Créosote

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Créosote
Identification
No CAS 8001-58-9
No EINECS 232-287-5
Apparence liquide huileux[1]
Propriétés physiques
fusion environ 20 °C[2]
ébullition 200 à 400 °C[2]
Solubilité 10 à 100 mg·l-1 (eau) [1]
Masse volumique 1,01,17 g·cm-3[2]
d'auto-inflammation 335 °C [1]
Point d’éclair 75 °C [1]
Pression de vapeur saturante à 20 °C : environ 6 kPa[2]
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T



NFPA 704

Symbole NFPA 704

SIMDUT[5]
B3 : Liquide combustibleD2A : Matière très toxique ayant d'autres effets toxiques
B3, D2A,
SGH[6]
SGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxique
Danger
H350,
Classification du CIRC
Groupe 2A : probablement cancérogène pour l'homme[4]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

La créosote est le nom donné à plusieurs sortes d'huiles extraites de goudrons de bois ou de charbon ou d'une plante.

Ouvriers à l'usine de fabrication et de créosotage de traverses de Montérolier-Buchy (France) en 1932
La réutilisation de bois créosoté (ici pour la réfection de berges dans un marais de France) est source de risques de pollution de l'eau par les HAP de la créosote qui risque ici de contaminer par exemple les anguilles.
Compostière fabriquée à partir de bois créosoté. Une partie du compost ou des organismes y vivant risque d'être contaminé par des HAP relargués par la créosote

Ce mot désigne le plus souvent la créosote produite à partir du goudron de houille, longtemps autorisé comme pesticide (conservateur du bois).

Le terme désigne aussi les matériaux goudronneux qui s'accumulent dans les cheminées de chauffage au bois.

Dénomination[modifier | modifier le code]

La créosote est une substance découverte entre 1830 et 1832 par le chimiste allemand Karl von Reichenbach.

Le mot créosote vient de l'allemand Kreosot, formé à partir de deux mots grecs : kréas, chair, viande, et sôzein, qui sauve, qui protège.

En 1875, Antoine Béchamp, qui mit en évidence certaines propriétés de la substance, inventa la forme verbale créosoter .

Description[modifier | modifier le code]

Aspect : matière dure, pâteuse ou collante et brillante, fortement odorante.

La créosote est trouvée dans le dépôt croûteux déposé par les fumées circulant dans une cheminée ou contre une paroi froide.

Elle est extrêmement combustible (au-delà d'une certaine température). Elle contient même, par volume, un potentiel énergétique plus élevé que le bois. Elle peut s'enflammer lorsqu'il y a accumulation (feux de cheminée). La créosote est le produit d'une combustion incomplète du bois, ce qui est le cas dans la plupart des cheminées traditionnelles et dans les inserts fonctionnant avec un faible afflux d'air.

Formation : Elle est formée de gouttelettes de goudron qui se condensent sur les surfaces plus froides de l'appareil et de la cheminée (le bistrage).

Raffinée, elle donne une huile de goudrons de houille (coal tar), toxique et cancérigène qui a été utilisée comme pesticide pour la conservation du bois.

Sa composition varie selon le bois ou le charbon et le processus de production.

Créosote de bois[modifier | modifier le code]

C'est un liquide jaune, visqueux et gras, incolore, à odeur âcre de fumée et au goût de brûlé-carbonisé. Il est industriellement produit en chauffant à des températures élevées du bois de hêtre et d'autres essences ou de la résine du buisson de créosote.

Sa composition chimique diffère fortement de celle de la créosote de charbon ;

Il a été utilisé comme désinfectant, laxatif et dans un traitement contre la toux, depuis remplacé par des médicaments plus récents. La recette populaire japonaise (d'origine chinoise) de l'anti-diarrhéique Japonais Kampo[8] contient comme composant principal 133 mg créosote de bois (bois de hêtre, d'érable ou de chêne) par dose (pour adulte)[9] La créosote de bois était également réputée protéger le bois de sa dégradation par le soleil et la pluie.

Créosote de goudron de houille[modifier | modifier le code]

Cette créosote est distillée à partir du goudron brut produit dans un four à coke. Elle est essentiellement composée d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), mais ses propriétés proviennent aussi des phénols et crésols qu'elle contient.

La créosote peut contenir plus de 30 HAP différents, dont la concentration totale peut atteindre 85 % du produit.

