Créoles de Louisiane

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Adah Isaacs Menken, actrice créole, peintre et poétesse.

L'expression créole de Louisiane fait habituellement référence aux populations créoles de Louisiane aux États-Unis et à ce qui y est associé. En Louisiane, l'identité créole peut tromper : elle n'a rien à voir avec la langue créole. Les créoles de Louisiane font partie des Franco-Américains.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce sont les descendants des colons qui s'y sont installés, en particulier les Français, Espagnols et Africains et, sous le régime français, les Créoles sont les personnes nés dans la colonies par opposition au vieux continent[1],[2].

Cependant, après la guerre civile américaine, en réponse à la classification de race binaire du modèle anglo-saxon, des penseurs créoles comme Charles Gayarré et Alcée Fortier clament que la créolité ne s'applique qu'aux personnes de descendance exclusivement européenne[3]. Par contre, le plus vieux manuscrit où on trouve le terme créole, en 1782, fait référence à un esclave[4].

Le débat racial autour de la créolité blanche[modifier | modifier le code]

Virginie Amélie Avegno Gautreau, connue comme « Madame X », une Créole de La Nouvelle-Orléans
Trois filles créoles, Plaquemine Parish, Louisiane (1935, photo de Ben Shahn).

Pendant les colonisations française et espagnole de la Louisiane, l'usage de l'expression « créole », en tant qu'adjectif, était réservée uniquement aux gouvernements coloniaux. On appelait créole toute personne, produit ou animal né dans la colonie. L'esclave créole valait nettement mieux que l'Africain car il parlait déjà une langue compréhensible aux Français (donc le français ou le créole louisianais) et il était moins réceptif aux maladies dues au climat de la colonie. Le terme désigne pendant la période coloniale avant tous les Français natifs de la colonie et non en métropole, les esclaves n'ayant aucun droit, le terme s'applique seulement aux Blancs[5].

La vente de la colonie française de Louisiane en 1803 provoqua une division culturelle entre les Francophones de la colonie et les Anglo-saxons venus administrer le nouveau territoire. Rapidement les deux populations de religions et de langues différentes vont s'opposer. Le premier gouverneur du territoire de Louisiane, William C. C. Claiborne, un Anglo-saxon né dans le Tennessee, avait pour premier but d'assimiler la colonie francophone de Louisiane, ce qui provoqua l'opposition avec l'ancienne classe dirigeante francophone.

C'est à partir de ce moment que les anciens habitants de la Louisiane commencent à s'identifier en tant que Créoles pour se distinguer des Anglo-Saxons. À La Nouvelle-Orléans, la rue du Canal allait marquer la frontière linguistique, entre les quartiers de langues française/créole et anglaise. D'où le nom du célèbre Vieux carré français de La Nouvelle-Orléans, où vivaient les Francophones de la ville.

Après la Guerre civile, en réponse à la politique d'imposition et de classification raciale binaire imposée par les Anglo-saxons, des intellectuels créoles comme Charles Gayarré et Alcée Fortier commencent à définir la créolité sur le critère exclusif d'une descendance européenne, en règle générale française ou espagnole[3] Issus d'une société coloniale aux rapports très ethnicisés, les créoles blancs appartenant au monde des grandes plantations refusaient alors d'être associés aux populations noires ou métis, de même qu'ils ne voulaient pas être confondus avec les Blancs anglo-saxons ou provenant d'une immigration post-coloniale (par exemple Italiens) ou canadienne (p. ex. les Cadiens francophones). Ils figuraient alors une société à part aux traditions conservatrices, indépendante de la société nationale américaine. Les créoles blancs publient alors un grand nombre d'articles, de livres et de discours pour protéger leur pureté raciale. En témoigne la polémique menée par les créoles blancs autour de l'œuvre de George Washington Cable qui décrivait une société créole multiraciale dans ses romans et ses nouvelles. Dans son roman, The Grandissimes, il expose les préoccupations créoles vis-à-vis des liens de sang inévitables avec les Noirs et les mulâtres. Ce livre fit scandale, selon Virginia Dominguez[6] :

« Il y eut une véritable explosion de réactions en défense de l'ascendance créole. Le grand écrivain George Washington Cable engageait ses personnages dans une querelle de famille sur un héritage, empêtrés dans des unions sexuelles avec des Noirs et des mulâtres, et les décrivait particulièrement défensifs sur la présumée pureté de leur ascendance caucasienne, tandis que les créoles les plus revendicatifs répondaient en insistant sur le facteur de pureté de l'ascendance blanche comme un impératif pour s'identifier comme créole. »

Mais on ne peut toutefois ignorer les mariages ou le concubinage de créoles blancs avec des Noires libres ou esclaves ou encore des Amérindiennes, ainsi dès la période coloniale apparaissent les termes de « créoles de couleur » et « esclaves créoles ». Aujourd'hui on ne connaît pas le nombre de créoles français, cette identité s'est progressivement associée aux Cadiens, eux aussi de race blanche, et aux créoles de couleur, tous les trois possédant une même culture française et catholique. Historiquement les créoles français parlent le français de Louisiane, une des trois variantes de la langue en Louisiane avec le cadien et le créole louisianais.

