Crabe chinois

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Eriocheir sinensis, connu aussi sous les noms de crabe chinois et crabe poilu de Shanghai (上海毛蟹), est un crabe fouisseur (et qui creuse des galeries dans les berges, aboutissant à une « chambre »[1]) de la famille des Varunidae. C'est une des rares espèces de crabes capables de s'adapter à l'eau douce et à l'eau de mer[2],[3], mais il ne peut se reproduire qu'en milieu marin ou fortement saumâtre. Après une phase d'expansion en Europe au milieu du XXe siècle, au moins jusqu'au Portugal[4], il semble y avoir fortement régressé[5].

Description[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

On rencontre naturellement ce crabe de taille moyenne dans certains cours d'eau, dans les estuaires, dans des bassins de ports et arrière-port (en Seine maritime par exemple[6]) et sur les côtes de l'Asie orientale, de la Corée au nord jusqu'à la province chinoise de Fujian au sud. Mais il a aussi été introduit dans d'autres régions du monde où il peut devenir au moins localement invasif.

Migrations[modifier | modifier le code]

Les crabes chinois passent l'essentiel de leur existence en eau douce, mais ils doivent retourner en mer pour se reproduire.

Ils peuvent effectuer 2500 kilomètres pour leur migration.

Lors de la descente vers la mer, ils peuvent tout à fait sortir de l'eau et escalader des obstacles, y compris les parois d'une écluses si elles sont assez rugeuses pour le permettre[7], et probablement se laisser transporter dans des passage en siphon là où ils existent. Quand les jeunes remontent vers les rivières, ils peuvent s'insinuer dans des espaces très fins, malgré le courant contraire, en s'accrochant aux aspérités (par exemple entre deux poutres), H Hoestland a ainsi observé en une heure à Gravelines le 27 avril 1941 une vingtaine de petits crabes remonter vers l'amont - contre un courant pourtant important- en s'insinuant entre les espaces situés entre les poutres horizontale de deux écluses. Ces deux écluses fermées font partie d'une série de 3 écluses permettant le tirage rapide des eaux de l'Aa vers la mer en cas de forte crue. Deux exemplaires qu'il a capturé mesuraient 16,5 et 26 millimètres.

Invasivité[modifier | modifier le code]

C'est une espèce localement très envahissante (dans des estuaires surtout) qui s'est répandue en Amérique du Nord et en Europe.

En 1959 H. Hoestlandt estimait que cette espèce étant arctico-boréale « il est peu probable qu'elle puisse se reproduire dans les eaux marines plus chaudes de l'Atlantique (à partir de la région de Porto) ou de la Méditerranée ».

En France[modifier | modifier le code]

