Gallois prévoit de nombreux licenciements, le plan est rejetté lors d'une table ronde le 7 septembre 1984[15]. Deux autres plans sont mis en œuvre, le « plan Robleu », qui échoue faute d'accord avec les pouvoirs publics et les industriels. Un dernier plan se déroule, qui conduit au rachat par Framatome et Usinor, il conduit à la nationalisation de Framatome pour un faible coût et le partage de certaines activités de Creusot Loire[15]. Le 12 décembre 1984 le tribunal procède à la liquidation de Creusot Loire conduisant au rachat du groupe par Usinor et Framatome, futur groupe ArcelorMittal[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 125/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  2. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 127/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  3. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 126/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  4. a et b Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 133/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  5. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 134/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  6. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 135/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  7. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 138/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  8. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 143/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  9. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 149/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  10. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 154/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  11. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 160/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  12. a et b Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 167/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  13. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 168/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  14. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 170/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  15. a et b Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 172/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)
  16. Felix Torres & Didier Pineau-Valencienne, Dans la boucle de l'hirondelle : Mémoire d'entreprise, France, Albin Michel,‎ avril 2004, 174/400 p. (ISBN 2-226-15133-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]