Crème solaire

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Une crème solaire est une crème ou une lotion utilisée dans le but de réduire l'exposition de la peau au rayonnement ultraviolet du soleil. Elle constitue à ce titre un moyen de photoprotection externe passive, fonctionnant comme un filtre ultraviolet. Ce type de produit est à utiliser en complément des autres méthodes existantes.

Composition[modifier | modifier le code]

Généralité[modifier | modifier le code]

Une protection efficace doit bloquer aussi bien les rayons UVA que des rayons UVB : les UVB (et dans une moindre mesure les UVA) peuvent causer le coup de soleil, les UVA provoquent un vieillissement prématuré de la peau, les UVA et surtout les UVB causent des cancers de la peau.

Un produit solaire est composé de filtres ultraviolets dans une base qui peut être une huile ou plus fréquemment une émulsion (crème ou lotion). Une émulsion aqueuse permet d'appliquer une plus grande épaisseur de produit sur la peau et n'est pas grasse au toucher.

La crème solaire contient généralement d'autres ingrédients : conservateurs, agents pour stabiliser l'émulsion, anti-radicaux libres (vitamine E ou vitamine C par exemple), épaississants, agents hydratants… La formulation tient compte du fait que le produit doit adhérer à la peau, et résister à l'eau.

Invention de la crème solaire[modifier | modifier le code]

Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal, met au point la première protection solaire en 1935 : agacé par ses coups de soleil lorsqu'il navigue sur son voilier L’Edelweiss lors de régates en Bretagne, l'industriel qui avait déjà créé en 1909 la Société française des teintures inoffensives pour les cheveux, confie à son laboratoire de cosmétiques la mission de créer une crème pour y remédier. L'« Ambre solaire » est commercialisée en 1936 et connaît un succès immédiat en cette année des premiers congés payés[1]. En 1927, le couturier Jean Patou avait déjà lancé un produit solaire, l'Huile de Chaldée, mais qui agissait plus comme parfum que comme protecteur[2]. Quelques années plus tard, en 1957[3], ce sont les laboratoires RoC qui créent le premier écran solaire à très haute protection (IP 50+).

Les deux familles de filtres ultraviolets[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Filtre ultraviolet.

Il existe deux types de filtres ultraviolets[4] :

  • les filtres chimiques, composés chimiques organiques formant un mélange de chromophores qui absorbent, dispersent et reflètent la lumière ultraviolette (comme l'oxybenzone, le butylméthoxydibenzoylméthane, l’octyl-méthoxycinnamate, l'octylsalicylate)
  • les filtres minéraux, des matériels opaques dont les blocs physiques reflètent la lumière (comme le talc, l'oxyde de zinc, le dioxyde de titane, le kaolin).

La plupart des produits solaires contiennent des filtres chimiques ou des filtres minéraux ou les deux.

  • Les filtres minéraux (des crèmes dites bio) sont propres pour l'environnement et hypoallergéniques.[citation nécessaire] Ils étaient au début moins appréciés des vacanciers car plus difficiles à étaler et plus visibles[5], mais il s'agit d'« un défaut corrigé dans les versions actuelles », écrit Le Figaro, été 2008[6]. Cette correction est obtenue en utilisant des nanoparticules, dont les effets sur l'environnement et la santé restent à évaluer.
  • Les filtres chimiques sont plus faciles d'usage mais ils polluent l'eau, sont difficiles à éliminer, même par les stations d'épuration, et peuvent s'avérer dangereux s'ils sont ingérés par l'homme[5]. Les effets négatifs des filtres chimiques sur l'environnement sont attestés par plusieurs études scientifiques :
  • Une étude menée en Suisse par le laboratoire Empa montre leur impact négatif sur les truites de rivière[7],[8],[9].
  • Selon Le Figaro en 2008, « une équipe de chercheurs italiens a démontré que, dans des zones touristiques fréquentées (Égypte, Thaïlande, Indonésie), la présence d'écran solaire dans l'eau menace les récifs coralliens. En cause : les substances chimiques qui filtrent les ultraviolets détruisent aussi les microalgues indispensables à la vie des coraux. Mieux vaut utiliser une protection de type minéral plutôt que chimique[6]. »[10],[11].
  • Des scientifiques affirment que ces filtres agiraient comme des perturbateurs endocriniens[12],[13].