Les plus importants de ces HAP sont les suivants :


La créosote de goudron de houille est un liquide noir ou ambré, malodorant, épais et huileux. Il a été le conservateur du bois le plus utilisé dans le monde, principalement pour les poteaux téléphoniques et les traverses de chemin de fer ou des bois de marine.

Selon l'association American Wood Preservers c'« est un distillat dérivé entièrement de goudrons provenant de la carbonisation de charbon bitumineux ». Dans certaines applications, pour étanchéifier le bois, on utilise un mélange de goudron de charbon et de distillats de goudron de charbon[10].

Du goudron de houille a été utilisé dans certains médicaments pour par exemple traiter le psoriasis, les pellicules sur le cuir chevelu, et comme pesticide répulsif pour des animaux (oiseaux), comme insecticide et fongicide.

Parce qu'elle est cancérigène, l'Union européenne a interdit la vente de bois traités à la créosote[11], et réduit la vente de créosote à certains utilisateurs professionnels[12],[13].

Toxicologie[modifier | modifier le code]

Diverses études attribuent à la créosote un pouvoir cancérigène. La créosote est considérée comme « cancérigène du groupe 2A » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Une analyse des causes de la mortalité de nombreuses professions a conclu à un risque accru de mortalité par cancer du scrotum chez les personnes exposées à la créosote (c'est aussi un cancer fréquent chez les ramoneurs). Plus généralement des épithéliomes malins, dont 1/3 étaient des cancers du scrotum, ont été signalés dans plusieurs rapports de cas relatifs à des travailleurs exposés à la créosote. Il existe une étude de cohorte mais faite tardivement et qui a donc souffert d'un nombre trop faible de sujets d'étude.
Pour le CIRC[14] ; « Il existe (en 1998) des preuves suffisantes de la cancérogénicité chez l'animal de laboratoire » pour les goudrons de houille, la créosote, les huiles de créosote, les huiles d'anthracène et de brais de houille et il existe des preuves suffisantes que l'exposition professionnelle à des goudrons de houille comme il s'en produit lors de la distillation destructive du charbon est une cause de survenue de cancer de la peau chez l'humain (CIRC, 1984a). Les résultats des quelques études disponibles sur les autres expositions professionnelles aux goudrons de houille sont compatibles avec cette évaluation.

Effets sur la santé de la créosote de goudron de houille[modifier | modifier le code]

Selon l'ATSDR[15], ingérer de la nourriture ou de l'eau potable contaminée avec de hauts taux de créosote de goudron de houille peut provoquer une brûlure dans la bouche et la gorge et les douleurs d'estomac.

  • Un bref contact direct avec de grandes quantités créosote de goudron de houille peut entraîner une éruption cutanée ou des irritations sévères de la peau, des brûlures chimiques de la surface des yeux, des convulsions et une confusion mentale, une attaque des reins ou du foie, et même provoquer l'inconscience ou la mort.
  • Un contact cutané direct avec de faibles doses de mélanges de créosote ou avec leurs vapeurs peuvent entraîner une sensibilité à la lumière accrue, des dommages à la cornée, et des lésions cutanées.
  • Une exposition plus longue à la vapeur de créosote peut provoquer des irritations des voies respiratoires.

L'Agence américaine Environmental Protection Agency a reconnu la créosote de goudron de houille comme cancérigène probables pour l'homme, sur la base sur les deux études (sur l'homme et l'animal)[16]. Pour l'organisme fédéral américain OSHA (Occupational Safety and Health Administration), l'exposition admissible dans l'air ne doit pas dépasser 0,2 milligrammes de créosote de goudron de houille par m3 d'air (0,2 mg/m3) en milieu de travail au cours d'une journée de 8 heures, et l'EPA (Environmental Protection Agency) exige que lui soit signalé tout déversements ou rejet accidentel dans l'environnement d'une livre (0,454 kg) et plus de créosote[17].

Chez les enfants : Il n'y a pas de voie spécifique d'exposition des enfants à créosote, mais leurs peau et leurs muqueuses sont plus sensibles aux passages percutané de produits de type Hydrocarbures. On suppose qu'ils subissent les mêmes effets que l'adulte sur la santé, mais on ignore si les enfants y sont plus susceptibles que l'adulte.