Rapidement considéré comme indésirable par les pêcheurs et les pisciculteurs[8], il a été signalé en Belgique dans les années 1930[9],[10] et 1940[11] et dans l'intérieur des terres du nord de la France dès les années 1930 (trouvé à plusieurs dizaines de km de la mer dans la Peene Becque par exemple entre 1938[12] et 1942. Il a fait craindre un envahissement du réseau hydrographique français[13] qui n'a pas eu lieu en raison de sa trop grandes dépendance aux estuaires, par ailleurs très pollués durant la seconde moitié du XXe siècle. On l'a néanmoins trouvé ensuite dans les fleuves français de l'Ouest (Seine, Loire, Garonne)[14] et bien plus au sud avec cependant des zones a priori favorable pour lui, mais où il n'a pas pu s'implanter dans les lagunes littorales du Languedoc par exemple où après une dizaine d'années, il semblait peiner à gagner du terrain[15] ; Il a soulevé des préoccupations dès les années 1950 (où sa répartition a fait l'objet d'une première cartographie[14]) en raison des risques de concurrence avec d'autres espèces locales (écrevisses à pattes blanches notamment) et en raison de son activité fouisseuse qui contribue à endommager les rives voire à colmater certains systèmes de drainage. Il ne s'est pas montré aussi invasif en France qu'on ne l'a craint.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Ce crabe est considéré comme un met délicat. Il est traditionnellement utilisé dans la cuisine de Shanghai.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hoestland H (1942) Nouvelles recherches sur l'installation du crabe chinois en France depuis 1940. Bulletin Français de Pisciculture, (126), 13-25 (voir p 20)
  2. Bricteux-Gregoire, S., Duchåteau-Bosson, G., Jeuniaux, C., & Florkin, M. (1962) Constituants osmotiquement actifs des muscles du crabe chinois Eriocheir sinensis, adapté à l'eau douce ou à l'eau de mer. Archives Of Physiology And Biochemistry, 70(2), 273-286.
  3. Jeuniaux, C., & Florkin, M. (1961). Modification de l’excretion azotée du crabe chinois au cours de l’adaptation osmotique. Archives internationales de physiologie et de biochimie, 69(3), 385.
  4. Cabral HN & Costa MJ (1999) On the occurrence of the Chinese mitten crab Eriocheir sinensis in Portugal (Decapoda, Brachyura). Crustaceana, 72(1), 55-58.
  5. Vigneux, E. (1997). Les introductions de crustacés décapodes d'eau douce en France. Peut-on parler de gestion?. Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (344-345), 357-370 (résumé)
  6. Vincent T (1996) Le crabe Chinois Eriocheir sinensis H. Milne-Edwards, 1854 (Crustacea, Brachyura) en Seine-Maritime, France. In Annales de l'Institut océanographique (Vol. 72, No. 2, pp. 155-171). Institut océanographique (résumé).
  7. Hoestland H (1942) Nouvelles recherches sur l'installation du crabe chinois en France depuis 1940. Bulletin Français de Pisciculture, (126), 13-25 (voir p 18)
  8. Vivier P (1938) Un nouvel hôte indésirable de nos eaux douces : le crabe chinois (Eriocheir sinensis H.-M. Edw.) ; Bull. Fr. Piscic. 115 : 65-80
  9. Leloup, E. (1937). Contributions à l’étude de la faune belge. VII.-La propagation du crabe chinois en Belgique pendant l’année 1936. Bull. Mus. Hist. Natur. Belg, 13, 1-7.
  10. Lestage, J. A. (1937). Nouvelles recherches sur l'extension du Crabe chinois (Eriocheir sinensis) en Belgique. In Annales de la Société Royale Zoologique Belgique (Vol. 68, pp. 199-202).
  11. Leloup, E. (1943). Contributions a l’étude de la faune Belge. XIII. La propagation du crabe chinois en Belgique pendant des années 1939-42. Bull. Mus. Roy. Hist. nat. Belgique, 19, 1-4.
  12. Hoestlandt H (1939) Le crabe chinois (Eriocheir sinensis HM Edw.) dans le nord de la France en 1938. Bulletin Français de Pisciculture, (117), 133-137 (résumé)
  13. André, M. (1947). L'envahissement du reseau hydrographique français par le Crabe Chinois (Eriocheir sinensis HM Edw.). Revue scientifique, Revue rose, 3264, 33-38.
  14. a et b Hoestlandt, H. (1959). Répartition actuelle du crabe chinois (Eriocheir sinensis H. Milne Edwards) en France. Bulletin Français de Pisciculture, (194), 5-14 (eésumé)
  15. Petit, G., & Mizoule, R. (1974). En douze ans le crabe Chinois n’a pu réussir son implantation dans les lagunes du Languedoc. Vie Milieu, 23(1C), 181-186.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florkin, M., Dughateau-Bosson, G., Jeuniaux, C., & Schoffeniels, E. (1964). Sur le mécanisme de la régulation de la concentration intracellulaire en acides aminés libres, chez Eriocheir sinensis, au cours de l'adaptation osmotique. Archives Of Physiology And Biochemistry, 72(5), 892-906 (résumé)
  • Hoestland H (1942) Nouvelles recherches sur l'installation du crabe chinois en France depuis 1940. Bulletin Français de Pisciculture, (126), 13-25.
  • Koch, H. J. (1954). L'intervention de cholinestérases dans l'absorption et le transport actif de matières minérales par les branchies du Crabe «Eriocheir sinensis ME». Archives Of Physiology And Biochemistry, 62(1), 136-136.
  • Koch, H. J. (1954). L'intervention de cholinestérases dans l'absorption et le transport actif de matières minérales par les branchies du Crabe «Eriocheir sinensis ME». Archives Of Physiology And Biochemistry, 62(1), 136-136.