Utilisation[modifier | modifier le code]

L'application d'un produit d'indice de protection suffisant est recommandé en cas d'exposition solaire, lorsqu'elle est inévitable. L'application est à faire 20 minutes avant l'exposition et à renouveler régulièrement si l'exposition persiste. Pour obtenir la protection correspondant à l'indice de protection du produit solaire, il faut appliquer 2 mg de crème solaire par cm² de peau. L'effet de la crème diminue avec l'intensité du rayonnement et d'autres facteurs comme les frottements ou l'humidité (eau, sueur).

Les fabricants commercialisent des crèmes de jour et des fonds de teint contenant des filtres UV. On trouve également des sticks à lèvres et des produits capillaires.

Efficacité[modifier | modifier le code]

Indice de protection[modifier | modifier le code]

L'indice de protection (IP) d'une crème solaire est une mesure de son efficacité. L'indice de protection juge le pouvoir protecteur d'un produit contre les coups de soleil. Il concerne donc principalement la protection anti-UVB. L'IP est parfois noté « FPS » (facteur de protection solaire) ou encore « SPF » (sun protection factor).

L'indice de protection a la même signification dans tous les pays. Il est déterminé par des tests standardisés. Le texte publié par la Commission Européenne[14] stipule : « Afin de garantir la reproductibilité et la comparabilité de la protection minimale recommandée contre les rayons UVB, il convient d’utiliser la Méthode internationale d’essai du facteur de protection solaire actualisée en 2006 par les industries européenne, japonaise, américaine et sud-africaine. » Cette recommandation s'appuie sur le texte accessible auprès du Colipa[15]. Lors de ces tests, on applique une quantité de produit solaire de 2 mg par cm² sur une partie du dos de volontaires qui sont ensuite soumis à différentes doses d'UV. 24 heures après, on compare la réaction de la peau avec et sans protection solaire. On en déduit la Dose Érythémale Minimale (DEM), qui est la plus faible dose d'ultraviolet provoquant une rougeur de la peau. L'indice de protection est le rapport entre la DEM sur une zone de peau recouverte de crème solaire et la DEM sur une zone non protégée.

L'indice de protection est aussi le rapport entre la dose d'UV nécessaire pour obtenir un coup de soleil avec et sans la crème solaire. Ainsi, au laboratoire sous une source qui émet un rayonnement constant dans le temps et pour une crème qui inclut des produits photostables, si une personne a un coup de soleil au bout de 10 minutes sans protection, un IP 15 signifie qu'il faudra 150 minutes (soit 15 fois 10 minutes ou 2h30) pour obtenir le même coup de soleil avec ce produit solaire. Donc plus l'indice est élevé, meilleure est la protection, contre le coup de soleil. Mais il ne faut pas perdre de vue que toutes les personnes ne sont pas égales au regard des risques, il existe six phototypes. Les peaux claires ont besoin d'une protection plus élevée contre les UV que les peaux mates.

Il faut savoir que la protection contre les UV érythémaux n'est pas proportionnelle à la valeur de l'IP :
Un IP 2 arrête 50 % des UV érythémateux
Un IP 15 arrête 93 % des UV érythémateux (il laisse passer 1/15 soit 7 % des UV érythémaux)
Un IP 20 arrête 95 % des UV érythémateux
Un IP 30 arrête 97 % des UV érythémateux
Un IP 50 arrête 98 % des UV érythémateux.

L'indice de protection IP ne fournit qu'une information partielle sur la protection contre les UVA. Toutefois, des crèmes solaires à SPF très élevé ne peuvent être obtenues qu'en atténuant aussi le rayonnement UVA. En effet, ces derniers ne causent des coups de soleil que pour des doses très fortes. Cependant, ils entraîneraient davantage de dégâts à long terme que les UVB. Il n'existe pas d'indice de protection contre les UVA qui soit officiellement reconnu. L'Union Européenne[14] recommande d'utiliser la méthode de la pigmentation persistante appliquée par l’industrie japonaise et modifiée par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé — Afssaps[16] ainsi que la méthode de la longueur d’onde critique. Certaines crèmes donnent quand même un indice UVA, mais les méthodes utilisées étant différentes, ne permettent pas nécessairement d'effectuer de comparaisons entre des marques différentes.