Chez l'adulte en milieu professionnel : Selon les chiffres d'une étude rendue en 2005 ayant porté sur la mortalité de 2179 employés de 11 usines des États-Unis ayant traité du bois par de la créosote, il n'y a pas de preuves fiables d'augmentation du risque de décès par cancer ou maladies non malignes chez ces travailleurs. Dans ce panel, certains travailleurs ont été concernés des années 1940 à 1950 par la créosote. La période d'observation de l'étude portait sur 1979 à 2001. La durée moyenne de l'emploi était de 12,5 ans. Un tiers des sujets d'étude ont été employés pendant plus de 15 ans[18].

Modèle animal et écotoxicologie[modifier | modifier le code]

Peu d'études semblent avoir porté sur les impacts écosystémiques globaux, mais l'IARC notait en 1998 que :

  • cinq créosotes ou huiles de créosote ont toutes expérimentalement produit des tumeurs de la peau, notamment des carcinomes, lorsque appliquées sur la peau des souris[14].
  • L'une de ces créosotes a également produit des tumeurs du poumon chez la souris après application cutanée[14].
  • Dans deux études limitées, une fraction d'huile de créosote ne s'est pas montrée cancérogène pour la peau de souris[14].
  • La créosote et mélange de goudron de houille et de créosote ont été mutagènes chez S. typhimurium et se sont avérés avoir activé des lymphomes chez la souris de laboratoire L5178Y, en présence d'un système métabolique exogène[14].
  • L'urine de rats ayant reçu la créosote s'avère mutagène chez S. typhimurium en présence d'un système métabolique exogène[14].

Usages[modifier | modifier le code]

Le principal usage de la créosote a probablement été le traitement des traverses de chemins de fer
Publicité pour La Créosote-Billard (probablement de goudron de bois) brevetée contre la carie et les maux de dents, « un prix » ayant été décerné à M. Billard pour ce produit[19]

La créosote a longtemps été massivement utilisée (dont en Europe) comme traitement de conservation des bois:

  • pour protéger les traverses de chemin de fer
  • pour protéger le bas des poteaux téléphoniques (enterrés dans le sol ou noyés dans du béton) contre le pourrissement.

Elle a aussi été utilisés comme médicament.

Un problème est posé par le devenir et l'accumulation de stocks de traverses de chemin de fer retirées des voies. Leur réutilisation et surtout leur combustion peut être à l'origine de pollutions graves de l'environnement.

Interdictions[modifier | modifier le code]

En Europe, l'emploi de la créosote est interdit depuis 2002 à l'intérieur de locaux et pour certains usages externes.

En France , concernant la mise sur le marché et le réemploi de bois traités, un arrêté[20] autorise des dérogations (pour certains usages professionnels uniquement), mais interdit certains usages et l'usage de bois ayant été traité avec certains produits dont les produits dits « créosotes » (liste ci-dessous)

  • Créosote (Numéro EINECS : 232-287-5 ; Numéro CAS : 8001-59-9)
  • Huile de créosote (Numéro EINECS : 263-047-8 ; Numéro CAS : 61789-28-4)
  • Distillats de goudron, de houille, huiles de naphtalène (Numéro EINECS : 283-484-8 ; Numéro CAS : 84650-04-4)
  • Huile de créosote, fraction acénaphtalène (Numéro EINECS : 292-605-3 ; Numéro CAS : 90-640-84-9)
  • Distillats supérieurs de goudron houille (Numéro EINECS : 266-026-1 ; Numéro CAS : 65996-91-0)
  • Huile anthracénique (Numéro EINECS : 292-602-7 ; Numéro CAS : 90640-80-5)
  • Phénols de goudron, charbon, pétrole brut (Numéro EINECS : 266-019-3 ; Numéro CAS : 65996-85-2)
  • Créosote de bois (Numéro EINECS : 232-419-1 ; Numéro CAS : 8021-39-4)
  • et tous résidus d'extraction alcalins (charbon), goudron de houille à basse température

La créosote a été utilisée pour la conservation de la viande.

