Crash Landing

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Crash Landing

Album de Jimi Hendrix
Sortie mars 1975
Enregistré 1968-1974
Durée 29:34
Genre rock
Producteur Alan Douglas
Label Warner, Reprise

Albums de Jimi Hendrix

Crash Landing est un album de Jimi Hendrix sorti en 1975.

Les titres[modifier | modifier le code]

Face 1

  1. Message To Love
  2. Somewhere Over The Rainbow
  3. Crash Landing
  4. Come Down Hard On Me

Face 2

  1. Peace In Mississippi
  2. With The Power
  3. Stone Free Again
  4. Captain Coconut

Le projet d'Alan Douglas[modifier | modifier le code]

En baptisant son premier album de Jimi Hendrix en tant que producteur Crash Landing, Alan Douglas faisait preuve d'un sens de l'humour pour le moins féroce : c'est en effet l'accident d'avion qui coûta la vie à Mike Jeffery qui lui permit de prendre les commandes de la gestion de l'héritage musical Hendrixien[1].

Si Loose Ends, le précédent album studio officiel de Jimi Hendrix, était aussi faible, ce n'est pas parce que John Jansen, son producteur, était un incapable : c'est tout simplement parce qu'à ce stade, il n'y avait pas matière à produire un disque « grand public » de Jimi Hendrix de qualité.

Alan Douglas aurait, dans un premier temps, envisagé de sortir un album « normal », avec les sessions originales, dont les titres auraient été les suivants[2] :

Face 1

  1. Crash Landing
  2. Somewhere
  3. Anything Is Possible
  4. New Rising Sun (H 264 TTG 10/22/1968)

Face 2

  1. Message To Love
  2. Scat Vocal-Lead 1-Scat Vocal 2-Lead Vocal 2
  3. Stone Free
  4. Peace In Mississippi
  5. Here Comes Your Lover Man

Insatisfait du résultat, Douglas ne baissa pas les bras pour autant, et recruta les services de l'ingénieur du son Tony Bongiovi. Ce dernier avait travaillé pour Jimi Hendrix dès les sessions du troisième album de The Jimi Hendrix Experience.

Douglas décida d'améliorer le matériel, en combinant les meilleures prises, effaçant certaines pistes quand il jugeait les performances des accompagnateurs insuffisantes, mais aussi en tentant d'extrapoler les idées de Jimi Hendrix sur les titres les plus incomplets : lorsque Hendrix prenait un solo sur une démo (et de facto, ne jouait plus de guitare rythmique), Douglas et Bongionvi s'accordèrent sur l'idée de faire jouer par un musicien de studio les parties manquantes (dans le style de Hendrix donc), pour terminer ce que Hendrix n'avait pas pu (ou voulu) faire de son vivant.

Douglas justifia la sélection des titres retenus par les deux critères suivants : ils avaient soit un chant de qualité, soit des parties de guitares intéressantes. Afin d'unifier le son, et d'avoir la meilleure section rythmique possible, les producteurs finirent par remplacer presque tous les accompagnateurs originaux. A leur décharge, il faut reconnaître que les moyens techniques de l'époque rendaient la tâche incroyablement compliquée : non seulement chaque partie devait être entièrement écrite, mais les différences de tempo entre les prises rendaient la mission encore plus ardue. À l'époque, il était impossible d'accélérer une bande sans modifier la tonalité du morceau.

Tony Bongiovi revient sur son travail dans le Setting the record straight de John McDermott. Selon lui, ils n'auraient rien fait d'autre que ce Douglas fera par la suite sur Jimi Hendrix : Blues publié en 1994Eddie Kramer depuis… mais avec les moyens techniques de l’époque : pas de copié-collé, et donc des musiciens extérieurs pour exécuter ce travail. C'est pour cette raison que le choix des musiciens s'est naturellement porté sur des musiciens professionnels de studio. Les producteurs ne souhaitaient pas des musiciens créatifs, mais des musiciens capables de prouesses techniques, de sérieux, non d'inventivité. Les séances furent d'ailleurs un véritable calvaire. Jeff Mironov (le premier guitariste) finit par claquer la porte. Et Allan Schwartzberg, le batteur, perdit son calme plus que de raison. Cela explique pourquoi les anciens musiciens de Jimi Hendrix furent exclus du projet : les producteurs estimèrent qu'ils n'avaient pas les capacités techniques. C'est peut-être exact, mais cela ne justifie aucunement le mépris que Douglas témoigna à leur égard pour justifier sa décision dans les entretiens qui suivirent la parution de l'album[2].