L'indice de protection permet au consommateur de choisir un produit solaire adapté, en fonction de son type de peau, de son exposition et des conditions météorologiques (plage, montagne, soin quotidien...). Certains produits n'ont pas d'IP affiché sur le flacon (= un IP de 1), ils ne revendiquent donc pas de protection solaire. C'est le cas de la plupart des autobronzants, du monoï classique et des huiles « bronzantes ».

Limites[modifier | modifier le code]

Les crèmes solaires protègent contre les UVB et commencent à filtrer également des UVA. Mais elles ont un effet pervers : les personnes qui utilisent des crèmes solaires se croient protégées du soleil et ont tendance à s'exposer plus longtemps au soleil[17]. De même, les crèmes solaires ne sont pas destinées aux bébés, qui ne doivent pas être exposés au soleil.

Les produits solaires sont utiles mais doivent être associés à des mesures de prudence : le port de vêtements, de lunettes de soleil et d'un chapeau, la non-exposition au soleil entre 12 h et 16 h en France l'été (car le rayonnement UVB est à son maximum d'intensité) et la limitation de la durée de l'exposition.

Réglementation[modifier | modifier le code]

En Europe et au Japon, les produits solaires sont considérés comme des cosmétiques, alors qu'en Australie, au Canada et aux États-Unis ils sont classés comme des médicaments.

Le terme « écran total » est interdit en Europe depuis 2006 pour les crèmes solaires, car aucune d'entre elles, même à haut indice de protection, ne peut bloquer 100 % des UV.

Enjeu écologique[modifier | modifier le code]

Les filtres chimiques polluent gravement l'eau et sont difficiles à être éliminés par les stations d'épuration, tandis que les filtres minéraux sont biodégradables. L'utilisation de la crème solaire est l'une des causes importantes responsables du blanchiment et de la mort des coraux[18]. En se déposant sur le corail, la crème forme une pellicule qui étouffe cet organisme vivant.

De nouvelles crèmes solaires neutres pour le corail permettent de se protéger tout en préservant le milieu marin. La solution de protection la plus respectueuse du milieu marin reste le port du t-shirt[19].

Économie[modifier | modifier le code]

En 2005 en France, 12,6 millions de tubes de crème solaire ont été vendus pour un chiffre d'affaires de 190 millions d'euros[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Andrieu, La peau : enjeu de société, CNRS,‎ 2008, p. 91
  2. Guillaume Crouzet, « La crème qui mérite sa place au soleil », in Le Figaro Magazine, semaine du 2 août 2013, pages 76-77.
  3. http://www.femmezine.fr/beaute/marques-beaute/roc.html
  4. (en) NJ. Lowe et J. Friedland, « Sunscreem : Rationale for use to reduce photodamage and phototoxicity », Science and Technology Series, vol. 15,‎ 1997, p. 35-58
  5. a et b Libération, 18 juin 2008, page 17
  6. a et b Partir à la plage sans polluer, in Le Figaro, 30 juillet 2008, page 28
  7. Libération, 18 juin 2008, page 17,
  8. Etude Empa sur l'impact sur les truites de rivières (2006)
  9. Etude Empa relatée par la Tribune de Genève, 18 mars 2006
  10. Étude originale dans la revue Nature du 29 janvier 2008
  11. Étude relatée par ABC News in science, 26 mai 2008
  12. (en) Schlumpf M, Schmid P, Durrer S, Conscience M, Maerkel K, Henseler M, Gruetter M, Herzog I, Reolon S, Ceccatelli R, Faass O, Stutz E, Jarry H, Wuttke W, Lichtensteiger W., « Endocrine activity and developmental toxicity of cosmetic UV filters--an update », Toxicology., vol. 205, no 1-2,‎ 2004, p. 113-22. (PMID 15458796)
  13. « La crème solaire : une amie qui vous veut du bien ? », sur www.asef-asso.fr,‎ 19 juin 2012 (consulté le 27 août 2013)
  14. a et b Journal Officiel Européen, 26 septembre 2006, paragraphe (16), page 2
  15. International Sun Protection Factor (SPF) Test Method, 2006
  16. Méthode préconisée par l'Afssaps
  17. http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/rapport130907.pdf p29
  18. [PDF] (en) Sunscreens Cause Coral Bleaching by Promoting Viral Infections
  19. http://www.webplongee.com/actualite/divers/creme-solaire-coraux.html
  20. Article de Terra Economica, in Libération, mercredi 18 juin 2008, page 17

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]