Fin de vie des bois créosotés[modifier | modifier le code]

L'Association Robin des bois a, en avril 2007, dénoncé[21] en France l'utilisation de traverses créosotées pour des usages dangereux pour l'environnement, dont pour la fabrication de charbon de bois.
En réponse à une question posée à l'Assemblée nationale[22], le gouvernement a estimé que « Du fait du caractère toxique et cancérigène des créosotes, lié majoritairement à la présence des HAP, des mesures de limitation de mise sur le marché ont été prises dès 1994 à l'échelon européen pour ces substances, ainsi que pour les bois et objets en bois traités avec ces substances. Ces mesures ont été transposées par arrêté interministériel du 2 juin 2003 modifiant l'arrêté interministériel du 7 août 1997 relatif aux limitations de mise sur le marché et d'emploi de certains produits contenant des substances dangereuses », ajoutant que « afin de démontrer l'innocuité du charbon de bois obtenu à partir de bois créosoté », le Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF), section de l'alimentation et de a été saisi et qu’il a donné un avis favorable[23] au procédé de fabrication de charbon de bois à usage alimentaire à partir de bois créosoté dans un four thermorégulé à brassage de gaz chauds, tel que mis en œuvre par une société pratiquant cette transformation.
Le CSHPF estime que ce procédé n'entraîne pas de risque particulier pour la santé humaine ou plus précisément que le risque est du même ordre que celui résultant de la combustion de bois non traités… à condition que le procédé soit bien celui décrit et utilisé dans les mêmes conditions opératoires, et utilisant des traverses ayant la même qualité que celles qui ont servi à émettre l'avis (sans traitement par des « créosotes de pétroles »). Selon le gouvernement français, le bois créosotés en fin de vie doit être géré comme un déchets dangereux, qui « relève du code de l'environnement ». Toujours selon le gouvernement, environ un million de traverses de chemin de fer sont déposées par an par la SNCF, dont 250 000 transformées en charbon de bois pour usage alimentaire, dans une installation classée pour la protection de l'environnement autorisée à le faire.

Usages médicamenteux[modifier | modifier le code]

Lors de son apparition, la créosote a connu une grande faveur. On s’en est servi comme d’un bon hémostatique. Elle fut largement utilisée lors du traitement de la tuberculose (en inhalation) ou pour des soins dentaires. Son usage décrut suite à la découverte du Phénol moins caustique. La créosote entre toutefois encore aujourd'hui dans la composition de certains médicaments bronchiques ou dentaires.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Entrée de « Creosote » dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 22 février 2009 (JavaScript nécessaire)
  2. a, b, c et d CREOSOTE, fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, consultée le 9 mai 2009
  3. « créosote » sur ESIS, consulté le 17 février 2009
  4. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Evaluations clobales de la cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 2A : probablement cancérogènes pour l'homme », sur http://monographs.iarc.fr, CIRC,‎ 16 janvier 2009 (consulté le 22 août 2009)
  5. « Huile de créosote » dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009
  6. Numéro index 648-101-00-4 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  7. Jean Étienne, « Comment des rats ont apprivoisé un poison... », sur Futura-Sciences
  8. Seirogan
  9. Source
  10. Normes AWPA
  11. Directive 2001/90/EC, [1]
  12. Directive 76/769/EEC, [2]
  13. Revocation of approvals for amateur creosote/coal tar creosote wood preservatives, [3]
  14. a, b, c, d, e et f World Health Organization international agency for research on cancer IARC monographs on the evaluation of carcinogenic risks to humans volume 35 polynuclear aromatic compounds, part 4, bitumens, coal-tars and derived products, shale-oils and soots summary of data reported and evaluation
  15. Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSDR)
  16. Creosote (CASRN 8001-58-9) [4]
  17. Creosote, What You Need To Know ((en) Créosote ; ce que vous devez savoir (pdf)
  18. Wong and Harris, Journal of Occupational and Environmental Medicine, Vol. 47, pages 683-697, juillet 2005
  19. selon le Journal de l'Ain - 26 janvier 1835)
  20. Arrêté du 07/08/97 relatif aux limitations de mise sur le marché et d'emploi de certains produits contenant des substances dangereuses (sur le site de l'INERIS)
  21. Communiqué/résumé intitulé " Quand RFF et SNCF déraillent"
  22. Question écrite publiée au JO le : 27/07/2010 page : 8265, posée par N°84955 de M. Philippe Meunier (Union pour un Mouvement Populaire - Rhône) et Réponse publiée au JO le : 19/10/2010 page:11466
  23. Avis donné en septembre 1999, rappelé dans la décision n° 2000-59 du 1er mars 2000 relative à la publication des avis rendus par les organismes

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]