Si le concept initial (terminer un nouvel album de Jimi Hendrix) pouvait sembler louable, l'album reste aujourd'hui peut-être le plus scandaleux de l'histoire de l'industrie du disque. D'autant qu'Alan Douglas cosigna tous les titres de l'album qui n'étaient pas déjà sortis du vivant de Hendrix, soit 5 titres sur 8 tout de même. Égal à lui-même (les motivations de Douglas sur Voodoo Soup seront identiques), Douglas voulait actualiser la musique de Jimi, quitte à trahir son œuvre.

Grâce à une campagne de publicité parfaitement orchestrée, Crash Landing fit un véritable carton aux États-Unis, se classant dans le top 10 et dépassant même les ventes de Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track. La presse fut nettement plus mitigée, même si l'album connut quelques critiques élogieuses.

Le détail des titres[modifier | modifier le code]

Relever un tel défi en 1975 n'était pas chose facile. Parmi les amateurs de Jimi Hendrix, aujourd'hui encore, l'album a un certain nombre d'adeptes. Peut-être est-ce dû à la couleur de l'album ? C'est un album très afro, qui d'un certain point de vue prolonge le mouvement commencé sur The Cry of Love. Malheureusement, et c'est un comble pour un disque de Jimi Hendrix, l'album manque terriblement d'énergie, énergie pourtant consubstantielle à la musique du guitariste.

Message To Love[modifier | modifier le code]

L'album s'ouvre avec Message To Love, dans une version quasi non-altérée du Band of Gypsys. Rééditée depuis dans des versions très proches[3] en 2000, on peut reprocher la production très propre de celle-ci, mais le résultat n'a rien d'outrancier. Par contre, déjà sorti du vivant de Hendrix, la composition n'était alors pas inédite.

Somewhere Over The Rainbow[modifier | modifier le code]

« As far as I know,
They may even try to wrap me in cellophane and sell me.
 »

Avec la deuxième plage, nous rentrons dans le vif du sujet : Somewhere Over The Rainbow (en fait Somewhere, provenant d'une des sessions d'Electric Ladyland) était loin d'être terminé, et les versions pirates montrent effectivement un titre en devenir difficilement publiable en l'état[4]. Mitch Mitchell réenregistra la partie de batterie après le décès de Jimi Hendrix, mais ce n'est pas un hasard s'il fallu attendre la publication du coffret pourpre[5] pour l'entendre : rythmiquement, la basse n'est pas toujours en place avec la guitare. La version d'Alan Douglas est relativement respectueuse de la composition, même s'il ne lésine pas sur l'écho, mais il fera de même sur les Lives. Les soli qu'on entend sont bien ceux enregistrés par Hendrix (sur tout l'album). À défaut d'être inoubliables, le résultat est intéressant.

Crash Landing[modifier | modifier le code]

Les pirates nous montrent que Crash Landing était un autre titre de Jimi Hendrix en devenir. Il a d'ailleurs des points communs, tant au niveau du thème (Devon Wilson) que du texte avec Freedom. Effacer la section rythmique n'était pas en soi une mauvaise idée : les prestations d'Al Marks et Rocky Isaac n'étaient pas vraiment satisfaisantes. La prise retenue par Douglas est certainement celle où le chant est le plus convaincant. Celle-ci n'ayant pas de solo, Bongiovi a importé un solo plutôt réussi d'une autre prise[6] mais son mixage est trop propre pour que le contraste opère pleinement. Malheureusement, c'est une broutille en comparaison des chœurs féminins rajoutés ici : non seulement ils dénaturent la composition, mais ils massacrent le montage. C'est le seul titre qui n'est jamais ressorti officiellement par la suite.