Les créoles de couleur[modifier | modifier le code]

Paroisses créolophones de Louisiane
Creole Boy with a Moth par Julien Hudson, 1835.
Femmes créoles de la bourgeoisie louisianaise, peinture d'Édouard Marquis.

Sous administration française et espagnole de la Louisiane, la loi coloniale reconnaissait trois rangs de la société louisianaise : Blancs, gens de couleur libres et esclaves, ce qui n'existait pas en Nouvelle-Angleterre mais correspond au modèle colonial latino-américain et des Caraïbes. Cette distinction raciale strictement établie (le Code noir ne permet pas le mariage entre blancs et noirs) permit pourtant le développement d'un métissage en particulier entre blancs et esclaves, outre des relations extra-conjugales, le système de plaçage va institutionnaliser ce genre de pratiques. Le plaçage est en effet un système extra-légal reconnu par la société louisianaise à l'époque de la Louisiane française et jusqu'à la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803. Il consistait à « placer » une femme (maîtresse ou amante) noire ou mulâtre dans une des résidences d'un maître blanc. S'agissant d'un système de concubinage, indépendant du mariage mais toléré pour pallier la pénurie de femmes blanches, le plaçage contribua largement au métissage de la population. Avec le temps, les enfants métissés nés de ces unions furent le plus souvent émancipés et leur mère affranchie par la même occasion. Cette génération put également prendre le patronyme paternel. Les historiens évaluent à plus de 1 500 femmes de couleur vivant sous le régime du plaçage.

À la mort de son protecteur et amant, la femme « placée » et les enfants nés de leur union, pouvaient prétendre jusqu'à un tiers des biens de l'homme blanc. Certains maîtres mirent leurs enfants métis héritiers primaires par rapport aux autres descendants blancs ou de leur conjoint officiel. Un certain nombre de femmes placées purent ainsi ouvrir un commerce et leurs enfants devinrent parfois des hommes d'affaires, entrepreneurs et même hommes politiques. Il se constitua ainsi une bourgeoisie créole au cours du XIXe siècle. De plus il s'agissait d'une manière efficace pour devenir libre et sortir de la condition d'esclave, ce qui permit d'assurer une certaine mobilité sociale et pour les anciens esclaves d'acquérir la culture française.

Cette particularité permit l'émergence d'une nouvelle identité dans la colonie, celle des gens de couleur libres. Lorsque l'Union gagna la guerre, l'homme de couleur libre crut son identité menacée par la suppression de l'esclavage, qui le plaçait dans la même catégorie que les anciens esclaves. Comme les Blancs, quelque quarante ans plus tôt, l'ancien homme de couleur libre revendiqua l'appartenance au groupe des Créoles pour faire la distinction avec l'ancien esclave.

Quant aux esclaves francophones, ils ont cherché à se constituer une identité catholique et créolophone. Ils ont ainsi intégré la culture française transmise par les métis avec des éléments de culture noire haïtienne, espagnole et amérindienne. La langue créole est le résultat de ce métissage. Mais cette distinction s'est estompée avec le Mouvement des droits civils et le Mouvement de fierté noire dans les années 1960, où le Noir devait alors choisir entre une identité créole et l'assimilation à la communauté des Noirs anglophones beaucoup plus influente.

L'identité noire-créole est toujours présente aujourd'hui surtout avec l'usage du créole louisianais (Kréyol La Lwizyàn) parlé par 70 000 personnes particulièrement en Louisiane dans la Paroisse de Saint-Martin, la Paroisse de Saint-Landry, la Paroisse de Jefferson et la Paroisse de Lafayette. Il existe des communautés importantes dans l'Illinois et une petite communauté dans le Texas de l'Est. La communauté la plus importante se trouve sans aucun doute en Californie, surtout dans le Nord.

Personnalités connues ou historiques[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

La chanson The Fat Man dont les paroles évoquent les femmes créoles au carrefour de Rampart Street et Canal Street, point de rencontre du quartier noir et du quartier blanc.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Kathe Managan, The Term "Creole" in Louisiana : An Introduction, lameca.org, Accessed December 5, 2013
  2. Bernard, Shane K, "Creoles", "KnowLA Encyclopedia of Louisiana", accessed October 19, 2011
  3. a et b Kein, Sybil. "Creole: the history and legacy of Louisiana's free people of color". Louisiana State University Press, 2009, p. 131.
  4. Kein, Sybil. "Creole: the history and legacy of Louisiana's free people of color". Louisiana State University Press, 2009, p. 73.
  5. (en) Creoles - Shane K. Bernard, KnowLA Encyclopedia of Louisiana, 30 mars 2010
  6. Sybil Kein, Creole: The History and Legacy of Louisiana's Free People of Color, Louisiana State University Press, 2009 (ISBN 978-0-8071-2601-1), p. 189 [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]