Come Down Hard On Me[modifier | modifier le code]

Après les déclarations de Douglas où il disait tout le bien qu'il pensait de War Heroes et de Loose Ends, il est surprenant de constater qu'il ait retenu Come Down Hard On Me. Le titre n'était pas inédit, et même s'il n'était pas terminé, il était assez réussi. La version de Douglas est plus funk encore pour certains, presque disco selon d'autres. Cette version n'est pas d'un grand intérêt, sauf à unifier le son de l'album et récolter quelques royalties de plus en cosignant le titre.

Peace In Mississippi[modifier | modifier le code]

La face deux s'ouvre avec Peace In Mississippi, un des rares titres sortis officiellement des sessions aux TTG Studios d'octobre 1968. Dans l'esprit, c'est un montage radicalement différent de ceux de la première face : Douglas a utilisé un instrumental assez extrême de l'Experience, proche d'une jam session, pour en faire un instrumental structuré a posteriori. Le résultat est catastrophique. Si dans le contexte de l'Experience, la sauvagerie de la guitare de Hendrix fonctionne parfaitement, ça ne colle pas du tout ici : le bassiste a un son très commercial selon les critères de 1975 totalement incompatible avec le timbre de Hendrix. Douglas proposera une version non altérée de cet instrumental sur Voodoo Soup 20 ans plus tard.

With The Power[modifier | modifier le code]

Douglas ayant produit certaines sessions du Band of Gypsys, peut-être cela explique-t-il son indulgence avec la performance de ses musiciens ? With The Power (Power of Soul en fait) est relativement peu altérée mais est sérieusement éditée. Le mixage est là aussi très black (et pas pire que celui d'Eddie Kramer sur South Saturn Delta). La suppression des parties de guitares que les pirates nous laissent entendre pose là encore question. La version reste correcte, même si le mixage de Douglas est plat : où est passée l'énergie des bandes originales ?

Stone Free Again[modifier | modifier le code]

Rétrospectivement, le titre suivant (Stone Free Again) est une échec complet : la seconde version de Stone Free enregistrée par l'Experience était très réussie[7], et rien ne justifiait de la modifier ainsi.

Captain Coconut[modifier | modifier le code]

Captain Coconut, qui clôt l'album, est une chimère musicale créée à l'origine par John Jansen à partir de 3 séquences musicales complètement distinctes, laissée dans les cartons après une mise au point avec Eddie Kramer : à quoi cela rimait-il de créer un Frankenstein Hendrixien ? Sans connaître sa provenance, Douglas reprit le montage et le modifia encore à son tour. Le résultat est pathétique. Il publiera la dernière partie de son Captain Coconut en début de Voodoo Soup vingt ans plus tard. Dagger Records a publié l'intégralité de la jam dont est extrait le solo sur Burning Desire en 2006.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Intéressant pour les curieux, inutile pour la plupart, scandaleux pour nombre d'amateurs, Crash Landing était un projet ambitieux mais dont le résultat est décevant, surtout avec le recul. Au moment de sa sortie, Loose Ends ne laissait rien présager de bon, et la comparaison avec ce dernier n'est pas si catastrophique.

Eddie Kramer et Mitch Mitchell avaient eux aussi terminé certains titres de Jimi Hendrix : aujourd'hui encore, leur travail, respectueux du guitariste, est reconnu par ses amateurs. Inversement, le parti pris de Douglas était voué à l'échec, surtout sur le long terme : il est remarquable de constater que Crash Landing sonne autrement plus daté que The Cry of Love.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hendrix: Setting The Record Straight de John McDermott avec Eddie Kramer revient dans le détail sur le sujet
  2. a et b Hendrix: Setting The Record Straight de John McDermott avec Eddie Kramer
  3. Sur Voodoo Soup en 1995 puis sur The Jimi Hendrix Experience Box Set
  4. Crash Landing Master Reels & Outtakes (Enregistrements non officiels)
  5. The Jimi Hendrix Experience Box Set
  6. Jimi Hendrix : Musician de Keith Shadwick
  7. Elle sera publiée en 2000 sur The Jimi Hendrix Experience Box Set